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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 13:02

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar VI

(Partie 4)

 

• Un indice de taille rend improbable l’idée qu’ibn Bâz kaffar les pro ‘udhr, et c’est la bonne opinion que nous nous faisons de lui. Il dérogerait au consensus qui prône exactement le contraire ; un consensus qui n’a pas pu lui échapper et que ramène ibn Sahmân (ses propos donnent étrangement l’impression de s’adresser à notre ami – qu’Allah le garde ! – ) :

 

« Supposons qu’un savant ne se prononce pas sur le takfîr de ces ignorants suiveurs au sein des jahmites ou des adorateurs des tombes, il est tout à fait possible de lui trouver des circonstances atténuantes en lui concédant son erreur qui lui confère une excuse. Le cas échéant, nous ne le taxons pas d’apostat, car nul n’est à l’abri de se tromper. Un consensus formel vient entériner ce principe. L’erreur est indubitable à chacun ; des sommités plus honorables que lui, dans les rangs notamment des Compagnons, n’y ont pas échappées, à l’image d’Omar ibn el Khattâb qui revit sa position sur la dote grâce à une femme qui attira son attention, etc.

Dans raf’ el malâm ‘an el aimmat el a’lâm, Sheïkh el Islâm recense dix causes ayant poussé les érudits à commettre une mauvais appréciation.

L’allégation selon laquelle notre Imâm condamne à la mécréance pour une erreur est un tissu de mensonges, ou, au minimum, une mauvaise implication de son discours. Aucun savant n’a jamais kaffar quelqu’un sous prétexte qu’il ne se prononçait pas sur le statut d’un apostat en étant mu par une erreur d’interprétation qui joue à sa faveur. Surtout dans la mesure où il n’a pas en main la preuve justifiant cette accusation.

Néanmoins, si, entêté, il s’enferme dans son orgueil une fois qu’on lui ait présenté les faits, là, il en sera tout autrement.

 

Certains anciens, à l’instar de Qudâma ibn Mazh’ûn et son groupe qui comptaient des Compagnons et plusieurs de leurs successeurs directs s’étaient moralement autorisé à consommer des boissons enivrantes ; selon l’interprétation qu’ils s’étaient faite du Verset de la sourate el mâida, ils pensaient que les bonnes œuvres octroyaient le droit d’en boire. Les savants dans les rangs des Compagnons, comme ‘Omar, ‘Alî, etc., étaient unanimes à les sommer de se repentir sous peine de sortir de la religion. La sentence serait allégée s’ils revenaient sur leur position, et n’auraient droit qu’au fouet.

Ils n’ont donc pas été assimilés à des apostats au premier abord, car leur mauvaise conception de la chose leur offrait des circonstances atténuantes. Une fois qu’ils ont les éléments en main, plus aucune excuse possible ne joue en leur faveur.

Malheureusement, l’ignorance s’est érigée comme un rideau entre toi et la perspicacité des grands érudits. Ton zèle n’a sorti des chemins battus et t’a poussé à pondre des inepties infondées et à imaginer de fausses implications, à la manière des hérétiques. »[1]

 

Abd Allah ibn ‘Abd el Wahhâb fait également état de ce consensus : « les savants s’accordent à ne pas kaffar pour les erreurs commises par les musulmans. »[2]

 

• Arrêtons-nous plus particulièrement sur deux billets :

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/11/ibn-baz-des-pretendus-salafis-disent-que-le-takfir-des-qoubouris-est-reserve-aux-savants.html

 

Encore une fois, ce genre de débat qui crée des amalgames a plus lieu sur la forme que sur le fond. Nous disons donc qu’en règle générale, les savants tendent à réduire le takfîr, non à l’interdire,[3] comme le souligne Sâlih Âl e-Sheïkh. Le but est d’éviter les débordements, mais au même moment, il y a des cas, dont l’appréciation est élastique et donc aléatoire et subjective, où la chose est tellement évidente qu’il n’y a pas besoin de personne compétente pour constater un fait qui est aussi clair que l’eau de roche.

 

C’est ce que nous comprenons notamment d’une fatwa de Sheïkh Sâlih el Fawzân qui fait la distinction entre constater qu’un acte fait sortir de la religion et l’appliquer à un cas particulier.

 

Question :

 

Est-ce que le takfîr du coupable de grande association ou de blasphème est propre aux savants ?

 

En réponse :

 

Non ! Si on vient à entendre une telle parole, il incombe de réprouver son auteur en l’informant de son caractère condamnable, et intolérable. En revanche, il revient aux savants de le juger.

 

En outre, ce même Sheïkh ferme la porte à l’anarchie quand il formule dans une autre fatwa que le takfîr relève de l’autorité des tribunaux. Il est cependant beaucoup moins intransigeant avec le tabdî’ dont les effets sont largement moins graves que ceux du takfîr.[4]

 

Les dangers du takfîr

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-les-dangers-du-takfir-partie-1-66690200.html

 

L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb utilise plusieurs hadîth qui condamnent le takfîr illégitime.[5] Selon Abû Dharr notamment, le Prophète (r) prévient : « Si l’accusation de pervers ou de mécréant est infondée, elle se retourne contre son auteur. »[6] Toujours selon Abû Dharr, un autre hadîth nous apprend : « Si on traite quelqu’un à tort de mécréant ou d’ennemi d’Allah, cela se retourne contre soi. »[7] Sheïkh Sulaïmân ibn ‘Abd Allah Âl e-Sheïkh met vivement en garde de traiter son frère musulman d’hypocrite pour un intérêt matériel ou par esprit de clan, etc.[8]

 

D’autres hadîth dénoncent de telles accusations infondées. Nous avons notamment :

  • « Taxer un croyant de mécréant revient à le tuer. »[9]
  • « L’accusation de mécréant contre son frère s’applique obligatoirement sur l’un des deux individus en présence. »[10]
  • « L’accusation de mécréant à l’encontre de son frère s’applique obligatoirement sur l’un des deux individus en présence ; si elle s’avère exacte, c’est tant mieux, sinon, elle se retourne contre son auteur. »[11]
  • « Si l’accusation de pervers ou de mécréant est infondée, elle se retourne contre son auteur. »[12]

 

L’Ami d’Allah (r) a donc mis sa communauté en garde de prendre le takfîr des musulmans à la légère, et de les condamner ainsi sans scrupule, à travers des paroles qui nous interpellent profondément.[13] Le takfîr téméraire des musulmans est extrêmement dangereux, et engendre des répercussions terribles.[14] L’une des plus grandes manifestations de l’excès, est de sortir impunément les musulmans de la religion en se basant sur de simples suspicions ou sur l’interprétation aléatoire des textes.[15]

 

Ibn ‘Abd el Barr – qu’Allah ait son âme – souligne : « Les textes du Coran et de la sunna démontrent formellement qu’il est interdit de taxer impunément un musulman de pervers ou de mécréant. »

 

• En règle générale, donc, Le takfîr relève de la compétence des savants :

 

Dans l’une de ses fameuses lettres, l’Imam ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan dit en s’adressant à l’un de ses contemporains en manque de zèle et qui se réclame de la pensée wahhabite pure et dure: « On m’a appris que vous aviez ce genre d’idées, et que vous vous êtes aventuré dans des domaines tels que :

  • Les notions d’alliance (muwâlât/mu’âdât),
  • Les traités et les courriers « internationaux »,
  • Les financements et les cadeaux, et bien d’autres domaines comme :
  • Les tendances des païens égarés,
  • La non-application des Lois d’Allah (el hukm bi ghaïr mâ anzala Allah) par les Bédouins, etc.

 

Des domaines que seuls les savants érudits sont à même de traiter. Ces derniers sont en effet dotés d’une telle sagesse, et d’une telle perspicacité, qu’ils pénètrent parfaitement les intentions du Législateur.

 

Pour parler de ces choses, il incombe d’avoir un bagage dans les matières que nous avons citées précédemment. Il incombe de bien maitriser les règles générales et globales qui les concernent. Il n’est pas permis de s’y initier lorsqu’on est ignorant et qu’on ne tient pas compte des détails de ses règles. Un discours vague qui ne descend pas dans le détail, et qui ne sait pas comment situer ni pénétrer les intentions du législateur en détail, conduit automatiquement à l’erreur et à la confusion. C’est le meilleur moyen pour corrompre la religion des hommes et pour disperser les esprits. On se met ainsi une barrière entre soi et la compréhension du Coran et de la sunna. »[16]

 

Abâ Battîn, qui représente un symbole aux yeux de certaines tendances contemporaines, recommande de :

  • ne pas s’initier dans les questions du takfîr sans avoir les outils en main pour le faire.
  • De ne pas sortir ou de faire entrer quelqu’un dans l’Islam selon ses propres appréciations, car c’est un domaine où seuls les textes font autorités.
  • D’éviter, et ce point est d’une extrême importance, de se prononcer sur des questions où la divergence règne entre les savants. c’est un domaine où il faut être prudent, sauf s’il existe un texte explicite sur la question.

 

Malheureusement, selon Abâ Battîn, Satan est parvenu à faire glisser bon nombre de gens dans ce domaine, qui est des plus délicats. Entre faire du takfîr à outrance et interdire le takfîr à outrance, il a l’embarras du choix. Le plus étonnant, pour reprendre les termes d’Abâ Battîn, c’est que si on interrogeait les uns et les autres sur une simple question qui touche aux ablutions, ils seraient incapables d’y répondre, et, paniqués, ils s’appuieraient aussitôt sur les savants. En revanche, quand il s’agit des questions aussi graves que le takfîr, ils font étrangement preuve d’assurance et d’autonomie.[17]

 

Ibn Sahmân, quant à lui, approuve les paroles de Sheïkh Abâ Battîn.[18] En outre, en réponse à une lettre, il constate notamment que la plupart des religieux qui s’initient dans ce domaine, sont de simples gens n’ayant pas le moindre semblant de science ni la moindre expérience pouvant les épargner du péril. Souvent, ils n’ont jamais feuilleté les analyses des grandes références sur la question qui n’omettent pas de rappeler dans leur discours que seuls les grands érudits sont à même de s’y engager.[19]

 

Ibn Sahmân est également l’auteur des paroles : « Je pense wa Allah a’lam, que seule la personne compétente est à même de faire l’iqâma el hujja, et que celui qui n’en est pas capable, comme l’ignorant, qui ne connait pas les règles de sa religion et qui ne connait pas les paroles des savants dites sur le sujet, ne peut l’établir. »[20]

 

Pour Mohammed ibn ‘Abd e-Latîf, à vouloir se passer des savants sous prétexte d’avoir majmû’ e-tawhîd sous la main, c’est foncer droit sur un mur. Sinon, le Prophète (r) n’aurait jamais dit que le savoir se dissipera avec la mort des savants, et qu’ensuite, les hommes auront pour références les plus grands égarés…[21]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Kashf el awhâm wa el iltibâs ; un autre pamphlet d’ibn Sahmân peint le profil psychologique des mauvais prédicateurs qui n’ont d’autre ambition que de vouloir tourner les regards vers eux : « Il est vraiment étonnant qu’on puisse tendre l’oreille à des gens qui ne sont nullement des savants, et qui n’ont jamais étudié chez eux ! Comment peut-on se faire une bonne opinion de leurs paroles et de celles qu’ils rapportent tout en ayant une mauvaise opinion des savants ? Pourtant, ces derniers connaissent beaucoup mieux qu’eux le discours des porteurs du savoir. Leur seule ambition est de guider les gens et de leur montrer la vérité…

Quant à ces vulgaires ignorants qui s’autoproclament savants, nombre d’entre eux – surtout ceux qui n’ont pas étudié chez les savants – bien qu’ils appellent à la vérité, ils appellent en fait à eux-mêmes. Leur ambition est de tourner les regards vers eux dans le but de gagner le pouvoir et les honneurs. Ils veulent étendre leur autorité sur les autres. Quand on leur pose des questions, ils font des fatwas sans aucune connaissance. Égarés, ils égarent les autres. » Minhâj ahl el haqq wa el ittibâ’ (p. 24 et 80).

[2] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/195-196) et e-durar e-saniya (10/245-246).

[4] فضيلة الشيخ وفقكم الله ؛ يقول السائل : ذكرتم حفظكم الله البارحة أنه يشترط في تكفير الشخص أن يحكم القاضي بذلك ؟ الشيخ : " أي نعم ؛ المعين يعني ، المعين لا يحكم عليه إلا بحكم القاضي أنه مرتد ، تطبق عليه أحكام الردة ، أما كل يكفر الثاني ويكفر الآخر ، لا ؛ هذه فوضى في التكفير ". يقول حفظ

[5] Voir : kitâb el kabâir inclus dans majmû’ mu-allafât e-Sheïkh (6/293).

[6] Rapporté par el Bukhârî (6045).

