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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 05:10

L’amour et la haine en Dieu

(Partie 2)

 

C’est ce qui nous amène à la muhâddâ [qui est antonyme à la muwâlâ]. Elle consiste à se mettre dans le camp adversaire d’Allah, de Son Messager et des croyants, soit du côté des mécréants, « fussent-ils des membres de la famille les plus proches » : soit des individus avec qui on partage un lien de parenté très fort. Dans la situation où ces derniers s’opposent à Allah et à Son Messager, il incombe de couper les liens avec eux et de s’en faire des ennemis. À l’inverse, on se met du côté des alliés d’Allah avec lesquels on n’a aucun lien de parenté ; peu importe qu’ils soient blancs ou noirs, arabes ou non arabes, du même pays ou étrangers. Allah (I) révèle : [Les croyants et les croyants sont les alliés les uns des autres].[1] Ils sont liés par l’affection et l’esprit de solidarité.

 

Dans sa fameuse poésie el kâfiya e-shâfiya, ibn el Qaïyim – qu’Allah lui fasse miséricorde –  nous ramène les vers suivants :

 

Toi, peux-tu aimer les ennemis du bien-aimé

Et, c’est impossible, prétendre en même temps l’aimer ?

Et en plus, tu fais front contre ses bien-aimés,

Comment, toi, le frère de Satan, peux-tu l’aimer !

 

Il est impossible d’avoir à la fois deux sentiments contraires. Allah (I) révèle : [Ô croyants ! Ne prenez pas pour alliés Mes ennemis et les vôtres en leur témoignant de l’affection, alors qu’ils renient la vérité qui vous est venue. Ils vous ont fait sortir, vous et le Messager ; pour avoir cru en Allah Votre Seigneur, si vous êtes vraiment sorti pour faire le djihad sur Mon sentier, et à la recherche de Ma Satisfaction. Vous leur témoignez des sentiments en secret, alors que Moi, Je connais parfaitement ce que vous cachez. Celui parmi vous qui le fait se sera écarté du bon chemin] jusqu’à : [Vous avez en les personnes d’Ibrahim et de ceux qui étaient avec lui un bon exemple ; lorsqu’ils dirent à leur peuple : nous nous désolidarisons de vous et des divinités que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous renions et la haine et l’animosité se sont installées entre nous à jamais, jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, le Dieu unique][2] ; [Si Ibrahim implora le pardon pour son père, c’est parce qu’il lui en avait fait la promesse, mais quand il se rendit compte qu’il était un ennemi d’Allah, il se désolidarisa de lui. Ibrahim était un homme sage et repentant].[3] Voici la description de la « confession d’Ibrahim » (millat ibrâhîm). Quand il s’aperçut que son propre père était un ennemi d’Allah, il se désolidarisa de lui.

 

Le Verset précédent démontre également que l’amour des mécréants s’oppose à la foi en Allah et au jour du jugement dernier. Il s’oppose soit à son essence même soit à la foi parfaite. Si, en plus de les aimer, on soutient leur tendance et leur mécréance, on sort de l’Islam. En revanche, en ayant un simple sentiment d’affection, mais sans les soutenir, on affecte la foi parfaite. C’est un acte pervers qui affaiblit la foi.

 

Selon une hypothèse, ce Verset fut descendu en l’honneur d’Abû ‘Ubaïda ibn el Jarrâh (t). À la bataille de Badr, ce dernier tua son propre père qui se trouvait dans les rangs des païens. Ce dernier tenait absolument à rencontrer son fils sur le champ de bataille, mais Abû ‘Ubaïda (t) prit le dessus sur lui et mit fin à ses jours sans aucun scrupule. Il ne pouvait avoir de scrupule envers un ennemi de la religion. Sa Colère pour Allah était plus forte que son lien de parenté.

 

[à ceux-là] : à ceux qui s’éloignent des adversaires d’Allah et de Son Messager ; [Allah leur a imprimé la foi dans le cœur] : Il les a raffermis et leur a gravé la foi dans le cœur ; [et Il les a soutenus avec un esprit venant de Lui. Il les fera entrer dans des paradis sous lesquels coulent les rivières], et [ils ne voudront pas en changer].[4]

 

[Il les agrée et eux l’agréent] : en prenant en ennemi les mécréants parmi leurs proches, ils ont gagné en retour l’agrément du Très-Haut. Ils se sont certes attiré la colère des leurs, mais Il leur a donné mieux pour compenser leur peine. [Il les agrée et eux l’agréent].

