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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 09:18

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 2)

 

• Par ailleurs, quand ibn Taïmiya démontre qu’il est interdit de ressembler aux polythéistes, dans un ouvrage qui fut consacré à ce sujet, rappelons-le, il ne parle pas du degré de cette interdiction ; est-ce que celle-ci relève du kufr dûn kufr (péché), du shirk asghar ou du shirk akbar ? Le propos n’est pas là ! Il faut donc aller chercher ailleurs pour deviner sa position sur le sujet.[1] Et nous disons cela par condescendance, car, en réalité, le passage dont se sert notre ami a visiblement subi une mauvaise manipulation des scribes, ce qui, bien qu’involontaire, déforme ses propos.

 

Grâce à Dieu, ‘Abd Allah, le fils de l’Imâm a fidèlement enregistré cette citation, ce qui donne : « Le Prophète a reproché à ses hommes le simple point de ressemblance avec les païens en désignant un arbre pour suspendre leurs armes. Qu’aurait-il pensé d’un acte bien plus grave que cela, et qui n’est autre que l’association elle-même ? »[2]

 

Nous avons succinctement vu, dans les premières parties de cette série d’articles, que la gravité de la ressemblance varie en fonction de la nature de l’acte en question, et qui part du simple péché, voire de l’autorisé, à la grande association.

 

• Ce même ibn Taïmiya distingue, ce qui, à mon sens, est révolutionnaire, entre les païens d’origine et les musulmans coupables de shirk dans des propos dont voici la teneur : « … Ce genre de pratiques est beaucoup répandu chez les païens purs et durs et chez les adeptes de cette communauté coupable d’association. »[3]

 

Ailleurs, il signe : « C’est la raison pour laquelle, tout fautif auteur d’une mauvaise interprétation (ta-wîl) ou d’un acte pervers (fisq), bien que, contrairement au premier, il jouisse d’une croyance saine, soit, d’un côté, louable et blâmable, d’un autre côté, mais dans les deux cas, il se distingue des mécréants (païens et gens du Livre). »[4]

 

D’ailleurs, c’est parce que notre ami ne fait pas cette distinction qu’il m’a accusé de tronquer les textes ; il me voit donc sous le prisme de ses propres idées, sans n’avoir le recul suffisant pour sortir de sa condition…

 

• Ensuite, quand bien même, le hadîth de dhât el anwât n’allait pas dans le sens du ‘udhr bi el jahl, alors que notre ami nous explique sur quel texte se basent les savants pour établir que le bédouin et le nouveau converti sont excusables, en sachant qu’il règne, sur la chose, un consensus des grandes références de la religion, comme nous l’avons vu précédemment !

 

À maintes reprises, ibn TaÏmiya met en lumière ce principe à travers divers passages que nous reproduisons en partie ici :

 

« Celui qui invoque un autre qu’Allah ou qui fait le pèlerinage pour un autre qu’Allah est un mushrik (païen) et son acte est du kufr (mécréance). Néanmoins, il est possible qu’il ne sache pas qu’il relève du shirk interdit. Comme c’est le cas de beaucoup de ceux qui ont embrassé l’Islam à l’exemple notamment des tatares. Ces derniers avaient des idoles qu’ils encensaient et vers lesquels ils se tournaient, mais ils ne savaient pas que cela était interdit dans la religion musulmane. Ils vouaient également le culte au feu, mais ils ne savaient pas que cela tout autant était interdit. La connaissance de nombreuses formes de shirk peut échapper à de nouveaux convertis, qui ne savent pas que c’est du shirk. Ces égarés sont coupables d’un acte de shirk n’ayant pas la moindre légitimité. Néanmoins, ils ne méritent pas le châtiment, pas avant que la preuve céleste ne soit appliquée contre eux… »[5]

 

« Bon nombre de gens vivent dans des endroits ou des époques où s’estompe une grande partie du savoir prophétique, de sorte qu’il n’y a personne pour transmettre les enseignements du Coran et de la sagesse qu’Allah a ordonné à Son Messager de transmettre aux hommes. De nombreux enseignements sont alors ignorés, d’autant plus qu’il n’y a personne pour les transmettre. Ce genre d’individus ne devient pas mécréant. C’est pourquoi, les grandes références sont unanimes à dire que si le Bédouin vivant loin des villes [et des savants], et, en outre, étant un nouveau converti, renie les lois évidentes et communément transmises, on ne peut le juger mécréant avant de le mettre au courant de ces enseignements prophétiques, comme en témoigne le fameux hadîth : « Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?

  • Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[6] »[7]

 

« Le  takfîr entre dans le domaine de la menace divine. Il est possible qu’une parole consiste à démentir les enseignements du Messager (r). Cependant, il est possible également qu’elle provienne d’un nouveau converti ou d’un Bédouin vivant loin des villes. Dans ce cas, il ne devient pas mécréant pour avoir renié un enseignement de la religion, pas tant que la preuve céleste ne soit établie contre lui. Il est possible qu’un individu n’ait jamais entendu parler de ces textes, ou que, bien qu’ils en aient entendu parler, il remette en question leur sens ou leur authenticité, ou qu’il soit sujet à n’importe quel autre empêchement l’ayant forcé à les interpréter, indépendamment du fait qu’il se soit trompé dans sa conclusion. Je prends depuis toujours l’exemple, pour appuyer ce point, du hadîth rapporté par el Bukhârî et Muslim sur l’homme ayant recommandé à sa famille avant de mourir. « Après ma mort, brûlez ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » [Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis,] Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

  • C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[8]

   

Cet homme mettait en doute le Pouvoir d’Allah, soit qu’Il puisse rassembler ces cendres qu’il recommanda d’éparpiller. Pire, il pensait qu’il ne serait pas ressuscité. Or, cette croyance est une forme de mécréance à l’unanimité des savants. Cependant, il était ignorant et ne connaissait pas ce point. Et, en même temps, il était croyant et craignait ardemment qu’Allah le châtie. C’est ce qui lui fit gagner Son Pardon. À fortiori, les savants ayant la compétence pour faire des efforts d’interprétation, tout en veillant à suivre le Messager (r) mérite encore plus d’être pardonnés. »[9]

 

« Le fait qu’une question soit connue de façon élémentaire par tous les musulmans est, somme toute, relatif. Le nouveau converti et le Bédouin vivant loin des villes peuvent n’en avoir aucune connaissance, avant de pouvoir parler de connaissance élémentaire. Bon nombre de savants savent de façon élémentaire que le Prophète (r) a fait la prosternation de l’oubli, qu’il a jugé que le prix de sang devait être versé par le clan du meurtrier, qu’il a jugé que l’enfant naturel était affilié au lit, etc. Certes, les spécialistes connaissent ces points de façon élémentaires, mais, au même moment, la plupart des gens n’en ont jamais entendu parler. »[10]

 

« Certaines opinions relèvent de l’apostasie (renier l’aspect obligatoire de la prière, de l’aumône légale, du jeûne, du pèlerinage, autoriser moralement l’alcool, les jeux de hasard, le mariage à des femmes légalement interdites). Néanmoins, leur auteur peut être excusable dans la situation où les preuves célestes ne lui sont pas parvenues. Le cas échéant, il ne devient pas apostat ; le nouveau converti ou le bédouin vivant loin des villes, et n’ayant pas accès aux lois détaillées de la religion ne sont pas assimilés à des apostats quand ils en renient une sans le savoir. »[11]

 

« C’est pourquoi, si un homme qui se convertit ne sait pas que la prière est obligatoire, ou que le vin est interdit, il ne devient pas mécréant en croyant le contraire, et, mieux, il ne mérite aucun châtiment, pas avant que la preuve prophétique ne lui soit parvenue. »[12]

 

• Ainsi, quand bien même le hadîth de dhât el anwât ne représentait pas un argument en faveur du ‘udhr bi el jahl, il en existe beaucoup d’autres pour le conforter. Il y a une dizaine d’années, j’ai traduit un passage de e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî qui en reproduisait quelques-uns, et que je cite ici pour l’occasion :

 

Allah révèle : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[13] [Des messagers avertisseurs et annonciateurs afin que les hommes ne puisse opposer à Allah aucun argument après leur venue].[14] [Ton Seigneur n’allait pas faire périr les cités avant d’envoyer à leur cité mère un messager qui leur récite Nos versets].[15] [Peu s’en faut qu’elle n’explose de rage ; toutes les fois qu’un groupe y est jeté, ses gardiens leur lancent : un avertisseur ne vous est-il pas venu ? • Si, répondent-il, un avertisseur nous est bien venu, mais nous l’avons démenti et avons prétendu qu’Allah n’a rien révélé].[16]

 

Ces Versets démontrent qu’Allah ne châtie jamais celui à qui Son Message n’est pas parvenu. Le châtiment ne concerne pas celui qui n’en a jamais eu connaissance. Quant à celui qui n’en reçoit qu’une partie, il ne lui sera fait grief que des enseignements qu’il conteste après en avoir eu connaissance et qui constituent désormais une preuve contre lui.[17]

 

[1] Voir notamment dans le même ouvrage : iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (1/234, 235, 237).

[2] Voir : el kalimat el nâfi’a fi el mukaffarât el wâqi’a (p. 24).

Voici le passage en arabe :

فأنكر النبي - صلَّى اللهُ عَليهِ وعَلى آلِهِ وسَلَّمَ- مجرَّدَ مُشابهتهم في اتخاذ شجرة يعكفون عليها معلِّقين سلاحهم، فكيف بما هو أطم من ذلك من الشِّرك بعينه!

[3] Voir : minhâj e-sunna (2/396).

[4] Voir : jâmi’ e-rasâil (1/244-245).

[5] Voir la recension d’e-radd ‘alâ el Akhnâî (p. 206).

[6] Rapporté par ibn Mâja (n° 4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 87), et sahîh el jâmi’ (6/339).

[7] Majmû’ el fatâwa (11/407-408).

[8] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (n° 7505) et Muslim (n° 2757).

[9] Majmû’ el fatâwâ (3/231).

[10] Majmû’ el fatâwâ (13/118).

[11] Majmû’ el fatâwâ (3/354-355).

[12] Majmû’ el fatâwâ (11/407).

[13] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[14] Les femmes ; 165 voir les tafsîr d’el Baghawî et de Shanqîtî.

[15] Les récits ; 59

[16] La royauté ; 8-9

[17] Majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (12/393).

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Publié par mizab - dans Takfir
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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 09:41

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 1)

 

Ibn Taïmiya : « Tout au long de ma vie, jusqu’à cette heure, je n’ai jamais convié personne à suivre dans les bases de la religion (usûl) ni le madhhab hanbalî ni aucun autre madhhab. » Majmû’ el fatâwa (3/229).

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Quand le sage montre la lune le sot regarde le doigt...

 

Aujourd’hui, toujours fidèle à lui-même, sauf son respect, notre ami – qu’Allah le garde – fait montre d’un manque cruel de rigueur scientifique digne d’un novice. Ses approximations ont au moins l’avantage de nous familiariser davantage avec la tendance d’ibn Taïmiya sur le sujet ; ses allégations calomnieuses sont donc un mal pour un bien :

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2016/04/reponses-aux-arguments-de-l-excuse-de-l-ignorance-dhat-anwat.html

 

Si le but est de nous convaincre, c’est maigre comme argumentation, c’est même « vachement » maigre ! Nous restons sur notre faim…

 

• Déjà, il tranche péremptoirement sur une question épineuse qui donne lieu à des différences de point de vue sur l’interprétation des arguments utilisés, quoi que, comme souvent, les divergences que ces débats engendrent portent plus sur la forme que sur le fond. Ce que notre ami attribue curieusement à certains contemporains avait déjà lieu au sein d’aimmat e-da’wâ qui n’avaient pas une position uniforme sur l’explication du hadîth de dhât el anwât. Il est certes possible de conjuguer entre les différents avis qui s’opposent, ce que je n’ai pas la prétention de faire ici, mais retenons dors et déjà que les fautifs en question sollicitaient une pratique qui relevait soit du shirk asghar soit du shirk akbar. En explication à kitâb e-tawhîd, Sheïkh Mohammed Hâmid el Faqîh opte pour la seconde hypothèse. ‘Abd e-Razzâq el ‘afîfî lui emboitera le pas lorsqu’il établira plus récemment que les qubûriyins sont des apostats après iqâma el hujja, et qu’avant cela, ils sont des ignorants comme les Compagnons qui avaient demandé au Prophète (r) de leur désigner un arbre sur lequel ils suspendraient leurs armes (ashâb el anwât).[1]

 

Indépendamment de savoir comment orienter ce qui semble se contredire dans son discours, Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb s’inspire de ce genre d’arguments pour souligner : « Le musulman qui fait un effort d’interprétation (mujtahid) peut prononcer des paroles de kufr sans le savoir. Si après qu’on l’ait averti de son erreur, il se repend sur le champ, il ne devient pas mécréant… »[2] Ce dernier fait la distinction entre ne pas connaitre le vrai sens d’une parole qu’on prononce et ne pas savoir qu’elle fait sortir de l’Islam. Si la première forme d’ignorance est excusable, ce n’est pas le cas pour la seconde.[3] Son petit-fils, ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan a des paroles qui vont dans ce sens.[4] C’est la raison pour laquelle, les savants établissent que le nouveau converti qui renie l’aspect obligatoire des actes d’adoration ne sort pas de la religion, sauf s’il persiste dans l’erreur, pour une raison ou pour une autre,  après avoir été averti.

 

De nombreux passages des ouvrages de l’Imâm établissent ce principe. Un jour, on lui posa une question sur un hadîth qui annonçait le Paradis au musulman. On voulait savoir s’il concernait uniquement le musulman n’ayant aucun acte d’association à son passif. Voici quelle fut sa réponse : « … Quant au croyant qui commet de l’association sans s’en rendre compte, malgré tous les efforts qu’il entreprend pour être conforme aux enseignements d’Allah et de Son Messager, il est à espérer qu’il soit toujours concerné par la promesse dont fait mention le hadîth en question.