[7] Rapporté par Muslim (112).

[8] E-durar e-saniya (8/165-166).

[9] Rapporté par el Bukhârî (n° 6652).

[10] Rapporté par Muslim (n° 111).

[11] Rapporté par el Bukhârî et Muslim.

[12] Rapporté par el Bukhârî.

[13] Sheïkh Husaïn Âl e-Sheïkh au cours d’un sermon du vendredi.

[14] Sheïkh D. ‘Abd e-Rahmân e-Sudaïs au cours d’un sermon du vendredi.

[15] Sheïkh Husaïn Âl e-Sheïkh au cours d’un sermon du vendredi.

 

[16] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr de l’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, qui fut édité avec les annotations de Sheïkh D. ‘Abd e-Salâm ibn Barjas – qu’Allah lui fasse miséricorde –.

[17] Ibn Sahmân cite ce passage dans manhâj el haqq wa el ittibâ’ (p. 77), mais il se trouve également dans e-durar e-saniya (10/374-375).

[18] Voir : manhâj el haqq wa el ittibâ’ (p. 80).

[19] Voir : e-durar e-saniya (10/374-375).

[20] Manhâj el haqq wa el ittibâ’ d’ibn Sahmân (p. 68).

[21] Voir : E-durar e-saniya (7/294-298) pour la 2ème édition et (9/127-135) pour la 5ème édition.

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Publié par mizab - dans Takfir
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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 13:12

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar VI

(Partie 3)

 

Le sujet

 

• Il incombe de nuancer les propos du Sheïkh ‘Abd ‘Azîz ibn Bâz – Allah lui fasse miséricorde – qui reconnait la divergence, comme en témoignent les lignes suivantes : « Les sollicitations divines (e-tawwasul) sont ainsi de deux sortes : primo : solliciter Allah par l’intermédiaire du rang d’untel ou du droit d’untel. C’est une forme d’innovation sans atteindre le degré de mécréance. Secundo : l’interpeller directement dans les invocations en disant : O maître untel, donne-moi la victoire sur untel, ou guéris notre malade ! Cela relève de la grande association. Bien que les auteurs de telles pratiques qualifient ce procédé de sollicitation, il n’en demeure pas moins caractéristique à l’ère païenne.

 

La première forme relève de l’innovation ; elle constitue un moyen de faire parvenir à l’association. Lorsqu’on lui a indiqué – à Sheïkh ibn ‘Abd el Wahhâb – : « Ils prétendent les invoquer, car ils sont des élus vertueux ou des walis. Nous savons très bien que toute chose est entre les Mains d’Allah, mais ils ne sont que des intermédiaires. » Voici quelle fut sa réponse : « C’est exactement l’argument que les premiers païens mettaient en avant. En invoquant : à l’aide Ô Badawî ! Au secours Ô Husaïn ! Ils ne changent en rien aux pratiques d’Abû Jahl et des gens de son espèce, ceux qui revendiquaient : (Nous les adorons uniquement pour qu’ils nous rapprochent d’Allah davantage).[1] (Ceux-là sont nos intercesseurs auprès d’Allah).[2] » Ces invocations sont de la pure mécréance et correspondent à associer au Tout-Puissant dans l’adoration. Or, les savants divergent sur le statut de l’auteur d’une telle pratique : faut-il le considérer comme mécréant au premier abord ou bien attendre de lui faire comprendre son erreur à la lumière des Textes en s’assurant qu’il les a bien assimilés ? Il y a deux opinions sur la question.

 

La première : assure que l’auteur d’une telle parole devient mécréant à partir du moment où il commet un acte de mécréance confirmée comme telle ; ce genre d’association est si clair que les Textes ne peuvent échapper à personne.

 

La seconde opinion : soutient que de tels individus peuvent être des ignorants, sans compter que leurs mauvais savants les ont poussés à l’erreur. Le cas échéant, il est impératif de leur expliquer et de leur montrer la chose de sorte qu’ils comprennent leur erreur. Allah révèle en effet : (Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager).[3]

 

Après leur avoir fait comprendre en leur disant : telle chose n’est pas faisable, Allah a dit ceci, le Messager a dit cela, et leur avoir expliqué les textes, s’ils restent sur leur position, cela est synonyme de mécréance. Quoi qu’il en soit, l’acte en lui-même relève de la mécréance et de la grande association. Il demeure le statut de l’auteur d’un tel acte qui est sujet à discussion : faut-il le considérer comme mécréant ou bien remettre son sort à Allah ? Il est possible de le considérer comme les peuples pendant l’intervalle de la Révélation, qui se distinguent pour n’avoir reçu aucun message, aucune orientation. Son sort est donc entre les Mains d’Allah (Y) pour avoir mal été orienté de la part des mauvais savants. »[4]

 

Extrait du livre : sî’at Rahmat Rabbi el ‘Âlamîn lil juhhâl el mukhâlifîn li e-sharî’a min el muslimîn de Saïd ibn Sa’d e-Dîn el Ghabashi. La préface est une lettre de Sheïkh ‘Abd el ‘Aziz ibn Bâz –Allah lui fasse miséricorde – adressée à l’auteur, et datant du : 7/5/1403 h. à travers ce courrier, le Sheïkh exprime son approbation à l’égard de ce livre et donne son aval pour l’imprimer.

 

Par la suite, le Sheïkh associa sa voix à la lajna dâima (fatwa n° 11043) qui devait, entre autres, donner son avis sur ce fameux livre d’el Ghabashi. Cette fatwa, qui compte parmi ses signataires, ‘Abd e-Razzâq el ‘afîfî[5] explique notamment qu’après l’iqâma el hujja, l’invocation des morts excluent son auteur de la religion ; il perd donc ses droits de musulman sur terre et mérite l’Enfer éternel dans l’au-delà. Enfin, elle met en garde de kaffar ses frères muwahhidîn qui offrent des circonstances atténuantes aux quburites, étant donné qu’ils sont motivés par une shubha, qui contrairement aux allégations du Sheïkh Jarbû’, porte sur l’obligation d’établir contre eux la preuve céleste avant de porter sur eux tout jugement. En cela, ils n’ont pas la même approche avec les Juifs, les chrétiens et les communistes, considérés mécréants d’entrée. Nul doute qu’en s’abstenant de kaffar ces derniers, on commet une annulation de l’Islam. En définitive, le Comité permanent dit le contraire de ce que lui prête le Sheïkh ‘Abd Allah, faisant ainsi étrangement preuve d’une grande approximation…

 

Or, quand bien même, le grand Mufti condamnerait réellement les tenants du ‘udhr, cela signifierait purement et simplement qu’il se contredit en regard de son autre position sur le même ouvrage et de ses autres fatwâ comme nous allons le voir ; en sachant, comme le souligne ibn Taïmiya, qu’en dehors des Prophètes, personne parmi les savants n’échappe à la contradiction.[6]

 

Par ailleurs, ce même Sheïkh ibn Bâz n’a pas kaffar des auteurs du Golf, notamment saoudiens ayant publié dans les journaux ou ailleurs des vers vantant les vertus de pratiques païennes, comme l’istighâtha bi e-nabî. Il s’est contenté de les ramener à l’ordre et de les inviter à se repentir ; en voici trois exemples :

  • Le poète Mohammed Hasan Faqî auteur de la qada el masjidân,
  • Khâlid Mohammed Mohammed Salîm qui publia sa poésie dans le sharq el awsat,
  • L’auteur de vers ayant pour pseudonyme Amîna, et paru dans le quotidien koweïtien el mujtama’.[7]

 

Sheïkh ‘Abd el ‘Aziz fit le commentaire de taïsîr el ‘Azîz el Hamîd. Publié avec el fawâid el ‘ilmiya min e-durûs el bâziya, il fut préfacé par Sheïkh el Fawzân. Dans les questions, on l’interrogea notamment sur le statut de ceux qui commettent du shirk akbar. Il démontre dans un premier temps que l’acte en lui-même est clairement du shirk faisant sortir de l’Islam. Puis, il est plus évasif quand il s’agit de se prononcer sur un cas particulier, sous prétexte que la question d’iqama el hujja est sujette à un examen approfondi dans les milieux savants.[8]

 

Dans la question suivante, il est plus explicite. Si, aux yeux de certains érudits, le ‘udhr bi el jahl n’est pas attribué dans le shirk akbar, ce n’est pas l’avis, nous apprend-il en substance, d’autres de leurs confrères qui imposent l’iqâma el hujja, et qui font donc la distinction entre l’acte de shirk et son ism (dans le sens de wasf), et le statut de leur auteur et son hukm. Après quoi, si l’intéressé persiste dans son égarement, il sera mis à mort pour apostasie. Il doit donc comprendre qu’il est dans l’erreur et revenir à la vérité pour échapper aux sanctions prévues en conséquence.[9]

 

Plus loin, il souligne qu’une restriction au takfir comme l’ignorance peut faire obstacle au takfîr mu’ayyin, bien que l’acte en lui-même relève sans le moindre doute possible des pratiques préislamiques (je ne rentre pas dans les considérations de ne pas l’appeler mushrik pour des raisons de da’wa ; qu’on n’aille pas dire que je tronque ses paroles). Il fait donc toujours la distinction entre le hukm et le ism. La question suivante, il met en avant la position de certains savants sur l’obligation d’iqâma el hujja, même pour les questions de shirk akbar. Ces derniers supposent en effet qu’il peut être ignorant ou, pour une raison ou pour une autre, avoir été induits en erreur.[10]

 

Le site suivant a traduit les deux dernières fatwas en entier :

 

http://forum.daralhadith-sh.com/discussion/460/cheikh-ibn-baz-sur-le-fait-de-declarer-un-individu-precis-mecreant/p1

 

• Par le passé, je mis cette explication sous les yeux de notre ami (qui n’en démord pas pour autant), et à laquelle j’ajoutais :

 

Akhi el karim !

 

Nous devons garder à l’esprit un certain nombre de choses :

  1. J’ai répondu plus haut à la problématique que posait la parole d’ibn Bâz, car effectivement, elle est problématique…
  2. La problématique n’est pas moindre, étant donné que cela sous-entend que ce qu’il empêche de kaffar les pro ‘udhr, c’est iqâma el hujja ; cela signifie dans l’absolu qu’il les kaffar ; on dit qu’en commettant tel acte on devient un kafir, mais on applique ce statut qu’après iqâma el hujja...
  3. Les implications de cette parole sont non seulement très lourdes, mais impossibles !
  4. C’est rendre service au Sheïkh ibn Bâz que d’orienter ses paroles dans le bon sens, et pour cela, on s’est aidé d’un certain nombre de choses, non dans l’absolu !
  5. On s’est aidé de tous les passages où le Sheïkh reconnaissait la divergence ;
  6. Le passage en question est effectivement ambigu, alors nous l’avons ramené à une autre fatwa du comité avec les mêmes signataires, et où ses paroles sont claires ; nous n’avons que ramener le mujmal au mafassar, non le contraire !
  7. Car dans les faits, cela voudrait dire que non seulement le Sheïkh ne tolère pas la divergence, mais qu’elle n’existe pas, ce qui pour ce second point en tout cas, est contraire à la réalité…
  8. Cela signifierait déjà qu’il ne kaffar pas les savants suivants avant iqâma el hujja, alors qu’ils sont savants : Sheïkh el ‘Uthaïmin, Sa’dî, el Albani, el Mu’allimî, ibn Taïmiya, ibn el Qaïyim, etc. ce qui est impossible, alors soyons cohérents, et soyons objectifs, en mettant les passions de côté !
  9. J’ai démontré également que tout seul el ‘Afîfî voyait le ‘udhr bi el jahl, en tout cas à la lumière de certaines de ses fatwas, cela voudrait dire qu’il se kaffar !
  10. La fatwa parle bien de muwahhidins, et donc de salafis qu’il ne kaffar pas en raison de la shubha, dans le sens de ta-wîl, non dans le sens d’idées égarées.
  11. L’article que je t’ai donné plus haut retranscrit les paroles de la lajna, et ce n’est pas la compréhension de l’auteur des paroles d’ibn Baz, car elles parlent d’elles-mêmes : ومن ذلك : ما جاء في فتوى اللجنة الدائمة – الشيخ عبدالغزيز بن باز والشيخ عبدالرزاق عفيفي :"لا يجوز لطائفة الموحدين الذين يعتقدون كفر عباد القبور أن يكفروا إخوانهم الموحدين الذين توقفوا في كفرهم حتى تقوم عليهم الحجة لأن توقفهم عن تكفيرهم له شبهة وهي اعتقاد أنه لابد من إقامة الحجة على أولئك القبوريين قبل تكفيرهم بخلاف من لا شبهة في كفره كاليهود والنصارى والشيوعيين وأشباههم فهؤلاء لا شبهة في كفرهم ولا في كفر من لم يكفرهم ". [مجموع فتاوى اللجنة الدائمة للبحوث العلمية والإفتاء2/99 ].
  12. Je t’ai ramené une liste de 13 savants contemporains, dont ibn Bâz, qui reconnaissent la divergence.[11]
  13. Et j’ai même prévu l’éventualité où effectivement, il condamnait les pro ‘udhr, ce qui ferait qu’il se contredirait littéralement ; en orientant ses paroles dans le bon sens, en plus des innombrables indices que j’ai ramené, je ne fais que lui offrir des circonstance atténuantes !