 

[ceux-là sont le parti d’Allah] : ils sont le groupe et les alliés d’Allah, tandis que les mécréants composent le parti de Satan, [ceux-là sont le parti de Satan][5] : ils sont le groupe et les alliés de Satan.

 

[Dis, si vos pères, vos fils, vos frères, vos femmes, vos proches, les richesses que vous avez amassées, les commerces que vous craignez de perdre, des demeures que vous désirez sont plus chers à vos yeux qu’Allah, Son Messager, et la guerre sur Son sentier, alors soyez dans l’attente qu’Allah établisse Son ordre ; certes, Allah ne guide point les gens pervers].[6]

 

Exception à la règle

 

Cette question porte donc sur l’obligation de prendre en aversion les non-musulmans et de n’avoir aucune affection pour eux. Cela ne veut pas dire qu’il faille complètement couper les liens avec eux. En effet, Sheïkh el fawzân dresse la liste des éléments qui font exception à cette règle.[7]

 

1- Bien que nous les détestions, cela ne doit pas nous empêcher de les appeler à l’Islam. C’est même un devoir. Nous ne devons pas les laisser sur le mauvais chemin sous le prétexte qu’ils sont les ennemis de Dieu et nos ennemis. Il y a toujours l’espoir qu’Allah les guide sur le bon chemin. Dans la situation où il refuse d’embrasser l’Islam, nous devons en venir aux armes, mais uniquement si nous en avons les moyens. Nous leur proposons soit de se convertir soit de verser un tribut (pour les Juifs, chrétiens et mazdéens), en restant sous la domination des musulmans.

 

Dans ce cas, ils se soumettent à la Loi islamique aux dépens de la leur. La non-agression est donc conditionnée au tribut et à la dépendance de la Loi islamique. Pour les adeptes des autres religions (qui n’ont pas une origine céleste), les savants n’ont pas une position unanime sur leur sort.

 

2- Il n’y a pas de mal à faire des accords de paix avec les mécréants en cas de besoin. Les musulmans n’ont pas toujours la force militaire suffisante pour imposer leur domination. Ils peuvent même être exposés à l’invasion étrangère. Dans ce genre de cas, la paix est plus salutaire. L’initiative de paix peut également provenir de l’ennemi, comme dans le Verset : [S’ils s’inclinent à la paix, alors accepte-la].[8] L’essentiel, c’est de ne pas faire de paix permanente, mais provisoire ou, sans délai, et laisser à l’initiative du chef des musulmans qui va veiller à l’intérêt supérieur de la communauté.

 

3- S’ils affichent un bon comportement envers les musulmans, il n’y a pas de mal à le leur rendre en retour. Allah (I) révèle : [Allah ne vous interdit pas, envers ceux qui ne vous ont pas combattu pour votre religion et qui ne vous ont pas sorti de vos maisons, d’être bon avec eux, et d’être justes envers eux ; certes, Allah aime les justes].[9]

 

4- Il faut obéir à ses parents non-musulmans, sauf s’ils imposent des choses qui sont contraires à la religion. Allah (I) révèle : [Nous avons recommandé à l’homme d’être bon envers ses parents ; sa mère l’a porté en allant de peine en peine, et l’a sevré au bout de deux ans. Sois reconnaissant envers Moi et envers tes parents, car vers Moi se fera le retour • S’ils font pression sur toi pour que tu M’associes qui que ce soit, en faisant ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas, tout en faisant preuve dans tes rapports avec eux dans ce monde, de bienséance ; et suis le chemin de celui qui fait résipiscence (qui revient à Moi)].[10]

 

Le père, même s’il est mécréant, a un droit sur son fils. Cependant, il ne faut pas l’aimer du fond du cœur, mais simplement être reconnaissant envers lui pour les efforts qu’il a passés à éduquer ses enfants.

 

5- Il est permis d’avoir des échanges commerciaux avec eux, et d’importer de leur pays les marchandises et les armements dont nous avons besoin. Le Prophète (r) avait des relations avec des mécréants. Il passa un accord avec les habitants de Khaïbar, qui étaient juifs, en les laissant cultiver leur terre en échange d’une partie de leur récolte. Les intérêts communs n’ont aucune influence sur la notion d’alliance. Il est important de bien faire la distinction entre eux.