 

Plusieurs Compagnons commirent à leur époque ce genre de choses. Ils juraient par leurs pères et par la Ka’ba ; ils avaient des expressions du genre : « si Allah et Mohammed le veulent ! » ou « désigne-nous un arbre où nous pourrons suspendre nos armes ! » Cependant, dès qu’ils se rendaient compte de leurs erreurs, ils revenaient dessus immédiatement. Ils ne cherchaient nullement à polémiquer ni à défendre aveuglément leurs coutumes et leurs ancêtres.

 

Quant à celui qui prétend adhérer à l’Islam, mais qui commet des actes d’associations abominables, et qui se détourne par orgueil des Versets qu’on lui récite, je dis qu’il n’est pas musulman… »[5]

 

Ainsi, l’erreur est humaine, si l’on sait que les Compagnons eux-mêmes n’y ont pas échappé.[6]

 

‘Abd Allah, le fils du premier homme de la da’wâ najdite entérine cette tendance : « Pour la réponse à la troisième question disant : celui qui commet un acte de mécréance sans intention, mais par ignorance, est-il excusable ou non, que ce soit au niveau des paroles, des actes, de la croyance ou en faisant du tawassul ?

Nous disons en réponse : si quelqu’un qui croit en Dieu et à Son Message commet du kufr, car ignorant des enseignements d’Allah et de Son Messager, que ce soit au niveau de la croyance, de la parole ou des actes, il n’est pas pour nous un mécréant ; et nous ne le taxons pas ainsi avant d’avoir appliqué contre lui la preuve céleste qui voue à la mécréance celui qui va à son encontre. Après l’iqâma el hujja, soit, après que les enseignements du Messager (r) lui soient parvenus, il devient mécréant en persistant dans son égarement… le Coran suffit en lui-même pour établir la hujja contre lui. Cependant, il  a besoin que les savants lui expliquent la chose, wa Allah (I)  a’lam ! »[7]

 

‘Abd e-Latîf explique qu’une erreur ne rend pas forcément mécréant (kâfir), pervers (fâsiq) ou désobéissant (‘âsî).[8] Et cela, conformément au Verset : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[9] Il souligne que Sheïkh el Islam n’a pas kaffar certains de ses contemporains, qui pourtant étaient des savants, car à ses yeux, la preuve céleste n’avait pas été établie contre eux. Ce qui démontre que l’Islam était devenu étranger pour beaucoup de gens à son époque.[10] Il explique également que les plupart des savants accordent à ibn Taïmiya en gros que le Législateur ne tient pas rigueur des erreurs commises avant la transmission du message. Il va sans dire qu’après l’iqâma el hujja, il n’y a plus de contestation possible. Il existe même un consensus sur la question.[11] En revanche, il s’est abstenu de kaffar les ignorants parmi les adorateurs des tombes qui n’avaient pas été prévenus.[12] S’ils refusent de se repentir après avoir eu les preuves en main, ils sont coupables d’apostasie qu’il incombe de réprimer par les armes.[13]

 

• Dans el Qawâ’id el arba’a, ibn ‘Abd el Wahhâb écrit :

 

Voici la preuve textuelle pour les pierres et les arbres : [Avez-vous vu e-Lât et el ‘Uzza ? • Et Manât la troisième du lot ?][14]

 

Il y a également le hadîth d’Abû Wâqid e-Laïthî (t), dans lequel ce dernier raconte : « Nous avons participé à la bataille de Hunaïn avec le Prophète (r), alors que nous venions d’embrasser l’Islam. Les païens avaient un cèdre au pied duquel ils se vouaient à l’adoration (ya’kifûn) et sur lequel ils accrochaient leurs armes. Il portait le nom de dhât anwât. Comme nous passâmes devant un cèdre, nous nous exclamèrent : « Messager d’Allah ! Fais-nous un dhât anwât comme celui des païens, etc. »

 

En commentaire à ce passage Sheïkh el Fawzân explique :

 

Selon Abû Wâqid e-Laïthî (t), l’un de ceux qui se convertirent après la conquête de La Mecque, comme l’indique l’hypothèse la plus répandue sur le sujet, soit en l’an huit de l’Hégire.[15]

 

 « Il portait le nom de dhât anwât.» : anwât est le pluriel de nawt qui signifie : accrocher ou faire pendre. Il s’agit d’un arbre sur lequel on accroche quelque chose, soit ici, les armes des combattants en vue d’attirer la bénédiction. Certains Compagnons fraichement convertis, et qui ne pénétraient pas encore parfaitement le tawhîd eurent l’idée suivante :

 

« Fais-nous un dhât anwât comme celui des païens » : vouloir imiter aveuglément les autres est un vrai fléau, pour ne pas dire qu’il en est l’un des plus grands. Le Prophète (r) fut surpris de cette proposition, à laquelle il répliqua : « Allah akbar ! Allah akbar ! Allah akbar ! » Ce dernier réagissait de cette façon soit pour approuver soit pour désapprouver une chose qui attisait son étonnement. Il pouvait dire également : « Gloire à Allah ! » en le répétant plusieurs fois.

 

Le Prophète s’est exclamé ensuite : « C’est une vraie tradition ! » La tradition est la voie que les hommes empruntent et qu’ils se transmettent les uns les autres. La raison les ayant poussés à demander cela est de suivre les coutumes des premières générations et d’imiter les païens.

 

« Vous avez demandé – par Celui qui détient mon âme dans Sa Main – la même chose que les enfants d’Israël demandèrent à Mûsâ ! [Désigne-nous une divinité comme la leur. Il répondit : vous êtes vraiment un peuple insensé].[16] »

 

Moïse (u) traversa la mer Rouge à la tête des tribus d’Israël, qui assistèrent à l’épisode où Allah engloutit leur ennemi sous les eaux. Une fois sur l’autre rive, ils passèrent devant des païens qui rendaient le culte à leurs idoles. Ce qui donna des idées aux adeptes du frère d’Aaron qui lancèrent : [Désigne-nous une divinité comme la leur. Il répondit : vous êtes vraiment un peuple insensé]. Il leur reprocha leur réaction, avant d’enchaîner : [Ces gens-là ne tiennent sur rien] : ils sont sur le faux ; [et leurs œuvres sont réduites à néant] : pour être du shikr ; [Dois-je vous choisir un autre dieu qu’Allah, alors qu’Il vous a préféré au reste de l’humanité].[17]

 

Mûsâ (r) se comporta avec ses contemporains de la même manière que notre Prophète Mohammed (r) le fera des siècles plus tard. Or, ni les uns ni les autres ne franchirent le pas. Les Juifs ne passèrent pas à l’action de la même façon que les Compagnons novices se contentèrent de solliciter un arbre sur lequel ils pourraient pendre leurs armes. Cependant, Allah leur épargna de tomber dans la faute. Ces derniers se résignèrent aussitôt aux paroles de leur Prophète qui le leur interdisait. Leur demande fut simplement motivée par l’ignorance, et n’était pas intentionnelle. Dès qu’ils surent qu’il s’agissait d’un acte de shirk, ils se rétractèrent immédiatement, sans mettre leur ambition à exécution. S’ils l’avaient fait, ils auraient effectivement sombré dans l’association.

 

Ce qui nous intéresse dans ce Verset, c’est qu’il existe des gens pour adorer les arbres, étant donné que les païens auxquels il fait allusion s’étaient attribués un cèdre dhât anwât. Cette pratique donna des idées à certains Compagnons qui ne s’étaient pas encore imprégnés du savoir, et qui voulaient les imiter, mais Allah les empêcha de faire l’irréparable grâce à Son Messager (r).

Ainsi, il y a bien une catégorie d’individu qui cherche la baraka dans les arbres et qui, à leur pied, se vouent (ya’kifûn) à l’adoration. ya’kifûn du nom ‘ukûf qui signifie rester une longue période auprès d’un lieu en signe d’adoration. Le ‘ukûf consiste donc à rester longtemps dans un endroit.

 

Ce hadîth renferme un certain nombre de questions qui sont très éloquentes :

 

Premièrement : ignorer l’unicité représente un grand danger, car, sans s’en rendre compte, on s’expose à l’association. À partir de là, on comprend la nécessité de les étudier tous les deux : l’unicité et son antonyme. Le but, c’est d’être bien renseigné sur le sujet et de ne pas se laisser prendre au dépourvu par son ignorance. Surtout, si en voyant les autres faire une chose, on s’imagine qu’ils ont raison. L’ignorance représente donc un danger, surtout dans le domaine de la croyance.

 

Deuxièmement : ce hadîth nous apprend qu’il est périlleux de vouloir imiter les païens, car on n’est pas à l’abri ainsi de trébucher dans le shirk. Le Prophète (r) affirme à ce sujet : « En imitant un peuple, on compte dans ses rangs. »[18]

 

Troisièmement : chercher la baraka sur des pierres, des arbres, ou des constructions (mausolées) est une forme d’association, quand bien même on appellerait cela autrement. Solliciter la bénédiction de quelqu’un d’autre qu’Allah, relève de l’association, même si on lui donne un autre nom.

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Voir : fatâwa wa rasâil samâhat Sheïkh ‘Abd e-Razzâq ‘Afifî (1/172).

[2] Kashf e-shubuhât (p. 24).

[3] Fatâwa wa masâil inclues dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (2/3/39).

[4] Voir : majmû’e-rasâil wa el masâil (4/370).

[5] Voir : fatâwâ wa masâil comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (2/3/21-22).

[6] E-durar e-saniya (1/334-336).

[7] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/247-248).

[8] Manhaj e-ta-sîs wa e-Taqdîs (p. 75-75).

[9] La vache ; 286

[10] Voir : e-durar e-saniya (1/417-418).

[11] ‘Abd e-Latîf rapporte le consensus dans e-durar e-saniya (1/467-468).

[12] Voir : mish e-zhalâm (p. 324-325).

[13] Voir : e-durar e-saniya (1/427).

[14] Les étoiles ; 19-20

[15] Le hadîth en question est rapporté par e-Tirmidhî (n° 2180) ; kitâb el fitan : bâb mâ jâ la tarkabanna sunana man kâna qablakom ; à la suite de quoi il fit le commentaire suivant : « Ce hadîth est bon et authentique. » ; Il est rapporté également par Ahmed (5/218), ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna (n° 76), ibn Hibbân dans son recueil e-sahîh (n° 6702 – el ihsân) ; ibn Hajar l’a authentifié dans el isâba (4/216).

[16] El a’râf ; 138

[17] El a’râf ; 140

[18] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 4031) ; kitâb e-libâs : bâb fî labs e-shuhra ; il est rapporté également par Ahmed (2/50), selon ‘Abd Allah ibn ‘Omar – qu’Allah les agrée son père et lui –. Ibn Taïmiya fait le commentaire suivant suite à ce hadîth : « Sa chaîne narrative est potable. » Voir : iqtidâ e-sirât el mustaqîm (1/336-339). Dans takhrîj el ih, le Hâfizh el ‘Irâqî a dit quant à lui : « Sa chaîne narrative est authentique. » Dans fath el Bârî, le Hâfizh ibn Hajar donne le jugement suivant pour sa part : « Sa chaîne narrative est bonne. »

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 15:28

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar IV

(Partie 3)

 

• Pour sa décharge, notre ami ne se contente pas de Qarrâfî, mais s’appuie sur d’autres références mâlikites pour confirmer ce fameux consensus.[1] J’y reviendrais peut-être plus tard, mais dors et déjà, nous devons déjà cerner ce qu’ils entendent par asûl e-dîn, qui est loin de se confiner dans le tawhîd el ulûhiya (l’unicité dans le domaine de la divinité) ; il faut compter avec le tawhîd  dans les Noms et Attributs divins. Or, les anti ‘udhr reconnaissent que l’erreur dans ce domaine est excusable. Ces citations ne vont donc pas dans le sens de notre ami, mieux, elles se retournent contre lui, surtout dans la mesure où toute falsification d’un Attribut n’en demeure pas moins du shirk, au même titre que le culte des tombeaux, comme nous l’avons expliqué dans les premières parties.

 

Qu’il se rassure, car il n’est pas le seul à se précipiter dans ce genre d’approximation. Avant lui, il y a eu, entre autre, Râshid e-Râshid, l’auteur du fameux ‘âridh el jahl qui multiplie les citations des savants des quatre écoles refusant toute circonstance atténuante à toute entorse qui touche aux fondements de la religion, qui ne sont pas propres, rappelons-le, à tawhîd el ulûhiya.

 

C’est exactement ce que condamne ibn Taïmiya dans un passage cité plus haut, et que je remets ici : « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’tazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. »[2]

 

• Sans compter que d’autres savants malékites aux relents beaucoup moins hérétiques qu’el Qarrâfî déroge à ce prétendu consensus. C’est le cas notamment d’ibn el ‘Arabî (m. 543 h.), l’auteur des paroles : « Si l’ignorant ou celui qui commet une erreur parmi les adeptes de cette communauté, fait un acte de kufr ou de shirk qui en principe, le rend soit mushrik soit kafir, il est excusable en raison de son ignorance et de son erreur (ya’dhur bi el jahl wa el khata) jusqu’à ce que lui soit établit de façon claire et limpide, loin de toute confusion, la preuve d’Allah qui voue à la mécréance celui qui ne s’y soumet pas ; et qu’il renie ensuite un point élémentaire de la religion (ma’lûm min e-dîn bi e-dharûra), relevant du consensus recensé de façon sûre, et que tout musulman connait machinalement et sans réfléchir. »[3]

 

Ibn Hazm (m. 456 h.), un autre andalou, a un discours qui va dans ce sens.[4] La rigueur scientifique aurait réclamé de le signaler.