 

Il y a encore tellement de choses à dire, mais je me contenterais de cela…

Wa Allah el musta’en ! Qu’Allah nous montre la vérité à tous !

 

• Je lui disais également :

 

Maintenant, j'aimerais savoir akhi el karim, si tu as lu sî’at Rahmat Rabbi el ‘Âlamîn lil juhhâl el mukhâlifîn li e-sharî’a min el muslimîn de Saïd ibn Sa’d e-Dîn el Ghabashi. La préface est une lettre de Sheïkh ‘Abd el ‘Aziz ibn Bâz – Allah lui fasse miséricorde – adressée à l’auteur, et datant du : 7/5/1403 h. À travers ce courrier, le Sheïkh exprime son approbation à l’égard de ce livre et donne son aval pour l’imprimer.

 

Si oui, la question est la suivante : de quoi parle Sheïkh ibn Baz quand il remercie el Ghabashi d'avoir réfuté les réfractaires et d'avoir dévoilé leur ignorance et leur ruse ?

Je te rappelle que tu m'as rapproché de ne pas avoir lu l'introduction, et moi, je te demande si tu as lu le livre en entier ?

 

Déjà, je te ramène en entier les deux fatwas d'ibn Baz, celle où il parle des muwahhidins pro 'udhr qui ne kaffar pas les quburyins, je pourrais dire d'entrée, et celle où il explique où il veut en venir ; cela devient vraiment intéressant :

 

http://www.ajurry.com/vb/showthread.php?t=37508

 

Je te laisse faire tes propres conclusions, en sachant que le Sheïkh ne répond pas forcément à tous les points posés dans la question, ce qui peut induire en erreur : le fait qu'il a dissipé un amalgame ne signifie pas qu'il est plus clair dans sa nouvelle fatwa !

 

Il est possible également que l'amalgame porte sur une chose, ce qui fait que dans la nouvelle fatwa, il est plus clair, mais notre dilemme porte sur autre chose ; en cela, il n'est pas forcément plus claire dans la fatwa d'explication, et il est même possible, en sachant que ce n'est pas son objectif premier de résoudre ce point, qu'il rend la chose encore plus floue...

 

Waffaqaka Allah li kulli kheir !

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

 

 

[1] Le rassemblement ; 3

[2] Yûnas ; 18

[3] Le Voyage nocturne ; 15

[4] Extrait du livre : sî’at Rahmat Rabbi el ‘Âlamîn lil juhhâl el mukhâlifîn li e-sharî’a min el muslimîn de Saïd ibn Sa’d e-Dîn el Ghabashi.

[5] Ce dernier établit que les qubûriyins sont des apostats après iqâma el hujja, et avant cela, ils sont des ignorants comme les Compagnons qui avaient demandé au Prophète (r) de leur désigner un arbre sur lequel ils suspendraient leurs armes (ashâb el anwât) ; voir : fatâwa wa rasâil samâhat Sheïkh ‘Abd e-Razzâq ‘Afifî (1/172).

[6] Majmû’ el fatâwâ (29/42).

[7] Pour les réponses du Sheïkh ibn Bâz : voir respectivement ses fatâwâ (2/406, 411, et 108-109).

[8] El fawâid el ‘ilmiya min e-durûs el bâziya (2/46).

[9] El fawâid el ‘ilmiya min e-durûs el bâziya (2/49).

[10] El fawâid el ‘ilmiya min e-durûs el bâziya (2/273-274).

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 13:37

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar VI

(Partie 2)

 

• Certains élèves des grandes références de la première époque appréhendaient mal les questions du takfîr ; ces derniers confondaient entre le takfîr el mutlaq (absolu) et le takfîr el mu’ayin (particulier), et attribuait cette tendance à l’imâm Ahmed.[1] Cette conception biaisée fut adoptée dans les rangs hanbalites,[2] à travers les siècles avec son lot d’anathèmes à l’emporte-pièce sur leurs coreligionnaires coupables d’hérésie, et son lot de troubles qu’ils engendrèrent. Les autres écoles canoniques ne furent pas épargnées par ce rigorisme. Sous l’influence du mu’tazilisme, voire du kharijisme, nombreux sont les légistes modernes qui distinguent entre les éléments fondamentales et subsidiaires de la religion avant de se prononcer sur un cas particulier ; ceux-ci n’accorde aucune circonstance atténuante à tout fautif éventuel dont l’erreur relève du premier domaine, en faisant preuve d’une plus grande tolérance pour le second. Ibn Taïmiya corrige cette approximation historique qui impute à tort cette tendance aux anciens, comme nous l’avons vu à maintes reprises.[3]

 

• Ainsi, pour faire place au sujet, cette conception biaisée fut tellement ancrée dans les milieux hanbalites que des modernes, à l’image de certains érudits de la da’wâ nadjite, vacillent entre deux réactions vis-à-vis de la position d’ibn Taïmiya : les uns lui imputent de les rejoindre dans leur approche, et les autres, à l’instar d’Abâ Btîn, lui donne tort, ou, tout au moins, font preuve d’approximation dans l’avis qu’ils lui attribuent. D’ailleurs, ils commettent ce même genre d’approximation avec son élève, ibn el Qaïyim, un peu à la manière d’ibn Bâz – qu’Allah ait son âme – qui utilise le fameux passage de tarîq el hijrataïn où il parle des païens de la période d’intervalle entre deux prophéties, pour l’étendre aux musulmans coupables de shirk, et qu’il assimile aux païens d’origine. Il ne fait certes qu’une analogie, mais, aussi honorable soit-il, nous ne lui concédons nullement de comparer l’incomparable, comme l’établit Sheïkh Sa’dî !

 

Ibn Taïmiya distingue entre les païens d’origine et les musulmans coupables de shirk dans des propos dont voici la teneur : « … Ce genre de pratiques est beaucoup répandu chez les païens purs et durs et chez les adeptes de cette communauté coupable d’association. »[4]

 

Ailleurs, il signe : « C’est la raison pour laquelle, tout fautif auteur d’une mauvaise interprétation (ta-wîl) ou d’un acte pervers (fisq), bien que, contrairement au premier, il jouisse d’une croyance saine, soit, d’un côté, louable, et blâmable, d’un autre côté, mais dans les deux cas, il se distingue des mécréants (païens et gens du Livre). »[5]

 

El islâm jâa li e-tafrîq baïna el mukhtalifaïn wa e-taqrîb baïna el mutamâthilaïn !

 

Quand à nous, simples observateurs, nous devons mettre en lumière les points de convergence et de divergences (el qadr el muftaraq wa el aqadr el mushtarak) qui se trouvent entre les différentes questions de la religion. Il ne s’agit pas d’uniquement empiler des connaissances sous leur forme la plus brute, mais faire preuve de dirâya (esprit d’analyse), wa Allah el musta’ân !

 

L’imam Ahmed disait : « Il incombe à toute personne qui s’initie à parler de figh d’éviter ces deux principes : les notions vagues et l’analogie. » Il soulignait également : « La plupart des erreurs des gens proviennent de la mauvaise interprétation et de l’analogie. »[6]

 

• Si cela est clair, cette vision extrême du takfîr fut contestée au sein même des savants d’aimmat e-da’wâ ; nous avons vu précédemment que Sheïkh Sa’dî réfute ce qui semble être la position d’Abâ Btîn, même s’il ne le vise pas directement.

 

Son élève, Sheïkh Sâlih el ‘Uthaïmîn, lui reprendra le flambeau, en fustigeant qu’il n’y a pas de place pour les sentiments dans les questions qui touchent à la religion ; seuls les textes font autorité. Or, le Seigneur (U) nous dit bien : « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! » Comment peut-on être coupable d’un péché quand on n’a même pas conscience que s’en est un ![7]

 

Il se demande comment ses élèves peuvent encore douter de la chose. Il s’étonne qu’elle soit encore confuse dans leur esprit.

 

Il va jusqu’à qualifier l’autre opinion, celle des anti ‘udhr, de faible ! Selon lui, elle va à l’encontre des grandes références qui ne font pas la différence entre les formes d’ignorance ; de la même façon qu’il est concevable que certains ne connaissent pas le statut de la prière, il en est de même pour celui qui ne sait pas qu’il est interdit de se prosterner devant une idole. Ces questions ne sont pas laissées à l’initiative des uns et des autres ; la raison n’y a pas sa place. Il revient uniquement aux textes de trancher sur la chose. Nous ne sommes pas plus avisés que le Législateur, et nous n’avons pas le droit de nous insérer dans Sa Miséricorde ni de la réduire à notre compréhension étroite.

 

Il remet complètement en cause l’allégation selon laquelle le mîthâq qu’Allah a pris sur la descendance d’Adam avant leur création est suffisant pour établir la preuve céleste contre elle. À quoi servirait l’envoi des messagers si tel était le cas, interpelle-t-il ? Ensuite, il impute la distinction entre les usûl et les furu’ dans les questions du takfîr aux théologiens du kalâm.[8] Il reprend exactement la démonstration d’ibn Taïmiya que nous avons étalée dans cette série d’articles. Il est même l’un des contemporains qui a le mieux exposé la question.[9] Même Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh reconnait que les savants de aimmat e-da’wâ ne sont pas à l’abri de l’erreur.

 

Sous l’ère du roi saoudien ‘Abd el ‘Azîz, un débat, qui tourna en faveur des pro ‘udhr, eut lieu à La Mecque pour trancher sur la question. Mohammed Rashîd Ridâ nous en fait le résumé : « La preuve céleste n’est pas établie contre celui qui ne comprend pas la prédication… Cette question fut l’objet d’une divergence entre les grands savants contemporains du Najd lors d’une assemblée de l’Imam ‘Abd el ‘Azîz ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Faïsal Âl Sa’ûd à La Mecque. l’argument le plus fort fut en faveur du Sheïkh ‘Abd Allah ibn Bulaïhid disant qu’il était essentiel de comprendre la preuve céleste afin qu’elle soit établie ; sa présence en elle-même ne suffisait pas si elle n’était pas comprise. Pour appuyer ses dires, ce dernier s’inspira d’un passage d’ibn el Qaïyim – qu’Allah lui fasse miséricorde – qui était clair sur la question. Il parvint ainsi à convaincre les autres membres de l’assemblée. »[10]

 

Il fait certainement allusion au passage d’ibn el Qaïyim dans tarîq el hijrataïn et disant que l’iqâma el hujja varie en fonction des époques, des lieux et des personnes.[11]

 

Les différentes catégories d’individus

 

Pour mieux cerner la divergence, il incombe de mettre en lumière un certain nombre de points.

 

Premièrement : selon l’opinion la plus répandue des traditionalistes, celui qui n’a jamais entendu parler de la législation mohammadienne, et qui en d’autres termes n’a pas reçu la preuve céleste est excusable indépendamment de savoir dans quelle époque et à quel endroit il se trouve. Dès lors, la religion à laquelle il adhère sur terre (juive, chrétienne, païenne) aura une influence sur la relation que nous aurons avec lui.

 

Quant à son statut dans l’au-delà, il est le même qu’ahl el fatra (l’intervalle entre deux périodes prophétiques). Selon la tendance la plus vraisemblable, cette catégorie d’individus sera éprouvée le Jour de la résurrection ; celui qui passera cette épreuve gagnera le Paradis et celui qui échouera sera jeté en Enfer. Allah (I) révèle à ce sujet : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[12]

 

Deuxièmement : il existe plusieurs catégories de mécréants et païens ayant reçu le message prophétique et la preuve céleste, mais qui ensuite n’ont pas embrassé l’Islam :

 

  1. Ceux qui ont renié le message par orgueil.
  2. Ceux qui ne porte pas attention à cette religion et qui s’en détournent.
  3. Ceux qui suivent aveuglément (taqlid) leurs ancêtres, et qui, pour préserver leur rang et leur richesse, ont renoncé à la foi.

 

Il va sans dire que ces trois catégories d’individus ne sont pas musulmans (Juifs, chrétiens, idolâtres, etc.), mais des mécréants d’origine (kuffar asliyun). Ce constat est l’un des principes élémentaires de la religion musulmane.

 

Troisièmement : un adepte de l’Islam qui commet de la grande association délibérément et en tout âme et conscience. Ce cas est le même que les précédents.