 

Il est également permis de contracter une dette à un non-musulman. Le Prophète (r) prit de la nourriture chez un Juif avec la promesse de le payer plus tard. Il lui laissa son bouclier en garantie. À sa mort (r), il n’avait toujours pas récupéré son bouclier. Ces échanges font partie de la vie et ne sont pas en relation avec la religion. Ils n’impliquent nullement d’avoir des sentiments pour les non-musulmans. Les textes précédemment cités sont parfois mal compris. Certains s’imaginent qu’il n’est en aucun cas permis d’avoir des relations et des échanges avec des mécréants. Il faudrait, à leurs yeux, couper tous les liens avec eux. Or, ces questions sont soumises à des règles bien précises et à des conditions qui sont puisées des textes du Coran et de la sunna, et que connaissent bien les savants.

 

6- L’Islam autorise de prendre pour épouse des juives et des chrétiennes à condition qu’elles soient chastes. Nous avons également le droit de manger leur viande.

 

7- Il n’y a pas d’inconvénients à répondre à leurs invitations et à manger leur nourriture à condition qu’elle soit licite.

 

8- Les voisins, même non musulmans, ont un droit sur nous ; il faut donc bien se comporter avec eux.

 

9- Il est interdit de le traiter injustement. Allah (I) révèle : [L’animosité qui vous oppose à certains gens ne doit pas vous pousser à être injustes avec eux ; soyez justes, et vous tendrez vers la piété].[11]

 

À suivre…

 



[1]Le repentir ; 71

[2]La femme éprouvée ; 1-4

[3]Le repentir ; 114

[4]La caverne ; 108

[5] La discussion ; 19

[6]Le repentir ; 24

[7]Voir : Sharh el usûl e-thalâtha de Sheïkh el Fawzân.

[8]Le butin ; 61

[9]La femme éprouvée ; 8

[10]Luqmân ; 14-15

[11]Le repas céleste ; 14-15

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 05:08

L’amour et la haine en Dieu

(Partie 3)

 

La troisième annulation de l’Islam

 

Ce point est également d’une extrême gravité. Bon nombre de personnes affiliées à l’Islam ne veulent pas kaffar les polythéistes. L’essentiel à leurs yeux, c’est d’être épargné du shirk, sans nécessairement s’initier dans les affaires des autres. Cependant, nous leur disons qu’ils connaissent mal la religion, car c’est un devoir de kaffar celui qu’Allah considère comme un non-musulman. Nous devons nous désolidariser de toute personne qui commet du shirk, de la même manière qu’Ibrahim s’est désolidarisé de son père et de son peuple, en leur disant : [Je suis innocent de ce que vous adorezen dehors de Celui qui m’a créé ; c’est Lui qui va me guider].[1]

 

En justifiant leurs pratiques, on sombre encore plus qu’eux dans la mécréance. Il est inadmissible de rendre pertinente la mécréance ou l’association, ou ne serait-ce que de douter sur la chose. Le Messager (r), qui est le modèle à suivre, a kaffar et combattu les païens par les armes. Lui, l’auteur des paroles : « J’ai reçu l’ordre de combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils attestent qu’il n’y a d’autre divinité dieu d’être adoré en dehors d’Allah. »[2] « Je fus envoyé avec l’épée jusqu’à ce qu’Allah soit adoré sur terre. »[3] ; [Combat-les afin qu’il n’y ait pas de troubles] troubles (fitna) : ici, c’est le shirk ; [et que la religion tout entière soit à Allah].[4]

 

Dans nawâqidh el Islam, Sheïkh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb – qu’Allah (I) lui fasse miséricorde – établit ce principe : « Troisièmement : ne pas considérer les païens comme des non-musulmans, ou ne serait-ce que douter sur leur mécréance, ou pire, d’accréditer leur tendance, relève de la mécréance. »[5]

 

Conception erronée

 

Or, certains contemporains, comme le très zélé Abû Mohammed el Maqdisî, reprennent à leur compte le discours d’aimmat e-da’wa, qui renferme pourtant certains nuances. Des nuances qui avaient déjà échappé aux contemporains des savants du Najd leur ayant consacré des réfutations.  L’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan notamment, fut confronté à des dissidents qui avaient une mauvaise approche de ces questions. Il consacra un courrier à l’un d’entre eux dans lequel il lui conseille de ne pas tomber dans les mêmes travers que deux égarés d’el Ah qui, consciemment ou non, avaient mal interprété certains passages de l’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb.