 

[Ne croyez-vous qu’à une partie du Livre au détriment du reste ; en agissant ainsi, quelle autre rétribution aura-t-on sinon de goûter à l’ignominie ici-bas et d’être jeté dans le pire des châtiments le Jour de la résurrection ; Allah n’est nullement inattentif à ce que vous faites][5] ; [Ils oublièrent alors une partie du rappel, et Nous attisâmes entre eux la haine et l’animosité jusqu’au Jour de la résurrection].[6]

 

• Mieux, ce même ibn Hazm met en avant un consensus disant exactement le contraire, bien qu’il ne fasse pas la distinction entre les formes d’erreurs.[7] Ibn Taïmiya est plus précis en soulignant que cette tendance, nuance, est celle des Compagnons, des tâbi’îns, et des grandes références de l’Islam.[8] Au cours d’un dialogue probablement imaginaire entre un pro et un anti ‘udhr, Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî entérine ce fameux consensus des Compagnons et de leurs successeurs direct (le consensus d’ibn Hazm prend tous son sens, si l’on sait qu’il ne reconnait pas les consensus des générations plus tardives) :

 

  • Le premier intervenant (anti ‘udhr) : le Coran, la sunna, et le consensus des savants musulmans établissent que l’invocation d’une idole (que ce soit un ange, un prophète, un pieux, une statue, etc.) fait sortir de la religion. Son auteur est un kâfir (mécréant) mushrik (païen) condamné à l’Enfer éternel. Ce principe est connu de façon élémentaire par tous les musulmans. Personne ne peut le renier. Tout coupable est un kâfir mushrik. Peu importe qu’il l’ait fait par obstination (‘inâd), ignorance (jahl), erreur d’interprétation (ta-wîl), ou suivisme aveugle (taqlîd). Allah ne distingue pas dans le Coran entre les catégories de mécréants. Ils ont tous le même statut. Aucune différence n’y est faite entre les leaders et les suiveurs ni entre les obstinés et les ignorants. Ils avancent pourtant l’excuse : [Nous avons trouvé nos ancêtres sur une voie et nous avons suivi leurs traces].[9] Il va sans dire que la plupart d’entre eux pensent qu’ils sont sur la vérité, comme le relate le Verset : [ceux qui s’égarèrent au cours de leur vie alors qu’ils pensaient bien faire • Ce sont ceux qui mécrurent aux signes de Leur Seigneur].[10] Leur conviction qu’ils sont sur le droit chemin n’intercède nullement en leur faveur. Ainsi, invoquer une créature, ou l’appeler au secours pour des choses que Seul Allah est à même de faire rend mécréant et païen, indépendamment de savoir qu’on l’ait fait par obstination ou non, qu’on eût connaissance des textes ou non. Sinon, quelle serait la différence entre les ignorants affiliés à l’Islam qui commettent l’association et les ignorants juifs, chrétiens, etc. ? Et quelle serait la différence entre celui qui renie la Résurrection même par ignorance et celui qui invoque une idole et qui recherche son aide et son secours. Tous deux ont le même statut ! Le Messager a transmis clairement le message, et la preuve céleste (hujja) est établie contre ceux qui reçoivent le Coran qu’ils l’aient comprise ou non.
  • Le second intervenant (pro ‘udhr) : vous avez évoqué, en vous appuyant sur les textes du Coran et de la sunna et du consensus que l’invocation et l’appel au secours des idoles relèvent de la mécréance et de l’association menant à l’Enfer éternel. Point sur lequel il n’y a aucun doute. En revanche, vous mettez sur le même pied d’égalité toutes les formes d’ignorance. D’un coté, nous avons les différentes confessions mécréantes (juive, chrétienne, etc.) qui ne donnent pas foi à la prophétie de Mohammed (r). D’un autre coté, nous avons les ignorants qui donnent foi à tous ses enseignements et qui adhèrent pleinement à son obéissance. Cependant, ces derniers commettent l’association sans s’en rendre compte, en invoquant une créature. Ils pensent ainsi rendre hommage à la personne qu’ils invoquent. À leurs yeux, c’est la religion elle-même qui le leur réclame. Or, faire une telle comparaison est une erreur grossière. Elle va à l’encontre des textes scripturaires (Coran et sunna), du consensus des Compagnons et de leurs fidèles successeurs (tâbi’în). Il est en effet connu de façon élémentaire par tous les musulmans que tous les ignorants mécréants, dont les juifs et les chrétiens, sont voués à l’Enfer éternel. Personne ne peut le contester. L’autre catégorie concerne ceux qui donnent foi à tous les enseignements du Prophète (r) et qui adhèrent totalement à sa religion, mais qui font une erreur dans la croyance, les paroles et les actes soit par ignorance, une mauvaise interprétation ou par suivisme.[11]

 

Ainsi, si consensus il y a eu, c’est au sein des générations récentes, non des Compagnons ni de leurs successeurs direct ni des grandes références de l’Islam ; en sachant que les adeptes des quatre écoles canoniques ont été influencées par le mu’tazilisme, et, par voie de conséquence, par l’ash’arisme. Nous avons vu aussi que certains hanbalites, particulièrement, appréhendaient mal la tendance de leur imâm sur la question, les conduisant ainsi vers l’excès. Et, comme le dit si bien ce dernier, la plupart des consensus revendiqués sont fallacieux !

 

Il y             a souvent un décalage entre les allégations des modernes et la réalité des anciens.

 

• Et cela, d’autant plus qu’il existe un autre consensus[12] remettant radicalement en cause ce prétendu consensus, mais surtout la théorie anti ‘udhr selon laquelle, il est impossible, d’une manière ou d’une autre, que la foi et le shirk s’associe chez une même personne responsable. Le consensus en question établit que le nouveau converti commettant une annulation de l’Islam bénéficie de circonstances atténuantes. Après avoir dressé une liste de questions connues par tous les musulmans de façon élémentaire, e-Nawawî nous apprend : « … Or, si le nouveau converti, qui ne connait pas l’Islam dans ses détails, renie l’un de ces éléments par ignorance, il ne devient pas mécréant (hukm ndt.), et garde le nom de musulman (ism ndt.) comme ceux que nous avons cités… »[13]

Plusieurs savants à travers diverses époques (Bahâ e-Dîn el Maqdisî, e-Suyûtî, ‘Alî el Qârî, ibn Qudâma el Maqdisî) donnent l’exemple du nouveau converti et du bédouin qui vit loin des villes pour dire qu’il ne devient pas kâfir, avant iqâma el hujja, pour faire la distinction entre lui et l’apostat (murtadd). Il n’y est pas question de distinction entre l’ism et le hukm. Pour mieux comprendre, il faut revenir à la définition du murtadd que nous proposent plusieurs savants. Tous s’accordent à dire qu’au niveau de la langue, apostasier, c’est revenir sur quelque chose dans l’absolu. Dans la religion, il consiste à renoncer verbalement à la religion ou dans les actes.[14]

 

Râshid e-Râshid lui-même corrobore ce principe dans ‘âridh el jahl où il dresse une liste des savants des quatre écoles qui l’entérinent, avant de conclure : « … Quant à celui qui commet du shirk, dans la mesure où il n’a pas accès à la science, comme ceux qui vivent dans les pays non-musulmans et dans les sociétés où il n’y a pas de prédicateurs qui appellent au tawhîd, de sorte qu’il ne peut remédier à son ignorance, dans ce cas, il est excusable, selon l’opinion la plus vraisemblable des savants. »[15]

 

• Or, il est possible de conjuguer entre ces deux consensus, qui, en apparence, se contredisent, en disant qu’en temps normal nul n’est censé ignoré la loi, mais que l’exception n’échappe pas à la règle. Malheureusement, dans certains endroits et à certaines époques, c’est l’exception qui prédomine. Ainsi, comme souvent entre traditionalistes, les divergences sont plus sur la forme que sur le fond.

 

En faisant en effet un résumé des paroles des savants des différentes tendances sur le sujet, on se rend compte paradoxalement que leur discours se rejoint.

 

Les cas où l’ignorance n’est pas une excuse dans les questions évidentes, non dans les questions subtiles qui réclament de faire iqâma el hujja.

 

  1. Celui qui vit en terres musulmanes ou dans un pays limitrophe.
  2. Celui qui vit à une époque où le savoir est répandu et accessible à tous.
  3. Celui qui a la possibilité de poser des questions aux savants sur les choses qu’il ignore.

 

 Les cas où l’ignorance est un facteur excusable dans les questions évidentes et à fortiori dans les questions subtiles

 

  1. Celui qui vit dans les périodes de fatra (sans prophétie) ou dans celle où la lumière de la prophétie s’est estompée.
  2. Celui qui vit en terre ennemi, étant donné qu’en principe, le savoir n’y est pas répandu.
  3. Le bédouin qui vit loin des villes.
  4. Le nouveau converti.
  5. Et, par analogie, tous ceux qui répondent au même signalement.

 

Pour faire cette classification, je me suis paradoxalement aidé du livre ‘âridh el jahl de Râshid e-Râshid.[16] Ainsi, l’état d’ignorance n’est pas une excuse en soi, mais il faut tenir compte d’un facteur qui est extérieur à l’individu et qui est indépendant de sa volonté, soit l’impossibilité d’avoir accès au savoir, pour une raison ou pour une autre. Wa Allah a’lam !

 

• Notre ami étend ce consensus à l’école hanafite,[17] mais nous savons désormais de quoi il en retourne réellement. Nous avons vu notamment que le maitre éponyme faisait allusion aux trois formes de tawhîd, non particulièrement au domaine de l’Unicité. Nous avons vu également que la négation des Noms et Attributs divins était à mettre au compte du shirk au même titre que le culte des tombeaux. Rien ne prête à dire en regard des textes qu’il faille distinguer entre les formes de tawhîd en matière d’iqâma el hujja. Quiconque prétend le contraire doit en avancer la preuve sans n’inverser les rôles. En outre, ce consensus revendiqué par les légistes modernes des quatre écoles et que Râshid e-Râshid a pris soin de compiler ne s’arrête pas au shirk ‘amalî. Il s’étend à la négation des Noms et Attributs, au caractère obligatoire d’un des piliers de l’Islam, etc. Or, ni ses fameux légistes ni Râshid e-Râshid ni les anti ‘udhr purs et durs ni même notre ami n’avancent qu’aucune excuse n’est accordée dans ces autres domaines ; pourquoi, alors, faire exception au shirk ‘amalî ? C’est celui qui lui attribue ce caractère exclusif qui doit en apporter la preuve, non celui qui s’en tient à la règle générale, n’inversons pas les rôles !

 

Wa Allah el musta’ân, pour reprendre une expression chère à Sheïkh Muqbil – paix à son âme – !

 

 

 

Par : Karim Zentici

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[2] Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[3] Voir : tafsîr el Qâsimi (5/1307-1308).

[4] El fisal d’ibn Hazm (3/302)

[5] La vache ; 85

[6] Le repas céleste ; 14

[7] El fisal d’ibn Hazm (3/142)

[8] Majmû’ el fatâwa (23/346-347).

[9] Les ornements ; 22

[10] La caverne ; 104-105

[11] Voir : e-tibyânfî ta-sîlmasâil el kufrwa el îmânde Fathî el Mawsilî (232-238) ; l’auteur imagine un débat sur le takfîr d’un cas particulier ayant commis un « acte » de mécréance. Ce débat est retranscrit dans les fatâwâ e-sa’diya (578-584).

[12] Pour être plus précis, ibn Taïmiya attribue ce consensus aux grandes références de l’Islam. Voir : Majmû’ el fatâwa (11/407-408).

[13] Sharh e-Nawawî (1/205). Il dit mot à mot : baqâ ism e-dîn ‘alaïhi. Juste avant, Nawawî affirme au sujet de celui qui ne reconnait pas le troisième pilier de l’Islam : « Ainsi, nous pouvons dire la même chose concernant tous ceux qui renient un élément connu de façon élémentaire de la religion, dans la mesure où sa connaissance est répandue : comme les cinq prières, le jeûne du ramadhân, la grande ablution après les rapports sexuels, l’interdiction de l’adultère, l’alcool, le mariage consanguin, etc. Cela ne concerne pas ceux qui viennent d’embrasser l’Islam et qui ne connaissent pas ses lois. Les renier avec ignorance ne rend pas mécréant. » Sharh sahîh Muslim (1/205). Ibn Qudâma a également un discours qui va dans ce sens. Voir : el mughnî (8/131).

[14] ‘âridh el jahl (p. 345).

[15] ‘âridh el jahl (p. 224).

[16] ‘âridh el jahl (p. 213).

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 16:30

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar IV

(Partie 2)

 

La définition des usûl : bases ou questions fondamentales de la religion

 

Ibn Taïmiya explique : « Les bases fondamentales de la religion se présentent sous la façon suivante : soit, il s’agit de questions auxquelles il incombe de donner foi, de prononcer verbalement, ou de mettre en pratique. Ex. : les questions qui touchent à l’Unicité, aux Attributs, au destin, à la prophétie, à l’eschatologie (la vie après la mort ndt.), ou toutes les questions qui les démontrent… »[1]

 

Ailleurs, il précise : « Donner foi au caractère obligatoire des obligations apparentes et communément transmises et au caractère prohibé des interdictions apparentes et communément transmises est l’un des plus grands fondements de la foi et des fondements de la religion. »[2]

 

La distinction entre les usûl et les furû’ (questions subsidiaires de la religion)

 

Sheïkh Taqî e-Dîn établit qu’Allah pardonne au croyant qui qu’il soit, lorsqu’il commet une erreur malgré ses efforts à la recherche de la vérité. Il n’y a pas de différence en cela, entre les questions fondamentales (usûl ndt.) ou subsidiaires (furû’ ndt.) ; cette tendance est celle des Compagnons et de la plupart des grandes références de l’Islam. Ces derniers n’ont jamais fait la différence dans le domaine du takfîr entre les questions fondamentales qui, en les reniant, feraient sortir de la religion, et les questions subsidiaires qui ne feraient pas sortir de la religion celui qui les renie.

 

Puis, il poursuit : « Quant à séparer entre les éléments de la religion en deux ensembles en faisant entrer dans le premier d’entre eux les questions dites fondamentales et dans l’autre, les questions dites subsidiaires ; il faut savoir que cette distinction ne prend son origine ni chez les Compagnons ni chez leurs fidèles successeurs ni chez les grandes références de la religion. Elle provient plutôt des innovateurs, avec les mu’tazilites à leur tête.

