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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 13:11

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar II

(Partie 1)

 

Personnellement, je tiens à bannir de mon vocabulaire toute expression, qui au lieu de dépassionner le débat, pour reprendre un passage d'un livre interdit en France, il l'embrouille, l'envenime et le rend impossible, soit tout le contraire de l'ambition que je m'assigne. L'analyse doit être distinguée de toute polémique, mais aussi des arrières pensées que l'on croit détecter chez l'autre. Inutile de se prêter au jeu et d'ouvrir la chasse aux sous-entendus. Ce qui importe, si l'on veut être compris, c'est une authentique analyse du phénomène exempte de tout soupçon.

 

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Sans transition, nous enchainons sur ce billet :

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/10/abou-hanifa-l-ignorance-n-est-pas-une-excuse-dans-l-unicite-d-allah.html

 

L'imam Abou Hanifa

Il a dit – qu'Allah lui fasse miséricorde – : « pas d'excuse, pour qui que ce soit parce qu'il ignore la connaissance de son Créateur, car il est obligatoire pour toutes les créatures de connaître Le Seigneur ainsi que Son unicité, à cause de la création des cieux et de la terre qu'il voit, ainsi que du reste de la création d'Allah. Quant aux obligations, celui qui ne les connaît pas, ou qu'elles ne lui parviennent pas, c'est à lui que la preuve décisive n'a pas été exposée. »

cf. « badâë' as-sanâë' » ( 9 / 4378 )

 

Là aussi, je vais répondre sous forme de points, et nous allons un peu plus nous familiariser avec la position d’ibn Taïmiya qui ne s’accorde pas forcément avec celle d’Abû Hanîfa :

 

• Notre ami prétend faire fi des avis des hommes, charité bien ordonnée commence par soi-même, a harâm ‘alaïnâ wa halâl laka ?

 

• Il reproche aux pro ‘udhr d’utiliser des citations d’anciens dans le domaine des Noms et Attributs divins, et c’est exactement ce qu’il fait ou quand l’hôpital se moque de la charité ! Nous devons comprendre les paroles d’un auteur selon son vocabulaire à lui, non le nôtre. Il incombe de contextualiser son discours au risque de le tronquer, qu’on en ait conscience ou non. En l’occurrence, quand il parle du tawhîd, il fait allusion aux trois formes existantes, et plus particulièrement celle au niveau des Noms et Attributs divins, car il fallait mettre un terme aux hérésies naissantes et les tuer dans l’œuf ; c’est probablement la raison pour laquelle, il ferma la porte à toute excuse possible, en sachant qu’il peut aussi bien faire allusion aux points essentiels de la connaissance du Seigneur, et qu’il est impossible d’ignorer en temps normal, soit à asl e-tawhîd, qui en réalité, est une notion élastique soumise à des variations spatio-temporelles, et qui est donc aléatoire, comme nous allons le démontrer (il peut certes y avoir une partie constante, le tout est de la définir convenablement). La preuve, c’est que dès la génération suivante, alors que le fléau jahmite prenait de l’ampleur, on entend des voix ici et là parler du ‘udhr bi el jahl dans le domaine des Noms et Attributs divins. En voici quelques exemples.

 

1- L’Imam e-Shâfi’î : « Allah le Très-Haut a des Noms et des Attributs que recense Son Livre et que Son Prophète a divulgués à sa communauté. Il ne convient à aucune créature d’Allah de les rejeter, une fois que les preuves sont établies contre elle (…) Après cela, il devient un mécréant, mais avant cela, il est excusable, étant donné que ce n’est pas un sujet que l’on peut percevoir par la raison, le rêve, le cœur ni par la pensée. Nous ne taxons aucun ignorant d’apostat avant que les enseignements ne lui soient parvenus. »[1]

 

2- Ibn Abî Hâtim a dit : « J’ai interrogé Abû Zur’a et mon père au sujet de la tendance des traditionalistes dans les bases fondamentales (usûl) de la religion, et celle des savants qu’ils ont connue à travers toutes les contrées (le Hijâz, l’Iraq, le Shâm, et le Yémen) ; ils m’ont répondu notamment : la foi est composée des paroles et des actes, elle peut monter et descendre… Celui qui prétend que le Coran est créé commet un acte de mécréance qui le fait sortir de la religion ; celui qui doute sur sa mécréance parmi ceux qui comprennent est un mécréant également ; celui qui doute sur la Parole d’Allah (U) et qui ne se prononce pas par doute en disant qu’il ne sait pas si celle-ci est créée ou non est un jahmî ; pour celui qui ne se prononce pas au sujet du Coran par ignorance (jâhilan), il incombe de l’instruire et de le taxer d’innovateur, sans qu’il ne sorte pour autant de l’Islam. »[2]

 

3- l’Imam el Bukhârî a dit : « Quiconque ne sait pas que la Parole d’Allah est incréée, il faut lui faire savoir et ramener son ignorance au Livre d’Allah et à la sunna. S’il refuse, après cela, de se soumettre à la vérité, il est considéré comme un mu’ânid (un entêté). »[3]

 

4- Ahmed ibn Munî’ el Baghawî affirme pour sa part : «Celui qui prétend que le Coran est créé est un jahmî, et celui qui ne se prononce pas sur le sujet parmi ceux qui ne comprennent rien (marchands, femmes, enfants), nous ne disons rien sur eux, et nous les instruisons sur la chose. »[4]

 

5- Dans son livre, e-tabsîr fî ma’âlim e-dîn, ibn Jarîr e-Tabarî annonce qu’il existe deux genres d’enseignements dans la religion : mâ yasa’ el jahl bihî wa mâ la yasa’ el jahl bihî ou : mâ yu’dhur bi el khata wa mâ la yu’dhur bi el khata. Autrement dit, les enseignements qu’il est concevable d’ignorer et ceux qu’il est inconcevable d’ignorer. Il explique notamment qu’il existe des questions dont la connaissance est élémentaire (ma’lûm min e-dîn bi e-Dharûra). Ibn Taïmiya souligne que même sur ce dernier point, les choses sont relatives.[5] Dans son tafsîr, ibn Jarîr parle également d’iqâmat el hujja.[6]

 

• À l’époque de l’Imâm Ahmed, le jahmisme gangréna les hautes sphères du Pouvoir, et, le mal étant déjà fait, il fit preuve d’un grand relativisme vis-à-vis de ses adeptes, en sachant que les savants n’ont pas tous le même degré d’érudition et de perspicacité.[7] Ses positions d’ailleurs perturbèrent nombre de ses élèves, comme l’explique ibn Taïmiya.

 

Ce dernier souligne qu’il faut prendre dans leur sens général les paroles des anciens taxant certaines sectes d’apostasie, comme les jahmites, les qadarites, ou encore les rafidhites. Cela ne veut pas dire qu’il faille les appliquer sur des cas particuliers et que chaque membre de ces sectes est concernée par ce statut.[8] L’imam Ahmed n’a pas kaffar (taxer d’apostat) chaque jahmite ni tous ceux qui se revendiquent jahmites ni tous ceux qui s’accordent avec certaines de leurs idées. Il a même prié derrière les khalifes jahmites, comme el Ma-mûn qui imposait à ces sujets de suivre sa tendance sous peine de leur faire subir les punitions les plus sévères. Ahmed ne remettait pas en question leur appartenance à l’islam et consacrait même des invocations en leur faveur.[9] La raison, c’est qu’ils ne démentaient pas le Prophète (r) et qu’ils ne reniaient pas ses enseignements. Ils furent simplement motivés par une mauvaise interprétation des textes qui leur avait été dictée par les savants jahmites en qui ils avaient une confiance aveugle.[10]

 

Certains élèves des grandes références de la première époque appréhendaient mal les questions du takfîr

 

Il souligne, en effet, dans un autre passage : « Par ailleurs, certains savants de notre école des nouvelles générations ont divergé sur la question de savoir si la personne ayant commis un acte de kufr, est vouée à l’Enfer éternel. La plupart estime que oui, comme le stipule un certain nombre d’anciens spécialistes en hadîth, à l’exemple d’Abû Hâtim, Abû Zur’â et de bien d’autres. D’autres désapprouvent ce jugement.

 

La raison à l’origine de cette divergence, c’est que les textes se « contredisent » à leurs yeux. Ils sont confrontés à des textes qui réclament de kaffar les auteurs de certaines paroles, mais au même moment, ils voient que certains d’entre eux avaient une foi telle, qu’ils n’étaient pas concernés par ce statut. Ainsi, les textes s’opposaient.

En réalité, ils avaient raison de prononcer un jugement absolu, comme l’ont fait ces fameux Imams avec les textes scripturaires ; ils disaient en effet que celui qui dit telle chose est un kâfir. À les entendre, ils donnaient l’impression à ces savants que ce jugement englobait tous les cas possibles. Cependant, ils ne sont pas mis à l’esprit que le takfîr est soumis à des conditions à remplir et à des restrictions à exclure pour chaque cas particulier.

Ainsi, le takfîr el mutlaq (absolu) n’implique pas forcément le takfîr el mu’ayin (particulier), sauf dans la situation où toutes les conditions pour le faire soient remplies et où toute restriction obligeant à s’abstenir soit en même temps exclue. »[11]

 

• Ainsi, cette conception biaisée de la tendance d’Ahmed fut adoptée dans les rangs hanbalites,[12] à travers les siècles avec son lot d’anathèmes à l’emporte-pièce sur leurs coreligionnaires coupables d’hérésie, et son lot de troubles qu’ils engendrèrent. Plus récemment, elle prit pied dans les milieux najdites, nous y reviendrons plus loin.

 

Le shirk étant le miroir inversé du tawhîd, il a lieu à ses trois niveaux.[13] Il consiste à donner un rival, un semblable, un égal à Dieu dans les domaines qui lui sont propres, soit au niveau de la Seigneurie, des Noms et Attributs, et de la Divinité.[14]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

 


[1] Voir : mu’tasar el ‘Ulû d’el Albânî (p. 177).

[2] E-lâlakâî (1/176).

[3] Voir : khalq af’âl el ‘ibâd (p. 61).

[4] E-lâlakâî (1/176).

[5] Ibn Jarîr lui-même relativise, comme en témoigne son tafsîr du V. 112 de la S. el mâida où il affirme que les apôtres doutaient de la qudra d’Allah, bien que d’autres savants ne le lui concèdent pas.

[6] Voir : son exégèse du v. 15 de la s. Le voyage nocturneDans nawâqid el îmân el qawliya wa el ‘amaliya, qui est une thèse ès doctorat le D. ‘Abd el ‘Azîz el ‘Abd âl ‘Abd e-Latîf utilise le passage suivant d’ibn Jarîr du livre en question, pour établir le principe du ‘udhr, en parlant de certains textes sur les Attributs divins : « … personne ne devient mécréant (ou il ne faut taxer personne de mécréant ndt.) à cause de son ignorance [sur le sujet], sauf une fois qu’il les a reçus… » Ibn el Qaïyim dans ijtimâ’ el juyûsh el islâmiya (p. 195) et e-Dhahabî également, mais cette fois dans siar a’lâm e-nubalâ (14/280) reprennent ce passage. Il est à constater qu’il ressemble terriblement à celui de Shâfi’î cité plus-haut.

[8] Voir : el istiqâma (1/164) et Majmû’ el fatâwa (7/619) tous deux d’ibn Taïmiya. À ses yeux, lorsque les savants anciens considèrent apostat (kaffar) l’auteur de la parole : « le Coran est incréé », cela ne veut pas dire que tous ceux qui la prononcent sont des kuffars (mécréants).

[9] Majmû’ el fatâwa (7/507-508).

[10] Majmû’ el fatâwa (23/348-350).

[11] Mujmû’ el fatâwâ (12/487-488).

[13] Voir : Shubuhât el mubtadi’a fî tawhîd el ‘ibâda (1/248-249) qui à l’origine est une thèse universitaire ès Doctorat du D. ‘Abd Allah ibn ‘Abd e-Rahmân el Hadhaïl.

[14] Voir : e-shirk fî el qadîm wa el hadîth (1/113-141) qui à l’origine est une thèse universitaire ès Magistère d’Abû Bakr Mohammed Zakariya.

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 15:43

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 4)

 

Conclusion de ce paragraphe

 

Quand le doyen damascène parle des innovateurs non mécréants, il dissocie entre « pervers » et « désobéissants »,  et, à chaque fois, en opposition aux « mécréants » (il exclue donc les zindîq et les hypocrites).[1]Si on en doute encore, voici d’autres exemples :

 

« Quant à la question du takfîr, selon la bonne opinion, tout individu de la communauté mohammadienne faisant une erreur suite à un effort d’interprétation ne devient pas mécréant, à condition que son intention soit de parvenir à la vérité. Dans ce cas, son erreur lui est pardonnée. Cependant, dans la situation où, bien qu’on appréhende clairement les enseignements du Messager, on s’en écarte en toute connaissance de cause, pour suivre un autre chemin que celui des croyants, on devient mécréant.