 

Voici quelques extraits éloquents de cette fameuse lettre : « En 1264 h. j’ai rencontré à el Ahdeux hommes égarés de votre acabit qui avaient coupé avec la mosquée et la prière du jumu’â. Ils s’inspiraient des mêmes arguments que les vôtres pour kaffar les habitants musulmans de cette région. Ils prétextaient en effet qu’ils s’asseyaient et fréquentaient ibn Faïrûz, et d’autres personnes de son genre qui n’avaient pas renié le tâghût. En outre, ce dernier refusait de kaffar ouvertement son grand-père,[6] Un farouche opposant de la prédication de Sheïkh Mohammed. Leur argument était : celui qui ne prononce pas ouvertement son takfîr est kâfir comme lui, pour ne pas avoir renié le tâghût. Celui qui s’assoit avec lui a droit au même statut.

 

Ils firent suivre à ces deux prémices mensongères et égarées les mêmes implications que les règles de l’apostasie sur laquelle il ne règne aucune confusion. Ils décidèrent notamment de ne plus répondre à son salut. Leur affaire me fut alors soumise. J’ai demandé à ce que les deux accusés comparaissent devant moi. Je les ai menacés et ai utilisé un ton très sévère avec eux. Tout d’abord, ils prétendirent que leur croyance était conforme à celle du SheïkhMohammed ibn ‘Abd el Wahhâb, et qu’ils avaient ses lettres en mains.

 

C’est alors que j’ai dévoilé leur conception erronée ; j’ai détruit leurs arguments tendancieux, en utilisant les arguments qui me vinrent à l’esprit lors de cette audience. Je leur ai fait savoir que le Sheïkhn’avait aucun lien avec leur pensée et que ce dernier appliquait le takfîr uniquement sur des choses sur lesquels régnait le consensus des musulmans : la grande association (shirk akbar), renier les Versets et les signes d’Allah et de Son Messager, ou toute faute du genre. Et cela, uniquement après avoir établi les preuves célestes contre le fautif et de lui avoir fait parvenir de la façon qu’il convient…

 

Les deux Perses en question affichèrent alors le regret et se repentirent. Ils prétendirent que la vérité leur était devenue plus claire. Par la suite, ils se rendirent sur le littoral, et prêchèrent leur tendance. Nous apprîmes qu’ils avaient kaffar les gouverneurs musulmans et qu’ils avaient envoyé des courriers aux pouvoirs égyptiens. Ils allèrent jusqu’à kaffar les Sheïkhmusulmans qui avaient des relations avec ceux auxquels ces courriers étaient adressés. Qu’Allah nous préserve de l’égarement après avoir connu le droit chemin, et de passer d’une bonne à une mauvaise situation !

 

On m’a appris que vous aviez ce genre d’idées, et que vous vous êtes aventuré dans des domaines tels que :

-          Les notions d’alliance (muwâlât/mu’âdât),

-          Les traités et les courriers « internationaux »,

-          Les financements et les cadeaux, et bien d’autres domaines comme :

-          Les tendances des païens égarés,

-          La non-application des Lois d’Allah (el hukm bi ghaïr mâ anzala Allah) par les Bédouins, etc.

 

Des domaines que seuls les savants érudits sont à même de traiter. Ces derniers sont en effet dotés d’une telle sagesse, et d’une telle perspicacité, qu’ils pénètrent parfaitement les intentions du Législateur…

 

Quant à considérer kâfir celui qui est concerné par les infractions précédemment citées – que vous croyez être des actes d’apostasie –, vous vous conformez exactement à la tendance harûriya, ses rebelles qui ont pris les armes contre le Prince des croyants, ‘Alî ibn Abî Tâlib, et les Compagnons qui se trouvaient avec lui.

 

Quant à la question de la menace divine qu’encourent les auteurs de certains grands péchés, il est possible que pour une raison ou une autre un cas particulier en soit épargné. Ex. : l’amour d’Allah et de Son Messager, le djihad sur Son sentier, le poids des bonnes actions, Son Pardon et Sa Miséricorde, l’intercession des croyants, les malheurs qui font effacer les péchés dans les trois mondes, etc.