 

C’est de ces derniers que s’inspirent les légistes qui en parlent dans leurs ouvrages. Sans compter que cette distinction se contredit elle-même. Nous demandons à ses théoriciens de nous indiquer la limite des questions fondamentales qui vouent toute erreur à la mécréance et la limite des questions subsidiaires !

Ils peuvent toujours répondre que les premières représentent les questions dogmatiques et les secondes, les questions pratiques.

Ce à quoi nous répondons : les musulmans se sont divisés sur le sujet de savoir si le Prophète (r) a vu ou non Son Seigneur, si ‘Uthmân est meilleur qu’Ali, sur de nombreuses exégèses du Coran, et sur l’authenticité de certains hadîth ; en sachant que ces divergences relèvent des questions dogmatiques et théoriques. Pourtant, celles-ci n’entrainent aucun takfîr à l’unanimité des savants.

D’un autre côté, le caractère obligatoire de la prière, de l’aumône légale, du jeûne et le caractère prohibé de la débauche, et du vin sont de l’ordre des questions pratiques. Pourtant, à l’unanimité des savants, elles vouent à la mécréance toute personne qui les renie.

 

Ils peuvent aussi vouloir dire que les usûl renferment les questions formelles.

Ce à quoi nous répondons que nombre de questions pratiques sont formelles ; comme il existe de nombreuses questions théoriques qui ne le sont pas. Tout en sachant que la notion de « formel » ou de « probabilité » est relative. Une question peut être formelle pour quelqu’un qui détient de son point de vue une preuve irréfutable ; il peut avoir entendu un texte prophétique et pénétrer parfaitement ses intentions ; au moment où pour un autre cette question n’atteint même pas le degré de probabilité, avant qu’on puisse parler de formelle, étant donné qu’il n’a jamais eu cette preuve entre les mains, ou que, bien qu’il l’en ait connaissance, il remet en question son sens ou son authenticité, ou encore qu’il ne soit pas en mesure d’y puiser le moindre argument. »[3]

 

Bien qu’aléatoires, les termes usûl et furû’ ne sont pas condamnables en eux-mêmes !

 

L’homme qui rendit l’âme dans les murs de sa prison est l’auteur des paroles : « Si tu sais que l’expression usûl e-dîn, dans le vocabulaire de ses instigateurs est une notion vague et floue, car renfermant une conception élastique qui varie en fonction des contextes et des spécialités dans lesquels elle est utilisée ; tu te rendras compte que le vrai usûl e-dîn pour Allah, Son Messager, et Ses serviteurs croyants fut hérité, en réalité, du Messager. »[4]

 

« De nombreux imams des différents groupes, comme les légistes, les traditionnistes, et les soufis (y), bien qu’au niveau des furû’, ils suivent différentes écoles, tous revendiquent être conformes au niveau des usûl ou de la sunna, la tendance d’Ahmed ibn Hanbal. »[5]

 

« Là où nous voulons en venir ici, c’est que les procédés utilisés par le Coran pour éclairer les arguments et les questions dans les usûl et les furû’, sont d’une extrême perfection. »[6]

 

Ainsi, ces deux termes s’étant vulgarisés dans quasiment toutes les spécialités de la religion, et, de surcroit, pouvant revêtir une bonne connotation, il n’y a pas de raison à ne pas les utiliser. D’autant plus, qu’il est même possible, aux yeux d’ibn Taïmiya, d’utiliser des termes hérétiques par condescendance, et si l’intérêt le réclame. C’est le cas par exemple quand on s’adresse à des personnes qui ne connaissent que ce vocabulaire.[7] Que dire alors si l’on sait que ces deux vocables trouvent leur légitimité dans les textes ! Le tout est de bien les délimiter et de les orienter. Ibn Taïmiya s’en charge en offrant une distinction d’une extrême cohérence et d’une imparable précision entre les notions d’usûl et de furû’.

 

Qu’on en juge : « En réalité, toute question évidente entrant dans chacun de ces deux domaines (théorique et pratique) entre dans les usûl ; et toute question subtile entre dans les furû’. Connaitre le caractère obligatoire des cinq piliers de l’Islam, le caractère prohibé des interdictions évidentes et communément transmises ; comme savoir, parmi les questions dogmatiques évidentes et communément transmises, qu’Allah est capable de faire toute chose, qu’Il est Omniscient, qu’Il est Entendant, Voyant, que le Coran est Sa Parole, etc.

C’est pourquoi, en reniant les lois pratiques que nous avons citées, et sur lesquelles règne un consensus, on devient un mécréant, au même titre que celui qui renie l’une de ces questions dogmatiques… »[8]

 

La classification usûl/furû’ est tout simplement illégitime dans le domaine du takfîr[9]

 

Puis, il enchaine : « Il est même possible qu’il soit plus imposé de reconnaitre certaines lois pratiques que les lois dogmatiques. C’est même le cas pour la plupart des questions ! Il suffit, en effet, d’avoir une connaissance générale des questions dogmatiques qui touchent à la foi en Dieu, Ses anges, Ses Livres, Ses messagers, à la vie après la mort, et au destin qu’il soit bon au mauvais.

 

Quant aux obligations religieuses, il incombe d’en avoir une connaissance approfondie, car c’est le seul moyen de les mettre en pratique… » [10]

 

Ibn Taïmiya insiste sur le fait que les compagnons ne faisaient pas la différence entre les usûl (dont le shirk akbar fait partie) et les furû’ pour les erreurs d’interprétation.

 

Voici ses paroles : « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’tazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. »[11]

 

Il explique ailleurs : « Quant à moi, - ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier d’apostat, de pervers, ou de désobéissant sauf s’il devient certain que la preuve prophétique a été fournie contre elle (qâmat el hujja e-risâliya) de sorte que toute personne qui les contredit soit condamnable d’être soit apostat, soit pervers ou soit désobéissant. J’ai par ailleurs établi qu’Allah pardonne les erreurs commises par les membres de cette communauté : Cela concerne aussi bien les erreurs qui relèvent des masâil el khabariya el qawliya (el usûl pour certains ndt.) que les masâil el ‘ilmiya (el furû’ pour certains ndt.). Les anciens se divisent encore sur ces questions. Personne n’a condamné l’un d’entre eux au kufr, au fisq ou à la ma’siya (…) j’expliquais que les paroles des anciens et des grandes références qui parlent du takfir el mutlaq en disant : celui qui fait telle et telle choses est un kafir ; j’expliquais qu’elles étaient justes, mais qu’il incombait également de faire la différence entre le mutlaq (le cas général) et le mu’ayin (le cas particulier). »[12]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/27).

[2] Majmû’ el fatâwâ (12/496).

[3] Majmû’ el fatâwa (23/346-347) ; voir également : (13/126)  et (19/207-212) ; mais aussi : manhâj e-sunna (5/84-95).

[4] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/41).

[5] Bayân talbîs el jahmiya (2/92).

[6] Majmû’ el fatâwa (2/8).

[7] Voir : Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (2/554-555).

[8] Majmû’ el fatâwa (6/56-57).

[9] En annotation à ‘âridh el jahl (p. 97) de Râshid e-Râshid, Sheïkh el Fawzân souligne qu’ibn Taïmiya condamne cette classification dans les questions du takfîr, non qu’elle n’ait aucune origine dans la religion. J’ai récemment entendu Sheïkh Shathrî revoir à la baisse la tendance qu’il attribuait à ibn Taïmiya sur le sujet, et s’aligne désormais à celle de Sheïkh el Fawzân. Une réfutation mettant l’accent sur son approximation lui avait été consacrée, qu’Allah le préserve !

[10] Majmû’ el fatâwa (6/57).

[11] Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[12] Majmû’ el fatâwâ (3/229).

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 10:09

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar IV

(Partie 1)

 

Le takfîr à la hâte est souvent le lot d’individus empreints d’ignorance. [Ibn Taïmiya, e-sab’îniya p. 345.]

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Aujourd’hui, nous nous intéressons à deux billets qui, bien que courts, ne manquent pas d’intérêt :

 

Al Qarâfî [mâlekite] : consensus que nul n'est excusé par l'ignorance

 

Il a dit – qu'Allah lui fasse miséricorde – :

« C'est pour cela qu'Allah n'excuse pas par l'ignorance dans les fondements de la religion, ceci avec le consensus ! »

Cf. « sharh tanqîh al foçoul » ( p.439 )

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/10/al-qarafi-malekite-consensus-que-nul-n-est-excuse-par-l-ignorance.html

 

Al Qarâfî [mâlekite] : malgré son ignorance, il n'est pas excusé

 

~Il a dit : « et celui qui s'avance avec ignorance, sera dans le péché, en particulier dans les sujets de dogme. Le détenteur de la shari'a a été très « strict » sur les dogmes des fondements de la religion, de sorte que si un homme donne tous ses efforts et dépense son énergie pour retirer son ignorance pour l'un des attributs d'Allah – ta'âla – ou dans une chose des fondements de la religion à laquelle il est obligatoire de croire, et que [malgré cela] son ignorance n'a pas été retirée, il est dans le péché et est mécréant parce qu'il aura délaissé cette croyance qui fait partie de la foi. Il sera dans l'Enfer pour l'éternité, selon ce qui est « mashour » (=notoire) des différents madhabs, alors que son effort à atteint son maximum, et que l'ignorance lui est « collée » ; il n'est pas possible qu'il la repousse de sa personne. Malgré tout ça, il n'est pas excusé. […] ils font partie des gens de l'Enfer à cause de leur mécréance, s'ils y sont tombés par ignorance. Quant aux furu' (branches), elles sont différentes des fondements : Le détenteur de la shari'a a pardonné à ces sujets. Celui qui dépense son effort dans les « branches », et s'est trompé, aura une seule récompense. Quant à celui qui a eu juste, il a deux récompenses, comme cela est rapporté dans le hadith. » Cf. « al furouq » ( 2 / 279 à 281 )

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/10/al-qarafi-malekite-malgre-son-ignorance-il-n-est-pas-excuse.html

 

• Passons sur la qualité de la traduction,[1] mais force est de constater, qu’en ces temps qui courent, la charité est plus que généreuse, si tant est qu’elle déborde sur la route, verse sur le trottoir. Moi, je n’aurais pas le droit de m’inspirer d’ibn Taïmiya, le plus grand spécialiste en la matière à l’aune de la méthodologie des anciens, alors que notre ami utilise sans ambages un mentor du kalâm !

 

Ramatnî bi dâihâ wa insallat !

 

Ha, charité quand tu nous tiens…

 

• Pire, d’obédience ash’arite, el Qarrâfî (m. 684 h.), au même titre que ses coreligionnaires modernes, tend vers le mu’tazilizme, avec tout cela que cela implique.[2] Or, selon cette dernière tendance, les notions du bien et du mal peuvent être perceptibles sans passer par la Révélation ; comprendre que l’iqâma el hujja n’est pas indispensable à leurs yeux. Ces adeptes s’accordent, avec certains ash’arites, à refuser la foi du muqallid sous prétexte que chacun est intellectuellement capable de parvenir à la vérité par la réflexion, comme nous l’avons vu précédemment.

 

• Pire, quand el Qarrâfî parle de usûl e-dîn, il fait allusion d’abord et avant tout, en bon néo-ash’arite qu’il est, à la théorie de l’accident (le dalîl el a’râdh wa hudûth el ajsâm). En cela, les traditionalistes, dans les rangs desquels compte notre ami, sont des hérétiques apostats, car assimilés à des anthropomorphistes ; ces derniers ne sont pas excusables, pas plus que les pauvres suiveurs qui ne pénètrent pas cet outil emprunté à la philosophie et qui remonte aux calendes grecques !

 

• D’ailleurs, la seconde citation qu’utilise notre ami s’inscrit en réfutation à el Jâhizh, qui tente de laver son linge sale en famille en s’attaquant au principe selon lequel le Législateur a le droit d’imposer à l’individu responsable un fardeau au-delà de ses capacités (taklîf bi mâ lâ yutâq).[3] Sur ce point qui est loin d’être binaire, la vérité est grossièrement du côté d’el Jâhizh, bien que ce dernier construise dessus l’allégation saugrenue accordant éventuellement aux juifs et aux chrétiens ignorants la possibilité de gagner le Paradis. Alors certes, cette allégation prend le contre-pied d’un consensus immuable, mais de là, à l’attribuer aux traditionalistes pros ‘udhr, comme s’aventure à le faire Jarbû’, est, au minimum, tendancieux !

 

• En outre, non seulement notre ami utilise un auteur qui, si l’on s’en tient à ses principes, ne le considère pas musulman, mais, l’inverse est aussi vrai. Autrement dit, pour être cohérent, notre ami devrait en toute logique kaffar les mutakallimîns qui comptent el Qarrâfî dans leurs rangs.