Or, dans la situation où on se soumet à ses passions, tout en faisant preuve de négligence dans la recherche de la vérité, ce qui pousse à parler sans science, on devient un désobéissant condamnable, voire un pervers, sauf si ses bonnes actions prennent le dessus sur ses mauvaises. »[2]

 

« Quant à moi, - ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier d’apostat, de pervers, ou de désobéissant sauf s’il devient certain que la preuveprophétique a été fournie contre elle (qâmat el hujja e-risâliya) de sorte que toute personne qui les contredit soit condamnable d’être soit apostat, soit pervers ou soit désobéissant. J’ai par ailleurs établi qu’Allah pardonne les erreurs commises par les membres de cette communauté : Cela concerne aussi bien les erreurs qui relèvent des masâil el khabariya el qawliya(el usûlpour certains ndt.) que les masâil el ‘ilmiya(el furû’ pour certains ndt.). Les anciens se divisent encore sur ces questions. Personne n’a condamné l’un d’entre eux au kufr, au fisq ou à la ma’siya(…) j’expliquais que les paroles des anciens et des grandes références qui parlent du takfir el mutlaq en disant : celui qui fait telle et telle chose est un kafir ; j’expliquais qu’elles étaient justes, mais qu’il incombait également de faire la différence entre le mutlaq(le cas général) et le mu’ayin (le cas particulier). »[3]

 

« Quiconque s’oppose aux enseignements établis par le Coran et la sunna devient soit un mécréant, soit un pervers, soit, un désobéissant, sauf si c’est un croyant s’étant trompé suite à un effort d’interprétation. Il a droit à une récompense pour son effort, et son erreur lui est pardonnée. Il a droit à la même excuse s’il n’a pas reçu le savoir nécessaire ayant fonction d’établir la preuve céleste contre lui. Allah révèle en effet : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[4]Cependant, si la preuve céleste émanant des textes du Coran et de la sunna est établie contre lui, et qu’il s’y oppose ensuite, il devra recevoir la punition correspondante à son cas, et pouvant aller jusqu’à la mise à mort. »[5]

 

Si cela est clair, et j’avoue que je ne sais pas s’il faut prendre cela pour une règle, quand SheïkhTaqî e-Dîn désigne les adeptes affiliés à l’Islam d’ignorants égarés, c’est que nous avons affaire à des croyants non apostats (il exclue donc les zindîq et les hypocrites). Plusieurs passages de ses ouvrages le confirment, notamment : « En étant convaincu qu’il s’agit d’actes religieux et dévoués à Dieu, on est un vulgaire menteur égaré. Il incombe d’expliquer au fautif que ces actes ne sont ni religieux ni dévoués à Dieu ; s’il persiste dans son erreur, on lui somme alors de se repentir sous peine de mise à mort. »[6]

 

« Plus on est au courant de la face cachée de cette tendance tout en y adhérant, plus on sombre dans la mécréance et l’athéisme. Or, certains ignorants se font une bonne opinion de leurs paroles, mais sans les comprendre réellement. Ils pensent qu’ils ont affaire au même genre qu’aux maitres initiés, dont le discours, bien qu’il soit juste, est indéchiffrable pour beaucoup. Ces suiveurs ont souvent la foi et sont relativement fidèles au Coran et la sunna, conformément à la croyance traditionnelle. S’ils approuvent le discours des premiers, c’est uniquement dans la mesure où ils se font une bonne opinion d’eux, tout en se soumettant à eux les yeux fermés proportionnellement à leur ignorance et à leur égarement. Ils ne se mettent pas à l’esprit que seuls un mécréant athée ou un ignorant égaré peuvent donner crédit à leurs discours…

 

Leurs discours, qu’il soit pris au pied de la lettre ou non, relèvent entièrement de la mécréance à l’unanimité des musulmans. En venant à douter de leur mécréance, après avoir eu connaissance de leurs réelles intentions et de leur véritable religion, on prend le même statut qu’eux, car c’est comme si on doutait de la mécréance des Juifs, des chrétiens, et des païens. »[7]

 

« Or, ceux qui ne pénètrent pas les subtilités de leur discours s’en sont laissé abuser, exactement comme ceux qui se laissent abuser par le discours ésotérique des qarmates. Ces derniers se sont, en effet, fait passer pour des fatimides (descendants de Fâtimandt.) affiliés au shiisme. Leurs suiveurs ont penché vers eux sans vraiment connaitre le fond de leur discours qui est rempli de mécréance. Ainsi, deux catégories d’individus peuvent avoir une attirance pour eux : soit un zindîq hypocrite soit un ignorant égaré. Nous pouvons dire la même chose pour les partisans du monisme. Leurs chefs de file sont de vulgaires mécréants qu’il incombe de mettre à mort, sans accepter le repentir d'aucuns d’entre eux, à condition de les attraper avant qu’ils ne se repentissent.

 

Ils sont en effet les pires des zindîq qui cachent derrière leur appartenance trompeuse à l’Islam, la pire des mécréance. Ceux-là pénètrent très bien leur discours et ils ont pleine conscience qu’il s’oppose littéralement à la religion des musulmans.  

 

Il incombe de punir toute personne qui s’affilie à eux, les défend, leur fait les éloges, encense leurs ouvrages, qui est connue pour les aider et les soutenir, qui déteste entendre du mal d’eux, qui leur cherche des excuses en disant qu’un tel ne connaît pas le sens de telles paroles, qu’il n’en connaît pas l’auteur, ou qu’il a composé tel ouvrage…

 

Ce genre d’excuses ne peut que provenir d’un ignorant ou d’un hypocrite. Il incombe plutôt de punir toute personne qui, au courant de leur situation, ne contribue pas à mettre fin à leurs manigances. S’opposer à eux représente l’un des plus grands devoirs du musulman, car ils ont corrompu l’esprit et la religion de bon nombre d’individus parmi les Sheïkh, les savants, les rois, et les princes. Ils sèment le désordre sur terre et détournent les gens du chemin d’Allah.

 

Les dégâts qu’ils font à la religion sont pires que les dégâts matériels causés aux musulmans notamment par les bandits de grand chemin. Ces derniers ne s’attaquent pas en effet à la religion des gens. Dans cet ordre, nous avons les tatars qui ne convoitent que leurs richesses, mais sans s’en prendre à leurs convictions. Ceux qui ne savent pas à qui ils ont affaire ne doivent pas prendre la chose à la légère. Leur égarement et leur mauvaise influence sont plus grands que l’on puisse se l’imaginer. Ils sont la tendance la plus proche des qarmatesbâtinites. C'est pourquoi ils cautionnent la venue des tatars à la tête des pays musulmans, et leur offrent leur soutien contre leurs propres concitoyens – à part les gens simples qui gonflent leurs rangs, et qui n’ont aucune idée de leur vrai visage.

 

Ceux-là mêmes qui approuvent la situation des Juifs et des chrétiens et qui considèrent qu’ils sont sur le droit chemin. Ils n’en pensent pas moins pour les adorateurs des idoles. Chacune de leur revendication représente à elle seule la pire des mécréance qui soit.

 

Ainsi, il incombe d’informer sur leur situation tous ceux qui se font une bonne opinion d’eux, et qui prétendent n’être pas au courant de leurs vraies intentions. Après cela, s’ils ne se séparent pas d’eux et s’ils n’affichent aucun mécontentement envers eux, ils auront droit au même statut qu’eux, et seront considérés comme eux et comme faisant partie d’eux. »[8]

 

• Ensuite, notre ami revient à la charge :

 

Observe(z) bien, quelques lignes après, Ibn Taymiyya dit très clairement (passage encore une fois non retranscrit par Karim Zentici) : "et ce qui est voulu ici est que ces polythéistes, ceux qui prennent les occupants des tombes comme intermédiaires..."

 

En effet, c’est exactement ce qu’il dit la page suivante.[9] Or, quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ! À ce jeu-là, aucun auteur n’est honnête, si on devait lui imposer de retranscrire deux pages avant et deux pages après (j’extrapole bien sûr) la citation qui sert à conforter son idée et qui ne déforme pas l’opinion de la référence qu’il utilise. Aucun chercheur sérieux ne soutiendra une telle aberration !

 

Pour avoir pied, notre ami s’accroche à n’importe quelle toile d’araignée, quitte à friser avec le ridicule ! Déjà, c’est exactement ce que dit la première phrase du passage traduit en question, sauf que le terme est au singulier, mais y a-t-il une différence ?

 

« Celui qui invoque un autre qu’Allah ou qui fait le pèlerinage pour un autre qu’Allah est un mushrik(païen) et son acte est du kufr(mécréance). »

 

J’ai même pris soin de laisser mushirk et kufr en arabe. Peut-on donner une plus grande garantie d’honnêteté ? En outre, le passage que j’ai traduit s’inscrit dans une digression dont Sheïkh el Islâmavait le secret, et qui dit justement que l’auteur du shirk est excusable en raison de son ignorance ; si le ridicule tuait, certains de nos amis auraient épuisé leurs sept vies en une seule fois ! Ibn Taïmiya ne fait ensuite que reprendre le fil de son discoursqui démontre que le pèlerinage pour les tombes des walis, pratique déjà en vogue à l’ère païenne, relève du shirk. Aucun traditionaliste digne de ce nom n’a jamais dit que ce n’était pas du shirkakbar, sinon, il n’y aurait eu aucun débat sur le ‘udhr bi el jahl, réfléchis ! Aucun traditionaliste digne de ce nom n’a jamais dit que l’auteur de cet acte n’était pas un vulgaire apostat passible de l’Enfer éternel ! La question était plutôt de savoir s’il bénéficiait éventuellement, et pas systématiquement, de circonstances atténuantes en sa faveur, et ce qui fut justement l’objet de cette digression qui se termine avec la formule consacrée : « Nous avons développé la question ailleurs. » Et c’est ce que nous démontrons depuis plus de dix ans ! Il faut être vraiment téméraire pour attaquer quelqu’un sur son terrain de prédilection ! Il ne faut pas confondre courage et témérité !

 

[1] Le D. ‘Abd el Majîd el Mish’abî est l’auteur d’une thèse ayant pour titre ; manhaj ibn Taïmiya fî mas-alat e-takfîr (1/251-261) où il démontre, avec de nombreux textes d’ibn Taïmiya à la clef, qu’ibn Taïmiya distingue entre le musulman coupable d’une erreur et le zindîq.

[2]Majmû’ el fatâwâ (12/180).

[3]Majmû’ el fatâwâ (3/229).

[4]Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[5]Majmû’ el fatâwa (1/113).

[6]Majmû’ el fatâwa (1/372).

[7]Majmû’ el fatâwa (2/367-368).

[8]Majmû’ el fatâwâ (2/131-132).

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Publié par mizab - dans Takfir
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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 16:51

2-Il distingue entre les égarés dans le domaine profane et les égarés dans le domaine de la religion

 

« Allah envoya aux hommes Mohammed (r)porteur de la bonne direction (hudâ) et de la vraie religion (dîn el haqq) qui devait dominer sur la religion entière ; et Allah suffit comme témoin ! Son message s’adresse à l’humanité entière : notamment à l’élite parmi les savants et les pieux, mais aussi parmi les émirs. Son Seigneur paracheva Sa religion pour lui et sa communauté ; Il leur eut parfait de Ses bienfaits, et leur agréa l’Islam comme religion. 

 La bonne direction englobe les sciences utiles et la vraie religion englobe les œuvres pieuses. Les anciens baignaient dans un climat de hudâ et de dîn el haqq, mais, par la suite, l’innovation et la perversité firent leur éclosion. Ainsi, la communauté se divisait désormais entre ceux qui étaient accrochés à la hudâ et à dîn el haqq, et ceux qui en avaient dévié…

Deux sortes d’égarés se dégageaient : l’innovateur dans la religion et le débauché dans le domaine du profane. Et, comme l’affirment el Hasan el Basrî, Sufiân e-Thawrî, et un grand nombre d’anciens, en étant préservé de la tentation de l’innovation et de celle de la vie terrestre, on s’en sort sain et sauf.  L’innovation étant certes plus aimée par Satan que les péchés. La première forme de tentation touche les savants et les religieux et la seconde, les émirs et les riches.