 

C'est pourquoi les anciens ne promettent pas un cas particulier parmi les musulmans au Paradis ni à l’Enfer, bien qu’ils mentionnent la menace à la manière du Coran et de la sunna. Ils font ainsi la différence entre le cas général et absolu et le cas particulier et restrictif…

 

Médite également sur l’histoire de Hâtib ibn Balta’a. Celle-ci est riche en leçons. Ce dernier avait émigré pour Allah et Son Messager, et s’était investi au djihad. Cependant, il y eut une cette histoire où il dévoila les secrets du Messager d’Allah (r)aux païens de La Mecque. Il envoya à ses anciens concitoyens un message qui faisait état des plans du Prophète ayant préparé une armée en vue de les attaquer. Hâtib cherchait un soutien auprès des mecquois, une main qui puisse lui protéger sa famille et ses biens [qu’il avait laissé dans sa ville natale]. Dès lors, la Révélation est intervenue pour le démasquer, alors qu’il avait déjà donné le message en question à Dha’îna qu’elle cacha dans ses cheveux [avant de prendre la route pour La Mecque].

 

À ce moment, le Prophète (r) envoya ‘Alî et Zubaïr à la recherche de Dha’îna, sans oublier de les informer qu’ils la trouveraient à un endroit sur le chemin de la Ville sainte : Rawdha khâkh. Ils la trouvèrent en effet là où il l’avait indiqué. Sous la menace, la coupable sortit le message de ses tresses. Il fut remis au Prophète (r)qui convoqua Hâtib. Une fois devant lui, il lui demanda : « Qu’est-ce tu as fait ?

-          Messager d’Allah, répondit Hâtib, Je n’ai pas renié après avoir goûté à la foi, et je n’ai pas fait cela parce que j’ai rejeté l’Islam. J’ai simplement voulu avoir sous la main sur place, quelqu’un qui soit capable de protéger ma famille et mes biens.

-          Il vous dit la vérité, laissez-le partir. »[7]

 

‘Omar avait même demandé l’autorisation de le tuer en s’exclamant :« Laisse-moi trancher la gorge de cet hypocrite ![8]

-          Qui te dit qu’Allah n’a pas contemplé les combattants de Badr, avant de leur dire : faites ce que vous voulez, Je vous ai tout pardonné. »

 

C’est à cette occasion qu’Allah révéla le début de la sourate la femme éprouvée : [Ô croyants ! Ne prenez pas pour alliées Mes ennemis et les vôtres]. Ce Verset s’adresse notamment à Hâtib, qui est donc concerné par le qualitatif de « croyants », comme il est concerné par le sens général que revêt l’interdiction dont il est question ici. Pourtant, ce même Verset laisse à penser que Hâtib a plus ou moins transgressé cette interdiction, en faisant preuve de muwâlât envers les kuffâr, et en leur témoignant même une certaine affection. Il va sans dire que l’auteur d’une telle faute s’est écarté de la bonne voie.

 

Pourtant, les paroles du meilleur des hommes : « Il vous dit la vérité, laissez-le partir. » ; celles-ci laissent à penser que Hâtib n’a pas apostasié, étant donné qu’il croyait en Allah et à Son Messager et qu’il n’était pas pris par le doute. Il fut simplement motivé par une raison matérielle. S’il avait renié sa foi, on n’aurait pas été question de : « laissez-le partir. »

 

Il n’est donc pas pertinent que le passage suivant soit la raison qui ait préservé notre Compagnon de sombrer dans la mécréance :« Qui te dit qu’Allah n’a pas contemplé les combattants de Badr, avant de leur dire : faites ce que vous voulez, Je vous ai tout pardonné. » S’il avait apostasié, ses bonnes actions auraient été annulées et n’auraient donc pas pu jouer en sa faveur. Allah (I) révèle à ce sujet : [Celui qui renie la foi verra ses œuvres annulées][S’ils avaient commis l’association, ils auraient vu leurs œuvres s’annuler]. Ainsi, à l’unanimité des savants, la mécréance annule les bonnes œuvres et la foi. Cette hypothèse est donc à mettre de côté.

 

Quant aux Versets : [Quiconque les prend pour alliés parmi vous, comptera dans leurs rangs][Tu ne trouveras personne qui croit en Allah et au Jour dernier avoir de l’affection pour ceux qui se sont opposés à Allah][Ô croyants ! Ne prenez pas pour amis ceux qui prennent votre religion en dérision et pour un jeu, parmi les mécréants et ceux qui ont reçu le Livre avant vous ; craignez Allah, si vous êtes vraiment croyants].La Tradition donne plus d’explications sur le sujet et de plus amples précisions. Il s’agit en effet de la muwâlât el mutlaqa el ‘âmma (l’alliance absolue ndt.)…

 

Le terme muwâlât provient à l’origine du sentiment d’amour, de soutien, et d’amitié. Il existe plusieurs autres degrés dont le péché est moindre, en sachant que chaque péché à sa part de menace et de blâme.

