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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 07:15

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Nouvelle approche du ‘udhr bi el jahl

(Partie 4)

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

 

Nous sommes toujours dans le 5ème point, concernant ceux qui s’abstiennent de se prononcer sur un cas particulier.

 

Dans cette même lettre, Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb va plus loin. Il dément en effet qu’il kaffar ibn el Fâridh et ibn ‘Arabî. Cela peut sembler étonnant si l’on sait que de nombreux savants avant lui assurent formellement le contraire. Le plus étonnant est le commentaire de Sheïkhel Fawzân. Qu’on en juge : « … Sheïkh ne kaffar pas son auteur (en parlant d’une de ses poésies sur le monisme ndt.), étant donné qu’il ne connait pas sa situation avant sa mort. Il ne sait pas s’il a reçu la hujjaou non. Il dit que son ouvrage renferme des paroles de kufr, mais il s’abstient de prononcer un jugement sur lui. Il est ainsi conforme à la tendance des traditionalistes, qui ne promettent personne au Paradis ni l’Enfer, sauf ceux dont le sort fut annoncé par le Messager d’Allah (r). » [1]

 

Puis, en parlant d’ibn ‘Arabî, il signe : « … le takfîr d’un cas particulier réclame de confirmer l’état de mécréance avant de se prononcer. En l’occurrence, il est possible qu’il se soit repenti avant de mourir… »[2] Sheïkh ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan a une autre explication sur la question,[3] mais l’essentiel, c’est de savoir que ce discours existe chez les savants, wa Allah a’lam !

 

Dans la série d’articles Citations sur le ‘udhr bi el jahl, nous avons ramené un certain nombre de citations de aimmat da’wa qui réclament l’iqâma el hujja avant de se prononcer sur un cas particulier. Nous ajoutons ici qu’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan dit que son aïeul ne kaffar personne avant l’iqâma el hujja.[4] Ailleurs, il explique qu’il s’abstient de kaffar avant celle-ci,[5] wa Allah a’lam !

 

Ceux qui pensent qu’il est indispensable de bien comprendre la hujja

 

• 6- SheïkhSulaïman ibn Sahmân rapporte les paroles suivantes d’ibn Jarsîs :« Il n’est pas simple de kaffar le musulman. Les savants, comme Sheïkh ibn Taïmiya et ibn el Qaïyim, sont unanimes à dire que l’ignorant et celui qui commet une erreur et appartenant à cette communauté, fait un acte qui, en principe doit le rendre mushrik ou kâfir, est excusable (ya’dhur bi el jahl wa el khata), jusqu’à ce qu’il ait connaissance de la preuve prophétique de façon claire et limpide et qu’il n’ait aucune confusion sur la question. » Puis, il explique : « Quant à taxer de kâfir un musulman, nous avons vu que les wahhabites ne kaffar pas les musulmans. Sheikh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb – qu’Allah lui fasse miséricorde – fait partie des gens qui prennent le plus de précautions avant de se prononcer sur le takfîr, à tel point qu’il n’est pas formel sur l’ignorant qui implore un autre qu’Allah parmi les occupants des tombes ou autres, s’il ne trouve personne pour le conseiller et pour lui faire parvenir la hujja par laquelle tous ceux qui s’y opposent deviennent mécréant. »[6]

 

‘Uthmân ibn Mansûr, un opposant à la da’wa najdite, accusait aimma da’wa de kaffar des savants comme el Baïdhâwî, Abû Su’ûd, el Qastalânî, etc. Sheïkh ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan s’est chargé de lui répondre à travers une réfutation dans laquelle il dit notamment : « On peut adhérer à l’Islam en apparence, et avoir des paroles contenant de l’association ou de l’innovation. Dans ce cas, il incombe de le signaler tout en se taisant sur leur l’auteur. Comme nous l’avons expliqué précédemment, nous ne connaissons pas sa situation avant de mourir. »[7] Cette citation pourrait tout autant aller dans le point précédent, mais là où nous voulons ne venir ici, c’est que l’auteur ne se prononce pas sur certains cas. Il s’agit pourtant de grands savants, mais il est possible qu’ils aient mal assimilé la chose ou qu’ils fussent motivés par une mauvaise interprétation des textes.