Allah (I) révèle :[Nombreux sont les prêtres et les moines qui mangent impunément l’argent des autres et qui détournent de la voie d’Allah ; quant à ceux qui amassent cupidement l’or et l’argent sans le dépenser sur le sentier d’Allah, annonce-leur un châtiment douloureux].[1]

 

Ibn el Mubârak disait :

 

Qui d’autres que les rois ont-ils souillés le culte ?

Ainsi que les mauvais prêtres et les moines

 

… Ainsi, la négligence des uns et l’hostilité des autres ont gravement contribué au déclin de la religion et à la recrudescence de l’innovation. Wa Allah a’lam ! »[2]

 

3-Parfois, il parle uniquement des innovateurs

 

« Quiconque considère que la voie d’un savant ou d’un dévot est meilleure que celle des Compagnons commet une erreur le rendant égaré et innovateur. À l’inverse, quiconque condamne sévèrement l’auteur d’une erreur qui fait suite à un effort dans l’obéissance à Allah commet une erreur le rendant égaré et innovateur. Par ailleurs, les gens font également, dans le domaine de l’amour et la haine en Dieu et de l’alliance, des efforts d’interprétation qui peuvent être justes ou non.

Bon nombre de gens aiment un individu de façon inconditionnelle, et font abstraction de ses défauts. Mais, dès qu’ils le voient faire une faute, ils se mettent à le détester de façon inconditionnelle en faisant abstraction de ses qualités… Cette opinion est celle des innovateurs parmi les kharijites, les mu’tazilites, et les murjites.

 

Quant aux traditionalistes, ils sont conformes aux enseignements du Coran, de la sunna, et du consensus disant qu’un croyant est concerné par la promesse, la grâce, et la récompense divines pour ses bonnes actions ; comme il est concerné par le châtiment divin pour ses mauvaises actions. Un même homme peut accuser en même temps ce qui lui rapporte la récompense et le châtiment, ce qui est louable et ce qui est blâmable, et ce qu’on aime et ce qu’on déteste en lui… »[3]

 

4-D’autres fois, il n’emploie pas le terme « égarés », mais il se contente de la juxtaposition : hérétiques/désobéissants (ou pervers) qu’il oppose aux « mécréants »

 

« Or, nombre d’hérétiques épousent sincèrement la foi, bien que l’ignorance et l’injustice les poussent à l’erreur et les éloignent de la sunna. Ces derniers ne sont considérés ni comme des hypocrites ni comme des mécréants. Toutefois, leur injustice et leur animosité les rendent éventuellement pervers ou désobéissants, sinon, ils restent excusables malgré leurs erreurs en raison de leur effort d’interprétation. En outre, proportionnellement à leur foi et à leur piété, ils sont susceptibles de s’élever au rang d’élus d’Allah. »

 

Quelques lignes plus loin, il signe : « Beaucoup de points de ce crédo peuvent échapper à un grand nombre de croyants s’imaginant être en accord avec la vérité, en raison des ambiguïtés qui animent leurs convictions. Ces derniers donnent foi à Allah et à Son Messager aussi bien en apparence qu’au fond d’eux. En cela, ils ne sont pas différents des autres catégories d’innovateurs qui furent induits en erreur. Ils ne sont certainement pas mécréants, mais ils se partagent entre hérétiques et désobéissants ; certains même sont pardonnables en raison de leur erreur d’interprétation. Proportionnellement à leur foi et à leur piété, ils sont susceptibles de s’élever au rang d’élus d’Allah. »[4]

 

Ce même ibn Taïmiya classe les ignorants affiliés à l’Islam en trois catégories. Il introduit son discours en disant que les zindiq hypocrites que comptent notamment les rangs des karmatesbâtinites sont pires que les Juifs et les chrétiens.[5] Ensuite, il classe les adeptes de l’Islam qui font du shirken trois catégories, en fonction de leur degré de gravité :

  1. Ceux qui commettent clairement de l’association et qui s’opposent sciemment aux enseignements du sceau des Prophètes (r) à l’instar des karmatesbâtinites. À l’unanimité des savants, ces derniers sont passibles de la peine de mort après sommation de réintégrer le crédo orthodoxe.
  2. Ceux qui se trompent sur des points subtils de la religion.
  3. Ceux qui sont entre les deux premières catégories, et qui se divisent en pervers (fâsiq) et désobéissants (‘âsî).[6]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1]Le repentir ; 34

[2]Jâmi’ el masâil n° 18 (42-43).

[3]Majmû’ el fatâwâ (11/5-16). Ailleurs, il dit : « Les savants font uniquement allusion aux prophètes – que les prières d’Allah soient sur eux – quand ils parlent de la catégorie d’individus qui sont immunisés de persister dans la faute. Cela ne concerne pas les véridiques, les martyrs, et les pieux qui ne jouissent pas de ce privilège. Ces derniers sont capables de faire des péchés qui sont incontestables, mais ils peuvent également être motivés par un effort d’interprétation qui ne leur garantit pas d’avoir raison tout le temps. Quand ils ont effectivement raison, ils reçoivent une double récompense, mais s’ils se trompent ils n’en reçoivent qu’une seule en compensation à leurs efforts. Cela veut dire que ce genre d’erreurs leur est pardonné.

À l’inverse des savants, nous avons les égarés pour qui, l’erreur et le péché sont indissociables. Ils peuvent alors avoir deux réactions vis-à-vis des fautifs éventuels : soit ils font preuve d’excès en considérant qu’ils sont parfaits soit ils font preuve de laxisme en pensant que leurs erreurs les rendent injustes. Quant aux savants [modérés], ils disent qu’ils ne sont ni parfaits ni condamnables. » Majmû’ el fatâwâ (35/29).

Mais encore : Sinon, en règle générale, la vérité peut pencher du côté d’un individu ou d’un groupe sur un point en particulier. Il est même possible que les deux parties qui s’opposent soient aussi dans l’erreur l’une que l’autre. Elles sont également susceptibles d’avoir toutes les deux raison, mais uniquement sous un angle. Aucun groupe n’a le droit de s’arroger la vérité, peu importe qui se trouve à sa tête, car seul le meilleur des hommes (r) jouit de ce privilège. Autrement, cela supposerait que les partisans d’un groupe aient toujours raison, et que tous les autres croyants qui les contrediraient sur une question donnée seraient forcément des égarés. Leur meneur serait donc ma’sûm, ce qui, à l’évidence, va à l’encontre des connaissances élémentaires de la religion. S’ils étaient réellement ahl el haqq, alors tout consensus issu de leur groupe serait une preuve scripturaire infaillible…

Nombreux sont les sectateurs égarés qui s’autoproclament les détenteurs de la vérité, les élus etles partisans d’Allah. [Ils sont d’autant plus prétentieux qu’]ils ne daignent partager ces qualités avec personne. En réalité, il est possible qu’ils soient plus près des ennemis d’Allah que de Ses élus, et qu’ils soient largement plus près de l’égarement que du bon discernement. E-tis’îniya(3/902-906).

[4] Voir : Majmû’ el fatâwâ(3/352-355).

[5] Nous avons vu dans un article précédent qu’aux yeux d’ibn Taïmiya, ressembler aux gens du Livre sur un point ne rend pas forcément mécréant. Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/11/ibn-taimiya-et-le-hukm-bi-ghair-ma-anzala-allah-partie-1.html

Ailleurs, il établit en parlant de ceux qui imposent leurs idées hérétiques : « C'est pourquoi l’un des signes distinctifs des innovateurs est d’innover une parole ou un acte qu’ils imposent ensuite aux autres par la force, et sur lesquels ils fondent leur sentiment d’alliance (l’amour et la haine en Dieu). C’est exactement ce que les kharijites, les râfidhites, et les jahmites ont fait… Dans la mesure où ce qu’on impose ou interdit n’est pas corroboré par les textes scripturaires de l’Islam, on s’associe vulgairement aux kharijites, aux râfidhites, et aux jahmites ; eux-mêmes sont sur les traces des païens et des apostats de la première époque. » Voir : http://mizab.over-blog.com/article-ibn-taimiya-et-le-taqlid-partie-3-101734377.html

[6]E-radd ‘alâ el Bakrî (1/277-279).

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 16:37

SheïkhSulaïmân e-Ruhaïlî constate que de nombreux tullâb el ‘ilm pénètrent mal le sujet,[1] comme je l’ai d’ailleurs démontré dans un article,[2] et notre ami ne le fait pas mentir, malheureusement. Il se hasarde, en effet, sans citer la moindre source en dehors de ce qu’il comprend des paroles d’ibn Taïmiya, à une conclusion pour le moins péremptoire :

Autrement dit, ceux à qui la preuve à été exposée dans ce bas-monde seront - au Jour du Jugement - du nombre des voués éternellement à l'Enfer, et ceux à qui la preuve n'a pas été exposée dans ce bas-monde (=les ignorants) seront - au Jour du Jugement - du nombre de "ahl al-fatra" ; ils subiront donc une épreuve, s'ils réussissent, ils entreront au Paradis, et s'ils échouent, ils entreront en Enfer, conformément aux hadiths qui ont été rapportés à ce sujet.

Mais cela ne signifie pas que ceux à qui la preuve n'a pas été exposée dans ce bas-monde (=les ignorants) doivent être considérés musulmans et ne pas être qualifiés de mécréants/polythéistes. Bien au contraire, ils sont - et doivent être - considérés mécréants/polythéistes !

 

Déjà, outre le fait que cette tendance n’était pas connue à l’époque des anciens (nous aurons le temps d’y revenir in shâ Allah), même dans les rangs des anti‘udhr, il n’y a pas unanimité sur ce point. Certains d’entre eux, par scrupule, s’en tiennent au statu quo, et ils ne veulent pas se prononcer sur leur sort de façon catégorique, non qu’ils en fassent un point fondamental du crédo ! C’est à cette conclusion qu’est arrivé le D. Mohammed HishâmTâhirî, une vieille connaissance, à travers la thèse esdoctorattaqrîrâtaimmat e-da’wafîmukhâlafatmadhhab el khawârijwaibtâlihi, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘AzîzÂl e-Sheïkh.

 

Voir : http://www.mizab.org/nouvelle-approche-du-udhr-bi-el-jahl

 

Pour appuyer son propos, il s’inspire notamment d’un passage d‘Abd Allah le fils de l’Imâm, qui souligne en commentaire à un texte d’ibn Taïmiya dont nous avons beaucoup parlé ailleurs.[3]En réalité, comme c’est souvent le cas, l’étude en question ne résout pas la problématique que pose ce passage, et se contente de noyer le poisson… D’autres passages de ce même ‘Abd Allah sont tout aussi ambigus.[4]SheïkhHamd ibn ‘Atîq a des paroles qui vont dans ce sens.[5] Ce dernier établit en substance qu’en règle générale la grande association ou la grande mécréance fait sortir de la religion. Puis, il explique que nous remettons à Allah le sort d’un cas particulier, sans lui appliquer le takfîr.

 

Selon cette opinion, avant l’iqâmael elhujja, tout fautif excusable qui commet du shirkakbar n’est pas un mécréant, mais sans n’être non plus un musulman. Elle distingue ainsi entre le nom (ism) et le statut de cet individu (hukm). En d’autres termes, il ne mérite pas le châtiment de l’Enfer sans n’avoir reçu lahujja, mais il perd ses droits de musulman. Il sera éprouvé le Jour de la résurrection avant de trouver sa place, soit au Paradis soit en Enfer, un peu comme les gens qui n’ont pas reçu le message prophétique (ahl el fatra).

Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz e-Râjihî, un savant contemporain, élude ce genre de passages que l’on retrouve chez certains savants d’aimmat e-da’wa. Partisan de la tendance selon laquelle, en faisant du shirk on ne peut en aucun cas rester dans le cercle des musulmans, il suggère de remettre son sort à Allah. Le coupable aura, à ses yeux, le même statut que lors des périodes de « rupture » de la prophétie, pour reprendre les termes de l’adversaire. Néanmoins, sur terre, on lui réserve le même sort que les païens (on ne le lave pas, on ne prie pas sur lui et on ne l’enterre pas dans un cimetière musulman).[6]

 

De nombreux savants nadjites et même du Hijâz partagent, à l’heure actuelle, cette opinion. Dans cet ensemble, nous avons en plus de Sheïkh e-Râjihî, les Sheïkh ibn Bâz, el ‘Abbâd (comme en témoignent ses déclarations récentes), Ahmed Najmî, SâlihSuhaïmî,SâlihÂl e-Sheïkh, etc. Sheïkhel Fawzân a encore un autre discours bien qu’il y règne certaines zones d’ombre qu’il incombe de dissiper.