 

Quatrièmement : ici se situe la divergence. Autrement dit, est-ce qu’un adepte de l’Islam qui commet une annulation de la religion par erreur (khata), interprétation (ta-wil) ou par ignorance est un mécréant ou devient un apostat ? Ou bien faut-il attendre avant de le condamner qu’il comprenne la preuve céleste ?[13]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1]Mujmû’ el fatâwâ (12/487-488).

[3] Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[4] Voir : minhâj e-sunna (2/396).

[5] Voir : jâmi’ e-rasâil (1/244-245).

[6] El qawâ’id e-nurâniya de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya (2/437).

[7] Idem.

[8] Sharh sahîh el Bukhârî (cass. n° 21/b)

[10] majmû’ e-rasâil e-najdiya (5/514-519).

[11] Tarîq el hijrataïn (p. 414).

[12] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 12:42

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar VI

(Partie 1)

 

Personne n’aime autant qu’Allah offrir des excuses à ses créatures à qui il envoya le Livre sacré, et des messagers avertisseurs du châtiment et annonciateurs de la bonne nouvelle…[1]

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

[Seigneur ! Desserre ma poitrine Et facilite-moi la tâche][2] ;

 

« Seigneur ! – ou selon une version : Ô Allah ! – Aide-moi et ne me livre pas aux mains d’un ennemi ; donne-moi la victoire sur lui et ne lui donne pas la victoire sur moi ; ruse en ma faveur et ne ruse pas contre moi ; facilite-moi le bon chemin et fais-moi triompher de ceux qui me font du tort ! Seigneur, fais que je redouble de gratitude envers Toi, que je m’absorbe dans Ton évocation, tout au long de ma fuite vers Toi ! Entièrement soumis et rempli d’humilité, je me repends à Toi et reviens vers Toi ! Alors, accepte mon repentir, lave mes péchés, répond à mon invocation, raffermis mon argument, corrige ma langue, guide mon cœur, et épure-le des viles turpitudes ! »

 

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à plusieurs billets :

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/tag/ibn%20baz/

 

Prologue

 

Le takfîr est une disposition légale qui émane exclusivement d’Allah et de Son Messager (r)[3] ; seuls les textes du Coran et de la sunna juge que l’auteur de tel acte est un mécréant. Ce droit n’appartient qu’Allah seul et à personne d’autre.[4] Nous ne faisons le takfîr que pour des péchés qui font l’objet d’un consensus des musulmans ou d’une preuve infaillible.[5]

 

Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya établit à sujet : « Cet usage était en vigueur chez les savants traditionalistes qui ne vouaient pas leurs opposants à la mécréance, quand bien même, ces mêmes opposants ne se gênaient pas pour les sortir de l’Islam. Le takfîr est, en effet, une disposition légale. »[6]

 

 

Ibn el Qaïyim – qu’Allah lui fasse miséricorde – est l’auteur des vers suivants :

 

Le kufr est le droit d’Allah, et de Son Prophète

Il est fixé – non l’avis d’un tel – par la loi

Quand le Seigneur et Mohammed le décrète

C’est que tel acte fait sortir de la foi

 

C’est en sortant de la religion les musulmans à cause des péchés qu’on en arrive à autoriser moralement leur sang, et leurs biens ; les tenants de cette tendance décrète mécréants, les pays musulmans, et ils confinent les limites de la terre musulmane à l’endroit où ils vivent.[7]

 

E-Tahâwî affirme : « Nous ne sortons de la religion aucun adepte de la qibla à cause des péchés, à condition de ne pas les autoriser moralement. »[8]

 

Ibn ‘Abd el ‘Izz souligne : « Le domaine du takfîr ou du non takfîr, a suscité d’énormes divisions et malheurs. »[9]

 

El Ghazâlî – qu’Allah ait son âme – met en garde : « Il incombe de prendre le plus de précautions possibles dans le domaine du takfîr, car autoriser moralement le sang et les biens des fidèles affiliés à l’Islam, qui adhèrent ouvertement à l’attestation de foi est une grossière erreur, en sachant qu’il vaut mieux laisser en vie mille mécréants par erreur, que de verser le sang d’un seul musulman par erreur.. »[10]

 

Ailleurs, il renchérit, comme le rapporte ibn Taïmiya : « Le takfîr est une disposition légale qui débouche sur la mise à mort, la réquisition des biens, et l’enfer éternel. Au même titre que n’importe quel statut dans la religion, celle-ci oscille entre la certitude à la forte probabilité, quand elle ne suscite pas l’hésitation. Dans ce dernier cas, il est plus sain de s’abstenir, en sachant que le takfîr à la hâte est souvent le lot d’individus empreints d’ignorance. »[11]

 

Ibn Taïmiya explique qu’un émir à plus intérêt à pardonner par erreur que de punir par erreur.[12] Il ne convient pas de punir qui que ce soit ni d’affirmer que telle chose est vraie ou fausse en se basant sur de simples conjectures.[13]

 

Ainsi, comme l’établit ibn Taïmiya, Lorsque la foi est avérée chez un individu avec certitude, on ne peut la lui retirer sur une simple suspicion. La seule chose qui permet de le faire, c’est d’établir toutes les preuves contre lui et de dissiper de son esprit toute ambigüité (iqâmat el hujja wa izâlat e-shubha).[14] À ses yeux, je cite : « Le takfîr ne peut s’avérer pour des choses où plusieurs hypothèses sont possibles. »[15]

 

D’après el Baïhaqî, j’ai entendu dire Abû Hâzim el ‘Abdawî, j’ai entendu dire Zâhir ibn Ahmed e-Sarkhasî : peu avant de rendre l’âme, Abû el Hasan el Ash’arî que j’avais hébergé sous mon toit, m’a appelé à son chevet pour me témoigner : « Je témoigne que je ne kaffar aucun adepte de la qibla, car, bien qu’ils ont des mots différents pour le décrire, tous adhèrent au même Dieu. »

 

L’historiographe Dhahabî a cautionné ses propos qu’il a enregistrés dans son encyclopédie avant de conclure : « Je partage la même conviction. À la fin de sa vie, ibn Taïmiya, notre maitre disait : « Je ne kaffar aucun membre de la communauté, conformément aux propos prophétiques : « Seul le croyant préserve les ablutions. » Ainsi, en étant assidu à la prière qu’on fait précéder des ablutions, on est un musulman. » »[16]

 

Toutes ces précautions de la part d’ibn Taïmiya ne signifient nullement qu’il n’applique jamais le takfîr sur un cas particulier. Lui-même taxe d’apostats certaines adeptes du soufisme panthéiste et jahmiste comme el Hallâj, ibn Sab’în, ibn ‘Arabî, el Qunâwî, e-Tlemceni.[17] Il n’épargne pas non plus les philosophes musulmans, à l’instar d’el Fârâbî,[18] ibn Sîna, etc.

 

Nous avons vu dans les parties précédentes que le Sheïkh Taqî e-Dîn distingue entre les adeptes affiliés à l’Islam qui sont des croyants non apostats et les zindîq, hypocrites.

 

Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh entérine le principe cité plus haut à travers ses dires : « En principe, toute personne affiliée à l’Islam est musulmane jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance est un état nouveau qui vient interférer l’état initial, l’Islam, et qui le remet en question, sous certaines conditions et considération. Ou bien, est-ce le contraire ? Soit qu’un acte d’apostasie évidente annule d’entrée le statut de musulman à un accusé potentiel jusqu’à ce que la preuve céleste vienne définitivement tranchée sur son cas.

 

Bien sûr, la première hypothèse est la bonne, soit qu’il reste musulman jusqu’à ce que la preuve céleste démontre de façon claire et limpide qu’il est un apostat. Nous devons avoir autant de certitude qu’il est sorti de l’Islam que nous en avons eu lorsqu’il y est entré : « Tu l’as tué après qu’il ait dit : lâ ilâh illâ Allah ! » nous apprend le hadîth. L’attestation de foi nous donnait la certitude de son affiliation à l’Islam, et pour l’en faire sortir, l’accusation doit faire le même poids. »[19]

 

• Alors certes, il faut distinguer entre les grands péchés et la grande mécréance, ce que ne faisaient pas les kharijites, mais nous devons, pour nous éloigner définitivement de ces hérétiques, mettre une frontière nette entre le statut absolu d’un acte et son application sur un cas particulier.

 

Selon ibn Taïmiya, il est plus grave d’appliquer les textes de la menace divine (comme la malédiction) à grande échelle que de kaffar les auteurs des grands péchés à la manière des kharijites et des mu’tazilites ;[20] en sachant que le takfîr entre dans le domaine de la menace divine.[21]

 

Il est donc fallacieux, pour échapper à la vindicte des traditionalistes, de se cacher derrière l’idée que les kharijites font sortir les musulmans désobéissants de la religion,[22] à la manière de Salmân el ‘Awda dans son fameux échange avec ibn Bâz sur la question du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah ; en voici un extrait : « Ainsi, explique l’ancien Muftî, on s’épargne et on s’éloigne de la pensée Kharijite. Sinon, on sombre dans les mêmes travers que les Kharijites, et les mêmes confusions qui a régnées dans leur esprit, à vouloir ainsi généraliser.

  • Vous avez évoqué la question d’exclure le désobéissant de la religion et de l’auteur d’un grand péché, lança Salmân en vue de rebondir ; il n’y a pas de divergence sur ce point.
  • Quoi qu’il en soit, lui fustigea-t-il, telle est la méthode et l’erreur des Kharijites ; ils ont tendance à tout généraliser au dépend du sens particulier que revêt un sujet précis. En résultat, ils taxent tout le monde d’apostats, alors que le Prophète (r) a dit à leur sujet : « Ils sortent de l’Islam pour ne plus jamais y revenir. » »[23]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Hadîth rapporté par el Bukhârî (n° 7416) et Muslim (n° 2760).

[2] Tâ-Hâ ; 28

[3] Sheïkh Husaïn Âl e-Sheïkh au cours d’un sermon du vendredi.

[4] Sheïkh D. Sâlih ibn Humaïd au cours d’un sermon du vendredi.

[5] Sheïkh D. ‘Abd e-Rahmân e-Sudaïs au cours d’un sermon du vendredi.

[6] E-radd ‘alâ el Bakrî (2/492). Ibn Taïmiya, en effet, dit ouvertement qu’il n’a pas kaffar el Bakrî qui, lui, ne s’est pas gêné pour le faire. Voir : e-radd ‘alâ el Bakrî (2/494).

[7] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (19/73).

[8] El ‘aqîda e-tahâwîya (p. 19).

[9] Sharh el ‘aqîda e-tahâwîya (p. 316).

[10] El iqtisâd fî el i’tiqâd (p. 269) ; fath el Bârî (12/300).

[11] Ibn Taïmiya reprend à son compte cette dernière phrase dans e-sab’îniya p. 345. Pour la citation entière, voir : el jâmi’ li sîrat ibn Taïmiya de ‘Azîr e-Shams et ‘Alî el ‘Imrân (p. 544).

[12] Extrait du hadîth : « Dans le doute, renoncez aux peines ! Il vaut mieux pardonner par erreur que de punir par erreur. » La première partie est devenue une règle de fiqh, bien que les termes ne remontent pas au Prophète, mais ils viendraient plus probablement des Compagnons. En outre, sa chaine narrative est controversée ; voir : irwâ el ghalîl (n° 2355), et dha’îf el jâmi’ e-saghîr (n° 259) tous deux de Sheïkh el Albânî.

[13] Majmû’ el Fatâwâ (10/378-386).

[14] Majmû’ el fatâwâ (12/393).

[15] Voir : e-sârim el maslûl (3/963).

[16] Voir : siar a’lâm e-nubalâ (15/88).

[17] Voir : majmû’ el fatawa (2/175), et majmu’ e-rasâil wa el masâil (4/82, 85).

[18] Voir : dar-u e-ta’ârudh (1/10) et Majmû’ el fatâwâ (2/67, 86).

[20] Voir : majmû’ el fatâwa (20/263-264).

[21] Idem. (3/231).

[22] La définition classique d'un kharijite est approximative, comme le démontre cet article : http://mizab.over-blog.com/2016/07/la-definition-classique-d-un-kharijite-est-approximative.html

[23] Voir : Madârik e-nazhar fî e-siyâsa de Sheïkh ‘Abd el Mâlik Ramadhânî.