 

Ainsi, contrairement aux kharijites, aimmat e-da’wa considère que l’iqâma el hujja est une condition sine qua non dans les questions du takfîr. Ils imposent pour cela une compréhension minimum, soit d’avoir les outils suffisants (l’ouïe, comprendre la langue et le discours de l’interlocuteur, etc.) pour assimiler le message.

 

Deux types de compréhension

 

Mais, il faut distinguer entre deux types de compréhension : une compréhension qui pousse à agir et à se soumettre à la religion (fahm el hujja) et une compréhension qui est purement organique et qui consiste à comprendre les termes du message, sans forcément y adhérer (bulûgh el hujja). C’est la deuxième forme de compréhension qui est réclamée pour l’iqâma el hujja, non la première. C'est pourquoi l’ignorance qui est entretenue par un manque de volonté n’offre aucune circonstance atténuante, comme l’établit Abâ btîn.[8]

 

Dans un courrier, Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb reproche à certains de ses « partisans » de ne pas faire cette nuance. Il explique notamment que seulement trois catégories d’individus sont excusables.

 

1-       Le nouveau converti. 

2-      Le bédouin qui vit loin des villes.

3-      Et celui qui se trompe sur des questions subtiles de la religion, ex. : certaines formes de sorcellerie.[9]

 

Tous ont un point commun. Autrement dit, ils n’ont pas accès matériellement au savoir. C’est ce qui nous pousse à dire, comme nous l’avons vu dans Éclaircissement que la notion de subtilité est relative. Elle varie certes en fonction des sujets, mais aussi en fonction des époques, des endroits et des personnes.

 

Nous comprenons également des paroles de l’Imam que le manque de volonté n’est pas une excuse en soi. C’est pourquoi, en vivant en terre d’Islam, et en étant matériellement capable d’étudier les questions qui touchent à l’unicité, nul n’est censé les ignorer. C’est dans ce cas qu’on peut avancer que la présence du Coran exposant l’importance du monothéisme et condamnant l’association suffit à elle seule. En revanche, si, malgré tous ses efforts dans la recherche de la vérité, quelqu’un commet une annulation de l’Islam soit involontairement, soit par une mauvaise interprétation des textes ou soit par ignorance, il est excusable. Il n’est plus excusable, si, ayant reçu la vérité, il s’en détourne, soit par négligence soit par orgueil. Ainsi, ces deux sentiments, qui font obstacle à la réception du message, sont blâmables sous tous les points de vue.

 

De nombreux passages de ses ouvrages établissent ce principe. Un jour, on lui posa une question sur un hadîth qui annonçait le Paradis au musulman. On voulait savoir s’il concernait uniquement le musulman n’ayant aucun acte d’association à son passif. Voici quelle fut sa réponse : « … Quant au croyant qui commet de l’association sans s’en rendre compte, malgré tous les efforts qu’il entreprend pour être conforme aux enseignements d’Allah et de Son Messager, il est à espérer qu’il soit toujours concerné par la promesse dont fait mention le hadîth en question.

Plusieurs Compagnons commirent à leur époque ce genre de choses. Ils juraient par leurs pères et par la Ka’ba ; ils avaient des expressions du genre : « si Allah et si Mohammed le veulent ! » ou « désigne-nous un arbre où nous pourrons suspendre nos armes ! » Cependant, dès qu’ils se rendaient compte de leurs erreurs, ils revenaient dessus immédiatement. Ils ne cherchaient nullement à polémiquer ni à défendre aveuglément leurs coutumes et leurs ancêtres.

 

Quant à celui qui prétend adhérer à l’Islam, mais qui commet des actes d’associations abominables, et qui se détourne par orgueil des Versets qu’on lui récite, je dis qu’il n’est pas musulman… »[10]

 

En parlant des mauvais savants, il explique ailleurs, « Pire, pour eux, les bawâdî, qui n’ont pas un poil d’appartenance à l’Islam, sous le simple prétexte qu’ils disent lâ ilâh ilâ Allah, sont musulmans. L’Islam aurait rendu sacré leur sang et leurs biens, alors que selon leurs propres aveux, ils l’ont tout délaissé. Ces savants savent très bien que ces bédouins renient la Résurrection et qu’ils se moquent de ceux qui la reconnaissent.