Quoi qu’il en soit, en plus du fait que cette opinion ne fasse pas l’unanimité des savants, comme nous l’avons expliqué à maintes reprises, nous pouvons remarquer qu’il taxe le coupable de mécréant sans faire de distinction entre le ism et lehukm. Les tenants de cette opinion le prennent pour un murtad (apostat), voire un mécréant d’origine, mais ils s’abstiennent simplement de le promettre à l’Enfer, conformément notamment à la croyance traditionaliste, wa Allah a’lam !

 

Nous avons réfuté cette tendance ailleurs, mais ce qui nous intéresse ici, c’est qu’au sein des anti ‘udhr, il n’y a pas unanimité pour dire que sur terre, le fautif est un murtadd, kâfir, car certains font la distinction entre le hukm et le ism, bien qu’au niveau de la finalité, cela revient au même, mais la rigueur scientifique réclame d’être précis, wa Allah a’lam ! Ibn Bâz, lui-même, fait état de cette divergence au sein des anti ‘udhr dans un passage qui, en réalité, reste ambigu.[7]

 

Or, il y a au moins une dizaine d’années, en compagnie de Sheïkh ‘Abd e-Razzâq el ‘Abbâd, SheïkhSâlihÂl e-Sheïkh fut l’un des membres du jury de la thèse ès Doctorat taqrîrâtaimmat e-da’wâfîmasâil el îmân du D. Yâsire-Salâma.

 

Au cours de la soutenance, le passage ambigu d‘Abd Allah évoqué plus haut fut mentionné.[8] Il s’agit d’une longue fatwâ coécrite avec son frère Husaïn, et SheïkhHamd ibn Nâsir ibn Mu’ammar. Tout comme le D. Mohammed Hishâm, l’élève ne résout pas la problématique qu’elle soulève ; elle était pourtant grosse comme une couleuvre ou comme le nez au milieu du visage, mais elle est passée comme une lettre à la poste !

 

Néanmoins, elle n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd, comme en témoigne l’échange qu’elle a suscité entre SheïkhSâlihet le chercheur. Nous reproduisons ici le passage qui nous intéresse : « Très bien, cet avis est celui de SheïkhHamd ibn Nâsir et consorts, mais n’est-il pas possible qu’il se soit tout simplement trompé. Les savants de aimmat e-da’wa, aussi respectables soient-ils, sont-ils sujets à l’erreur ? Ne pensez-vous pas que cette allégation soit discutable ? Qu’est-ce que cela veut dire : « si nous ne le jugeons pas mécréant, cela ne veut pas dire que nous le considérons comme musulman » ? Y aurait-il un état intermédiaire entre la mécréance et l’Islam ? »

 

Mais encore, je cite : « Très bien, que dit la règle ? En principe, toute personne affiliée à l’Islam est musulmane jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance est un état nouveau qui vient interférer l’état initial, l’Islam, et qui le remet en question, sous certaines conditions et considérations. Ou bien, est-ce le contraire ? Soit qu’un acte d’apostasie évidente annule d’entrée le statut de musulman à un accusé potentiel jusqu’à ce que la preuve céleste vienne définitivement tranchée sur son cas. Bien sûr, la première hypothèse est la bonne, soit qu’il reste musulman jusqu’à ce que la preuve céleste démontre de façon claire et limpide qu’il est un apostat. Nous devons avoir autant de certitude qu’il est sorti de l’Islam que nous en avons eue lorsqu’il y est entré : « Tu l’as tué après qu’il ait dit : lâilâhillâ Allah ! » nous apprend le hadîth. L’attestation de foi nous donnait la certitude de son affiliation à l’Islam, et pour l’en faire sortir, l’accusation doit faire le même poids. Certes, l’allégation du SheïkhHamd ibn Nâsir – qu’Allah ait son âme – affirme le contraire, mais elle est contestable. Elle s’inscrit à contrecourant du discours [officiel](ou : de l’autre discoursndt.) des savants de aimmat e-da’wa. Il est faux de dire qu’en se rendant coupable d’un acte de mécréance claire, on n’est ni musulman ni mécréant. Selon moi, c’est une erreur, car la chose mérite de plus amples précisions. »

 

Conclusion imparable : « Nous disons donc, comme le veut la formule consacrée : Ami de SheïkhHamd, mais encore plus de la vérité. Il n’existe pas de degré intermédiaire entre la foi et la mécréance, et en principe, on reste musulman jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance ne peut annuler cette affiliation en l’absence de la preuve céleste et sans tenir compte d’un certain nombre de conditions et de considérations, etc. »

 

Voir : http://www.mizab.org/shekh-slih-l-e-shekh--et-la-rgle-du

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[2]http://www.mizab.org/eclaircissement En voici un passage : « Un jour, SheïkhSulaïmân e-Ruhaïlî m’expliquait qu’on n’avait pas prêté au sujet l’attention qu’il méritait. Il soulignait également qu’on en faisait une mauvaise approche, et qu’il y avait un problème de méthodologie. L’analyse objective, à ses yeux, veut de prendre pour base de réflexion, les textes scripturaires de l’Islam et l’opinion des savants des premières générations en commençant par les Compagnons et leurs successeurs, avant de se tourner vers les avis des savants des générations plus récentes qu’il incombe de replacer dans leur contexte, et de les expliquer conformément aux intentions de leurs auteurs, en mettant les passions de côté. Pour Sheïkh el ‘Uthaïmîn, tout le monde s’accorde sur le principe du ‘udhr bi el jahl, mais s’il y a divergence entre les savants, c’est dans la façon dont cela se traduit dans la pratique. »

 

 

[3] Voir : Majmû’ e-rasâilwa el masâil (1/79-80).

[4] Voir : e-durar e-saniya (10/136-137) ; Hamd ibn Nâsir a également des paroles de ce genre dans e-durar e-saniya (10/335-337).

[5]E-durar e-saniya (11/75-76) ; voir également : majmû’a e-rasâilwa el masâil (1/589).

[6] Voir : as-ilawaajwibafî el kufrwa el îmân (p. 29-30).

[8] Voir : e-durar e-saniya (10/136-138).

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 17:28

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 1)

 

Ibn el Mubârak : « En dénigrant les savants on perd son au-delà, en dénigrant les émirs, on perd sa vie d’ici-bas, et en dénigrant les frères, on perd sa bonne réputation. » [Ibn ‘Asâkir (32/333).]

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Je viens de recevoir une « réfutation » non signée à laquelle je vais répondre sous forme de points sans plus attendre, et dont voici le lien :

 

https://justpaste.it/zdwv

 

Je ne veux tirer vengeance de personne parmi ceux qui ont menti sur moi et qui m’ont fait subir une injustice. Je décharge devant Dieu tout musulman m’ayant fait du mal. Je souhaite le bien à tous mes frères, comme s’il s’agissait de ma propre personne.[1]

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya disait : « Moi, je n’ai aucun ressentiment envers ceux qui s’opposent à moi, et qui outrepassent les limites d’Allah en me taxant de mécréant ou de pervers ; qui calomnient à mon encontre, ou encore qui font preuve avec moi de chauvinisme païen. Je ne dépasse pas les limites d’Allah avec eux, mais je mesure mes paroles et mes gestes, et je les juge d’après la balance de la justice (incarnée par le Coran ndt.)… La raison, c’est que la meilleure réaction envers quelqu’un qui a désobéi à Allah avec toi, c’est d’obéir à Allah avec lui. »[2]

 

Il disait également : « Malgré les atteintes incessantes faites à sa personne, notre Prophète (r) déclara un jour : « Qu’Allah fasse miséricorde à Mûsî ! Malgré qu’il subit bien pire, il resta patient. »[3] Après avoir été physiquement malmené par son peuple, l’un des prophètes s’exclama : « Ô Allah ! Pardonne-leur, car ils ne savent pas ! »[4] Certaines annales rapportent que Mohammed (r) a eu la même réaction face aux attaques venant de son peuple. »[5]

 

 http://www.mizab.org/vingt-raisons-de-patienter---calomnie

 

« Tu dois distinguer entre tes impressions et l'argumentation scientifique, et entre tes convictions et ta capacité à les véhiculer et à convaincre tes opposants ! » 

 

فيجب التَّفريق بين الاقتناع و الإقناع، أي: بين اقتناع النَّفس بشيء ما، و بين القدرة على إقناع المخالف بإعطائه من الحجج ما يكفيه عن الاستزادة ،و يحصل معه التَّسليم و الإذعان.و بطبيعة الحال يقوم الإقناع على العلم و البرهان، و يقوم الاقتناع على مجرَّد الاعتقاد، فيجب تفريق بين ترجيح الاعتقاد، و اعتقاد الرُّجحان.

 

Baïnî wa baïnaka el 'ilm !

 

• J’avais envoyé cette citation en privé, en sachant qu’à mes yeux, elle est problématique, comme je l’ai expliqué à maintes reprises sur les forums, il aurait donc été judicieux qu’il y réponde en privé pour les passages qui lui pose problème, mais comme le disait souvent Sheïkh el Albani, hubb e-zhuhûr yaqsimu e-zhuhûr !

 

Qui ignore haït ! El insân ‘aduwwun li mâ yajhaluhu !

 

Khuluqa el insân ‘ajûlan, kafûran, zhalûman !

 

Je renvoie notre ami à la merveilleuse risâla el farq baïna e-nasîha wa e-ta’yîr d’ibn Rajab.

 

• J’ai consacré un article entier pour définir la position d’ibn Taïmiya, et je me suis contenté d’intégrer cette citation en aparté, c’est dire comme elle m’a été utile pour ma recherche, en sachant que je collectionne les citations d’ibn Taïmiya sur la question depuis plus de 10 ans, à tel point qu’il serait difficile de trouver une de ses paroles que je n’ai pas traduites sur le sujet (épargnez-moi les passages où il se répète).

 

http://www.mizab.org/ibn-tamiya--le-udhr-bi-el-jahl-dans

 

Depuis, j’ai consacré de nombreux articles sur la position d’ibn Taïmiya, et je n’ai absolument pas besoin de cette citation pour la démontrer, tant celle-ci de toute façon est criante, en voici la preuve :

 

http://www.mizab.org/ibn-el-tamiya-et-le-udhr-bi-el-jahl

http://www.mizab.org/rsum-sur-le-udhr-bi-al-djahl

http://www.mizab.org/rsum-sur-le-udhr-bi-al-djahl

http://www.mizab.org/ibn-tamiya-un-sophiste-

http://www.mizab.org/ibn-tamiya-et-les-ignorants-musulman

http://www.mizab.org/le-malm-min-e-dn-bi-e-dharra

 

J’ai récemment utilisé cette citation dans un article tout en précisant en bas de page : Cette citation peut poser problème, mais ce qui nous intéresse ici, c’est la dernière phrase : « La connaissance de nombreuses formes de shirk peut échapper à de nouveaux convertis, qui ne savent pas que c’est du shirk. »

 

Notre ami aurait dû réfléchir à deux fois avant de mettre en péril une amitié naissante, et une collaboration très fructueuse dans le domaine de la traduction, qui, de mémoire, datait depuis plus de deux ans. Cela lui aurait, au minimum, épargné du ridicule, et c’est tout le mal que je lui souhaite, sinon, il devra rendre des comptes à Dieu pour sa calomnie éhontée ! C’est tout le mal que je lui souhaite, car pour sa décharge, il a peut-être un problème de compréhension, quoique l’hypothèse la plus douce soit déjà très amère.

 

Toi, si tu ne le savais pas c’est déjà un malheur

 Mais tu le savais, alors c’est encore pire

 

J’ai même pris soin de traduire une fatwa d’ibn Taïmiya en entier ou presque pour fermer la porte à tout téméraire sans vergogne ; fatwa que je reproduis ici :

 

http://mizab.over-blog.com/2016/10/fatwa-taimiyenne-sur-le-udhr-bi-el-jahl-dans-le-shirk-akbar.html

 

Je souhaite bonne chance à notre ami qui doit, pour le coup, déborder d’imagination, pour y dénicher des poux !

 

Le diable se cache dans les détails, et il semble se rire de vous et particulièrement de votre faiblesse, mon ami !

 

Wa e-salâma lâ ya’dilihâ shaï-ûn !

 

Récemment, j’ai traduit un passage d’ibn Taïmiya encore plus révélateur, par quelle fourberie sournoise, notre ami va-t-il la botter en touche ?

 

« L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas considéré comme mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[6]

 

http://mizab.over-blog.com/2016/07/le-shirk-ta-til-partie-1.html

 

• J’avais précisé : « en ayant résumé légèrement ces paroles. » Cela n’aurait donc dû pas posé problème à quelqu’un qui a l’habitude des recherches scientifiques.