 

Ces nuances que l’on rencontre dans ce domaine ou ailleurs sont connues des anciens érudits parmi les Compagnons et leurs successeurs. Néanmoins, celles-ci posent problèmes à ceux qui ne pénètrent pas les subtilités de la langue et qui confondent entre les cas, parmi les nouvelles générations non-arabes et néophytes. Ces dernières sont mal à l’aise dans ce domaine, et n’ont pas les outils pour déchiffrer les sens profonds du Coran et de la sunna

 

J’ai entendu dire que vous vous étiez inspirés du Verset de lasourate Mohammed : [Cela, pour avoir dit à ceux qui ont eu un ressentiment contre les Versets révélés par Allah : Nous allons vous obéir sur certains points] : Vous les auriez fait correspondre à certains émirs contemporains qui entretiennent des courriers, ou qui nouent des traités de paix avec certains chefs égarés et certains rois païens. Le problème, c’est que vous n’avez pas regardé le début du Verset disant : [Ceux qui ont tourné les talons après avoir appréhendé le bon chemin]. Vous avez mal compris de quelle obéissance il s’agit ni de quels points notoires dont fait allusion ce noble Verset.

 

Le déroulement du traité d’el Hudaïbiya nous apprend que le Messager d’Allah s’est plié aux exigences et conditions des païens. Cela suffit pour réfuter votre mauvaise compréhension et votre conception erronée…

 

La sunna prophétique et les hadîth servent à éclaircir les lois coraniques, et les ambitions que dévoilent les textes du Livre d’Allah dans le domaine des limites à connaitre qu’Allah a révélées. Ces limites portent sur la connaissance des termes comme croyant/mécréant, polythéiste/monothéiste, pervers, bienfaisant, injuste, pieux, ce que sous-entendent la muwâlât et le tawallî, etc.…

 

Il y a donc une différence entre délaisser la prière, l’aumône, ou le jeûne, ou commettre l’association, ou encore dénigrer le Coran, et entre commettre un vol, l’adultère, boire de l’alcool, piller, et afficher une certaine muwâlâtpour les non-musulmans à la façon de Hâtib.

 

Celui qui met sur le même pied d’égalité les différentes branches de la foi au niveau des noms et des lois qui leur correspondent, ou qui fait la même chose avec les branches du kufr, il s’oppose au Coran et à la sunna ; il s’écarte de la voie des anciens, et entre dans l’ensemble des adeptes de l’innovation et des passions… »[9]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1]Les ornements ; 26-27

[2]Rapporté par el Bukhârî (2946), Muslim (20), Mâlik dans el muatta (1/269), Abû Dâwûd (1556), e-Tirmidhî (2610), e-Nasâî (5/14), selon Abû Huraïra.

[3]Rapporté par Ahmed (5115), ibn Abî Shaïba (5/313), el Baïhaqî dans shu’ab el îmân (1199), ibn Hajar dans taghlîq e-ta’lîq (3/445).

[4]Les butins ; 39

[5]Pour l’explication de ce principe, voir : Sharh nawâqidh el Islam de Sheïkh el Fawzân.

[6]L’un des détracteurs acharnés de la da’wâ salafiya.

[7]Rapporté par el Bukhârî.

[8]Selon certaines versions, comme le stipule ibn Hajar, il est même dit que ‘Omar l’avait kaffar.

[9] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr de l’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, qui fut édité avec les annotations de Sheïkh D. ‘Abd e-Salâm ibn Barjas – qu’Allah lui fasse miséricorde –.

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 05:05

L’amour et la haine en Dieu

(Partie 4)

 

Certains savants distinguent entre le tawallî et la muwâlât

 

À l’époque de la première guerre du Golf, Sheïkh Sâlih Âl Sheïkh a donné une conférence pour éteindre les ardeurs de certains de ses concitoyens. Mus par un zèle chevronné, ils étaient montés au créneau pour exprimer leur mécontentement face aux décisions des autorités saoudiennes. Il y parle notamment des notions de muwâlât, et explique qu’il incombe de distinguer entre plusieurs termes :

      • Faire alliance (tawallî) aux non-musulmans. C’est ce que ‘Abd e-Latîf appelle muwâlât el mutlaqa el ‘âmma.

      • Et avoir de la sympathie et de l’affection (muwâlât) pour eux.

La première relève de l’apostasie, contrairement à la seconde qui est moins grave.