Ces bédouins se moquent de la religion et préfèrent celle de leurs ancêtres à celle du Prophète (r). Cela n’empêche pas à ces démons rebelles et ignorants d’avancer que ces bédouins ont bel et bien embrassé l’Islam, quoi qu’ils aient pu faire. L’important, c’est qu’ils disent lâ ilâh ilâ Allah. À les entendre, les Juifs seraient musulmans, car eux aussi le disent tout autant. Par ailleurs, leur état de mécréance est bien plus grave que celui des Juifs. J’entends par là, les bédouins qui répondent au signalement que nous avons donné. »[11]

 

Ailleurs, il explique que ces bédouins refusaient de se soumettre à la vraie religion par obstination (‘inâd) et moquerie. Ils s’acharnaient à suivre leur Tâghût aux dépens de la Loi d’Allah,[12] ce qui en soi est inexcusable. Ainsi, le discours ne sera pas le même en fonction des cas. Malheureusement, beaucoup ne perçoivent pas ces nuances ; c’est ce qui les fait sombrer dans la contradiction, la confusion, et surtout de fausses implications. ‘Abd Allah, le fils de l’Imam met en garde contre les fausses implications. Il explique qu’en condamnant le shirk, cela ne voue pas forcément la grande majorité de musulmans à l’apostasie, surtout ceux qui sont déjà morts.

À ses yeux, il n’est pas décent d’entrer dans les affaires de ceux qui ont quitté ce monde. Le discours véhément de aimmat da’wa s’adresse plutôt contre certains de leurs contemporains parmi les tribus de la Péninsule qui se sont opposées à leur prédication, la plupart du temps, par orgueil et obstination. Dans des cas plus rares, celles qui prenaient simplement la défense des tribus rebelles étaient tout autant passées au fil de l’épée. L’erreur est humaine, les Compagnons eux-mêmes n’y ont pas échappé. Il est difficile de se faire une idée précise sur tout le monde, surtout ceux des générations passées. Il est plus sage parfois, faute d’avoir suffisamment d’éléments en mains, de s’abstenir de donner un jugement. D’autant plus, qu’il est matériellement difficile, pour ne pas dire impossible, de distinguer entre ceux à qui on peut réellement donner des circonstances atténuantes et les autres. Gardons à l’esprit que aimmat da’wa n’ont pas kaffar les savants plus anciens, comme ibn Hajar el Haïthamî, qui avaient pourtant des erreurs dans la croyance (‘aqida).[13]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Voir : Sharh risâla el Imâm el mujaddid (p. 193).

[2] Idem. (p. 193-194).

[3] Voir son opinion sur ibn ‘Arabî dans fath el Bârî (p. 107).

[4] Voir : kashf e-shubhataïn (p. 83).

[5] Voir : manhâj e-ta-sîs (p. 194).

[6] Dhiyâ e-Shâriq (p. 371-372).

[7] El matlab el hamîd (p. 71).

[8] E-durar e-saniya (10/391).

[9] Idem. (10/93-95)

[10] Voir : fatâwâ wa masâil comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (2/3/21-22).

[11] Voir : sitta mawâdhi’ min e-sîra.

[12] Voir : e-rasâil wa e-shakhsiât comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (3/2/116).

[13] E-durar e-saniya (1/334-336).

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Publié par mizab - dans Takfir
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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 09:16

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Nouvelle approche du ‘udhr bi el jahl

(Partie 3)

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

La différence entre avoir reçu la preuve céleste et l’avoir comprise

 

• 2- Pour mieux comprendre le sujet du takfîr, il incombe de distinguer entre avoir reçu la hujja et l’avoir comprise. Il ne s’agit pas de la comprendre aussi précisément que les croyants ni de s’y soumettre pleinement. La présence du message prophétique suffit en elle-même, à condition d’avoir les outils pour l’assimiler (être majeure, sain d’esprit, connaitre la langue en question ou bien passer par un traducteur). Les six piliers du dogme n’offrent aucune circonstance atténuante à celui qui n’y donne pas foi. Les adeptes des autres confessions ne sont pas considérés musulmans, bien que beaucoup d’entre eux soient ignorants. La plupart des Juifs et des chrétiens aujourd’hui sont des suiveurs. Pourtant, ils ne sont pas excusables. Il est inadmissible d’en douter, au risque de se vouer soi-même à la mécréance.