Mieux, cette précision n’est pas de moi, mais du D. Mohammed el Wuhaïbî l’auteur de la thèse universitaire Nawâqidh el îmân el i’tiqâdiya qui fut encadrée par le controversé ‘Abd e-Rahmân Mahmûd qu’on ne peut accuser de proximité avec l’irja. En outre, celle-ci fut approuvée dans la capitale du Nadj. Pourtant, l’auteur ne se contente pas de cautionner le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar qu’il impute bien sûr à ibn Taïmiya, mais il réfute l’autre position, et notamment celle d’Abâ Btîn. El Wuhaïbî s’inspire de la thèse ès Magistère el jahl bi masâil el i’tiqâd wa hukmuhu d’Abd e-Razzâq Ma’âsh, qui fut encadrée par Sheïkh ‘Abd e-Rahmân el Barrâk et qui est la référence sur le sujet depuis ces vingt-cinq dernières années. L’auteur fait part de la divergence et tranche du côté des pro ‘udhr. Ce dernier inspirera par la suite certaines thèses ayant abordé le sujet, ne serait-ce que de façon succincte, outre celle d’el Wuhaïbî, nous pouvons compter notamment : Nawâqidh el îmân el qawliya wa el ‘amaliya du D. ‘Abd e-Lâtîf Âl e-Sheïkh et ayant eu parmi les membres du jury, Sheïkh Luhaïdân, et Sheïkh ‘Abd e-Rahmân el Barrâk. Toutes imputent cette position à ibn Taïmiya.

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Majmû’ el fatâwâ (28/55) d’ibn Taïmiya.

[2] Majmû’ el fatâwâ (1/14-15). Ce dernier se base sur l’annale de Sa’îd ibn el Musaïyib, selon lequel ‘Omar (t) a dit : « La meilleure réaction envers quelqu’un qui a désobéi à Allah avec toi, c’est d’obéir à Allah avec lui. » Rapporté par el Baïhaqî dans el jâmi’ fî shu’ab el îmân (12/310-311).

[3] Rapporté par el Bukhârî (3150) et Muslim (1062).

[4] Rapporté par el Bukhârî (3477) et Muslim (1792).

[5] Rapporté par e-Tabarânî dans e-Tarîkh el Kabîr (5694) avec une chaîne narrative Munqati’ (dont il manque l’un de ses éléments). Voir pour ce passage qâ’ida fi e-sabr d’ibn Taïmiya.

[6] El mustadrak ‘alâ majmû’ el fatâwâ (5/129).

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 16:44

normal 34

 

 

L’interaction entre le cœur et les actes

(Partie 3)

 

Voir : ârâ el murjiya fî musannafât Sheïkh el Islâm qui est une thèse ès Doctorat du D. ‘Abd Allah ibn Mohammed e-Sanad.

 

Un cœur sain pour un corps sain

 

Ainsi, un cœur sain s’exprime inévitablement à travers les paroles et les œuvres pieuses. Et la perversité extérieure trahit une perversité intérieure.[1] Un bon cœur fournit de bons actes et un mauvais cœur fournit de mauvais actes. Il est impossible de se revendiquer verbalement croyant sans en donner la preuve. Il n’y a pas de graine (la foi) sans fruits (les bonnes œuvres). Même l’hypocrite (ou le croyant qui cache sa foi) trahit ses apparences en privé, ou ne serait-ce que grâce aux expressions du visage et aux lapsus révélateurs. Ce qu’on cache dans son for intérieur s’exprime inévitablement d’une manière ou d’une autre. Tout obstacle à la concrétisation de la pensée n’est en réalité que ponctuel, non inhérent. En d’autres termes, à la moindre occasion, la flamme, qui restait cachée, surgit.

 

Nous pouvons dire la même chose pour la volonté. Est-il possible qu’associée à la capacité, elle ne donne aucun fruit ? Deux opinions s’opposent sur la chose ; il y a celle des traditionalistes et de la plupart des tendances musulmanes pour qui, la volonté ferme et la capacité d’agir s’extériorisent inévitablement dans les actes. L’absence d’acte est la preuve de l’absence de volonté ferme, sauf en cas d’incapacité, bien que les prémices restent tangibles.

 

L’autre opinion, qui fut reprise par les jahmites, et les pro-jahm dans le domaine de la foi à l’image d’el Qâdhî Abû Bakr, estime qu’il est tout à fait possible de renfermer une volonté ferme sans en montrer les signes.[2]

 

Ainsi, les actes ne sont que le reflet (la preuve, le témoin, l’indice) des sentiments et l’absence d’acte est la preuve de l’absence ou de la faiblesse des sentiments. Ils sont l’un des éléments d’un ensemble plus vaste et qui représente la foi absolue, en sachant que le cœur en est l’essence [3]

 

Il ne peut y avoir de foi sans actes en temps normal

 

Les anciens disaient que l’abandon des obligations religieuses dénotait l’absence de la foi imposée dans le cœur. Le problème ne vient pas forcément de l’absence de tasdîq, mais peut tout aussi bien venir des actes du cœur comme l’amour et la crainte révérencielle d’Allah. Les jahmites, quant à eux, ramènent ce phénomène à l’absence de tasdîq. Ils en arrivent au raisonnement sophiste que lorsqu’on ne croit pas en Dieu, c’est uniquement dans la mesure où on ne le connait pas.[4]

Tout agent agissant (muaththar tamm) a obligatoirement des effets, sinon, c’est qu’il n’est pas agissant. Toute action qui rencontre un réceptacle compatible se concrétise indubitablement, sinon, c’est que le réceptacle n’est pas compatible.[5]

 

En appliquant ce principe sur la foi, nous disons qu’une foi ferme réclame, en temps normal, l’attestation de foi, sinon c’est que la foi qui émane du cœur n’est pas tamm. Une foi tamm se marie obligatoirement avec les actes extérieurs dans la mesure du possible.[6] Il est faux de concevoir qu’on peut avoir une foi valable sans fournir la moindre parole ni la moindre action.[7]

 

Quand on décide d’obéir au Très-Haut, et qu’on a conscience qu’il en va de son intérêt, sauf empêchement, on se met à agir. La volonté ferme associée à la capacité entraine l’acte d’obéissance. Par rapport à cela, si, en remplissant les conditions, on ne fournit pas l’attestation de foi, c’est la preuve que la volonté est déficiente, ou, en d’autres termes, qu’on n’en a pas envie.[8]

 

Les actes en tant qu’ensemble (jins el a’mâl) font partie des implications de la foi intérieure. Il est impossible d’avoir une foi tamm sans fournir le moindre acte extérieur.[9]

 

L’une des plus grandes erreurs desmurjites, c’est qu’ils s’imaginent que, sans les actes, on peut avoir une foi tamm. C’est ce qui les pousse à considérer les actes comme les fruits, les implications et les conséquences (muqtadhâ) de la foi, en établissant entre eux une relation de cause à effet, non que la foi exige, nécessite, requiert (lâzim/mustalzim) les actes. En réalité, une foi intérieure tamm nécessite les actes en fonction de son intensité, comme nous l’avons vu.[10]

 

Il est impensable d’avoir une foi imposée dans le cœur sans fournir le moindre acte, mais nous disons plutôt que la faiblesse des actes s’explique par la faiblesse de la foi intérieure. La foi est donc le mariage de ses deux éléments, et cela ne s’oppose nullement au fait que son essence soit dans le cœur.[11]

 

La présence de la foi intérieure révèle la présence des obligations religieuses

 

Selon le crédo traditionaliste, la présence de la foi intérieure révèle la présence des obligations religieuses.[12]

 

Il est impossible de prétendre à la fois sans fournir la moindre obligation religieuse (prière, aumône, jeûne, etc.). Je ne parle pas de certaines vertus (loyauté, sincérité, équité, etc.) qui sont également prônées par les autres religions (juive, chrétienne, païenne), et qui ne font pas entrer dans l’Islam. Non ! Il s’agit d’actes d’obligations qui sont propres à l’Islam. C’est une erreur grossière de croire qu’on peut prétendre à la foi imposée sans n’en fournir aucun (en sachant que la prière est le plus illustre et le plus important d’entre eux), indépendamment de savoir si on considère les actes comme les implications (lâzim) ou faisant partie intégrante de la foi – cette divergence est purement formelle –. C’est même la raison pour laquelle les anciens étaient très durs envers les murjites quand ils revendiquèrent cette tendance.[13]

 

Il est impensable de se revendiquer musulman sans n’avoir jamais posé son front sur le sol tout au long de sa vie ni fait aucun autre pilier de l’Islam tout en étant convaincu qu’Allah les a prescrits aux hommes. Un tel état ne peut provenir que d’un cœur corrompu entre hypocrisie et zandaqa (athéisme).[14] Peu importe qu’on ait des péchés, pour aspirer à la vrai foi, l’essentiel est de fournir un nombre d’actes minimum.[15]

 

L’extérieur est le reflet de l’intérieur

 

Si cela est clair, nous comprenons mieux que l’extérieur est le reflet de l’intérieur, que c’est le cœur qui tient les rênes, et que la santé du corps dépend de la sienne. Les sentiments influencent les actes, et s’extériorisent inévitablement, et le contraire est aussi vrai ; soit que l’absence d’actes trahit une foi déficiente.[16] ‘Uthmân ibn ‘Affân disait qu’Allah dévoile les secrets qu’on garde cachés à travers l’expression du visage ou les lapsus révélateurs.[17] L’obéissance au Messager (r) est l’une des implications de la foi ; quiconque se détourne de ses enseignements, c’est qu’il n’est pas croyant.[18] Le tasdîq ne suffit pas, mais on doit l’associer aux actes du cœur qui vont entrainer les actes.[19]

 

Il ne sert à rien de donner crédit et d’aimer le Prophète (r) sans faire l’attestation de foi ni aucune bonne œuvre propre à la confession musulmane.[20] Le croyant se distingue de l’infidèle dans sa soumission et sa croyance aux enseignements divins.[21] En délaissant tous les actes, il ne peut compter parmi les adeptes de la dernière des révélations basée sur la soumission et l’obéissance. Cet état ne se contente pas des paroles, mais réclame des actes. Ceux-ci sont la preuve de la soumission à Dieu, et sans eux, on n’a aucune religion, et sans religion, on n’a aucun lien avec l’Islam.[22]

 

Ainsi, l’attestation de foi repose sur deux éléments : la croyance et l’obéissance. L’un ne va pas sans l’autre et constitue l’essence de la foi. Il ne suffit pas de croire aux prescriptions prophétiques, mais il incombe, en plus de cela, de s’y soumettre. Sinon, on n’a aucune différence avec Iblîs l’orgueilleux.[23] Ce dernier refusa de s’y plier, tout en y donnant foi. Seul l’orgueil l’aveugla.[24]

 

La clef du bonheur est donc soumise à deux conditions qui se confinent dans le savoir utile et les bonnes œuvres conformément à la prophétie.[25] Son message est axé sur deux grands principes : faire les obligations et renoncer aux interdictions.

 

Conclusion

 

Sous un certain angle, l’extérieur implique l’intérieur, et sous un autre angle, il en est l’implication. Il est donc la preuve de ce qui se passe dans le cœur en tant qu’implication, non qu’il l’implique.[26]

 

En d’autres termes, on peut fournir des actes en ayant un intérieur corrompu. Les hypocrites s’associent aux croyants sur ce point ; mais, en même temps, il devient une preuve de l’existence de la foi, car il en est l’implication.[27] C’est ce qui pousse à faire la distinction entre le statut terrestre et céleste d’une même personne. Sur terre, nous nous fions uniquement aux apparences, mais celles-ci n’offrent aucune garantie d’être sauvé le Jour de la Résurrection, dans la mesure où elles doivent absolument être en adéquation avec les sentiments.[28]

 

Elles sont un paramètre tangible pour évaluer une personne, sauf en cas de preuve contraire. Cela dit, si nous avons en mains une preuve formelle que l’intérieur est corrompu, alors nous n’avons plus besoin de nous contenter des apparences.[29]

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Majmû’ el fatâwa (7/186-187).

[2] Majmû’ el fatâwa (14/120).

[3] Majmû’ el fatâwa (7/644).

[4] Majmû’ el fatâwa (7/148).

[5] Majmû’ el fatâwa (7/25).

[6] Majmû’ el fatâwa (7/553).

[7] Majmû’ el fatâwa (7/554).

[8] Manhâj e-sunna (3/69-70).

[9] Majmû’ el fatâwa (7/616).