Dans ce registre, il incombe de mettre la lumière sur une autre notion qui est proche des deux précédentes. Il s’agit de chercher assistance auprès d’un mécréant, et de louer ses services (el isti’âna bi el kâfir) : cette pratique est autorisée sous certaines conditions.

 

Voici donc trois questions complètement différentes :

 

  L’alliance : Sur ce point précis, est descendu le Verset suivant : (Ô croyants ! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens. Si l’un d’entre vous s’allie avec eux, il sera des leurs, Allah ne guide point la gent injuste). L’alliance mentionnée dans ce Verset a comme critère de soutenir les infidèles contre les musulmans en temps de guerre, en souhaitant leur victoire. Elle ne peut que provenir d’une affection profonde envers eux.

 

  Cependant, il faut bien faire la part des choses. Certes, celui qui aime les mécréants pour des raisons religieuses, celui-ci est un apostat. Tandis que, s’il a des penchants envers eux pour des raisons matérielles, de promotion ou autre, quoiqu’il ait commis un acte pervers, il ne sera pas pour autant considère comme tel (un apostat).

 

Allah (qu’Il soit glorifié) a dit : (Ô croyants ! Ne prenez pas mes ennemis et les vôtres pour alliés, en leur témoignant de l’affection) jusqu’à Ses Dires : (Si l’un d’entre vous le fait, il se sera éloigné du bon chemin).

 

Les savants ont dit : « Bien que celui qui témoigne de l’amitié pour un mécréant soit concerné par cette exhortation, néanmoins cet appel est consacré aux croyants, les détenteurs de la foi. Cela prouve qu’ils ne sont pas des apostats, en dépit qu’ils se soient écartés du droit chemin, pour leur avoir éprouvé de la sympathie et avoir cherché à leur plaire. »

 

Non pas par scepticisme, mais plutôt, comme nous l’avons déjà souligné, pour des raisons matérielles. C’est pourquoi, le Prophète (r) demanda à celui qui avait commis ce genre de choses : « Qu’est-ce qui t’as poussé à le faire ?

-          Non par Allah, répondit-il, je n’ai pas renié ma croyance en Dieu et à son Messager. J’ai seulement voulu avoir un soutien auprès de ces gens afin qu’Allah protège par son intermédiaire, ma famille et mes biens. »[1]

 

  À partir de cette référence, nous pouvons faire la distinction entre un simple désobéissant et un apostat. L’essentiel c’est que le fautif renferme l’essence de la foi.

 

Concernant demander de l’aide à un mécréant et louer ses services, les savants l’on autorisés dans certaines conditions. Ils se prononcent à cet effet au cas par cas. Quant à la question d’accorder de l’argent aux mécréants par aumône ou conciliation et se préserver de leur mal, ou autre, c’est encore un autre sujet ayant ses propres règles.[2]

 

Les savants de aimmat e-da’wa reprochaient à certains de leurs contemporains de puiser la science uniquement dans les livres

 

Certains de leurs contemporains en effet se contentaient de prendre les paroles des grandes références au premier degré. Ils ne prenaient nullement la peine de les exposer à leurs savants qui auraient pu les orienter, se suffisant ainsi à leur propre compréhension. Ils s’inspiraient de majmû’ e-tawhîd et des paroles du savant un tel. Le fait est qu’ils ne pénétraient nullement ses réelles intentions, ce qui les plongeait encore plus loin dans l’obscurité de l’égarement. Ils avaient ainsi hérité des méthodes des kharijites, à la différence où les kharijites cherchaient au moins, certes à tort, à comprendre le Coran tout seuls (ou en d’autres termes ils ne se fiaient pas à la compréhension des anciens), bien qu’ils n’y soient pas arrivés. En cela, ils sont moins condamnables que ceux qui cherchent leur voie dans les écrits des hommes, sans avoir les outils suffisants leur permettant de les décrypter. Il va sans dire que cela relève de la compétence des experts en la matière.