 

Par ailleurs, les textes scripturaires de l’Islam n’acceptent aucun scepticisme, qui est une forme d’ignorance, dans les questions touchant aux fondements de la foi. Ne serait-ce que de douter de la pertinence de la Résurrection est une annulation de l’Islam à l’unanimité des savants. Il n’est pas pertinent pour prendre la défense de cette catégorie d’individus de mettre en avant qu’ils ne comprennent pas le message céleste. Le Coran lui-même ne leur accorde pas cette excuse.[1] Pour plus de détails, voir : Les wahhabites taxent-ils de mécréants les ignorants musulmans sans faire de détail ?

 

Or, ce constat ne va nullement à l’encontre du principe imposant un savoir minimum pour l’iqâma el hujja. La preuve, c’est que aimmat e-da’wa établissent que le rôle d’établir la preuve céleste contre les hommes revient aux savants et aux prédicateurs. Sinon, ils n’auraient aucune utilité. La présence du Coran dans les maisons ne suffit pas en soi.[2] ‘Alî ibn Abî Talib a dit : « La terre ne sera jamais dépourvue d’individus qui établissent la preuve céleste, pour ne donner aucune excuse aux hommes. »[3] Selon un hadîth : « Il y aura toujours une partie de ma communauté maintenue sur la vérité… »[4] Le Prophète (r) prédit également : « Allah ne reprend pas le savoir en l’enlevant de la poitrine des hommes, mais Il le reprend en faisant mourir les savants. Et lorsqu’il n’y aura plus de savants, les hommes se tourneront vers les chefs de file des ignorants qui émettront des opinions sans aucune science ; égarés, ils égareront les autres. »[5]

 

« Les savants sont comme les étoiles dans le ciel qui permettent de guider les hommes sur terre et sur mer dans les ténèbres de la nuit. Quand les étoiles disparaissent, ceux qui cherchent leur chemin vont droit à l’égarement.»[6] 

 

Ibn Sahmân est l’auteur des paroles : « Je pense wa Allah a’lam, que seule la personne compétente est à même de faire l’iqâma el hujja, et que celui qui n’en est pas capable, comme l’ignorant, qui ne connait pas les règles de la religion et qui ne connait pas les paroles des savants dites sur le sujet, ne peut l’établir. »[7]

 

La bonne conception des textes est relative, elle varie d’une personne à une autre, bien que les textes en eux-mêmes soient clairs. Le rôle des savants est justement de rendre leur compréhension accessible aux gens simples.

 

La divergence règne entre savants traditionalistes sur la façon dont se matérialise l’iqâmat el hujjadans la pratique

 

• 3- Certains savants de aimmat e-da’waont signalé dans leurs ouvrages qu’il existe une divergence sur la façon dont se matérialise la hujja. La divergence porte sur un point subsidiaire, non dogmatique. Tous reconnaissent l’iqâmat el hujja en tant que principe, mais chacun à des points de vue différents dans sa mise en pratique et dans son application sur des cas particuliers. Sheïkhibn Bâz ramène les deux opinions sur le sujet, comme nous l’avons dans Taxer d’apostasie un cas particulier. Voir également : Kashf e-shubuhât. C’est la raison pour laquelle il ne convient pas de taxer les partisans traditionalistes de la partie adverse d’innovateurs ni d’apostats. Ce point est d’une extrême importance ; il remet en question à lui tout seul toutes les tendances ultras (ghulât).

 

La présence du Coran est-il suffisante pour l’iqâmat el hujja ?

 

• 4- Certains passages d’aimmat e-da-walaissent à penser que la présence des textes (Coran et sunna) est suffisante pour établir la hujjacontre les hommes. Nous avons développé ce sujet dans Les wahhabites taxent-ils de mécréants les ignorants musulmans sans faire de détail ? Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân est peut-être celui qui défend avec le plus de vigueur cette tendance. Néanmoins, certains éléments nous mènent à relativiser son discours, en plus de ceux que nous avons évoqués dans l’article cité plus haut.

-           Lui-même établit que la référence se confine dans le Coran, la sunna, et le consensus et que la parole d’un savant ne peut faire autorité.

-          Ce dernier rapporte des paroles de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhab sur l’iqâma el hujja contre les adorateurs des tombes dans son propre livre où il ne voit pas le ‘udhr bi el jahl.[8] Or, comme nous l’avons vu, cela ne peut se faire que par l’intermédiaire des savants, ou à défaut d’en avoir, des personnes compétentes.