[10] Majmû’ el fatâwa (7/204).

[11] Majmû’ el fatâwa (7/198).

[12] Majmû’ el fatâwa (7/363).

[13] Majmû’ el fatâwa (7/621).

[14] Majmû’ el fatâwa (7/611).

[15] Majmû’ el fatâwa (10/8).

[16] El jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh(6/487).

[17] Majmû’ el fatâwa (7/620).

[18] Majmû’ el fatâwa (7/221).

[19] Majmû’ el fatâwa (7/306).

[20] Majmû’ el fatâwa (14/120).

[21] El istiqâma (2/79).

[22]Voir : sharh el ‘umda (p. 86).

[23] E-sârim el maslûl (3/969).

[24] E-sârim el maslûl (3/968).

[25] E-safdiya (2/248).

[26] Majmû’ el fatâwa (14/120).

[27] Majmû’ el fatâwa (7/263).

[28] Majmû’ el fatâwa (7/197-198).

[29] E-sârim el maslûl (3/648).

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 16:43

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L’interaction entre le cœur et les actes

(Partie 2)

 

Voir : ârâ el murjiya fî musannafât Sheïkh el Islâm qui est une thèse ès Doctorat du D. ‘Abd Allah ibn Mohammed e-Sanad.

 

Les parasites faisant obstacle à ce mécanisme

 

Il est certes possible d’à la fois connaitre et détester Dieu, mais c’est à cause d’un tasdîq et d’un savoir faibles ; ils sont tellement faibles qu’ils n’ont aucun impact positif sur les sentiments et les actes. C’est alors ce sentiment de haine qui prend le dessus et qui fait obstacle à la foi, car la connaissance parfaite/valide (tamm) est une condition (shart) pour l’obtenir.

 

La foi est fondée sur deux piliers : croire (qui est l’essence de la parole du cœur) et aimer (qui est l’essence de l’acte du cœur) le Tout-Puissant. Un amour parfait/valide s’exprime forcément dans les paroles et les actes extérieurs, comme nous l’avons vu. Il est faux de confiner toute la foi dans le savoir et le tasdîq. L’amour est indispensable au savoir, et ce dernier est une condition pour obtenir cet amour, de la même façon que la vie est une condition pour obtenir le savoir. Néanmoins, le contraire n’est pas vrai, car on peut connaitre une chose sans l’aimer. Il y a même beaucoup de choses que l’on connait et auxquelles on croit, et que pourtant on déteste.

 

Il n’y a donc pas de corrélation entre croire à une chose et l’aimer, mais au même moment, nous savons qu’Allah est digne d’être aimé et adoré. Le cœur renferme cette double notion ; la connaissance et l’obéissance à l’Être supérieur. Croire en Son existence ne suffit pas pour prétendre à la foi, mais il incombe en plus de cela, de Lui vouer un sentiment d’amour. Cette croyance doublée de cet amour va se répercuter sur les membres à travers la parole et les actes, qui, à leur tour, sont l’implication, la preuve, et l’effet des sentiments. Les membres exercent également, en retour, une influence sur le cœur. Cette inter-influence est donc réciproque.

 

L’interaction entre le cœur et les actes

 

Néanmoins, le cœur est l’essence et le corps en est la partie subsidiaire d’où il puise sa source ; l’essence elle-même se renforce et se raffermit grâce à sa partie subsidiaire.

 

Le Coran nous fait la parabole de la parole de la foi dans le passage : [Ne vois-tu pas l’exemple qu’Allah donne d’une bonne parole, comparable à un bel arbre aux racines ancrées et dont les branches tendent au ciel Il donne ses fruits à toutes les périodes de l’année par la volonté de Son Seigneur].[1] Il fait allusion à l’attestation de foi, qui, tout comme les racines d’un arbre, se renforce dès qu’on l’arrose et qu’on l’entretient. Ses branches, nourris par la pluie et les vents, prennent de l’éclat, et alimentent à leur tour, les racines.

 

La foi dans le cœur connait le même mécanisme en s’extériorisant dans les actes. Ainsi, étant donné que les paroles et les actes extérieurs réclament et impliquent les paroles et les actes intérieurs, ils en sont l’indice qui prouve leur existence.[2]

 

Selon ibn Ma’sûd : « Chacun de leur côté, l’ange et Satan insufflent à l’homme ; l’ange incite à faire le bien et à donner foi à la vérité, tandis que Satan incite à faire le mal et à démentir la vérité. »[3] Il pose ainsi les bases du fonctionnement humain ; il met en avant les deux forces dont nous avons parlé plus haut :

-           la sensation et la perception (donner foi à la vérité et démentir le faux)

-           la volonté et l’action (aimer le bien et détester le mal).

 

La première force est la source qui implique des fruits, et la seconde, les fruits, en est la réalisation ou le parachèvement. L’homme est instinctivement attiré vers le bien et repoussé par le mal. Le Prophète (r) a dit : « …les noms les plus véridiques sont Hârith (celui qui agit ndt.) et Hammâm (celui qui pense ndt.). »([4])

 

L’homme vacille constamment entre la pensée et l’action qui tend vers la recherche d’intérêt et la lutte contre toute forme de désagrément.

 

Ensuite, il est possible que ces espoirs soient mal fondés : soit il évalue mal son ambition qui n’est en définitive ni utile ni nuisible, soit les moyens qu’il utilise sont inefficaces en eux-mêmes. Ici, l’échec est dû à l’ignorance. Il peut mal agir en toute âme et conscience, mais mu par d’autres intérêts qu’il juge prépondérants. Ici, l’échec est dû à l’injustice, bien que sous un certain angle, il soit ignorant également, pour avoir mal géré son affaire.

 

Le savoir et la volonté sont à la base de toute action

 

Ainsi, la croyance (croire ou ne pas croire) et l’ambition (vouloir ou ne pas vouloir) sont propres à l’homme. Il est enclin naturellement vers le bien, mais il peut choisir le mal et compter ainsi parmi les perdants. Toute bonne croyance et toute bonne ambition viennent des insufflations de l’ange (en plus de son penchant naturel vers le bien) et toute mauvaise croyance et toute mauvaise ambition viennent des insufflations du diable.[5]

 

La foi qui repose sur six fondements donne nécessairement l’Islam qui repose sur cinq piliers et qui exprime la soumission au Tout-Puissant. Sauf empêchement, il est impossible de vouloir et d’aimer Son Seigneur sans que cela ne se concrétise à travers les bonnes œuvres, de la même manière que la volonté parfaite (irâda jâzima) doublée de la capacité devient inévitablement réalité. C’est une loi naturelle.

 

Par rapport à cela, il est impossible d’avoir une foi résolue sans exprimer l’attestation de foi. L’absence de cette attestation dénote l’absence d’une foi tamm. Nous nous rendons compte désormais de l’invraisemblance du crédo du Jahm et de ses adeptes qui imaginent une foi tout à fait utile dans l’au-delà sans fournir le moindre acte. C’est impossible, car une foi tamm donne forcément des fruits en fonction de ses capacités. Il est impossible d’aimer quelqu’un de façon résolue sans qu’on fasse le moindre geste pour entrer en contact avec lui ou le visiter, alors qu’on en a les moyens.[6]

 

Le tasdîq résolu (jâzim) laisse forcément des traces dans le cœur, sauf empêchement. Des traces comme la volonté résolue. Elle-même est forcément accompagnée, sauf empêchement, d’effets. En l’absence de tout empêchement, quand on ne met pas en pratique ses intentions, c’est qu’elles ne sont pas résolues.

 

Nous parlons toujours dans le cadre où aucun obstacle ne vient contrecarrer ce mécanisme. Nous disons donc que le tasdîq résolu est nécessairement accompagné des actes du cœur. Ces deux éléments, qui sont invariablement liés, transparaissent sur les actes dans les limites des capacités. Quand on ne fournit aucun acte du cœur, c’est la preuve que le tasdîq n’est pas résolu, et dans ce cas, on ne peut prétendre à la foi.

Or, même, avec un tasdîq résolu, les actes du cœur peuvent faire défection, ou, tout au moins, être sans conséquence en raison de leur déficience (tamm), à cause des passions, comme l’orgueil et la jalousie, qui leur font parasites.[7]

 

Ibn Taïmiya établit à ce sujet : « La foi contient une essence qui se trouve dans le cœur et qui impose deux choses : la croyance, la reconnaissance et la connaissance du cœur ; c’est ce qu’on appelle la parole du cœur, comme le décrit el Junaïd ibn Mohammed : « Le tawhîd incarne la parole du cœur et le tawakkul (placer toute sa confiance en Allah ndt.) l’acte du cœur. »

 

La parole et les actes du cœur sont indispensables, et, par voie de conséquence, la parole et les actes corporels. Des actes du cœur comme l’amour d’Allah et de Son Messager, la crainte révérencielle d’Allah, l’amour des choses aimées par Allah et Son Messager, et la haine de ce qu’ils détestent, la sincérité exclusive envers Allah l’Unique, tout comme le tawakkul, etc. Dans ce domaine entrent tous les actes du cœur imposés qu’Allah et Son Messager ont fait entrer dans la foi. Or, le cœur en est l’essence, ce qui veut dire qu’en décelant la connaissance et la volonté, cela doit nécessairement se traduire dans les actes, car, il est impossible que le corps se désiste de ce que le cœur lui réclame. »[8]

 

Un hadîth authentique nous apprend : « Il y a dans le corps un membre qui, quand il est sain, rend sain les autres membres, et, qui, quand il est corrompu, corrompt les autres membres ; il s’agit du cœur. »[9]

Abû Huraïra explique, pour sa part, que le cœur est le roi, et les autres membres ses soldats. Quand le cœur est bon, les membres suivent, et quand il est mauvais, ils suivent également.

 

Cette dernière parole est extraordinaire, mais elle n’est pas aussi éloquente que la précédente, celle du sceau des messagers. Il est possible, en effet, que les armées se rebellent contre un bon roi ; en tout cas, ils en ont le choix. Le contraire est aussi vrai. Soit, qu’une armée constituée de bons éléments soit fidèle à un mauvais roi. En définitive, il peut y avoir un bon roi avec une mauvaise armée et un mauvais roi avec une bonne armée. Or, dans l’exemple prophétique, le corps n’a aucune alternative et se soumet bon gré mal gré à la volonté du cœur, sans jamais n’en sortir.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

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[1] Ibrâhîm ; 24-25

[2] Voir pour ce long passage : Majmû’ el fatâwa (7/525-542).

[3] Rapporté par Tirmidhî (2991).

([4])Rapporté par Abû Dâwûd (4950), e-Nasâî (3565), selon Abû Wahb el Jushamî (t)

[5] Majmû’ el fatâwa (4/31-34).

[6] Majmû’ el fatâwa (7/553).

[7] Sharh el Asbahâniya (2/583).

[8] Majmû’ el fatâwa (7/186).

[9] Rapporté par el Bukhârî (52) et Muslim (1599).

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 16:53

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L’interaction entre le cœur et les actes

(Partie 1)

 

Au sujet de l’intercession prophétique dans l’autre monde : « Tout musulman qui entre en Enfer, en sortira un jour ou l’autre, selon notre tendance, « grâce » à son intercession, ou celle d’un autre, et, surtout, de La Miséricorde d’Allah Tout-Puissant. Il n’y restera dès lors plus personne ayant prononcé au moins une fois dans sa vie : lâ ilâh illâ Allah avec foi et sincérité exclusive, quand bien même, elle délaisserait après cela, les actes d’obligations. » [Voir : e-radd ‘alâ el mubtadi’a d’ibn el Bannâ el Hanbalî (471 h.).] 

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Voir : ârâ el murjiya fî musannafât Sheïkh el Islâm qui est une thèse ès Doctorat du D. ‘Abd Allah ibn Mohammed e-Sanad.

 

Introduction

 

En ayant connaissance de la relation entre l’intérieur et l’extérieur, on dissipe de nombreuses ambiguïtés qui ont malheureusement égaré les sectateurs de tout horizon dans le domaine de la foi.[1] Les murjites renient purement et simplement cette relation, et c’est ce qui les a fait sombrer dans l’erreur.[2] La foi est composée de la parole et des actes ; la parole du cœur et de la langue et les actes du cœur et des membres.[3] Les paroles et les actes du cœur représentent l’intérieur, et la parole et les actes des membres représentent l’extérieur.[4] Le cœur est l’essence (intérieur) de la foi et les membres (extérieur) ne font que suivre ses injonctions.[5]

 

Les paroles et les actes du cœur composent l’essence de la foi,[6] et sont donc indispensables.[7] Allah insuffla deux choses essentielles à la nature humaine :

1-       Le savoir et la reconnaissance du Seigneur avec le cœur ;

2-       Qui vont entrainer l’amour et la soumission envers Lui à travers Son adoration et la recherche de Son soutien.