 

Le tawhîd chez les mutakallimîns murjites

 

En se basant sur leur définition de la foi, ils ne considèrent pas que l’Unicité de la divinité (tawhîd el ulûhiya) compte parmi les branches de l’Unicité. L’Unicité selon eux, consiste à dire qu’Allah est Unique dans Son Essence sans ne faire aucun partage, Unique dans Ses Actions sans n’avoir aucun associé, et Unique dans Ses Attributs sans avoir aucun égal.[4] Cette définition ne fait nullement mention de l’unicité de la Divinité. C’est pourquoi, il est possible de constater chez les sociétés où l’ash’arisme est répandue, qu’elles ne portent pas l’accent sur ce point primordial ; celles-ci sont contaminées par l’association et l’innovation étant donné qu’elles n’apprennent pas aux gens qu’Allah est Unique dans Son Adoration sans n’avoir aucun associé.[5] À leurs yeux, la divinité et la seigneurie sont synonymes. Le Dieu suprême se particularise par son pouvoir de création.[6]

 

Par rapport à leur définition du tawhîd, ils ne voient pas d’inconvénients à invoquer les morts tant qu’on a conscience qu’Allah est le véritable « faiseur ». Ils ramènent donc la chose à la croyance.[7] Selon Taqî e-Dîn Subkî, solliciter le secours des walis (istighâtha bi e-sâlihîn) n’est pas du shirk akbar, dans la mesure où ces walis n’ont pas un pouvoir autonome, mais soumis à la Volonté divine. Il disculpe ainsi les adorateurs des tombes en prétextant que, de ce côté-là, leur croyance est saine, et que leurs pratiques ne remettent nullement en question leur monothéisme.[8] Dahlân, un farouche détracteur de la da’wâ najdite, s’imagine mal qu’un musulman peut conférer à une créature quelconque de s’ingérer de son propre chef dans les affaires du Seigneur.[9] On peut faire tout ce qu’on veut ou presque dans le domaine de la divinité (invoquer un wali qu’il soit mort ou vivant, se prosterner devant lui ou sa tombe, lui consacrer des tawâfs, des immolations, des vœux, etc.), l’essentiel est de garder une croyance saine dans celui dans la Seigneurie.[10] Et quand ils se sentent acculer devant l’évidence, ils sortent leur « joker », la métaphore. Quand le musulman lambda impute les bonnes choses qui lui arrivent au wali untel, avancent-ils, c’est par une pure métaphore, car il est convaincu au fond de lui que tout vient de Dieu.[11]

 

En outre, ils ramènent l’istighâtha bi e-sâlihîn au tawassul qui lui serait synonyme.[12]  C’est pourquoi, sous influence soufie, de grandes références néo-ash’arites cautionnent l’istighâtha bi e-nabî ou autre. En voici une liste non exhaustive :

  • Ibn el Hâjj dans el madkhal (1/252) ;
  • Taqî e-Dîn Subkî, dans shifâ e-saqâm fî ziyâra khaïr al anâm (p. 293, 305-313, 315) ;
  • El Qastalânî dans el mawâib e-ladunniya (p2/392) ;
  • Ibn Hajar el Haïtamî dans el jawhar el munazhzham fî ziyâra el qabr e-sharîf e-nabawî el mu’azhzham (p. 175-176) ;
  • El Bakrî qu’ibn Taïmiya n’a pas kaffar, à ma connaissance ;[13]
  • El Qudhâ’î qui était plus soufi, dans el barâhîn e-sâti’a (p. 298-299) ;
  • El Kawtharî, un adepte du mâturîdisme,[14] etc.

 

Voir : http://www.mizab.org/le-shirk

 

Si les mauvaises implications d’un discours ne font pas autorité, elles n’en démontrent pas moins l’incohérence !

 

In kâna lazîm el madhhab laïsa bi madhhab

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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http://www.mizab.org/

 

 

[1] Voici les deux textes en arabe :

1°)

 ولذلك لم يعذره الله بالجهل في أصول الدين إجماعاً

(شرح تنقيح الفصول) (439/1)

2°)

"فإن صاحب الشرع قد شدد في عقائد أصول الدين تشديداً عظيماً، بحيث إن الإنسان لو بذل جهده، واستفرغ وسعه في رفع الجهل عنه في صفة من صفات الله تعالى، أو في شيء يجب اعتقاده من أصول الديانات، ولم يرتفع ذلك الجهل- فإنه آثم كافر بترك ذلك الاعتقاد الذي هو من جملة الإيمان، ويخلد في النيران، على المشهور من المذاهب"

[4] Voir : nihâya el aqdâm (p. 90), et el milal wa e-nihal tout deux de Shihristânî (1/42).

[5] Voir : introduction de la recension de Kitâb el ‘arsh (1/57-62) de l’Imâm e-Dhahabî (m. 746 h.) par le docteur Mohammed ibn Khalîfa e-Tamîmî.

[6] Voir : usûl e-dîn d’el Baghdâdî (p. 123).

[7] Voir : e-durar e-saniya fî e-radd ‘alâ el wahhâbiya de Dahlân (p. 35).

[8] Shifâ e-saqâm fî ziyâra khaïr al anâm (p. 175).

[9] Voir : e-durar e-saniya fî e-radd ‘alâ el wahhâbiya de Dahlân (p. 34).

[10] Shawâhid el haqq d’e-Nubhânî (p. 116).

[11] Mish e-zhalâm de Mohammed Tâhir (p. 5).

[12] E-sawâ’iq el ilâhiya de Sulaïmân ibn ‘Abd el Wahhâb (p. 6).

[13] Voir : el istighâtha fî e-radd ‘alâ el Bakrî (1/362, 388).

[14] Voir : maqâlât el kawtharî (p. 383).

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 14:58

 

 

Un poisson nommé…

virtuel

(Partie 3)

 

11- Si l’on s’en tient à votre raisonnement, cela voudrait dire dans la pratique, que le premier homme de la da’wa najdite kaffar la grande majorité des musulmans, ce que lui-même défend, lui, l’auteur des paroles : « Si l’on sait que nous ne taxons pas d’apostasie ceux qui adorent la stèle érigée au-dessus de la tombe de ‘Abd el Qadîr, ainsi que celle sur le tombeau d’Ahmed el Badawî et d’autres dans le genre, en raison de leur ignorance, et du manque d’orientation, comment pouvons-nous dès lors le faire pour celui qui n’associe rien à Allah sous prétexte qu’il n’a pas émigré chez nous, dans la mesure où il n’a pas apostasié ni combattu la vérité. Gloire à Allah ! Quelle énorme calomnie ! »[1] Il n’y est pas question d’une manzila baïna manzilataïn.[2] Il s’adresse à des musulmans. Le contexte parle de musulmans, la stèle érigée au-dessus de la tombe de ‘Abd el Qadîr, ainsi que celle sur le tombeau d’Ahmed el Badawî sont adorées par des musulmans. Ensuite, il les compare à des musulmans qui eux ne commettent pas l’association, contrairement aux premiers. Dans un passage, il dit qu’il kaffar ceux qui s’érigent en ennemi de la religion après en avoir pris connaissance, bien que la plupart des membres de la umma, ne sont pas comme cela, qu’Allah soit loué.[3]

 

On fit remarquer à son fils ‘Abd Allah que de taxer d’apostasie ceux qui implorent la shafâ’a au Prophète, cela implique de kaffar la majorité des musulmans. En réponse, il explique, que cela ne l’implique pas forcément, et que lâzim el madhhab laïsa bi madhhab. Il précise qu’il ne parle pas des morts, mais qu’il kaffar uniquement ceux à qui leur prêche est parvenu. Quant aux morts, ils ont commis des erreurs et sont excusables.[4]

 

12- La distinction traditionnelle entre le kufr et le shirk est la suivante : pour certains savants, le kufr est synonyme du shirk, pour d’autres, le kufr a un sens plus général.[5] En fait, le shirk, est l’un des facteurs du kufr parmi tant d’autres. C'est pourquoi les savants disent que tout shirk est du kufr, mais que le contraire n’est pas vrai, bien que les textes puissent utiliser le shirk dans le sens du kufr, conformément à la règle (itlâq el juz ‘ala el kull). Le contraire est aussi valable, on parle alors d’itlâq e-shaï bi ba’dh shu’abihi.[6]

 

Cela nous oblige à entrer dans une analyse plus technique. Nous disons donc :

 

13- D’un point de vue terminologique, il faut savoir que le kufr correspond pour certains savants à tout ce qui s’oppose à la foi ou pour la plupart, à renier n’importe quel enseignement du Prophète (r) ; cela concerne aussi bien les masâil el ‘ilmiya (ou usûl pour certains) que les masâil el ‘amaliya (ou furû’ pour certains). Notons qu’il s’agit dans cette définition du kufr akbar (majeur). C’est d’ailleurs de cette façon qu’il est utilisé dans les textes, sauf si le contexte spécifie qu’il s’agit du kufr asghar (mineur).

 

Ainsi, les textes font plus souvent allusion aux kufr akbar, bien qu’il puisse s’agir du kufr asghar ou, comme le formulent les savants, du kufr dûn kufr. C’est le cas pour la question du hukm bi ghaïri mâ inzala Allah, dans la mesure où son auteur ne l’autorise pas moralement (c’est la question de l’istihlâl), comme le souligne ibn Taïmiya et Sheïkh ibn Bâz.[7] Il peut s’agir également du kufr e-ni’ma (l’ingratitude). Dans ces deux cas, on parle de kâfir de façon relative, non de façon absolue.

 

Le kufr est également nommé dans les textes, shirk (association), zhulm (injustice), et fisq (perversité). Il y a donc un shirk dûn shirk, du zhulm dûn zhulm et du fisq dûn fisq, comme il y a un shirk akbar, un zhulm akbar et un fisq akbar. En tenant compte de ces notions, on s’éloigne des deux tendances extrêmes : el hijrâ wa e-takfîr et des murjites.[8]

 

14- En résumé, on dit kaffara, yukaffira, takfiran pour celui que l’on taxe de kâfir,[9] qu’il s’agisse du shirk akbar, du fisq akbar, ou du zhulm akbar. Ainsi, pour kaffar la personne fautive du shirk, on ne dit pas sharrakahu ou ashrakahu, mais nous utilisons bel et bien kaffarahu. Il est donc absurde de dire qu’ibn Taïmiya et ibn ‘Abd el Wahhâb font une distinction entre le shirk et le kufr, autre que celle que nous avons énoncée, sauf, si leur réelle intention est de :

 

15- D’utiliser les termes ashraka et mushrik, pour parler de l’acte et de kafara et kâfir pour parler du statut. C’est la distinction que nous évoquons depuis toujours entre le huqm el mutlaq et le huqm el muqayïd, ou takfîr e-naw’ et takfîr el mu’ayin et enfin takfîr e-zhâhir et takfîr el bâtîn, wa Allah a’lam !

 

16- La preuve, c’est qu’à l’unanimité des savants, le nouveau converti et le Bédouin qui vit loin des villes ne deviennent pas mécréants avant iqâma el hujja, bien que son acte s’oppose à la foi à tous les niveaux.[10] Ce point est d’une extrême importance. Je crois même qu’il remet à lui tout seul en question l’analyse que brandit en avant Abû el Hasan, wa Allah a’lam !

 

17- Selon ‘Abd ‘Azîz e-Raïs, il y aurait un autre consensus proche du précédent, et qui réfute tout autant cette analyse. à l’unanimité des savants en effet, toute personne étrangère à la langue arabe ne devient pas mécréant avant iqâma el hujja.[11]

 

18- Ainsi, les tatares répondent exactement aux trois derniers signalements pour lesquels s’est noué un consensus. C’est pourquoi, il est intéressant de reprendre le texte d’ibn Taïmiya les concernant, et disant : « Celui qui invoque un autre qu’Allah ou qui fait le pèlerinage pour un autre qu’Allah est un mushrik (païen) et son acte est du kufr (mécréance). Néanmoins, il est possible qu’il ne sache pas qu’il relève du shirk interdit. Comme c’est le cas de beaucoup de ceux qui ont embrassé l’Islam à l’exemple notamment des tatares. Ces derniers avaient des idoles qu’ils encensaient et vers lesquels ils se tournaient, mais ils ne savaient pas que cela était interdit dans la religion musulmane. Ils vouaient également le culte au feu, mais ils ne savaient pas que cela tout autant était interdit. La connaissance de nombreuses formes de shirk peut échapper à des nouveaux convertis, qui ne savent pas que c’est du shirk… »[12]

 

19- En conclusion : « L’ignorance qui relève de la mécréance est en effet de deux sortes :

Premièrement : elle peut provenir d’un individu qui n’est pas affilié à l’Islam et qui n’a jamais eu à l’esprit qu’une autre religion pouvait aller à l’encontre de la sienne. Il faut dans ce cas appliquer contre lui la loi terrestre (el ahkâm e-zhâhir fi e-duniya). Quant à son sort dans l’au-delà, il est entre les Mains d’Allah. Selon l’opinion la plus vraisemblable sur la question, c’est qu’il est éprouvé dans l’au-delà[13] (…) Une chose est sûre, c’est qu’il ne peut entrer en Enfer sans n’avoir été coupable de quoi que ce soit (dans le sens où il entrera en Enfer s’il le mérite réellement, car Allah ne commet aucune injustice envers quiconque. Cela ne veut pas dire qu’il n’ira pas en Enfer ndt.). Lorsque nous disons qu’il faut appliquer contre lui la loi terrestre, c’est parce qu’il n’est pas musulman et qu’il n’est pas possible de lui donner ce statut. (…)

 

Deuxièmement : elle peut provenir de quelqu’un qui est affilié à l’Islam, mais qui tout au long de sa vie commet un acte de mécréance, sans forcément se rendre compte qu’il va à l’encontre de l’Islam. Personne ne lui en a jamais fait la remarque. Dans ce cas, il faut lui appliquer les lois musulmanes terrestres (el ahkâm el Islâm e-zhâhir). Quant à son sort dans l’au-delà, il est entre les Mains d’Allah, comme le démontre le Coran, la Sunna, et les paroles des savants sur la question. »[14]

 

20- C’est pourquoi enfin, comme le souligne ibn Taïmiya, que sur terre, l’hypocrite jouit de tous les droits dont jouissent les musulmans, mais, dans l’au-delà, ils se retrouvent dans le plus bas degré de l’Enfer.[15] Ce constat va à l’encontre d’un autre constat disant qu’il existe deux catégories d’individus : les mécréants et les croyants. Nous disons, oui, en ce qui concerne le hukm el bâtin ou le statut dans l’au-delà, mais nous disons non, pour ce qui concerne le hukm zhâhir ou le statut terrestre, wa Allah a’lam !

 

Gloire à Toi Ô Allah ! Et à Toi les louanges !
J’atteste qu’il n’y a d’autre dieu (digne d’être adoré) en dehors de Toi ! J’implore Ton pardon et me repens à Toi !

 

Par : Karim ZENTICI

 

[1] Extrait du livre : e-Durar e-Saniya (1/66).

[2] C’est l’expression que j’avais utilisée à l’époque, et sur laquelle je reviens aujourd’hui, étant donné que, comme nous l’avons vu, des savants illustres semblent pencher vers cette opinion.

[3] e-Durar e-saniya (1/72).

[4] e-Durar e-sunniya (1/234).