 

Pour Mohammed ibn ‘Abd e-Latîf, à vouloir se passer des savants sous prétexte d’avoir majmû’ e-tawhîd sous la main, c’est foncer droit sur un mur. Sinon, le Prophète (r) n’aurait jamais dit que le savoir se dissipera avec la mort des savants, et qu’ensuite, les hommes auront pour références les plus grands égarés…[3]

 

Sheïkh ‘Abd Allah ibn ‘Abd el ‘Azîz el ‘Anqarî présume que ces gens-là avaient dû s’inspirer du livre e-dalâil de Sheïkh Sulaïmân ibn ‘Abd Allah âl e-Sheïkh et de sabîl e-najât de Hamd ibn ‘Atîq, déjà… il explique notamment qu’il faut replacer les choses dans leur contexte et que Sheïkh Sulaïmân composa son ouvrage à l’occasion de l’invasion turque du territoire du Najd. Ces armées étaient venues avec de très mauvaises intentions contre la da’wa salafiya, et avaient même une cinquième colonne auprès des Bédouins, mais aussi des citadins du coin. Nous pouvons en dire autant pour le deuxième auteur. Il incombe donc pour comprendre les intentions d’un auteur de replacer ses paroles dans leur contexte historique.

 

La question de la muwâlât notamment est très claire comme nous l’avons vu. Il s’agit d’afficher de l’affection aux infidèles pour leur religion et de les aider contre leurs frères pour les mêmes ambitions. Ce qui n’est pas le cas du chef d’État qui est soumis à des accords internationaux avec les nations non-musulmanes. Il en va même de l’intérêt supérieur de la nation. D’ailleurs, ces mêmes Sheïkh – ni d’ailleurs ‘Abd e-Lâtif – n’ont jamais dit qu’on devient apostat sur le simple fait de vivre au milieu d’eux. Cependant, poursuit Sheïkh ‘Abd Allah, ils émettent la condition que le fautif soit considéré aux yeux des païens comme l’un des leurs, sauf s’il le fait dans l’intention de préserver sa vie, non par amour de leur religion. Le simple fait de vivre chez des non-musulmans est un péché certes, mais qui n’atteint pas le degré d’apostasie. Ce même Sheïkh ‘Abd Allah leur reproche ainsi de se fier à leur propre compréhension sans revenir aux savants.[4]

 

En outre, ‘Abd e-Lâtif ramène trois causes à l’origine de la mauvaise compréhension des paroles des savants que les égarés reprennent à leur compte :

1-                  Soit, en utilisant certains de leurs passages dont leur sens est vague, alors qu’il incombe de tous les regrouper pour les éluder.[5]

2-                  Soit, en prenant pour argent comptant certaines expressions sévères que les savants utilisent pour fustiger leurs adversaires dans leurs réfutations.[6]

3-                  Soit, en reprenant à leur compte les erreurs des savants. c’était justement le cas de Hamd ibn ‘Atîq sur la question de la muwâlât. Certains de ses passages, qu’il fallait mettre sur le compte de l’erreur, portaient à confusion.[7]

 

Le mot de la fin

 

Ibn Sahmân peint le profil psychologique des mauvais prédicateurs qui n’ont d’autre ambition que de vouloir tourner les regards vers eux. Malheureusement, de nombreux contemporains, qui ont pour vocation de dénigrer les savants de référence, se reconnaitront dans ce portait.

 

« Il est vraiment étonnant qu’on puisse tendre l’oreille à des gens qui ne sont nullement des savants, et qui n’ont jamais étudié chez eux ! Comment peut-on se faire une bonne opinion de leurs paroles et de celles qu’ils rapportent tout en ayant une mauvaise opinion des savants ? Pourtant, ces derniers connaissent beaucoup mieux qu’eux le discours des porteurs du savoir. Leur seule ambition est de guider les gens et de leur montrer la vérité…

 

Quant à ces vulgaires ignorants qui s’autoproclament savants, nombre d’entre eux – surtout ceux qui n’ont pas étudié chez les savants – bien qu’ils appellent à la vérité, ils appellent en fait à eux-mêmes. Leur ambition est de tourner les regards vers eux dans le but de gagner le pouvoir et les honneurs. Ils veulent étendre leur autorité sur les autres. Quand on leur pose des questions, ils font des fatwas sans aucune connaissance. Égarés, ils égarent les autres. »[8]

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

 



[1] Propos rapporté par el Bukhârî et Muslim. L’homme en question est hâtib ibn Balta’a (N. du T.).

[2]Voir : e-dhawabît e-shar’iya ‘inda el fitan.

[3]Idem.

[4]Voir : E-durar e-saniya (7/309) pour la 2ème édition et (9/157) pour la 5ème édition.

[5]Voir : E-durar e-saniya (1/469).

[6]Idem. (1/469).

[7]Idem. (8/369).

[8]Minhâj ahl el haqq wa el ittibâ’ (p. 24 et 80).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Takfir
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