 

 

Par nature, l’homme est attiré vers Dieu

 

Par nature, l’homme est attiré vers Dieu grâce au savoir et aux actes. C’est exactement l’Islam dont parle le hadîth : « Tout nouveau-né vient au monde à l’état de nature, mais ce sont ses parents qui le rendent Juif, chrétien ou mazdéen. C’est comme un animal qui met bas son petit, est-ce qu’il peut naitre mutilé de l’oreille ? »[8] Puis, Abû Huraïra (t) récita le Verset : [la nature qu’Allah a insufflée à l’homme].[9]

 

La connaissance et l’adoration du Créateur sont innées à l’homme et composent, comme nous l’avons vu, l’essence de la foi. Deux symptômes, qui entrainant la mécréance, corrompent la nature humaine : l’ignorance (au niveau du savoir) et l’injustice (au niveau des actes).[10]

 

La connaissance précède aux sentiments et à la volonté

 

Il existe un phénomène de cause à effet, entre la connaissance et l’amour d’une chose à aimer ; entre la connaissance et l’encensement d’une chose à encenser ; et la connaissance et la peur d’une chose à craindre. La reconnaissance (savoir + croyance) du Seigneur par Ses Noms et Attributs pousse, d’une part, à L’encenser et à Le craindre, et d’autre part, à vouloir Lui obéir et à arborer de Lui désobéir.

 

Une volonté parfaite entraine forcément une action, sauf en cas d’incapacité. Il suffit de réunir une volonté parfaite et la capacité pour obtenir une prière, et toute défection provient obligatoirement d’un manque de volonté, dans la situation où on n’a aucun problème de capacité.[11] Quand on est résolu à faire l’adultère, sauf empêchement, on va forcément dans ce sens ne serait-ce qu’avec un regard, un mouvement de tête ou du corps, une parole, un pas, etc.[12]

 

Nous comprenons mieux désormais le hadîth : « Deux musulmans qui s’affrontent à l’épée sont voués tous deux à l’Enfer : le tueur et la victime. »[13] La victime avait également l’intention de tuer son adversaire, mais la mort mit fin à son projet. Même chose pour celui qui rêve de faire telle ou telle chose s’il avait la richesse d’un tel.[14] Son ambition ne dépasse pas ses paroles, faute de pouvoir en faire plus. Nous pouvons en dire autant pour celui qui fait la propagande de ses idées égarées ; il endosse le péché de tous ceux qu’il a influencés et qu’il a égarés dans les limites de ses moyens.

 

Ainsi, le tasdîq et le savoir entrainent les actes du cœur et les sensations (la volonté en acte).

L’âme est animée par deux forces

 

-          La sensation et la conscience du bien et du mal (savoir + croyance)

-          Un sentiment d’attirance envers le bien (qui va stimuler l’amour et l’espoir) et de répulsion envers le mal (qui va stimuler la haine et la peur).

 

La sensation du bien provoque la jouissance et la joie, tandis que la sensation du mal provoque la douleur et la détresse. Le cœur est naturellement enclin à la reconnaissance et à la soumission de Dieu, mais des éléments extérieurs viennent le corrompre et lui faire renier ce sentiment naturel.

 

Il y a une relation de cause à effet entre la connaissance et l’amour du bien, de la même manière qu’il y a une relation de cause à effet entre la connaissance et la haine du mal. Or, deux facteurs font obstacle à ce mécanisme ; les passions intellectuelles qui pervertissent la connaissance de la vérité et les passions corporelles qui pervertissent la soumission à cette vérité.

 

L’essence de la foi est la somme du tasdîq et des actes du cœur. Un tasdîq non animé par l’amour et la crainte du divin est inutile. C’est exactement ce que les anciens reprochaient aux jahmites, car cela revient à accepter la foi de Pharaon, Satan et des Juifs.[15]

 

La jalousie et l’orgueil font obstacle à la connexion naturelle entre un cœur sain et Son Créateur qui, à l’absence de ces éléments perturbateurs, est la chose la plus aimée dans l’absolu. Le tasdîq et le savoir ne suffisent pas en eux-mêmes, quand le cœur est pollué. Seul un cœur sain est à même de concrétiser le monothéisme pur, la religion fidèle (hanîfiya) à Dieu, celle d’Ibrahim, Son Ami.

 

Ainsi, la force du savoir doit absolument être accompagnée d’une autre force naturelle, et qui est l’amour d’Allah. Ces deux forces se renforcent mutuellement ; le savoir renforce les actes et inversement. Plus on connait le Très-Haut, plus on L’aime, plus on L’évoque et plus on fait des efforts dans les œuvres et dans Sa connaissance à travers Ses Noms et Attributs. À l’inverse, quand on déteste une chose, on évite de l’évoquer en bien, et, à terme, on en arrive à l’oublier, ou, au meilleur des cas, à en avoir un souvenir très faible.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] Majmû’ el fatâwa (7/646).

[2] Majmû’ el fatâwa (7/646).

[3] Majmû’ el fatâwa (2/271).

[4] Majmû’ el fatâwa (7/672).

[5] Jâmî’ e-rasâil (1/243).

[6] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql d’ibn Taïmiya (3/173).

[7] Majmû’ el fatâwa (7/529).

[8] Rapporté par el Bukhârî (4755, 6599) et Muslim (2658), selon Abû Huraïra (t).

[9] Les Romains ; 30 ; voir : baïyân talbîs el jahmiya (2/480).

[10] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (3/137).

[11] Majmû’ el fatâwa (6/574).

[12] Jâmî’ el masâil (1/243).

[13] Rapporté par el Bukhârî (31) et Muslim (1680).

[14] Voir notamment : el Bukhârî (5026).

[15] Voir pour ce point : Majmû’ el fatâwa (7/307).

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 06:31

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Nouvelle approche du ‘udhr bi el jahl

(Partie 6)

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

Mais, restons pour le moment avec ‘Abd Allah, l’auteur des paroles : « Pour la réponse à la troisième question disant : celui qui commet un acte de mécréance sans intention, mais par ignorance, est-il excusable ou non, que ce soit au niveau des paroles, des actes, de la croyance ou en faisant du tawassul ?

Nous disons en réponse : si quelqu’un qui croit en Dieu et à Son Message commet du kufr, car ignorant des enseignements d’Allah et de Son Messager, que ce soit au niveau de la croyance, de la parole ou des actes, il n’est pas pour nous un mécréant ; et nous ne le taxons pas ainsi avant d’avoir appliqué contre lui la preuve céleste qui voue à la mécréance celui qui va à son encontre. Après l’iqâma el hujja, soit, après que les enseignements du Messager (r) lui soient parvenus, il devient mécréant en persistant dans son égarement… le Coran suffit en lui-même pour établir la hujja contre lui. Cependant, il  a besoin que les savants lui expliquent la chose, wa Allah (I)  a’lam ! »[1]

 

Le premier homme de la da’wa najdite répétait souvent dans ses assemblées qu’il ne condamnait personne à la mécréance avant l’iqâma el hujja. Il allait jusqu’à s’abstenir de se prononcer sur les adorateurs du mausolée el Kawwâz, étant donné que personne ne leur avait fait passer le message.[2] Ils sont considérés comme vivant dans une période de fatra (période où la lumière de la prophétie s’est estompée), ce qui en soi, leur offre une circonstance atténuante. Cependant, après la hujja ils n’ont plus d’excuse, même s’ils ne comprennent pas leur erreur.[3]

 

Sheïkh ‘Abd Allah Abû Batîn explique à ce sujet : « Prétendre que le Prophète (r) ou un autre peut sauver du châtiment d’Allah ou qu’il peut prendre Sa place est une forme de mécréance manifeste. Nous taxons tout fautif de mécréant après le lui avoir expliqué, s’il est ignorant. »[4] ‘Abd e-Latîf réfute l’accusation selon laquelle l’Imam sortait les gens de la religion sans faire de détails. Il explique qu’il ne se prononce même pas sur celui qui adore l’idole se trouvant sur la tombe d’Abd el Qâdir et celle d’el Badawî en raison de leur ignorance. Il ne diffère en rien de la voie du Prophète (r), sauf que son discours sera plus ou moins détaillé en fonction de la situation.[5]

Ailleurs, il met en lumière les véritables intentions d’ibn Taïmiya et d’ibn el Qaïyim sur la question : « Le discours des deux Sheïkh est suffisamment clair dans tous les passages en question. Ces derniers ne kaffar pas les auteurs de certaines paroles ou de certains actes, étant donné que la chose n’est pas facile à détecter pour ces gens-là, et qu’ils n’ont pas reçu la hujja. Ainsi, ils s’abstiennent de condamner certains fautifs au châtiment avant l’étape de l’iqâma el hujja. Ils parlent de questions bien précises et sur lesquelles il existe une divergence entre les savants de la communauté.

 

Quant à l’invocation et l’appel au secours des morts, en s’orientant vers eux lors des moments difficiles, tout le monde s’accorde à dire que c’est interdit et que cela relève de la grande association. Nous avons vu précédemment que le Sheïkh condamne à la peine de mort quiconque refuse de s’en repentir… »[6]

 

Le problème, c’est que Dâwûd ibn Jarsîs ne pénètre pas ces nuances. Il attribue à ibn Taïmiya et à son élève un discours erroné. Il s’imagine qu’ils ne condamnent pas ces pratiques païennes. Pire, il s’imagine que l’erreur dans ces domaines rapporte une récompense dans l’absolu à celui qui n’en a pas connaissance. Or, il incombe de distinguer entre l’acte auquel le Législateur donne le statut d’« association », de « mécréance » ou de « perversité »  et la personne. Le fait qu’une personne peut être excusable, cela ne rend en aucun cas son acte louable. Il y a une différence entre le statut d’un acte et le statut de son auteur.[7]

 

Conclusion

 

Ainsi, contrairement aux kharijites, aimmat e-da’wa prennent en considération l’iqâma el hujja avant de se prononcer sur un cas particulier ayant commis une annulation de l’Islam. Matériellement, la hujja consiste à transmettre les textes du Coran, de la sunna ou du consensus de façon à ce qu’ils soient bien appréhendés, aux yeux de la plupart des savants de aimmat e-da’wa. Pour la minorité d’entre eux, seule la présence du Coran est à même de faire l’affaire. Or, on peut très bien en avoir un exemplaire à la maison, sans pour autant être au courant de ses enseignements en détail.

 

Sheïkh e-Sa’dî nous enseigne que notre relation sera différentes avec les deux sortes d’individus suivants : les mécréants d’origine qui ne sont pas affiliés à l’Islam et les musulmans qui commettent une annulation de l’Islam. Concernant la première catégorie, aucune distinction n’est faite entre le savant et l’ignorant, dans le sens où tous les deux sont voués à l’Enfer éternel. Pour la deuxième catégorie, les textes du Coran et de la sunna expriment que les erreurs non intentionnelles commises tant dans les usûls que lesfurû’ constituent une circonstance atténuante avant de se prononcer sur un cas particulier.[8] Le shirk akbar ne fait pas exception à la règle. Voir l’article : El ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar. 

 

Ailleurs, il explique : « En un mot, en démentant (takdhîb) Allah ou en démentant Son Messager dans les enseignements qu’il rapporte, on devient mécréant ; ou bien, en n’adhérant pas (lam yaltazim) aux commandements d’Allah et de Son Messager. Toutes ces choses s’opposent à la foi conformément au Coran et à la sunna. Tous les discours des légistes expliquant en détail les formes d’annulations reconnues de l’Islam reviennent à cette cause. »[9] La cause en question, c’est le takdhîb ou ‘adam el iltizâm. Il veut dire que l’origine du kufr a lieu soit au niveau du qawl el qalb, comme chez les chrétiens et certains païens arabes soit au niveau de ‘amal el qalb comme pour Pharaon et les Juifs et de nombreux païens arabes qui connaissaient la vérité, mais qui s’étaient laissé aveugler par l’orgueil et l’obstination.