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 16:14

 

En outre, notre ami confond entre trois concepts – pour sa défense, il n’est pas le seul, et c’est d’ailleurs ce qui crée un énorme amalgame dans ce genre de questions : entre le « wasf », le « ismlâzim », et le « hukmthâbit ». C’est exactement la même chose avec le terme « kufr » qui remue tant les passions dans la question du hukm bi ghaïrmâanzala Allah. Je vais rentrer ici dans une considération un peu complexe : le « wasf » sert à décrire un acte. En l’occurrence, les musulmans qui commettent du shirk ou du kufr, sont des mushrikins ou des kuffars, ou plus exactement des kâfirûn,[1] en regard de leur acte, non de leur statut. Après iqâma el hujja, et seulement à ce moment-là (j’extrapole un peu pour ne pas compliquer davantage), les fautifs en question deviennent desmushrikins dans le sens où ils sortent de façon factuelle, de la religion. C’est ce que j’appelle « ismlâzim » qui est indissociable avec le statut qui en découle le « hukm » ; nous sommes donc loin de la règle du hukm et du ism réfutée plus haut. Ainsi, mushrik désigne deux choses différentes, d’où l’amalgame qui règne sur la chose : le « wasf » ou le « ism‘âridh » qui consiste à désigner une personne par son acte, indépendamment de savoir si, dans les faits, il est condamnable ou non, et le « ismlâzim » qui consiste à désigner une personne par son statut inhérent, et qui est indissociable avec le châtiment qui en découle, wa Allah a’lam !

 

• D’un point de vue purement méthodologique, il est donc erroné d’interpréter les paroles d’un auteur selon la conception des adeptes de sa tendance, sous prétexte qu’ils seraient plus à même de déchiffrer ses intentions. Cela est d’autant plus vrai que l’auteur en question se charge lui-même de mettre en lumière sa tendance. L’approche qui consiste à faire parler ibn Taïmiya par la bouche de certains savants de aimmat e-da’wâ, qui, soit dit en passant, n’ont pas une position uniforme, est bancale, comme démontré à travers plusieurs articles.

 

On peut ne pas se laisser convaincre par la personne insignifiante que je suis, et c’est compréhensible, alors je vais laisser ibn Taïmiya se « dédouaner » lui-même de ce crédo qu’on lui impute, et qui consiste à dissocier lehukm et le ism. Avant cela, j’aimerais pousser le lecteur à la réflexion : pourquoi est-ce qu’il n’a jamais développé cette notion, ne serait-ce qu’à travers les digressions qu’il affectionne tant ? Une notion qui serait, qui plus est, un point essentiel du crédo ! Pourquoi s’évertuer à deviner sa tendance dans certaines bribes de son discours, en occultant de façon grossière, et parfois au même endroit ou « quelques lignes après », son discours clair et limpide qui jalonne ses analyses ? Pourquoi tordre ses paroles pour les faire tendre vers sa propre tendance ? Pourquoi passer par des raisonnements tirés par les cheveux, et pour le moins abracadabrant ?

 

Sheïkh el Islam établit la règle selon laquelle une parole de kufr ne voue pas forcément à la mécréance tous ceux qui la prononcent. Se prononcer sur un cas particulier, cela revient à se prononcer sur son sort dans l’au-delà en appliquant sur lui les textes de la menace divine… Or, si ce dernier, au même moment, n’est ni un mécréant ni un hypocrite, il ne peut être qu’un croyant.[2]

 

À l’unanimité des savants, l’apostat est plus condamnable que le mécréant d’origine.[3] La sunna établit que la punition de l’apostat est plus sévère que celle du mécréant d’origine, comme le démontrent notamment les points suivants :

  • L’apostat est mis à mort sans condition ; il ne lui est pas offert de verser un tribut et de se soumettre au statut de dhimmî, contrairement au mécréant d’origine.
  • L’apostat est mis à mort, même s’il est incapable de prendre les armes, contrairement au mécréant d’origine qui ne participe pas au combat, selon la plupart des savants à l’instar d’Abû Hanîfa, Mâlik, et Ahmed. En revanche, pour la majorité des savants, l’apostat est passible de la peine de mort. Cette tendance est celle de Mâlik, Shâfi’î, et Ahmed.
  • L’apostat est privé de certains droits (mariage, héritage), et on n’a pas le droit de manger sa viande, contrairement au mécréant d’origine, etc.[4]

 

Ibn Taïmiya distingue entre le statut d’un acte dans l’absolu et son application à un cas particulier

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiyaétablit que les Textes divins concernant le mauvais devenir de l’homme (wa’îd) et les paroles provenant des grandes références de la religion sur les questions du takfîr (taxer quelqu’un d’apostat), dutafsîq (taxer quelqu’un de pervers), et autres, n’impliquent nullement qu’il faille les appliquer à une personne en particulier sauf si celle-ci répond aux conditions pour le faire et si toute restriction en est exclue.[5]

 

Puis, il enchaine : « Il n’y a pas de différence en cela entre les questions fondamentales et les questions subsidiaires de la religion, pour ce qui est du châtiment divin dans l’au-delà. Cette règle englobe tout individu passible de la menace divine (châtiment, malédiction, courroux) qu’elle soit perpétuelle ou non, ou portant des noms (ism)qui s’y rattachent comme mécréant (pour le takfîr) etpervers(pour le tafsîq). Nous pouvons faire entrer dans cette règle indistinctement les innovations (qu’elles soientdogmatiques ou rituelles) qui touchent à la religion, ou les actes de débauche qui touchent à la vie profane, et auxquels on donne le nom de perversité corporelle.

Quant aux différents statuts terrestres, nous pouvons dire la même chose. Autrement dit, le djihad lancé contre les mécréants doit être précédé de la prédication. Le châtiment s’applique uniquement, en effet, à celui qui a reçu la preuve céleste. Nous pouvons dire la même chose pour les punitions des pervers, soit qu’elle n’a pas lieu avant d’avoir établi contre eux la preuve céleste. »[6]

 

La preuve, si tant est qu’il faille encore le démontrer, à ma connaissance, ibn Taïmiya n’a pas kaffarel Bakrî qui cautionnait pourtantl’istighâtha bi e-sâlihîn,[7]ni, probablement, el Akhnâî contre qui, également, il consacra une réfutation dont elle extraite la citation d’el Wuhaïbî.

 

• La conclusion de notre ami est sans appel :

Après sa traduction de ce passage d'Ibn Taymiyya, Karim Zentici disait donc: "en ayant résumé légèrement ces paroles".

N'aurait-il pas été plus juste de dire: "en ayant censuré grossièrement ces paroles" ?

 

Sans commentaire, à la lumière des explications précédentes, wa bi Allah e-tawfîq !

 

إن مما أدرك الناس من كلام النبوة الأولى : إذا لم تستحي ، فاصنع ما شئت

 

 

Allah promet à la victime d’une injustice s’étant tournée vers Lui : la ansurannakawalawba'dhhîn !

 

 

وَعِزَّتِي وَجَلَالِي لَأَنْصُرَنَّكِ وَلَوْ بَعْدَ حِينٍ

 

Bon, j’arrête de vous inonder avec mes pavés, mes parpaings, et vous donne rendez-vous très prochainement avec la suite, in shâ Allah !

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] E-Râghib el Asfahânî souligne que le pluriel « el kuffâr », sert le plus souvent à désigner les non-musulmans. L’autre pluriel « el kafara » est plus utilisé pour le kufre-ni’ma (l’ingratitude) qui ne fait pas sortir de la religion. Réf : Mufradâtalfâzh el Qur-ân (p. 716). Voir : http://www.mizab.org/le-kufr-avec-un--el-

[2]Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (3/60).

[3]Majmû’ el fatâwâ (28/477, 478).

[4]Majmû el Fatâwâ (28/534-535).

[5]Majmû’ el fatâwâ (10/372).

[6]Majmû’ el fatâwâ (10/372).

[7] Voir : el istighâthafî e-radd ‘alâ el Bakrî (1/362, 388).

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 16:10

 

 

Le parallèle entre le ta’tîl et le shirk

 

Ibn Taïmiya dresse un parallèle entre le ta’tîl et le shirk, et voici ce qui en ressort :

  1. Le shirkest le plus répandu à travers l’Histoire des hommes[1] ;
  2. Le ta’tîl qui est mu par l’orgueil et le plus grave des deux, si l’on sait qu’il est plus grave de renier le Seigneur que de partager Son adoration avec une créature[2] ;
  3. Le ta’tîl est une forme d’égarement particulière par rapport au shirk qui est le plus courant des fléaux[3] ;
  4. Le ta’tîl est plus répandu chez les jahmites intellectuels (les savants du kalam), tandis que le shirk est plus répandu chez les jahmites ascètes (les soufis) ; ibn ‘Arabî, qui compte dans la seconde catégorie, assimilait Dieu à la création, et, par voie de conséquence cautionnait l’idolâtrie ; à l’inverse, Râzî, qui entre dans la première, L’assimilait au néant, d’où l’adage : le comble du ta’tîl est de ne rien adorer comme chez les jahmitesmutakallimîn, et le comble du shirk est d’adorer toute chose comme chez les jahmites soufis.[4]

 

N.B. La croyance qadarite qui se polarise sur le libre-arbitre est empreinte de shirk et de ta’tîl, les deux facteurs à l’origine de la mécréance ; elle doit son ta’tîl à sa prétention de sortir les actes des hommes de la création d’Allah, et son shirk vient de sa propension à ériger les hommes au rang de créateurs.[5] Les païens arabes n’ont jamais atteint ce degré de shirk qui touche au domaine de la Seigneurie divine ; ils se contentaient d’attribuer dans l’adoration des associés au Tout-Puissant.[6] En outre, une mauvaise conception de l’unicité dans le domaine de la Seigneurie divine et de la gestion de la création va se répercuter sur la pratique du culte. Ibn Taïmiya explique que les adeptes du kalâm misent sur le tawhîd e-rubûbiya qu’ils maitrisent déjà mal, car ils dénaturent les Noms et Attributs divins ; cela aura des conséquences plus ou moins désastreuses au niveau de l’unicité dans la divinité.[7]

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/2016/07/le-shirk-ta-til-partie-1.html

 

• Pour ibn Taïmiya, certaines opinions relèvent de l’apostasie (renier l’aspect obligatoire de la prière, de l’aumône légale, du jeûne, du pèlerinage, autoriser moralement l’alcool, les jeux de hasard, le mariage à des femmes légalement interdites). Néanmoins, leur auteur peut être excusable dans la situation où les preuves célestes ne lui sont pas parvenues. Le cas échéant, il ne devient pas apostat ; le nouveau converti ou le bédouin vivant loin des villes, et n’ayant pas accès aux lois détaillées de la religion ne sont pas assimilés à des apostats quand ils en renient une sans le savoir.

 

Dans ce registre, nous avons le crédo jahmite qui revient à renier la perfection du Créateur et la révélation confiée au Messager. Cette hérésie est gravissime pour trois raisons majeures :

  1. Les preuves validées par l’unanimité des savants orthodoxes, et allant à son encontre pullulent dans les textes scripturaires, sauf que ses adeptes les falsifient ;
  2. Il implique de renier le Créateur, bien que nombre d’entre eux n’en ont pas conscience ; renier l’existence du Très-Haut est à la base de la mécréance, de la même manière que la reconnaissance de Son existence est à la base de la croyance ;
  3. Elle va à l’encontre des principes en accord avec l’unanimité des religions et la nature saine.

 

Malgré cela, beaucoup de points de ce crédo peuvent échapper à un grand nombre de croyants s’imaginant être en accord avec la vérité, en raison des ambiguïtés qui animent leurs convictions. Ces derniers donnent foi à Allah et à Son Messager aussi bien en apparence qu’au fond d’eux. En cela, ils ne sont pas différents des autres catégories d’innovateurs qui furent induits en erreur. Ils ne sont certainement pas mécréants, mais ils se partagent entre hérétiques et désobéissants ; certains même sont pardonnables en raison de leur erreur d’interprétation. Proportionnellement à leur foi et à leur piété, ils sont susceptibles de s’élever au rang d’élus d’Allah.[8]

 

Ailleurs, il donne une définition du murtadd dans laquelle il étend ce principe au tawhîd el ulûhiya, si tant est qu’il fallût le démontrer : « L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas considéré comme mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[9]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1]Majmû’ el fatâwâ(6/83).

[2]Minhâj e-sunna(5/393).

[3]Dar-u ta’ârudh el ‘aqlwa e-naql (3/133).

[4]Bayântalbîs el jahmiya (3/783-784).

[5]Minhâj e-sunna(3/278-279).

[6]Minhâj e-sunna(3/277).

[7]Minhâj e-sunna(3/295).

[8]Majmû’ el fatâwâ(3/354-355).

[9]El mustadrak ‘alâmajmû’ el fatâwâ(5/129).

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 19:53

 

 

• Malgré cela, je préfère dans mes échanges théoriser le sujet au lieu de m’appuyer sur des exemples issus des textes pour justement éviter de rentrer dans un dialogue de sourd. Je disais à ce propos sur un forum :

 

Le principe des échecs consiste à anticiper plusieurs coups à l'avance, et c'est pour cela que je dis qu'il existe un statu quo aux niveaux des arguments et des textes...