-          Il établit également qu’il règne un consensus d’aimmat e-da-wasur la question à laquelle il adhère.[9] Or, nous avons vu que d’autres savants du Najdréclament un savoir minimum.

-          C’est ce qui nous pousse à conclure qu’il parle d’un contexte bien précis, et qui est celui de son époque dans les territoires où l’influence de la da’wade son aïeul battait à son plein, contrairement à ses débuts. C’est ce qui peut notamment expliquer la confusion au premier abord que fait régner les textes du premier homme de la da’wa najditelorsqu’on les confronte entre eux. Il est possible qu’ils relatent en réalité deux phases différentes de sa prédication ; soit avant et après qu’il ait établi les preuves célestes contre ces contemporains qui eurent accès à son message, bien qu’on peut les interpréter autrement wa Allah a’lam !

-          Une citation d’Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân vient conforter cette hypothèse. Celle-ci concorde exactement avec la conclusion que nous avons apportée dans l’article Éclaircissement. Voici ce qu’elle dit en parlant du fameux passage de tarîq el hijrataïn : « … ibn el Qaïyim fait uniquement exception à ceux qui n’ont pas accès à la vérité, bien qu’ils la recherchent activement. C’est de ces derniers dont fait allusion les textes des grands spécialistes comme Sheïkh el Islam et son élève. »[10] Il s’attaque ainsi au cœur des revendications d’ibn Jarsîs prétendant, en s’appuyant sur des textes de ces deux Imams, que tous les ignorants sans détail sont excusables. Ainsi, comme nous l’expliquions, l’ignorance n’est pas une excuse en elle-même, mais l’incapacité d’avoir accès à la vérité, à condition, bien sûr, de la rechercher.

D’autres savants, comme ibn Bâz et Mohammed ibn Ibrahim,[11]rejoignent Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân sur sa conception de la hujja. Une fatwâ de la lajna dâima va dans ce sens.[12] Notons qu’ibn Bâz parle de ceux qui se détournent de la vérité. En cela, il rejoint notre hypothèse sur ce point, wa Allah a’lam !

 

Ceux qui s’abstiennent de se prononcer sur un cas particulier

 

• 5- Certains passages d’aimmat e-da’walaissent à penser qu’ils ne se prononcent pas sur certains cas particuliers. Sheïkh  ‘Abd el Muhsin el ‘Abbâd impute cette tendance à ibn Taïmiya et ibn ‘Abd el Wahhâb.[13] Le dernier cité est l’auteur des paroles : « Quant à celui qui commet [l’association] par ignorance, mais qui n’a personne sous la main pour le conseiller et qui n’étudient pas la religion révélée par Allah à Son Messager, enclin qu’il est à ses pulsions et à la vie terrestre, je ne peux rien dire sur son sort. »[14] Il fait allusion à une catégorie précise d’individus qui n’ont pas accès à la vérité, tout en l’ayant recherchée, comme nous l’avons évoqué, wa Allah a’lam !

 

Dans sa lettre aux habitants de Qasîm, ibn ‘Abd el Wahhâb se plaint des accusations diffamatoires d’un certain Sulaïmân ibn Sahîm. Ce dernier prétend notamment que l’Imam interdit de visiter la tombe de ses propres parents. En commentaire à ce passage, Sheïkhel Fawzân explique : « Cette accusation est fondée sur l’idée selon laquelle le Sheïkh kaffar les générations avant lui. Il dirait aux gens de ne pas visiter leurs parents, car non musulmans. C’est un pur mensonge ; le Sheïkhne connait pas leur sort ni leur situation avant de mourir. En principe, on doit se faire une bonne opinion des musulmans morts… »[15]

 

Une autre accusation disait que le Sheïkh kaffarel Bûsaïrî, l’auteur de la Burda, qui renferme des paroles très graves. Voyons ce qu’en penseSheïkh el Fawzân : « Il s’agit de la question de sortir de l’Islam un cas particulier (takfîr el mu’ayin). Le Sheïkhne voyait pas le takfîr el mu’ayin. El Bûsaïrî a dit des paroles de kufr… mais il possible qu’il n’ait pas reçu la hujja ou qu’il ait fait une erreur d’interprétation. On doit donc s’abstenir de se prononcer sur lui avant l’iqâma el hujja. En outre, on ne connait pas sa situation juste avant de mourir. »[16] Cette explication peut ne pas convaincre, mais l’essentiel est de savoir ici qu’el Fawzân adhère au principe d’iqâma el hujjadans l’absolu. D’ailleurs, ‘Abd Allah et Husaïn, les deux fils de l’Imam, ont des paroles qui vont dans ce sens.[17]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

 

 

 



[1] Voir : kashf e-shubhataïn d’ibn Sahmân (p. 91-93).