 

Nous avons vu que aimmat e-da’wa se sont abstenus de kaffar certains cas particuliers, qui pourtant, non seulement avait fait du shirk akbar, mais qui avaient composé des ouvrages vantant ses vertus ; ce qui en soi, est une circonstance aggravante. Ils ne les ont pas sortis de la religion, car toutes les conditions n’étaient pas réunies pour le faire. Ils ne se prononçaient pas également sur les musulmans morts, et ils se fiaient aux apparences dans leurs relations avec ceux qui se revendiquaient musulmans en leur donnant leur droit, sauf si certains éléments venaient confirmer le contraire. Il est vrai que certains de leur discours portent à confusion, mais gardons en même temps à l’esprit que le sujet est complexe, mais surtout dangereux, car lourd de conséquences. C’est la raison pour laquelle, le takfîr est, en gros, le domaine gardé des savants, car, ils sont à même d’évaluer tous les paramètres qui tournent autour, et d’en tenir compte dans leur jugement, wa Allah a’lam !

 

Allah est Celui à qui nous demandons notre aide et sur qui nous reposons notre confiance ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Maître Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Par : Karim Zentici

 

 

 



[1] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/247-248).

[2] Voir : kashf e-shubhataïn (p. 75-75), et e-dhiyâ e-shâriq (p. 371-372).

[3] Voir : ijmâ’ ahl e-sunna e-nabawiya (p. 160).

[4] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (2/3/130).

[5] Voir : mish e-zhalâm (p. 43).

[6] Voir : minhâj e-ta-sîs (p. 265).

[7] Idem.

[8] El irshâd ilâ ma’rifat el ahkâm (p. 556-558).

[9] El irshâd ilâ ma’rifa el ahkâm (p. 210).

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 07:49

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Nouvelle approche du ‘udhr bi el jahl

(Partie 5)

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân est l’un des savants de aimmat e-da’wa ayant consacrés une réfutation à ‘Uthmân ibn Mansûr, qui, malheureusement, reçut la mauvaise influence de Dâwûd ibn Jarjîs. Il nous enseigne qu’il n’est pas nécessaire pour l’iqâma el hujja qu’un cas particulier ait conscience d’aller à l’encontre de la vérité. Il suffit qu’il déchiffre les termes du message qu’on lui transmet, ou en d’autres termes qu’il connaisse les intentions de son interlocuteur. Beaucoup d’habitants de l’Enfer ne savaient pas sur terre en effet qu’ils suivaient un mauvais chemin. Ne pas savoir qu’on est en tort n’est absolument pas une restriction du takfîr. Il suffit de faire correctement passer le message à un cas particulier pour que la preuve céleste soit établie contre lui. Ainsi, après l’iqâma el hujja, on n’a plus l’excuse de persister dans l’erreur, qu’on en ait conscience ou non. Le jugement est sans appel ![1]

 

Les chrétiens et certains païens de la Péninsule arabique étaient attachés à des conceptions erronées qui les confortaient dans leur égarement. Leur cas est différent des Juifs, de Pharaon, de son peuple, et de nombreux païens arabes qui connaissaient la vérité, mais qui s’étaient laissé aveugler par l’orgueil et l’obstination. Le Coran ne fait pas de distinction entre ces deux catégories d’individus ; toutes sont vouées à l’Enfer éternel. Nous pouvons dire la même chose pour les adeptes de cette religion qui s’entêtent dans les ténèbres de l’ignorance, après avoir eu connaissance de la preuve céleste.[2]

 

Ce même ‘Abd e-Latîf cite le long passage d’ibn Taïmiya tiré de e-radd ‘alâ el bakrî ou de son autre titre el istighâtha, que l’adversaire reprend curieusement à son compte, bien qu’il fustige littéralement sa tendance. Passage que nous reproduisons ici en entier tant celui-ci rend compte des réelles intentions de son auteur. Ibn Taïmiya a dit : « Quant à ces ignorants, comparables aux païens et aux chrétiens, ils s’inspirent de hadîth faibles ou inventés, de citations de savants qui ne font pas autorités, ou qui leur sont mensongèrement imputées, ou tout simplement qui sont des erreurs de leur part…

 

Je ne connais personne ayant rapporté une annale d’un savant de référence autorisant d’invoquer une créature. Certes, certains dévots comme le poète Sheïkh Yahyâ e-Sarsarî[3] et Sheïkh Mohammed ibn e-Nu’mân,[4]auteur de kitâb el mustaghîth bi e-Nabî fî el yaqazha wa el manâm, en vantent les vertus dans leurs ouvrages.

 

Certes, ces gens-là sont des pieux et des religieux, mais ils n’ont aucun lien avec les savants qui sont à même de pénétrer les intentions du Législateur. C’est de ces derniers que l’on prend les enseignements de la religion, car experts en Loi (le licite et l’illicite). Quant à ces dévots, ils ne se basent sur aucune preuve textuelle ni même une parole d’un savant de référence. Leurs pratiques sont plutôt à mettre au compte de l’usage. Beaucoup de gens en effet ont pris l’habitude de se tourner vers leurs Sheïkhdans les moments difficiles pour lui solliciter son aide.

Je connais personnellement certains Sheïkhconnus pour leur ascétisme et leur piété, s’avancer solennellement vers la tombe d’Abd el Qâdir pour lui implorer le secours.

 

Cette pratique est courante chez beaucoup de gens. Lorsqu’on attira l’attention de certains émérites parmi eux, ils revinrent tout de suite à la raison et comprirent que leur pratique n’avait rien à voir avec l’Islam, mais qu’elle était plus comparable à l’adoration des idoles.

 

Il est connu de façon élémentaire que le Prophète (r) n’a jamais légiféré à sa communauté d’invoquer qui que ce soit parmi les morts : Prophètes, gens pieux, etc. ni à travers la formule d’el istighâtha (appel au secours) ou autre ni à travers la formule d’el isti’âna(appel au soutien) ou autre. Il n’a pas légiféré non plus à sa communauté de se prosterner pour un mort ou en sa direction, etc. Nous savons plutôt qu’il (r) a formellement interdit ce genre de pratiques qu’il a jugées comme relevant de l’association interdite par Allah et Son Messager.

Néanmoins, en raison de l’ignorance prépondérante, du nombre restreint de personnes initiées aux traces de la Prophétie parmi les dernières générations, nous ne pouvons pas condamner facilement les gens d’apostats pour ces raisons ; pas avant de les avoir mis au courant des enseignements du Messager stipulant la non-pertinence de leurs pratiques.C’est pourquoi, je n’ai jamais démontré ce point à des personnes imprégnées de l’Islam sans qu’elles ne se remettent en question en disant : c’est le principe même de la religion. Certains grands doyens expérimentés parmi nos amis disaient : c’est la plus grande chose que tu ais pu nous expliquer, car ils avaient pleine conscience que cela concernait le principe élémentaire de la religion. »[5]

 

‘Abd e-Latîf a fait plusieurs fois le commentaire de ce passage dans ses ouvrages. Il souligne que Sheïkh el Islam n’a pas kaffar certains de ses contemporains, qui pourtant étaient des savants, car à ses yeux, la preuve céleste n’avait pas été établie contre eux. Ce qui démontre que l’Islam était devenu étranger pour beaucoup de gens à son époque.[6] Il explique également que les plupart des savants accordent à ibn Taïmiya en gros que le Législateur ne tient pas rigueur des erreurs commises avant la transmission du message. Il va sans dire qu’après l’iqâma el hujja, il n’y a plus de contestation possible. Il existe même un consensus sur la question.[7] En revanche, il s’est abstenu de kaffar les ignorants parmi les adorateurs des tombes qui n’avaient pas été prévenus.[8] S’ils refusent de se repentir après avoir eu les preuves en main, ils sont coupables d’apostasie qu’il incombe de réprimer par les armes.[9]

 

Sulaïmân ibn Sahmân explique quant à lui, que Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb n’a rien inventé en faisant sortir de la religion ceux qui enfreignent le premier principe de l’Islam, l’unicité, à condition qu’ils aient reçu la hujja.[10] Il préconise notamment de ne pas affronter les gens avec des invectives du genre « hé mécréant ! ». La prédication réclame en effet d’être sage et de prodiguer le beau sermon, du moins pendant la phase où les musulmans sont faibles. Cependant, il ne faut pas en faire une constante. Dès qu’ils sont suffisamment forts, autour d’un État, et que la prédication s’est propagée, le comportement sera différent, comme en témoigne la biographie du Prophète (r) et de ses Compagnons.[11] Il n’est pas pertinent, selon lui, de taxer quelqu’un de kâfir ou de jahmî, avant l’iqâma el hujja.[12]

 

Il rapporte également un long passage de tarîq el hijrataïn dont nous avons parlé dans Éclaircissement, et qui pose la lumière sur les différentes formes de suivisme aveugle. Puis, il conclu avec une citation de son Sheïkh ‘Abd e-Lâtîf que voici : « … ibn el Qaïyim fait uniquement exception à ceux qui n’ont pas accès à la vérité, bien qu’ils la recherchent activement. C’est de ces derniers dont fait allusion les textes des grands spécialistes comme Sheïkh el Islam et son élève. »[13]

 

‘Abd Allah, le fils de l’Iman s’inspire également du texte d’ibn Taïmiya cité plus haut. Voici la teneur de ses paroles : « Faire des demandes au mort et l’appeler au secours pour résoudre ses problèmes relève de la grande association condamnée par Allah (I) et Son Messager. Tous les Livres célestes et les prédications prophétiques s’accorde à l’interdire, à kaffar tout coupable, à se désolidariser de lui, et à s’en faire un ennemi.

 

Cependant, les périodes où la lumière de la prophétie s’est estompée (fatarât) et où l’ignorance est répandue, il n’est pas permis de kaffarun cas particulier avant d’appliquer contre lui la preuve céleste, et de lui montrer la vérité. Qu’il sache qu’il a commis un acte relevant de la grande association condamnée par Allah et Son Messager. Ainsi, dès qu’il reçoit la hujja, qu’on lui récite les Versets coraniques et les hadîth prophétiques sur la question, il devient mécréant en s’entêtant à faire de l’association.

 

Son cas est donc différent de celui qui le fait par ignorance et qui n’a pas été prévenu. Nous disons pour l’ignorant que son acte est de la mécréance, mais nous ne le taxons pas de mécréant pour autant, pas avant de lui avoir transmis la hujja. Si, après l’iqâma el hujja, il persiste à faire du shirk, il devient alors mécréant, bien qu’il dise lâ ilâh illâ Allah Mohammed Rasûl Allah, qu’il fasse la prière, qu’il verse l’aumône et qu’il croit aux six piliers de la foi…

Quant au mort, qui faisait du shirk au cours de sa vie, nous remettons son sort à Allah (I). Il ne faut pas lui consacrer d’invocations ni prier pour lui le Pardon et la Miséricorde d’Allah. La raison, c’est que de nombreux savants avancent que le Coran suffit en lui-même pour établir la hujja, comme le confirme le Verset : [afin qu’il vous avertisse par son biais, et tous ceux qui le reçoivent].[14] Si quelqu’un se détourne du Coran après l’avoir reçu et qu’il ne se renseigne pas sur ses lois (obligations/interdictions), il mérite le châtiment. Allah (I) a dit : [à celui qui se détourne de Mon Rappel, Je lui infligerais une vie malheureuse].[15] Puis, il enchaîne : [Alors que tu avais reçu Mon Rappel ; ceux qui s’en détournent porteront leur péché, le Jour de la Résurrection • Ils y demeureront éternellement]. »[16]

 

Contre toute attente, la fin du passage ne va pas en faveur de l’adversaire, bien que, il est vrai, il reste ambigu. D’autres passages de ce même ‘Abd Allah sont tout aussi ambigus,[17] mais en aucun cas, ils ne viennent confirmer la théorie du ism et du hukm, ou du moins, pas de la façon dont la présente l’adversaire, comme nous allons le démontrer in shâ Allah, dans un prochain article, wa Allah a’lam !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

 

 

 



[1] Voir : mish e-zhalâm (p. 367-379).

[2] Idem. (p. 324-325).

[3] Poète soufi ultra hanbalite (m. 656 h.).

[4] Maitre soufi ultra malékite  (m. 656 h.).

[5] El istighâtha (2/731).

[6] Voir : e-durar e-saniya (1/417-418).

[7] ‘Abd e-Latîf rapporte le consensus dans e-durar e-saniya (1/467-468).

[8] Voir : mish e-zhalâm (p. 324-325).

[9] Voir : e-durar e-saniya (1/427).

[10] Voir : e-dhiyâ e-shâriq (p. 161-162).

[11] Voir : kashf e-shubhataïn (p. 28).

[12] Idem. (p. 33-34).

[13] Idem. (p. 85-90).

[14] Le bétail ; 19

[15] Ta-Hâ ; 124

[16] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/79-80).

[17] Voir : e-durar e-saniya (10/136-137) ; hamd ibn Nâsir a également des paroles de ce genre dans e-durar e-saniya (10/335-337).

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