 

Il ne faut pas y voir un signe de faiblesse ni une faille par laquelle on pourrait entrer.

Non, les arrières sont solides et cette déclaration démontre même une grande confiance en ses arguments !

 

Moi, mon approche est macro et globale et celles de nos amis est micro et partielle, et donc aléatoire et perfectible, car elle ne tient pas compte des tous les paramètres en jeu !

 

Comme le dit Sheïkh el ‘Uthaïmîn, La question du ‘udhr bi el jahl prend ses racines dans le sens général des textes scripturaires de l’Islam. Personne n’est à même de ramener une preuve la remettant en question.[1] 

 

Ces fameux textes établissent des grandes règles comme celles-ci :  

  • Allah pardonne l'erreur et l'oubli aux musulmans, faut-il le préciser ;
  • Allah n'impose rien qui soit au-dessus des capacités ;
  • Allah ne châtie personne avant de lui avoir fait parvenir le message.

 

Ces règles ont une portée générale et démontrent que l'erreur est excusable dans tous les domaines de la religion qui tolèrent en principe une excuse...

 

Par rapport à cela, les savants muhaqqiqin ont établi qu'en se trompant dans les usuls, on est concerné par ces principes, en sachant que le shirk 'amalî ne fait pas exception à la règle...

 

Celui qui prétend le contraire doit le prouver !

 

Maintenant, demander une preuve précise offrant une excuse au shirk est un faux débat, car il part d'un postulat faux ou ne serait-ce que contestable et qui donnerait au shirk un statut particulier par rapport aux autres questions ma'lûm min e-dîn bi e-dharûra et offrant des circonstances atténuantes en cas d'erreur qui englobe l'ignorance, mais pas seulement, il y a l'ikrâh, le ta-wîl, l'oubli, etc.

 

Avant de demander une preuve spécifique pour le shirk, il faut déjà prouver que le shirk a un statut particulier ; il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs !

 

Ainsi, ceux qui demandent des preuves sont les mêmes qui doivent ramener des preuves de ce qu'ils avancent, charité bien ordonnée quand tu nous tiens ! 

 

Le asl veut qu'aucune question (je ne vais pas parler ici de asl e-tawhid et des grands principes de la religion qu'il est impossible d'ignorer) ne fasse exception à la règle, sauf celles que les textes ont explicitement mentionnés, et ce n'est pas le cas ici, sauf en faisant un ta-wîl des textes, un qiyâs ou on représentation subjective de asl e-tawhid (je dis subjective car en vérité la question est élastique),

 

Et cela augmente encore plus la difficulté et enferme encore plus dans un dialogue de sourd où chacun campe sur ses idées !

 

Les pro 'udhr insistent sur les textes du wa'd ;

 

Et les anti 'udhr insistent sur les textes du wa'îd.

 

Les premiers se distinguent des murjites qui ne tiennent pas compte du wa'îd ;

 

Les seconds se distinguent des kharijites qui ne tiennent pas compte du wa'd.

 

Néanmoins, les textes du wa'd sont les plus fort, et comme le dit  Sheïkh el ‘Uthaïmîn, il n’y a pas de place pour les sentiments dans les questions qui touchent à la religion ; seuls les textes font autorités. Or, le Seigneur (I) nous dit bien : « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! » Comment peut-on être coupable d’un péché quand on n’a même pas conscience que s’en est un ?[2]

 

Or, quand je parle du sujet, j'occulte volontairement la chose, pour ne pas que le débat se transforme en échange d'arguments partiels, ce qui est purement subjectif et contre-productif...

 

C’est pour cela que j'invite à avoir une vision d'ensemble sur le sujet, bien qu'en réalité, « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! » est l'un des plus grands principes de la religion...

 

Malheureusement, on sera vite taxer de murjite en mettant en avant ce principe extraordinaire !

 

Ainsi, ibn Taïmiya a une approche globale du sujet et non partielle, il faut envisager la somme de ses arguments, non en tant qu'unité.

 

Sans n'être méchant, et ne visant personne quand le sage montre la lune le sot regarde le doigt...

 

Alors le premier réflexe est de dire : non tel argument d'ibn Taïmiya ne concerne pas le shirk akbar, mais ibn Taïmiya ne fait qu'établir la règle de base (et je dis cela par condescendance), et c'est à ses contradicteurs de prouver que le shirk fait exception à la règle, non le contraire.

 

Alors, n'inversons pas les rôles, et rendons à César...

 

Voici une synthèse détaillée de la question, en sachant que, décidément, je n'avais jamais été, là aussi, aussi loin dans le raisonnement, mais force majeure oblige...

 

Si j'ai raison, c'est grâce à Dieu et je me trompe, la faute vient de moi et de Satan, et qu'Allah m'en pardonne !

 

wa Allah a'lam !

 

Qu'Allah nous montre la vérité à tous !

 

• Si cela est clair, on s’aperçoit mieux désormais de l’impertinence du billet suivant de notre ami, mais, ne  lui demandons pas non plus la lune. En même temps, je lui concède en grande partie son raisonnement, sauf que la réflexion est ailleurs, et qu’il fait fausse route :

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2016/04/reponses-aux-arguments-de-l-excuse-de-l-ignorance-2-la-prosternation-de-mu-adh.html

 

Ici, il s’agit de connaitre le statut de la prosternation qui du point de  vue de notre législation est un acte d’adoration. Autrement dit, dans l’absolu, on peut vouer un acte d’adoration à une créature sans forcément devenir un polythéiste. Pourquoi ? Déjà, en raison de l’intention, comme expliqué dans cet article, ce qui n’arrange décidément pas trop certains pro takfîr : http://www.mizab.org/lintention-dans-les-questions-du-takfr

 

Mais aussi, car ce sont les textes, et la révélation qui nous enseignent le caractère sacré de ce fameux acte. En ce sens, si quelqu’un l’ignore, il n’est pas considéré comme un mécréant au premier abord, et c’est ce qui nous intéresse.

 

En explication à ce hadîth, Sheïkh el Islam souligne : « Quant à l’humilité spirituelle, la dévotion du fond du cœur (qunût), la reconnaissance de la Seigneurie et de la divinité, celles-ci reviennent dans l’absolu à Allah Seul. Il est impossible et complètement faux que quiconque en dehors de Lui puisse s’arroger un tel droit.

Quant à la prosternation, c’est une pratique religieuse qu’Allah nous a imposé de faire devant Lui. Cependant, s’Il nous avait demandé de le faire devant une créature, nous l’aurions fait par obéissance envers Lui (dans la situation par exemple où Il aimerait que nous honorions l’une de Ses créatures). S’Il ne nous l’avait pas ordonné, nous ne l’aurions jamais fait. Les anges se sont prosternés devant Adam pour obéir, adorer Dieu, et se rapprocher de Lui à travers cela. Dans le cas d’Adam, c’est en guise d’honneur et d’encensement. Quant aux frères de Yûsaf, ils se prosternèrent devant lui en guise de salut. Ne vois-tu pas que si Yûsaf s’était prosterné devant ses parents, il n’y aurait rien eu à son encontre… »[3]

 

Ailleurs, il signe : « Les animaux se prosternaient devant le Prophète (r), bien qu’il n’adorent qu’Allah. Comment peut-on dire alors que la prosternation implique obligatoirement l’adoration ? Alors que le Prophète (r) est l’auteur des paroles : « Si j’avais ordonné à un être humain de se prosterner devant un autre, j’aurais ordonné à la femme de se prosterner devant son mari, compte tenu des droits immenses qu’il concède sur elle. » [4] Il va sans dire qu’il n’a pas dit : Si j’avais ordonné à un être humain d’adorer…»[5] Deux pages avant, il fait la distinction entre se prosterner « pour » une chose (avec encensement et révérence) et « devant » une chose.[6]

 

• Notons enfin que des auteurs comme Râshid e-Râshid qui s’est fait connaitre par son ouvrage ‘âridh el jahl et Sheïkh Ferkous attribuent, d’un côté, la position anti ‘udhr à ibn Taïmiya, mais que, d’un autre côté, ils s’attaquent à ses arguments pour démonter la thèse pro ‘udhr, ce qui, indépendamment de savoir s’il a tort ou raison, est plus que révélateur…

 

Wa Allah a’lam !

 

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Voir : Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (33/question nº 12).

[2] Idem. C’est le constat que fait l’auteur de l’excellente recherche, que l’adversaire se targue de mettre en avant ‘âridh el jahl, et qui n’est autre que Râshid e-Râshid. Celle-ci, rappelons-le, fut préfacée par Sheïkh el Fâwzân, connu pour ses positions fermes sur le sujet. Il explique en effet : « … Quant à celui qui commet du shirk, dans la mesure où il n’a pas accès à la science, comme ceux qui vivent dans les pays non-musulmans et dans les sociétés où il n’y a pas de prédicateurs qui appellent au tawhîd, de sorte qu’il ne peut remédier à son ignorance, dans ce cas, il est excusable, selon l’opinion la plus vraisemblable des savants. » ‘âridh el jahl (p. 224).

[3] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/360).

[4] Hadîth rapporté par ibn Mâja dans son recueil (1853), Ahmed (21986), et ibn Abî Shaïba (4/305) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa correction de sunan ibn Mâja.

[5] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/360).

[6] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/358).

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 19:43

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 4)

 

Parmi les preuves textuelles appuyant cette question, nous avons le long hadîth d’Âisha dans lequel, le Prophète la réprimanda en ces termes : « Pensais-tu vraiment que tu pouvais cacher quelque chose à Allah et à Son Messager ?

  • Allah connait-il tous les secrets que les hommes cachent en eux ?
  • Oui, lui assura-t-il. »[1]

 

En commentaire à ce hadîth, le Sheïkh damascène souligne : « ‘Âisha, la mère des croyants interrogea le Prophète (r) en ces termes : « Allah connait-il tous les secrets que les hommes cachent en eux ?

  • Oui, lui assura-t-il, en réponse. »

 

Cela signifie qu’elle ne le savait pas. Pourtant, avant d’avoir été mise au courant qu’Allah connaissait tout ce que les hommes pouvaient cacher en eux, elle n’était pas mécréante. Reconnaitre ce point, avant que la preuve céleste soit établie, compte parmi les fondements de la foi ; en le reniant, on n’est pas différent de celui qui renie Son Pouvoir sur toute chose. Bien qu’au même moment, cela n’a pas empêché son mari de la réprimander, car elle le méritait pour la faute qu’elle avait commise. Il la taquina du doigt avant de s’écrier : « Pensais-tu vraiment que tu pouvais cacher quelque chose à Allah et à Son Messager ? »

Ce principe, nous l’avons détaillé dans d’autres endroits, mais retenons qu’une parole peut effectivement relever de la mécréance, mais cela ne fait pas, pour autant, celui qui la prononce, un mécréant ; nous ne pouvons pas le juger ainsi avant que ne lui soit parvenu le savoir à même d’établir contre lui la preuve céleste vouant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. »[2]

 

« Quiconque croit que son Sheïkh pourvoit à ses besoins, qu’il le soutient, le guide, lui apporte son secours et son aide ; ou qui, parfois, lui voue l’adoration, des invocations et des prosternations ; ou qui le préfère au Prophète (r) soit dans l’absolu soit en lui reconnaissant certaines distinctions qui le rapprocheraient davantage du Seigneur ; ou que lui ou son Sheïkh sont exempts de suivre le Prophète (r) ; tous ces types d’individus sont des mécréants s’ils affichent ces croyances ou des hypocrites s’ils les tiennent secrètes.

 

Si ces types d’individus sont nombreux à notre époque, c’est parce que ceux qui prêchent le savoir et la foi se font rares et que les traces de la Révélation se sont estompées dans la plupart des pays. La plupart de ces gens-là n’ont pas un héritage suffisant de la Révélation pour leur permettre de connaitre le bon chemin. Beaucoup d’entre eux n’y ont pas accès. Lors des périodes d’affaiblissement ou d’intervalle entre les révélations (fatarât) et les endroits qui accusent ce phénomène, l’individu est récompensé pour la foi infime qu’il détient. Allah pardonne plus facilement à celui qui n’a pas reçu la hujja qu’à celui qui l’a reçue, comme en témoigne le fameux hadîth : « Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?

  • Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[3]

 

En principe, toute parole qui relève de la mécréance, selon le Livre d’Allah, la sunna et le consensus des savants, est jugée ainsi dans l’absolu (qawl yutlaq), comme le prouvent les arguments textuels ; la foi fait partie des lois qui émanent d’Allah et de son Messager. Elle n’est pas laissée à l’initiative des hommes laissant libre court aux passions et aux suspicions. De plus, toute personne disant ces paroles n’est pas nécessairement un kâfir sans remplir les conditions ni écarter toute restriction possible pour le devenir. »[4]

 

« Quiconque s’oppose aux enseignements établis par le Coran et la sunna devient soit un mécréant, soit un pervers, soit, un désobéissant, sauf si c’est un croyant s’étant trompé suite à un effort d’interprétation. Il a droit à une récompense pour son effort, et son erreur lui est pardonnée. Il a droit à la même excuse s’il n’a pas reçu le savoir nécessaire ayant fonction d’établir la preuve céleste contre lui. Allah révèle en effet : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[5] Cependant, si la preuve céleste émanant des textes du Coran et de la sunna est établie contre lui, et qu’il s’y oppose ensuite, il devra recevoir la punition correspondante à son cas, et pouvant aller jusqu’à la mise à mort. »[6]

 

Allah (Y) révèle : [Il ne vous est pas tenu rigueur de vos erreurs, mais de ce que vous faites volontairement avec le cœur][7] ; [Seigneur, ne nous tiens pas rigueur de nos oublis et nos erreurs].[8] Après la révélation de ce dernier Verset Allah promis : « Je consens ! »[9]

 

En exégèse à ce Verset Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî explique : « La communauté mohammadienne est soulagée des fautes commises par erreur, oubli, ou sous la contrainte. Ainsi, en règle générale, nous taxons de mécréant celui qui commet une faute relavant de la mécréance dans les paroles et la croyance. Cependant, nous pouvons nous abstenir de nous prononcer dans certains cas si une restriction comme l’ignorance vient changer la donne. Il échappe à certains fautifs que leurs actes relèvent de la mécréance ou de l’association. C’est ce qui nous pousse à nous abstenir de les kaffar en personne, bien qu’au même moment nous soyons convaincus qu’ils ont commis du kufr.

 

C’est de cette façon que les Compagnons et leurs successeurs directs (tâbi’în) se comportèrent envers l’innovation (la bid’a). Dès leur époque, plusieurs mouvements hérétiques (kharijisme, mu’atazilisme, qadarisme, etc.) virent le jour. Tous s’accordaient à aller à l’encontre des textes scripturaires de l’Islam. Ils les démentaient et les falsifiaient pour les faire aller dans leur sens, ce qui en soi est un acte de mécréance. Cependant, les anciens s’abstinrent de les sortir un à un de la religion. Ils étaient en effet motivés par une mauvaise interprétation des textes. Les kharijites démentaient les textes sur l’intercession et ceux démontrant que les auteurs des grands péchés étaient affiliés à la foi. C’est ce qui les poussa à autoriser moralement (istihlâl) le sang des Compagnons et des musulmans en général. Les mu’tazilites également démentaient les textes du l’intercession en faveur des auteurs des grands péchés, ils démentaient la prédestinée, les Attributs divins, etc.

 

Il n’y a aucune différence entre ces formes d’apostasie et celle préconisant d’invoquer et de demander secours aux morts. Le ta-wîl est leur dénominateur commun. Dans de nombreux ouvrages (e-radd ‘alâ el bakrî, e-radd ‘alâ el Akhnâî, etc.) Sheïkh el Islâm affirme explicitement que certains de ses contemporains, qui étaient des savants, adhéraient à certaines de ces pratiques païennes. Il explique qu’il est impossible de les kaffar, compte tenue de la propagation de l’ignorance à son époque et de l’atténuation du savoir prophétique. Il faut donc attendre avant de se prononcer de leur démontrer la preuve céleste qui s’applique contre tous ceux qui la renient après l’avoir eu entre les mains. Son discours sur le sujet est connu par tout le monde.

 

Il devient clair que l’ignorance, le suivisme aveugle, et la mauvaise interprétation des textes – non basée sur l’obstination – sont des facteurs atténuants. Ils nous empêchent de condamner ces cas particuliers à l’apostasie. »[10]

 

Allah (I) révèle : [Seigneur, Tu embrasses toute chose de Ta Miséricorde et de Ta science][11] ; [Dis : ô Mes serviteurs qui avez été négligeant envers vous-mêmes, ne désespérez pas de la Miséricorde d’Allah ; Allah pardonne tous les péchés, Lui, qui est Absoluteur et Tout-Miséricordieux • Revenez à Votre Seigneur et soumettez-vous à Lui][12] ; Un autre Verset fait dire à Ibrahim, l’Ami d’Allah (r) : [Il dit : mais qui, en dehors des égarés peut désespérer de la Miséricorde de Son Seigneur][13] ; Ya’qûb également, est l’auteur des paroles : [et ne désespérez pas de l’Esprit d’Allah, car seuls les infidèles peuvent désespérer de Son Esprit].[14]

 

Selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Lorsqu’Allah fit la création, Il écrivit dans un livre qui se trouve auprès de Lui au-dessus du Trône : « Ma Miséricorde devance Ma Colère. » »[15]

 

D’après el Bukharî et Muslim, toujours selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Allah divisa la Miséricorde en cent parties ; Il en retint quatre-vingt-dix-neuf auprès de Lui, et Il en descendit une seule sur terre. C’est avec celle-ci que les créatures se font miséricorde entre elles. C’est ce qui pousse la bête à lever son sabot pour éviter son petit. »[16]

 

Muslim rapporte une version de Salmân disant notamment : « Chaque Miséricorde est aussi vaste que l’espace entre le ciel et la terre. » Il précise également : « Le Jour de la résurrection, celle-ci complètera leur nombre. »[17]

 

Selon Anas ibn Mâlik (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Allah est plus heureux du repentir de son serviteur que l’un d’entre vous ayant, en plein désert, perdu sa monture qui transportait eau et nourriture. Dans un élan de désespoir, il s’allonge à l’ombre d’un arbre en étant convaincu qu’il ne la retrouvera plus. Mais, dès qu’il se réveille, il la trouve juste devant lui. Il l’agrippe alors par la lanière avant de s’écrier, emporté par la joie : « Ô Allah ! Tu es Mon serviteur et je suis Ton seigneur ! » Il se trompe dans ses paroles tellement il est emporté par la joie. »[18]

 

[1] Rapporté par Muslim (103).

[2] Majmû’ el fatâwâ (11/412-413).

[3] Rapporté par ibn Mâja (n° 4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 87).

[4] Majmû’ el fatâwa (35/164-165).

[5] Le voyage nocturne ; 15

[6] Majmû’ el fatâwa (1/113).

[7] Les coalisés ; 5

[8] La vache ; 286

[9] Le hadîth sur le sujet est rapporté par e-Tabarî dans son tafsîr (3/154), selon ibn ‘Abbâs – qu’Allah les agrée son père et lui –.

[10] Voir : e-tibyân fî ta-sîl masâil el kufr wa el îmân de Fathî el Mawsilî (p. 232-238) ; ce débat est retranscrit dans les fatâwâ e-sa’diya (p. 578-584).

[11] L’Absoluteur ; 7

[12] Les groupes ; 53-54

[13] Le hijr ; 56

[14] Yûsaf ; 87

[15] Rapporté par el Bukhârî (n° 3194), et Muslim (n° 2571).

[16] Rapporté par el Bukhârî (n° 6000), et Muslim (n° 2752).

[17] Rapporté par Muslim (n° 2753).

[18] Rapporté par el Bukhârî (n° 6309) en résumé, et Muslim (n° 9) à qui revient l’énoncé.

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 18:30

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 3)

 

• Il existe beaucoup d’autres arguments qui viennent conforter la thèse pro ‘udhr, notamment :

 

[Ce Coran me fut révélé afin que je vous avertisse, vous et tous ceux à qui il est parvenu][1] ; [[Des messagers avertisseurs et annonciateurs] afin que les hommes ne puissent opposer à Allah aucun argument après leur venue].[2]

 

« Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?

  • Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[3] »[4]

 

D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah (r) a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir : « Après ma mort, brûlez ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

  • C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[5]

 

Dans certains de ses ouvrages,[6] Abû el ‘Abbâs rejoint l’opinion qui, aux yeux d’ibn Hajar el ‘Asqalânî est la plus vraisemblable,[7] et selon laquelle cet homme fut motivée par une peur extrême. Dans d’autres passages, il reprend une autre opinion, et c’est à la lumière de celle-ci qu’il incombe de comprendre sa position sur le ‘udhr bi el jahl. Ce dernier explique notamment : « Cet homme en question croyait qu’Allah (I) n’avait pas le pouvoir de le reconstituer s’il faisait éparpiller ses cendres, ou tout au moins, il en doutait. Il pensait qu’il ne serait pas ressuscité. Or, ces deux croyances sont du kufr, et font sortir de la religion celui contre qui la preuve céleste fut établie. Cependant, il ignorait ce point, et il n’avait pas le savoir suffisant ayant pu dissiper cette ignorance. Il donnait bien foi à Dieu, à Ses commandements (obligations/interdictions), et à Sa promesse (du Paradis ou de l’Enfer). Ce fut ce qui anima en lui la peur de Son châtiment. Une peur qui intercéda en sa faveur, car Allah lui pardonna.

 

Ainsi, toute erreur commise par les croyants au niveau de certaines questions dogmatiques n’est pas pire que celle commise par cet homme. Ils donnent en effet foi en Dieu et au jour du jugement dernier, et font de bonnes œuvres. Ils méritent tout autant le Pardon divin pour leur erreur, mais ils peuvent aussi être châtiés pour ceux d’entre eux qui faisaient preuve de négligence dans la recherche de la vérité. Et cela, proportionnellement à leur niveau de religiosité. Quant à kaffar un individu sur une simple erreur, c’est une chose de vraiment grave… »[8]

 

Sur la définition de l’apostat : « L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas taxé de mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[9]

 

Toujours concernant l’homme qui avait recommandé d'éparpiller ses cendres après sa mort : « Cet homme pensait qu’Allah n’aurait aucun pouvoir sur lui, et qu’il ne pourrait pas rassembler ses cendres une fois éparpillées. Chacune de ces deux croyances (renier le Pouvoir d’Allah et la résurrection des corps) est une mécréance en elle-même, mais malgré sa foi en Dieu et à Ses Commandements et la crainte qu’il avait de Lui, il ignorait ce point, et s’était égaré et trompé dans sa conception. Mais, Allah le lui pardonna…

Dans le pire des cas, cet homme n’était pas au courant de tous les Attributs qui revenaient à Allah. Il ne connaissait pas le Pouvoir d’Allah dans ses détails. De nombreux croyants peuvent également les ignorer, mais sans devenir des mécréants pour autant. »[10]

 

Abd Allah, le fils d’ibn ‘Abd el Wahhâb nous fait un résumé de la position d’ibn Taïmiya sur les erreurs d’interprétation : « Certains textes scripturaires démontrent qu’Allah ne châtie pas pour une erreur commise par un adepte de notre communauté. D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir. « Après ma mort, brûlez ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais le Très-Haut ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

  • C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »

 

Ce hadîth a été certifié par plusieurs voies que rapportent un certain nombre de Compagnons…

 

Cet homme en question doutait et ignorait qu’Allah (I) avait le pouvoir de le reconstituer ; il avait alors recommandé à sa famille d’éparpiller ses cendres. Pourtant, cet homme était dans l’ensemble, un croyant. Il croyait, dans l’ensemble, au dogme de la Résurrection ; soit qu’Allah allait rétribuer les hommes en bien ou en mal après leur mort. Cette croyance est une bonne œuvre en elle-même. Elle intercéda en sa faveur lorsque le Tout-Puissant décida de lui pardonner. Son erreur fut mise au compte de la peur extrême ; en sachant que de nombreux adeptes de notre communauté commettent des erreurs de ce genre.

 

Pourtant, les savants s’accordent à ne pas kaffar pour les erreurs commises par les musulmans. Par exemple, certains Compagnons contestaient que les morts puissent entendre. D’autres contestaient que le voyage nocturne ait eu lieu à l’état d’éveil.