[5] Sheïkh el fawzân dit à ce sujet : « Il y a entre eux des points communs et des différences. Tout mushrik est un kâfir, mais le contraire n’est pas forcément vrai étant donné qu’il existe plusieurs catégories de kufr : juhûd, takdhîb, ta’tîl. Dans ces cas, on parle uniquement de kâfir non de mushrik, étant donné que leur auteur ne croit pas en Dieu. Quant au mushrik, ce dernier croit en Allah, bien qu’il adore un autre avec Lui. Telle est la différence entre le mushrik et le kâfir. » [Voir durûs min el Qur-ân el Karîm (p. 181)]

[6] Voir : e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî.

[7] Voir : minhaj e-sunna (5/131) et fatawa ibn Bâz (3/990-991).

[8] Voir : e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî.

[9] Voir : lisân el ‘arab (5/144-145), el mish el munîr (p. 647-648), et mufradât alfâzh el Cor-an d’el Asfahânî (p. 653-655).

[10] Voir : ‘ârizh el jahl qui défend pourtant avec force la thèse contraire à la nôtre.

[11] Voir : el ilmâm bi sharh nawâqid el islâm (p. 38).

[12] E-radd ‘alâ el Bakrî (p. 61-62) en ayant résumé légèrement ces paroles.

[13] Voir : tariq el hijrataïn d’ibn el Qaïyim.

[14] sharh kashf e-shubuhât de Sheïkh el ‘Uthaïmîn.

[15] Voir : majmû’ el fatâwa (7/209-210).

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 17:55

 

 

Un poisson nommé…

virtuel

(Partie 2)

 

 

4- Nous avons vu dans un précédent article qu’en fonction de savoir s’il provient d’un non-musulman ou d’un musulman, le kufr se divise en deux catégories pour lesquelles la loi prévoit des statuts différents :

Kufr as : qui sont les non-musulmans (qui se divisent en gens du livre et en païens)

Kufr târî : c’est l’apostasie (ridda) qui se vérifie au niveau du cœur, des paroles et des actes, et pour laquelle des lois spécifiques sont prévues.[1]

 

5- Sheïkh ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân explique : « … Les savants ont parlé au sujet du statut de ces gens-là (leur kufr leur shirk, et leur égarement). Il est connu de façon unanime chez les savants que l’auteur de tels actes qui prononcent les deux attestations de foi est taxé de kâfir et de murtadd après iqâma el hujja ; ils ne le considèrent nullement comme un mécréant d’origine. Je n’ai jamais vu quelqu’un le dire en dehors de Mohammed ibn Ismâ’îl dans sa risâla tajrîd e-tawhîd qui a pour titre tathîr el i’tiqâd. La raison qu’il avance, c’est que ces gens-là ne connaissent pas ce qu’exprime la parole de l’unicité, et par conséquent, ils ne sont pas entrés dans l’Islam pour ignorer le sens qu’elle exprime. Or, notre Sheïkh – en parlant d’ibn ‘Abd el Wahhâb –ne se range nullement avec lui sur ce sujet (ou lui concède nullement une telle opinion ndt.). »[2]

 

Cette opinion est donc shâdh (qui va à l’encontre de la grande majorité des savants ndt.) car en prononçant l’attestation de foi, l’individu devient musulman, du point de vue du statut terrestre (el hukm e-zhâhir dont je vous parle depuis toujours) ; il incombe donc de se comporter avec lui comme avec les musulmans, tant que nous ne sommes pas sûrs du contraire. Auquel cas, il devient un apostat (murtadd). En revanche, en disant que c’est un mécréant d’origine, cela implique qu’il n’est même pas entré dans l’Islam sous prétexte qu’il n’ait pas compris le sens de la shahâda. Cette opinion va à l’encontre de la tendance que les savants ont établie, car comprendre son sens n’est pas une condition déterminant qu’une personne est musulmane ou non. Cette condition est uniquement valable pour gagner le salut dans l’au-delà (el hukm el bâtin dont je parle depuis toujours).[3]

 

6- D’autres textes de e-San’ânî dans lesquels ils estiment qu’il ne faut pas combattre les qubûriyîns avant de leur faire iqama el hujja, font preuve de nuance,[4] En sachant que cette démarche ne doit pas avoir lieu avec des mécréants d’origine. Ainsi, s’ils deviennent apostats, c’est uniquement après iqama el hujja, et c’est ce que nous voulons.

 

Or, l’Imam e-Shawkânî rapporte des paroles de e-San’ânî pour le moins étranges. Ce dernier considérerait en effet, que l’invocation des morts relèverait du kufr ‘amalî ghaïrî mukhrij min el milla (qui ne fait pas sortir de la religion).[5] E-Shawkânî se charge lui-même de répondre à cette opinion qui nous aurait attiré les foudres si nous aurions osé nous y approché et qui ne nous effleure même pas l’esprit…

 

7- Il n’y a pas qu‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân, qui est, rappelons-le le descendant de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb, qui condamne les paroles de san’anî précédemment citées, mais si nous faisons un tour de côté de l’Inde, nous pourrons nous familiariser avec l’un de ses grands savants, qui n’est autre que le Sheïkh e-Sahsawânî, le fameux auteur de siyânat el insân. Dans ce livre il affirme (p. 445), qu’à l’unanimité des savants (il ne tient donc pas compte du qawl shâdh de san’anî), qu’avant l’iqâma el hujja, le qubûrî n’est pas un mécréant d’origine. Bien des années plus tard, ‘Abd e-Razzâq el ‘afîfî posera son aval sur les paroles du savant indien.[6]

 

8- L’Imam ibn battîn lui-même rejoint ce discours, dans certains passages de son œuvre. Il démentait, certes, les paroles d’Ibrahim ibn ‘Ajlân qu’il attribuait à ibn Taïmiya et ibn el Qaïyim sur le ‘udhr bi el jahl, car à ses yeux, ce serait confiné le kurf dans le… ‘inâd.[7] Il a également d’autres paroles qui n’ont pas moins d’autorité que celles-ci. Qu’on en juge : « Ses paroles – qu’Allah lui fasse miséricorde –[8], disant qu’il n’est pas possible de les taxer d’apostats (kaffar), pas avant de leur avoir exposé les enseignements du Messager (r), ou en d’autres termes, qu’il n’est pas possible de les kaffar en personne, ou en particulier, en affirmant par exemple qu’un tel est un kâfir ou toute autre formule du genre. Cependant, nous disons que tel acte relève de la mécréance et que l’auteur de cet acte est mécréant. Il a donc jugé dans l’absolu que l’auteur de tel acte est un kâfir un nombre de fois incalculable dans ses ouvrages. Il a même relevé le consensus disant que l’auteur de ces pratiques païennes est un apostat… »[9]

 

Trois hypothèses sont possibles pour résoudre ce mystère : soit, l’Imam réfute ceux qui refusent dans l’absolu de kaffar l’ignorant dans le domaine du tawhîd, même celui qui vit en terre musulmane et qui a les possibilités de le connaitre, alors qu’ibn Taïmiya et son élève, précise que l’excuse est accordée au nouveau converti, ou au bédouin qui vit loin des villes, certes, mais pas à tout le monde. J’espère que vous concevez la nuance ; soit, un peu comme vous, toute proportion gardée, ibn battîn pénétrait mal la tendance des deux Imams sur ce point précis ; soit, il est tout simplement revenu sur sa première tendance. Quoi qu’il en soit, la tendance des deux Imams est claire sur ce point.[10]

 

9- Vous dites – il s’agit d’abû el Hasan – : « Le nom du donneur d’associé [Muchrik] est donc affirmé avant que le message [du prophète ne soit parvenu] car il donne des associés à son Seigneur et place d'autres dieux que Lui; et il Lui donne des égaux; tout ceci avant que ne soit envoyé le messager.Ces noms sont donc affirmés avant cela, ainsi que le nom de païens et de paganisme : on dit « paganisme » et « païen » déjà avant la venue du messager, mais par contre il n’y a pas de châtiment. » [Majmû3 El Fatâwâ 20/38]
Et cette dernière parole ne concerne pas uniquement le mécréant d’origine qui ne se réclame pas de l’Islam, contrairement ce que prétendent certains comme Karim Zentici. Cette parole concerne au contraire quiconque donne un associé à Allah sans que cela n’ait le moindre rapport avec le fait de se réclamer de telle ou telle religion, vu qu’Ibn Taymiya a justifié cette règle en disant : « car il donne des associés à son Seigneur et place d'autres dieux que Lui; et il Lui donne des égaux » et non pas « Parce qu’il se réclame de telle ou telle religion ».

 

Pourtant, je vous déjà expliqué que, je cite : vous utilisez le passage (20/38) de majmû’ el fatâwa pour dire qu’ibn Taïmiya ne considère pas musulman ceux qui font du shirk akbar. Il faut dans un premier temps distinguer entre le discours qui parle des mécréants et celui qui parle des musulmans, la différence saute aux yeux. D’autre part, ibn Taïmiya n’est pas en train de parler de ce sujet. Il est entré dans une polémique (mabhath ‘aqlî) avec les mu’tazilites. C’est la question de la notion du bien et du mal avant l’avènement de la Révélation (qabl e-risâla). Donc, cela concerne les non-musulmans. Il dit également qu’il y polémique sur la question. Par conséquent, cela n’implique pas de jeter l’anathème sur la partie adverse, comme essayent éperdument de faire certaine qui ne voient pas el ‘udhr bi el jahl, etc.

 

De plus, il aurait fallu que vous tourniez quelques pages avant pour constater qu’ibn Taïmiya parle du ‘udhr bi el jahl. Il dit en effet (20/33) : « Les erreurs sont pardonnées chez ceux qui font un effort d’interprétation dans les deux domaines el khabariya (que vous nommez furû’) et el ‘almiya (que vous nommez usûl) » wa hal min muddakil !

 

Or, je ne dis pas que vous tronquez les textes, car, à mes yeux, vous êtes excusables ! Sheikh el islam décrit les traditionalistes comme a’lam e-nâs bi el haqq wa arham e-nas bi el khalq ! Ibn Taïmiya rapporte même dans majmû’ el fatâwa (3/288) pour revenir au sujet, que dans la tendance hanbalite, il existe trois opinions concernant le statut de celui qui n’a pas reçu la révélation, et affirme que l’opinion la plus probable est celle disant qu’il est en effet pardonnable ! 5 pages plus tôt, il dit sans détours : « il est interdit de taxer un musulman de mécréant pour un péché ou une erreur qu’il a commis… » fa ma ba’d el haqq illa e-dhallâl ! »

 

10- J’ajoute ici que vous utilisez des textes en dehors de leur contexte. Par exemple, les textes qui parlent de la période de la fatra, vous les appliquez aux musulmans. Dois-je vous rappelez que de s’accrocher à des textes ambigus (que vous rapportez) au dépens des textes formels (que je rapporte) est l’une des plus grandes caractéristiques d’ahl el hawa !

 

À suivre…

 

Par : Karim ZENTICI

 

 

[1] Voir : e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî.

[2] Mish e-zhalâm (p. 22-23).

[3] Voir : nawâqid el îmân el i’tiqâdiya du D. Mohammed ibn ‘Abd Allah ibn ‘Alî el Wuhaïbî (1/284).

[4] Voir : tathîr el i’tiqâd (p. 132) compilé avec ‘aqîda el muwahhidîn.

[5] E-darr e-nadhîr (32-34) ;

[6] Voir : fatâwa wa rasâil samâhat Sheïkh ‘Abd e-Razzâq ‘Afifî (1/172).

[7] Voir : risâla fî bayân e-shirk wa ‘adam i’dhâr jâhilihi (p. 30).

[8] En parlant des paroles d’ibn Taïmiya dans son radd ‘ala el bakrî (p. 376) que je vous ai déjà proposées et auxquelles vous n’avez jamais répondu comme le souligne judicieusement un autre internaute (Gaze).

[9] Voir : el intisâr li hizb el muwahhidîn (p. 29) ; il est compilé dans majmû’a ‘aqîda el muwahhidîn.

[10] nawâqid el îmân el i’tiqâdiya du D. Mohammed ibn ‘Abd Allah ibn ‘Alî el Wuhaïbî (1/282-283).

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 14:10

 

 

Un poisson nommé…

virtuel

 

(Partie 1)

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,

et tous ses Compagnons !

 

Abû el Hasan el Belgîkî a dit, sans préciser de quelle référence il puise sa réflexion :

Sache, que lorsque ces savants disent au sujet d’un donneur d’associé à Allah : « Il ne faut pas faire son Takfîr tant que la preuve ne lui a pas été établie », cela veut dire :
[L’individu qui donne un associé à Allah est un donneur d’associé à Allah –Muchrik- il est hors de l’Islam, mais il ne mérite nul sanction tant que l’avertissement ne lui est pas parvenu, car la punition n’est méritée qu’après avoir été avertit par le message du prophète.]

 

On note donc qu’Ibn Taymiya à clairement qualifié l’ignorant qui croit que Muhammad est le messager d’Allah, mais qui adore autre qu’Allah par ignorance, de « donneur d’associé » [Muchrik].
Et il explique que dès que ce donneur d’associé se rend compte de son erreur, il renouvelle son Islam, ce qui met en évidence que ce donneur d’associé n’était pas musulman avant cela, bien qu’il avait Foi au fait que Muhammad est bel et bien envoyé par Allah.
Ainsi même si son état d’ignorant empêchait le châtiment de s’abattre sur lui, il ne l’empêcha cependant pas de sortir de l’Islam et d’être qualifié de « donneur d’associé à Allah ».

 

Ici, Ibn Taymiya met une fois de plus en évidence le fait que la qualification de « donneur d’associé » est donnée à l’ignorant même si celui-ci est victime d’une ignorance empêchant le châtiment de s’abattre sur lui.
On comprend clairement quel était le véritable avis d’Ibn Taymiya à ce sujet, à savoir que : ce qui empêche le lien de cause à effetentre l’acte et le châtiment mérité par son auteurn’empêche pas le lien de cause à effet entre l’acte et la qualification de son auteur.
En terme plus simple ça veut dire : ce n’est pas parce que l’ignorant qui adore un autre qu’Allah ne mérite pas d’être puni qu’il doit être qualifié de musulman alors qu’il adore un autre qu’Allah.