[2] Voir : mish e-zhalâm d’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 123-124).

[3] Rapporté par Abû Na’îm dans el huliya (1/80).

[4] Rapporté par Muslim (1920).

[5] Rapporté par el Bukhârî (100) et Muslim (2673), selon ‘Abd Allah ibn ‘Amr ibn el ‘Âs.

[6] Hadîth rapporté par Ahmed (12600), selon Anas (t).

[7] Manhâj el haqq wa el ittibâ’ d’ibn Sahmân (p. 85).

[8] Voir : hukm takfîr el mu’ayin Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 18)

[9] Idem. (p. 20)

[10] ‘aqîda el muwahhidîn wa e-radd ‘alâ e-dhullâl el mubtadi’în (p. 164).

[11] Voir respectivement : majmû’ fatâwâ wa maqâlât mutanawwi’a (4/26-27 et 7-136-140), et fatâwâ wa rasâil Mohammed ibn Ibrahim Âl e-Sheïkh (1/246).

[12] Fatâwâ e-lajna e-dâima (1/764-766).

[13] Voir : Taxer d’apostasie un cas particulier.

[14] Voir : fatâwâ wa masâil comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (2/3/21-22).

[15] Voir : Sharh risâla el Imâm el mujaddid (p. 192-193).

[16] Idem. (p. 187-188).

[17] Voir : majmû’a e-rasâil wa el masâil (1/47).

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 07:28

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Nouvelle approche du ‘udhr bi el jahl

(Partie 2)

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

Les différentes catégories d’individus

 

Pour mieux cerner la divergence, il incombe de mettre en lumière un certain nombre de points.

 

Premièrement : selon l’opinion la plus répandue des traditionalistes, celui qui n’a jamais entendu parler de la législation mohammadienne, et qui en d’autres termes n’a pas reçu la preuve céleste est excusable indépendamment de savoir dans quelle époque et à quel endroit il se trouve. Dès lors, la religion à laquelle il adhère sur terre (juive, chrétienne, païenne) aura une influence sur la relation que nous aurons avec lui.

 

Quant à son statut dans l’au-delà, il est le même qu’ahl el fatra (l’intervalle entre deux périodes prophétiques). Selon la tendance la plus vraisemblable, cette catégorie d’individus sera éprouvée le Jour de la résurrection ; celui qui passera cette épreuve gagnera le Paradis et celui qui échouera sera jeté en Enfer. Allah (I) révèle à ce sujet : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[1]

 

Deuxièmement : il existe plusieurs catégories de mécréants et païens ayant reçu le message prophétique et la preuve céleste, mais qui ensuite n’ont pas embrassé l’Islam :

 

1-       Ceux qui ont renié le message par orgueil.

2-       Ceux qui ne porte pas attention à cette religion et qui s’en détournent.

3-      Ceux qui suivent aveuglément (taqlid) leurs ancêtres, et qui, pour préserver leur rang et leur richesse, ont renoncé à la foi.

 

Il va sans dire que ces trois catégories d’individus ne sont pas musulmans (Juifs, chrétiens, idolâtres, etc.), mais des mécréants d’origine (kuffar asliyun). Ce constat est l’un des principes élémentaires de la religion musulmane.

 

Troisièmement : un adepte de l’Islam qui commet de la grande association délibérément et en tout âme et conscience. Ce cas est le même que les précédents.

 

Quatrièmement : ici se situe la divergence. Autrement dit, est-ce qu’un adepte de l’Islam qui commet une annulation de la religion par erreur (khata), interprétation (ta-wil) ou par ignorance est un mécréant ou devient un apostat ? Ou bien faut-il attendre avant de le condamner qu’il comprenne la preuve céleste ?