 

Shuraïh el Qâdhî, quant à lui, il contestait la lecture [bel ‘ajibtû wa yaskharûn][11] ; en ayant Allah pour sujet du verbe ‘ajiba (s’étonner, se réjouir, plaire à ndt.), sous prétexte qu’Allah ne pouvait s’étonner de quelque chose. Quand Ibrahim e-Nakha’î eut écho de son opinion, il eut la réaction suivante : « Shuraïh est un poète imbu de son savoir, mais ‘Abd Allah, qui est plus érudit que lui, lisait : [bel ‘ajibtû wa yaskharûn] (au lieu de ‘ajibta ndt.). »

 

Ce fameux Shuraïh contestait une lecture pourtant reconnue, et qui plus est, un Attribut entériné par le Coran et la sunna. Or, à l’unanimité des musulmans, Shuraïh compte parmi les grandes références de la Nation. »[12]

 

Ibn Taïmiya ramène d’autres exemples confortant la thèse pro ‘udhr : « De la même façon, le takfîr est un droit qui revient à Allah ; il ne convient de sortir de la religion que celui qui a été désigné en tant que tel par Allah et Son Messager. En outre, pour vouer un cas particulier à la mécréance et à la condamnation à mort, il incombe d’établir contre lui la preuve céleste condamnant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. Il ne faut pas s’imaginer que tous ceux qui ignorent un élément de la religion sont automatiquement des mécréants. Il y avait un groupe parmi les Compagnons et leurs successeurs directs, à l’image de Qudâma ibn Mazh’ûn, qui autorisèrent moralement à boire du vin, en pensant que l’interdiction n’englobait pas les pieux, comme ils l’avaient compris du Verset de la sourate le repas céleste. Les savants des Compagnons, à l’instar d’Omar et d’Alî, s’accordèrent à l’unanimité à les sommer de se repentir, et à les vouer à la mécréance en cas de refus. S’ils reconnaissaient leur erreur, ils n’avaient droit qu’au fouet. Il n’était pas question de les sortir de la religion au premier abord, étant donné qu’ils s’étaient trompés dans leur jugement en raison d’une conception erronée. Il fallait attendre avant cela de leur démontrer la vérité… »[13]

 

Sheïkh Taqî e-Dîn renchérit : « Certains peuvent aller jusqu’à autoriser moralement certaines boissons enivrantes suite à une erreur d’interprétation, à l’exemple des habitants de Koufa. Cette autorisation morale qui ne sort pas du cercle de l’effort d’interprétation, mais qui conduisit à l’erreur des croyants ayant à leur actif des actions énormes est pardonnée par Allah ayant répondu à l’invocation : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[14] Certains ont autorisé moralement certaines formes d’usure, d’autres ont permis d’écouter la musique, et d’autres enfin, ont autorisé à verser le sang des musulmans. De tels errements venant de grands croyants, sont à mettre au compte soit des péchés effacés par les malheurs, ou tout simplement pardonnés, soit au compte des erreurs pardonnées. Malgré cela, il incombe de mettre en lumière les enseignements du Coran et de la sunna qui incarnent le droit chemin et la vraie religion ; puis, de l’ordonner aux gens et de l’interdire en fonction des moyens. »[15]

 

« On ne peut taxer d’apostat (kaffar) un cas particulier avant l’iqama et hujja, comme celui qui renie l’aspect obligatoire de la prière, la zakat, et qui autorise moralement le vin, l’adultère en faisant une erreur d’interprétation (ta-awwal)… comme l’ont fait les Compagnons avec ceux qui s’étaient autorisés le vin. »[16]

 

Sheïkh Taqî e-Dîn dit en parlant des chants soufis : « Les auteurs de ces initiatives sont relativement des élus d’Allah, des pieux et des dévots, qui les placent au-dessus de tous ceux qui n’atteignent pas leur niveau. En cela, ils ne sont pas pires (ou pas meilleurs ndt.) que l’élite des anciens qui participèrent aux guerres intestines, et ceux qui autorisèrent moralement certaines boissons enivrantes, l’intérêt (ribâ el fadhl), le mariage provisoire, et de prendre sa femme par-derrière. ‘Abd Allah ibn el Mubârak est l’auteur des paroles : « Un homme ayant un grand passé dans l’Islam et ayant laissé une bonne trace, peut très bien être l’auteur d’un écart et d’une faute dans lesquels il ne faut pas le suivre. » L’erreur provient soit en autorisant moralement un interdit suite à un effort d’interprétation, soit en délaissant une obligation pour la même raison, soit en changeant un acte interdit en rituel, à l’exemple des guerres intestines qui furent considérées par les deux côtés comme un acte obligatoire, voire recommandé…

 

Ainsi, l’erreur d’interprétation a lieu dans les cinq degrés de la loi : d’un côté, en changeant l’obligatoire en recommandé, permis, déconseillé, ou interdit ; et d’un autre côté en changeant l’interdit en déconseillé, permis, recommandé, ou obligatoire. »[17]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Le bétail ; 19

[2] Les femmes ; 165 voir les tafsîr d’el Baghawî et de Shanqîtî.

[3] Rapporté par ibn Mâja (n° 4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 87), et sahîh el jâmi’ (6/339).

[4] Majmû’ el fatâwa (11/407-408).

[5] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (n° 7505) et Muslim (n° 2757).

[6] Voir notamment : majmû’ e-rasâil wa el masâil (3/346).

[7] Voir : fath el Bârî (13/290).

[8] El istiqâma (1/164-165) ; En annotation à ‘âridh el jahl (p. 433) de Râshid e-Râshid, Sheïkh el Fawzân souligne que l’homme en question ne connaissait pas certains détails du Pouvoir, bien qu’il le reconnaissait dans l’ensemble. Son erreur touchait donc à un point subtil du dogme.

[9]El mustadrak ‘alâ majmû’ el fatâwâ (5/129).

[10] Majmû’ el fatâwâ (11/409-411), (2/231), (12/491), et el istiqâma (1/163-165).

[11] Les rangées d’anges ; 12

[12] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/195-196) et e-durar e-saniya (10/245-246) ; voir notamment pour ibn Taïmiya : Majmû’ el fatâwâ (11/551).

[13] E-radd ‘alâ el Bakrî (p. 258).

[14] La vache ; 286

[15] El istiqâma (2/188-189).

[16] Majmû’ el fatâwâ (7/619).

[17] El istiqâma (2/219-220).

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 11:37

 

D’après Muslim, selon Abû Huraïra (t), le Prophète (r) a déclaré : « Par Celui qui tient l’âme de Mohammed dans Sa Main ! Quiconque dans cette communauté, qu’il soit juif ou chrétien, entend parler de moi, et qui ne croit pas en mes enseignements avant de mourir, comptera parmi les gens du feu… »[1]

 

D’après ‘Abd Allah ibn Abî Awfâ : « Lorsque Mu’âdh rentra du Shâm, il se prosterna devant le Prophète (r) en guise de salutation. « Que fais-tu Mu’âdh ? Lui demanda-t-il.

  • Je me suis rendu dans la région du Shâm expliquat-il. Je les ai vus se prosterner devant leurs moines et leurs prêtres. Je me suis dis que nous devrions faire pareille envers toi.
  • Ne le faites envers personne, rétorquat-il, si j’avais ordonné à un être humain de se prosterner devant un autre, j’aurais ordonné à la femme de se prosterner devant son mari [compte tenu des droits immenses qu’il concède sur elle]. Par Celui qui détient l’âme de Mohammad entre Ses Mains ! Elle ne remplira pas ses devoirs envers Allah tant qu’elle ne remplira pas ses devoirs envers lui. S’il la désire, elle ne doit pas se refuser à lui, quand bien même elle serait à dos de chameau. »[2]

 

Selon Khâlid ibn Dhakwân, selon e-Rabî’ bint Mu’awwadh : « Le Prophète vint chez moi le jour de notre mariage. Il entra et s’assit sur mon lit comme tu es assis en face de moi. Certaines de nos fillettes se mirent alors à jouer du duff (tambour), et chantaient en hommage à nos pères tombés à la bataille de Badr. L’une d’entre elles fredonna alors : « Nous avons un Prophète qui connait l’avenir » Ce dernier s’exclama aussitôt : « Évite ce genre d’expression et contente-toi de ce que tu chantais au début. »… »[3]

 

Allah révèle : [Allah n’impose à personne des choses au-dessus de sa capacité ; elle a pour elle ses bonnes œuvres, et contre elle ses mauvaises œuvres. Seigneur, ne nous tient pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[4] Un hadîth exprime que le Seigneur a répondu à cette invocation.[5]

 

[Et Dawûd et Sulaïmân, lorsqu’ils eurent à juger au sujet d’un champ que les moutons du voisin avaient saccagé la nuit. Nous étions témoin de leur sentence • Nous la fîmes comprendre à Sulaïmân bien qu’à tous deux, Nous offrîmes le bon jugement et le savoir].[6] Hasan el Basrî explique que le bon jugement fut accordé à Salomon dans cette affaire, bien qu’aucun grief ne fût fait à son père.[7]

 

Selon el Aswad ibn Sarî’, le Prophète (r) a dit : « Quatre catégories d’individus le Jour de la Résurrection : le sourd, le simple d’esprit, le vieillard décrépit, et celui qui est décidé pendant la période de la fatra (intervalle entre deux missions prophétiques) ; le sourd dira : « Seigneur, quand l’Islam est venu, je n’entendais rien » ; le fou dira : « Seigneur, quand l’Islam est venu, les enfants me jetaient des crottins d’animaux » ; le vieillard décrépit dira : « Seigneur, quand l’Islam est venu, je n’avais plus ma raison » ; et celui qui est décidé pendant la période de la fatra dira : « Seigneur, aucun de Tes messagers ne m’est venu ». Le Très-Haut prendra alors leur engagement de Lui obéir. Il leur sera ensuite demandé de se jeter au feu. Par Celui qui détient Mon âme dans Sa Main ! S’ils se jettent au feu, il sera pour eux frais et paisible. »[8]

 

Dans tarîq el hijrataïn, ibn el Qaïyim avance que l’iqâma el hujja varie en fonction des époques, des lieux et des personnes. La preuve d’Allah peut ainsi s’appliquer à certaines époques, à certains endroits et contre certaines personnes ; elle ne s’applique pas contre l’enfant, le fou, celui qui a du mal à comprendre le message et qui n’a personne sous la main pour lui expliquer (ou pour lui traduire) en termes compréhensibles. Le cas échéant, il est comme le malentendant qui, ne comprenant pas ce qu’on lui dit, compte parmi les quatre catégories qui, le Jour de la Résurrection, auront un prétexte devant Allah.[9]

 

Il y a deux obstacles qui empêchent de bien comprendre le message. Soit la personne ne le comprend pas du tout, soit elle le comprend mal. Les textes prennent en considération ces deux cas :

 

Concernant le premier cas : il y a le hadîth de ‘Âisha disant : « La plume n’inscrit pas dans trois cas : celui qui dort jusqu’à son réveil, l’enfant jusqu’à sa puberté, et le fou jusqu’à ce qu’il retrouve sa raison. »[10]

 

Concernant le second cas : ‘Adî ibn Hâtim a mal interprété le Verset disant : [jusqu'à ce que vous distinguiez le fil blanc du fil noir].[11] Ce dernier nous fait la confidence qu’il mit la nuit sous son oreiller deux petites cordes : une blanche et une noire. Lorsqu’il essaya de vérifier, il ne constata rien. Au matin, il fit part de son expérience au Prophète (r), qui lui répondit aussitôt : « Le Verset parle de la noirceur de la nuit et de la blancheur du jour. »[12]

 

Dans ce registre, nous avons l’histoire où le Prophète (r) ordonna à ses hommes de ne prier le ‘asr qu’une fois arrivés chez les banû Quraïdha. Les Compagnons se divisèrent pourtant en deux groupes ; les uns prièrent en route de peur de dépasser l’heure de l’office prescrite et les autres prièrent sur place. À la suite de cet événement, le Prophète (r) ne réprimanda personne bien que forcément, l’un des deux groupes avait tort.[13]

 

Ces arguments sont d’autant plus solides que la religion musulmane à pour vocation d’enlever toute gêne à ses adeptes, comme le révèle le v. 78 de la s. le pèlerinage.

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Rapporté par Muslim (n° 152). Pour l’explication de ce hadîth, voir : ikmâl el mu’allim (1/468), el mufhim (1/368), et sharh sahîh Muslim d’e-Nawawî (2/188).

[2] Hadîth rapporté par ibn Mâja dans son recueil (n° 1853), Ahmed (n° 21986), et ibn Abî Shaïba (4/305) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa recension de sunan ibn Mâja.

[3] Rapporté par el Bukhârî (n° 5147) ;

[4] La vache ; 286

[5] Rapporté par Muslim (n° 125).

[6] Les prophètes ; 78-79

[7] Voir : Tafsîr e-Tabarî.

[8] Rapporté par Ahmed dans el musnad (n° 16301) ; bien qu’ibn el Qaïyim l’a authentifié dans Tarîq el hijrataïn (2/865), sa chaîne narrative reste suspecte, comme le fait remarquer l’auteur de la recension de Tarîq el hijrataïn (N. du T.).

[9] Tarîq el hijrataïn (p. 414).

[10] Rapporté par Ahmed (n° 24694) et ibn Mâja (n° 2041) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa correction de ce dernier (1/247).

[11] La vache ; 187

[12] Rapporté par el Bukhârî (n° 1916) et Muslim (n° 1090).

[13] Le hadîth est rapporté par el Bukhârî (n° 3119). Pour son explication, voir : Majmû’ el Fatâwâ (19/123) et (27/20).

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