Mais on note aussi une autre subtilité très importante, c’est qu’Ibn Taymiya qualifie l’acte de ce Muchrik comme étant une mécréance [Kufr]. Ce que vise ici Ibn Taymiya c’est ce qu’il appela lui-même [El Kufr El Mu3azzab ‘Aleyhi] qui en français se dit : « La mécréance pour laquelle on se fait punir »,

 

Cette analyse que nous offre Abû el Hasan el Belgîkî peut sembler attrayante, bien qu’en réalité, elle n’échappe pas à la critique. Si certains érudits semblent y adhérer, l’analyse objective nous montre, qu’elle est erronée. Ni les paroles d’ibn Taïmiya ni d’ailleurs celles de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb n’intercèdent en leur faveur, comme nous allons le démontrer à travers un développement, que nous présenterons sous forme de points (20 au total), pour gagner du temps : mais avant cela, j’aimerais souligner :

 

Si mes paroles sont conformes à la vérité, le mérite en revient à Allah uniquement, mais si je me trompe, c’est par ma faute et celle de Satan… C’est pourquoi, d’ores et déjà, je me repens à Allah de toutes les erreurs que je peux commettre, avant même qu’elles ne me parviennent. Je m’en repens sur le champ, et sans me soucier du blâme de personne ! Je dis donc :

 

1- Quand pour la question du ‘udhr bi el jahl, ibn Taïmiya parle des ignorants, il s’agit des musulmans, car, pour les non-musulmans, il existe un autre discours. Cela parait pourtant élémentaire. D’ailleurs, il utilise le terme « musulman » dans certains passages de ces ouvrages pour établir ce principe. Il dit par exemple : « Il est interdit de taxer un musulman de mécréant pour un péché ou une erreur qu’il a commis… »[1] Ailleurs, il est plus explicite : « Personne n’est habilité à taxer de mécréant n’importe quel musulman qui a commis une erreur. Il ne convient pas de le faire avant de lui expliquer son erreur et d’établir toutes les preuves contre lui. Lorsque la foi est avérée chez un individu avec certitude, on ne peut la lui retirer sur une simple suspicion. La seule chose qui permet de le faire, c’est d’établir toutes les preuves contre lui et de dissiper de son esprit toute ambigüité (iqâmat el hujja wa izâlat e-shubha). »[2]

 

2- Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb a le même discours. Après avoir balayé les accusations qui furent lancées contre lui d’un « Gloire à Toi Ô Allah ! C’est une calomnie énorme ! », ce dernier établit en effet : « Je prends plutôt Allah en témoin qui connait le fond des poitrines que, quiconque met le tawhîd en pratique et qui renie le shirk et ses adeptes est un musulman qu’il soit à n’importe quel endroit ou à n’importe quelle époque. Cependant, je taxe d’apostasie quiconque voue un associé à Allah dans l’adoration, après avoir eu connaissance de la hujja et de l’illégitimité du shirk. »[3]

 

En parlant de Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya, ibn ‘Abd el Wahhâb confie également : « La croyance à laquelle nous adhérons et la religion que nous professons et pour laquelle nous espérons la récompense d’Allah, c’est que, s’il se trompe ou si quelqu’un d’un meilleur rang que lui se trompe dans cette question ; autrement dit, la question disant que si le musulman commet l’association (ashraka) après iqâma el hujja (…) ou tout autre acte de mécréance manifeste et incontestable (el kufr e-sarîh e-zhâhir) qu’Allah a clarifiée, ainsi que Son Messager et les savants de la communauté ; je donne foi aux enseignements d’Allah et de Son Messager qu’il devient kâfir, indépendamment de savoir qui peut se tromper sur la question. Que dire alors, wa el hamd li Allah, si l’on sait que nous ne connaissons aucun savant aller à l’encontre de cette question. »[4]

 

3- Ibn Sahmân lui-même établit ce principe : « Quant à taxer de kâfir un musulman, nous avons vu que les wahhabites ne kaffar pas les musulmans. Sheikh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb – qu’Allah lui fasse miséricorde – fait partie des gens qui prennent le plus de précautions avant de se prononcer sur le takfîr, à tel point qu’il n’est pas formel sur l’ignorant qui implore un autre qu’Allah parmi les occupants des tombes ou autres, s’il ne trouve personne pour le conseiller et pour lui faire parvenir la hujja par laquelle tous ceux qui s’y opposent deviennent mécréant. »

Ailleurs, il renchérit dans l’une de ses rasâil : « Nous ne taxons pas d’apostasie ceux qui adorent le mausolée d’el Kawâz en raison de leur ignorance et étant donné qu’ils n’ont personne pour les prévenir. Comment pourrions-nous le faire alors pour celui qui n’émigre pas chez nous ! » On lui posa également la question au sujet des ignorants, il a répondit : « Ceux contre qui la hujja est appliquée et qui ont les moyens de la connaitre, ils deviennent mécréant en adorant les tombes. Quant à ceux qui akhlada ilâ el ardh wa ittaba’a hawâh fa la adrî mâ hâluhu. »[5] Il serait insensé de penser que son discours s’adresse ici à des non-musulmans, car ils ne sont même pas entrés dans l’Islam pour pouvoir dire qu’ils en sortent !

 

À suivre…

 

Par : Karim ZENTICI

 

 

[1] majmû’ el fatâwa (3/288). Ce passage mérite plus amples détails. Quoi qu’il en soit, Sheïkh el Islam précise ici que, dans la tendance hanbalite, il existe trois opinions concernant le statut de celui qui n’a pas reçu la révélation, et affirme que l’opinion la plus probable est celle disant qu’il est pardonnable !

[2] Majmû’ el fatâwa (12/393).

[3] Majmû’ muallafât e-sheikh Mohammed (5/60)

[4] muallafât wa rasâilihi e-sheikh Mohammed (1/290-291).

[5] Dhiyâ e-Shâriq (p. 167).

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 18:22

 

 

Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi

(Partie 5)

 

• La divergence sur l’abandon de la prière

 

Le Qâdhî Abû Ya’lâ établit en parlant du désobéissant musulman : « Il s’agit de quelqu’un ayant fourni la croyance du cœur, et la parole, mais ayant délaissé les actes de dévotion – excepté la prière – et ayant commis des actes de débauche ; prend-il le nom de croyant ? » Ensuite, il enchaine : « L’Imâm Ahmed – qu’Allah lui fasse miséricorde – semble lui accorder le nom de croyant ayant certes une foi faible, mais sans lui enlever complètement ce statut. »[1]   

 

Après ce passage, l’auteur de la recension du livre, Su’ûd el Khalaf, qui est enseignant à l’Université de Médine fait le commentaire suivant : « S’il est fait ici exception à la prière, c’est en raison de la divergence qui existe sur la question entre savants. L’Imâm Ahmed a deux opinions concernant celui qui la délaisse sciemment, mais sans renier son aspect obligatoire. L’une le voue à la mécréance… et l’autre, dans laquelle il rejoint les Imâms Mâlik et Shâfi’î, le considère musulman. »

 

Plusieurs savants, à l’instar d’ibn Taïmiya et d’ibn Rajab, font mention de la tendance d’Ahmed selon laquelle il ne kaffar pas l’abandon des quatre piliers, avec la prière à leur tête, tout en reconnaissant leur aspect obligatoire.[2]

 

Ibn Rajab explique notamment, en commentaire au hadith « L’Islam est fondé sur cinq piliers… » : « En faisant disparaitre ces cinq piliers, l’édifice s’écroule, ou ne serait-ce que son pilier le plus grand, les deux attestations de foi ; toute annulation de l’Islam les remet littéralement en cause. Il règne la divergence entre savants sur la disparation des quatre autres piliers (prière, aumône, jeûne, pèlerinage) ; garde-t-on ou non le nom de croyant en les perdant tous ou ne serait-ce que l’un d’entre eux ? Doit-on distinguer entre la prière et les autres piliers, en disant que sans la prière, on perd également la foi ? Doit-on ajouter plus particulièrement l’aumône à la prière pour considérer l’absence totale de la foi ? Il existe une divergence notoire sur la chose entre savants, et toutes ces opinions sont imputées à l’Imâm Ahmed »[3]

 

Plus loin, il ajoute : « Quant aux autres éléments de l’Islam et de la foi (en dehors des quatre piliers ndt.), ils ne font pas sortir de l’Islam pour les traditionalistes, contrairement aux innovateurs comme les kharijites. »[4]

  

De grands commentateurs hanbalites reconnaissent la divergence sur l’abandon de la prière au sein de l’école. Ces derniers vont jusqu’à reprendre à leur compte la tendance selon laquelle celui qui délaisse la prière est passible de la peine de mort, mais sans devenir apostat. Nous avons pour ne citer qu’eux, Shams e-Dîn Abû el Faraj ibn Qudâma, le cousin et l’élève d’el Muwaffaq ibn Qudâma, qui impute cette opinion à ibn Batta et à la plupart des légistes dont Mâlik, Shâfi’î et Abû Hanîfa.[5] El Mardâwî, pour sa part, impute cette opinion à ibn ‘Abdûs, el Majd, ibn Razîn, etc.[6] El Muwaffaq lui-même la reprend à son compte dans el mughnî (2/442).

 

L’érudit Saksâkî qui est d’obédience hanbalite souligne : « Quand on délaisse la prière sans renier son aspect obligatoire, on est musulman, selon l’opinion la plus juste de l’Imâm Ahmed. La secte mansûriya, qui s’oppose à cette tendance, taxe les traditionalistes de murjites, car cela implique de dire, à leurs yeux, que la foi est composée de la parole sans les actes. »[7]

 

Il y a également une annale, selon laquelle Ahmed fut interrogé par son fils Sâlih : « J’ai interrogé mon père au sujet du crédo selon lequel la foi monte et descend, sur les éléments qui la font monter et descendre ?

  • Elle monte grâce aux actes et descend en délaissant les actes comme la prière, le pèlerinage, et les obligations religieuses. »[8]

 

Sheïkh ibn Bâz l’avait bien compris et faisait preuve d’une précision extraordinaire en distinguant entre les actes qui relèvent du shart sihha comme la prière (en sachant qu’il existe une divergence sur la question), et ceux qui touchent à la foi parfaite imposée, comme les autres actes.[9] Quand on lui posa la question : « Selon certains savants, celui qui délaisse (tark) les actes extérieurs, tout en fournissant l’attestation de foi, et l’essence de la foi émanant du cœur (asl el imân el qalbî) reste musulman. Est-ce qu’ils sont des murjites ? »

Voici quelle fut sa réponse : « Non, ce sont des traditionalistes ! Selon l’opinion la plus juste qui est imputée à certains savants, l’abandon du jeûne, de l’aumône et du pèlerinage est un péché énorme, mais qui ne fait pas sortir de la religion. Pour d’autres, il relève de la grande mécréance. Pour la prière, celui qui la délaisse sciemment, est un mécréant, selon l’opinion la plus juste, mais pour les autres piliers, il commet une mécréance qui ne fait pas sortir de la religion, soit un grand péché… »[10]

 

On lui posa juste après la question suivante : « Sheïkh ! Par rapport à la réponse précédente, certains en ont compris qu’en prononçant l’attestation de foi sans faire d’actes, on a une foi faible. Est-ce que cette compréhension est bonne ? »

 

En réponse : « Oui. En vouant l’unicité sincère et exclusive à Allah, et en donnant foi au Messager d’Allah (r), mais sans verser l’aumône, ni faire le jeûne ni le pèlerinage dans la mesure du possible, on est un désobéissant ayant commis un grand péché et passible d’entrer en Enfer. On ne devient pas pour autant un mécréant, selon l’opinion la plus juste des savants. En revanche, celui qui délaisse sciemment la prière est un mécréant, selon l’opinion la plus juste. »[11]

 

Dans une autre fatwa, le Sheïkh associe sa voix à la lajna dâima (fatwa n° 1727) à laquelle on posa la question suivante : « Le cas de quelqu’un qui dit : lâ ilâh illâ Allah Mohammed Rasûl Allah, mais sans procurer les quatre piliers (la prière, l’aumône, le jeûne, et le pèlerinage) ni les autres actes réclamés par la religion musulmane ; est-ce qu’il aura droit à l’intercession du Prophète (r) le Jour de la résurrection, de façon à ce qu’il échappe à l’Enfer, ne serait-ce qu’une période limitée ? »

 

Voici qu’elle fut la réponse : «  Celui qui dit : lâ ilâh illâ Allah Mohammed Rasûl Allah, mais qui délaisse les quatre piliers (la prière, l’aumône, le jeûne, et le pèlerinage) en reniant l’aspect obligatoire ne serait-ce que de l’un d’entre eux est un apostat – après avoir été prévenu – à qui on somme de se repentir. S’il s’y soumet, son repentir sera accepté, et il aura droit à l’intercession le Jour de la résurrection, à condition qu’il meure musulman.

 

Néanmoins, s’il s’entête à les renier, il sera mis à mort par les pouvoirs publics pour apostasie, et il n’aura pas le droit, dans ce cas, à l’intercession du Prophète (r) ni de personne d’autre. L’abandon de la prière à lui tout seul, même mu par la fainéantise et la négligence, relève de la grande mécréance qui fait sortir de la religion, selon l’opinion la plus juste des savants. Que dire alors si on associe à cela, l’abandon des autres piliers ? On sera, à fortiori, privé de toute intercession, en restant ainsi jusqu’à la mort.

 

Pour certains savants, l’abandon de ses piliers relève de la mécréance mineure (kufr ‘amali) qui ne fait pas sortir du cercle des musulmans. ces derniers estiment que le fautif jouira de l’intercession, bien qu’il commet des grands péchés, à condition, bien sûr, qu’il meure musulman. »

 

Le Comité permanent de la Fatwa et de la recherche

 

Président : ‘Abd el ‘Azîz ibn Bâz

Vice-président : ‘Abd e-Razzâq ‘Afîfî

Membre : ‘Abd Allah Qu’ûd

Membre : ‘Abd Allah el Ghudayân

 

Conclusion

 

Par rapport à la divergence sur l’abandon de la prière, les savants proposent grossièrement deux définitions d’asl el îmân[12] : 1°) l’une, sans actes, est constituée de qawl el qalb, ‘amal el qalb, et qawl e-lisân, et 2°) l’autre intègre la prière dans l’essence de la foi. Par ailleurs, il incombe de distinguer entre les éléments qui font entrer dans l’Islam (el qadr el mujzî lî dukhûr fi el islâm), et ceux qui permettent de s’y maintenir ; ce que j’appelle el istimrâriya fî el îmân. Or, concevoir cette fameuse essence sans les actes ne signifie nullement que ceux-ci ne sont pas intégrés dans la foi, ou que, mieux, la foi est existante sans les actes, en regard de l’interaction qui régit leur relation. En doutant de ce point, on rejoint, sans s’en rendre compte, la pensée murjite – en plus, bien sûr, de la tendance kharijite – qui occulte cette variation et cette interrelation, alors qu’on est sensé jeté le discrédit sur les auteurs traditionalistes qui tiennent compte de ce paramètre fondamental, à même de mieux appréhender le sujet si épineux de l’imân, fa tanabbah !

 

Wa Allah a’lam, wa bi Allah e-tawfîq !

 

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Masâil el îmân (p. 313).

[2] Voir : Majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/610-611), et Fath el Bârî d’ibn Rajab (1/22-23).

[3] sharh kitâb el îmân d’ibn Rajab (p. 26-27).

[4] sharh kitâb el îmân d’ibn Rajab (p. 28).

[5] Sharh el kabîr (3/39).

[6] El insâf

[7] El burhân fî ma’rifa ‘aqâid ahl el adiyân d’Abû el Fadhl ‘Abbâs ibn Mansûr e-Saksakî (p. 35).

[8] Masâil el Imâm Ahmed (2/119).

[9] Voir : aqwâl dhawî el ‘irfân du D. ‘Isâm e-Sinânî (p. 146), et mukhâlafât fî fath el Bârî d’Abd el ‘Azîz e-Shibl (p. 28).

[10] Hiwâr hawl masâil e-takfîr

[11] Hiwâr hawl masâil e-takfîr

[12] Selon un chercheur, il est possible d’abandonner les quatre piliers de l’Islam, tout en gardant certains autres actes [Voir : nawâqidh el îmân el i’tiqâdiya qui est une thèse universitaire du D. Mohamed el Wuhaïbî (2/137-138).]. Il s’inspire d’un texte d’ibn Taïmiya (le même que celui de Sheïkh el Barrâk) dans lequel il explique qu’un mécréant peut être loyal, juste, et honnête, sans pour autant devenir musulman, s’il ne se soumet pas à la Législation mohammadienne. On ne peut prétendre à l’Islam sans ne fournir aucune de ses obligations. L’essentiel, ce n’est pas de faire des actes, mais c’est de les faire d’une part avec foi et d’autre part, dans le cercle de la législation musulmane. En adhérant (dans la conviction et les actes) à ces deux conditions, on obtient le jisn el ‘amal, qui n’est donc pas propre aux quatre piliers de l’Islam, wa Allah a’lam !

 

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 18:48

 

 

Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi

(Partie 4)

 

• Cette distinction entre l’essence et les branches de la foi s’inscrit notamment en réfutation aux kharijites pour qui la foi est indivisible. Ibn Hajar el ‘Asqalânî souligne à ce sujet : « Pour les anciens, elle est composée de la croyance du cœur, de la prononciation verbale, et des actes des membres. Ils veulent dire que les actes sont une condition de perfection de la foi. À partir de là, ils mirent en place le crédo selon lequel la foi monte et descend, comme nous allons le voir.

Les murjites la confinent dans la croyance et la prononciation verbale, tandis que les karrâmites l’enferment uniquement dans la prononciation verbale.

Pour les mu’tazilites, elle est également composée de la croyance, de la parole et des actes, à la différence avec les traditionalistes où, à leurs yeux, les actes sont une condition de validité. Alors que, comme nous l’avons vu, pour les anciens, ils sont une condition de perfection. »[1]

 

• C’est explicitement de cette façon qu’oriente Hâfizh el Hakamî ces deux expressions en parlant de la conception de la foi chez les kharijites, et les mu’tazilites : « …Pour le reste, la foi est composée de la croyance, de la parole, et des actes. La différence avec les pieux prédécesseurs c’est qu’aux yeux de ces derniers, les actes ne sont pas tous une condition de validité de la foi. Néanmoins, bon nombre d’entre sont à mettre au compte des conditions de perfection, qui, comme le souligne ‘Omar ibn ‘Abd el ‘Azîz, permettent de parfaire la foi, en les fournissant. Foi, qui reste imparfaite sans les fournir. Quant aux mu’tazilites, ils les rangent tous dans les conditions de validité, wa Allah a’lam ! »[2]

 

Sheïkh el Islam explique que toutes les sectes dissidentes au traditionalisme (kharijites, mu’tazilites, murjites, jahmites, etc.) considèrent que la foi est un et indivisible ; si on enlève une partie, elle s’annule entièrement ; et, à l’inverse, si elle existe en partie, elle existe entièrement. Ils s’inscrivent à contre courant du hadîth : « Le jour de la résurrection, Allah (I) dira : Sortez de l’Enfer quiconque décèle dans son cœur la foi la plus infime (mot-à-mot : ne serait-ce que l’équivalent d’un grain de moutarde ndt.). »[3]

 

Pour les kharijites et les mu’tazilites, l’ensemble des actes d’obéissance compose la foi ; « c’est tout ou rien » justifient-ils. C’est selon ce raisonnement qu’ils sortent l’auteur des grands péchés de la religion.  À l’opposé, nous avons les murjites et les jahmites, pour qui la foi est un et indivisible également, à la différence où, pour les seconds, elle se confine dans la croyance du cœur (tasdîq), et pour les premiers, elle se résume au tasdîq et à la parole. À leurs yeux, s’ils devaient faire entrer les actes dans la définition de la foi, cela voudrait dire qu’ils en font partie intégrante, et cela impliquerait, au même titre que les kharijites, de sortir de la religion l’auteur des grands péchés. Cela ne l’empêche pas d’avoir des implications  qui, en cas d’absence, sont la preuve de l’absence de la foi.

 

Notons enfin que les deux extrêmes pensent que les traditionalistes se contredisent, car d’un côté, ces derniers incorporent les actes dans la définition de la foi, et d’un autre côté, ils acceptent pleinement qu’il puisse y en avoir qu’en partie.[4]

 

Voir : http://www.mizab.org/les-variations-de-la-foi

 

• Ibn Taïmiya part dans un long développement qui nous apprend en substance qu’une entité quelconque, qu’elle soit abstraite ou concrète, ne perd pas forcément sa réalité en perdant certains de ses éléments ; de la même manière qu’en perdant certains de ses éléments assemblés, cela n’implique pas forcément de perdre tous les autres. Prenons l’exemple des rituels (prière, pèlerinage, etc.), il ne viendrait à l’esprit d’aucun homme sensé de dire qu’en négligeant certaines de leurs pratiques, ils gardent la même valeur. C’est la même chose pour un arbre, une maison, un homme, un animal qui, avec des éléments en moins, ne seront pas identiques à avant…

 

Néanmoins, il est légitime de se demander si, avec des éléments en moins, ces entités gardent leur nom ou non. En fait, il existe deux sortes d’entités composées ; celles qui doivent leur nom à la composition de tous leurs éléments réunis, et qui sont donc une condition (shart) pour pouvoir l’appeler ainsi ; et celles qui n’imposent pas cette condition. Le nombre dix et la boisson sakanjabîn relèvent de la première sorte, et dans l’autre nous avons les entités composées d’éléments semblables ou de même nature, mais pas seulement. Beaucoup d’entités aux éléments dissemblables jouissent également de cette caractéristique (garder leur nom après avoir enlevé certains de leurs éléments). C’est le cas des poids et mesures comme le blé, le sable, l’eau, etc. peu importe qu’ils soient en grande ou en petite quantité, ils gardent toujours leur nom.

 

C’est le cas également pour les entités abstraites comme les rituels, la charité, le savoir, la bienfaisance, les prières (invocations, évocation d’Allah), etc. Une montagne reste une montagne, même après avoir été diminuée en grande partie. Même chose pour une mer, un fleuve, une ville, un village, une maison, une mosquée, et… un arbre. En perdant certaines de ses branches, il reste toujours un arbre. Un homme, même amputé d’un membre, reste un homme. S’il s’appelle Zaïd, il gardera son nom après l’amputation.

 

Ainsi, il est faux de dire dans l’absolu qu’une entité disparait complètement, en perdant certains de ses éléments. Surtout si l’on sait qu’il existe plus d’entités de la seconde sorte que de la première.

 

Il va sans dire que la foi relève de cette seconde sorte, conformément au hadîth : « La foi est composée de plus de soixante-dix branches – ou selon une version : plus de soixante branches –. La plus haute est l’attestation qu’il n’y a d’autre dieu [digne d’être adorée] en dehors d’Allah, et la plus basse est d’enlever une entrave de la route ; la pudeur étant une branche de la foi »[5] Sans enlever les entraves de la route, on reste croyant !

 

Le hadîth suivant, comme nous l’avons expliqué plus haut, dit exactement la même chose : « Le jour de la résurrection, Allah (I) dira : Sortez de l’Enfer quiconque décèle dans son cœur la foi la plus infime (mot-à-mot : ne serait-ce que l’équivalent d’un grain de moutarde ndt.). »[6] Il nous apprend, contrairement au crédo des sectateurs en tout genre, que la foi est divisible et partageable, et qu’en en ayant perdu une grande partie, on reste croyant.

 

La foi est du même ordre que la prière, le pèlerinage, le Coran.

 

La négligence de certains parties du pèlerinage ou de la prière diminue sa réalisation parfaite imposée (kamâl el wâjib), et pour d’autres, elle diminue sa réalisation parfaite recommandée (kamâl el mustahab) tout en restant valable (ma’a e-sihha).[7]

 

Certaines de ces parties sont une condition (shart) par rapport à d’autres parties (ex. : croire à tout le Coran non en partie est une condition de la foi), mais ce n’est pas le cas pour toutes. Certaines ne font que diminuer le pèlerinage, comme nous l’avons vu avec le kamâl el wâjib (le jet de pierre et la nuit à Mina) ou le kamâl el mustahab (trottiner et se découvrir l’épaule pendant le tawâf), sans l’annuler entièrement.[8]

 

• Il existe certes un consensus qui établit l’impossibilité d’avoir une foi sans actes, notamment en raison de l’interaction qui existe entre eux.[9] Nous avons vu dans un article précédent qu’il était possible de conjuguer entre ce fameux consensus et le hadîth de l’intercession.[10] En résumé, toute définition tient compte de la majeure partie des cas (le consensus), et l’exception n’échappe donc pas à la règle (le hadîth de l’intercession).[11] Ainsi, quand Shâfi’î avance qu’il ne peut y avoir de foi sans actes (en sachant que Sheïkh Ibrahim oriente ses propos autrement), il parle du cas général, et, en même temps, il établit cette fameuse distinction entre l’essence et les branches de la foi, comme en témoigne le passage suivant que rapporte Shîrâzî : « La foi est composée de la croyance, de la reconnaissance verbale, et des actes ; l’hypocrite fait uniquement défection du premier élément, le mécréant du second, et le pervers, qui sera sauvé de l’Enfer éternel pour gagner le Paradis, fait uniquement défection du dernier. »[12]

 

El ‘Aïnî confirme notre propos : « La foi, dans le vocabulaire du Législateur peut renvoyer à son essence, quand elle n’est pas associée aux actes, comme dans le hadîth : « La foi est de croire en Allah, à Ses anges, à Sa rencontre, et à Ses messagers… »

Elle peut renvoyer également à la foi parfaite quand elle est associée aux actes, comme dans le hadîth : « Savez-vous quelle est la foi en Dieu l’Unique… C’est de témoigner qu’il n’y a d’autre dieu digne d’être adoré en dehors d’Allah, et que Mohammed est le Messager d’Allah, d’accomplir la prière, de verser l’aumône… »

 

La foi qui immunise d’entrer en Enfer est de la seconde sorte à l’unanimité des musulmans, et celle qui immunise d’y éterniser relève de la première à l’unanimité des traditionalistes, contrairement aux mu’tazilites et aux kharijites… Ainsi, les anciens avec Shâfi’î à leur tête, octroient aux actes le statut de piliers selon la seconde conception, non la première. Ils considèrent que la foi demeure, malgré la défection des actes, en faisant allusion à sa première conception. Autrement dit, elle est à même de sauver de l’Enfer, étant donné qu’elle existe, bien qu’elle ne soit pas accompagnée des actes. »[13]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Fath el Bârî (1/46).

[2] Ma’ârij el qabûl (2/30).

[3] Rapporté par el Bukhârî (n° 6560), et Muslim (n° 184), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t).

[4] Majmû’ el fatâwâ (7/510-511).

[5] Rapporté par el Bukhârî (n° 9), et Muslim (n° 35), selon Abû Huraïra (t).

[6] Rapporté par el Bukhârî (n° 6560), et Muslim (n° 184), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t).

[7] Majmû’ el fatâwâ (7/514-518).

[8] Majmû’ el fatâwâ (7/517-518, 520).

[11] Pour être mâni', jâmi', une définition doit être le plus élastique possible et englober le plus de cas possible, notamment les exceptions qui n'échappent pas à la règle, ce qui n'est pas le cas de la définition classique de la foi, si ce n'est qu'en regard de ses éléments constitutifs, non de toutes les catégories d'individus possible, wa Allah a'lam !

[12] Voir : ‘umda el qârî (1/175).

[13] ‘Umda el qârî (1/175).

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Publié par mizab - dans Takfir
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