 

Les anciens et les grandes références traditionalistes établissent que l’iqâma el hujja est une condition requise avant de se prononcer sur un cas particulier. Il n’existe pas de divergences sur le principe en lui-même, comme nous l’avons vu dans Éclaircissement. Cependant, certains textes des savants de aimmat e-da’wa (les imams de la da’wa najidte) laissent à penser le contraire. Le problème, c’est qu’il faut distinguer dans leur discours entre le statut absolu (hukm el mutlaq) d’un acte et son application sur un cas particulier (hukm el mu’ayin) qui varie en fonction des contextes.

 

Par exemple, Sheikh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhab et ses élèves condamnent certains de leurs opposants à la mécréance ou à l’association, étant donné qu’ils se sont chargés eux-mêmes d’établir la preuve céleste contre eux.

 

Pour mieux comprendre, il serait intéressant de présenter la chose comme suit :

 

La différence entre le statut absolu et le statut particulier

 

• 1- Il faut distinguer entre le cas général et le cas particulier dans les questions du takfîr. Les anciens, mais aussi aimmat e-da’wa considèrent que l’iqâma el hujja est indispensable avant de se prononcer sur un cas particulier. Néanmoins, il est possible de trouver des divergences entre eux sur certains cas de figure. Certains pensent que le Coran suffit pour établir la preuve céleste contre un tel en particulier. D’autres voient que la sunna fait l’affaire. Selon certains autres, seule la combinaison des deux (Coran et sunna) peut servir de hujja pour ce cas précis. Ils peuvent estimer également qu’un tel n’ait pas reçu la hujja pour plusieurs raisons ; il peut ne pas comprendre la Langue arabe, ne pas avoir eu accès à la sunna, ou il peut être excusable pour ces deux raisons à la fois.

 

En réalité, ces différences de points de vue ne sont pas considérées comme une divergence, étant donné que tous s’accordent à dire que l’acte en lui-même relève de la mécréance. Les traditionalistes disent qu’en règle générale tel acte est du kufr. Puis, dans la pratique, on peut estimer que les conditions sont réunies pour sortir de la religion un tel, en sachant qu’aucune restriction possible ne vient l’empêcher. Mais, on peut estimer aussi qu’il manque certaines conditions pour pouvoir le juger, ou bien qu’une restriction fait obstacle au jugement, etc.

 

Sheïkh Hamd ibn ‘Atîq explique à ce sujet : « Quiconque reçoit la prédication mohammadienne à laquelle nous appelons, et qu’il s’y soumet ensuite, il est un musulman promis au Paradis indépendamment de l’époque ou de l’endroit où il se trouve ; soit en vouant le culte exclusif à Allah sans Lui vouer d’associer et en adhérant aux lois de l’Islam. Cependant, certains sont comparables aux païens de l’ère préislamique ; ils n’ont aucune connaissance de l’unicité pour laquelle Mohammed fut envoyé aux hommes ; ni de l’association qu’il a combattue par les armes. Dans ce cas, on ne peut parler de musulmans en raison de leur ignorance. Quiconque commet l’association en apparence est considéré comme un mécréant en apparence. Ainsi, on ne demande pas le pardon en sa faveur et on ne fait pas l’aumône pour lui. Nous remettons son sort à Allah qui connait le fond des poitrines.

 

Au même moment, nous ne disons pas qu’il est un mécréant, étant donné que nous faisons une distinction entre les cas. Nous ne condamnons pas un cas particulier à la mécréance, car nous ne sommes pas à même de sonder les cœurs. Nous remettons donc son sort à Allah…

 

Les étudiants en science doivent bien comprendre cette distinction. Nous condamnons à la mécréance celui qui adhère à une autre religion que l’Islam, mais nous ne disons pas qu’un tel ira au feu. Nous maudissons les injustes, mais nous ne maudissons pas un tel en particulier. »[2]

 

Ainsi, il établit qu’en règle générale la grande association ou la grande mécréance fait sortir de la religion. Puis, il explique que nous remettons à Allah le sort d’un cas particulier, sans lui appliquer le takfîr. Gardons à l’esprit que les points de vue des savants divergent pour un même individu. Au moment où certains pensent qu’il est mécréant, d’autres ne sont pas aussi formels, compte tenu des éléments qu’ils ont en mains les abstenant de se prononcer.

 

Ainsi, il est faux de dire que, contrairement aux ultras, les savants de aimmat e-da’wa ne tiennent pas compte de l’erreur qui peut être de différentes natures, à condition qu’elle ne soit pas motivée par un sentiment d’obstination. Leur exemple est celui des Compagnons qui n’ont pas kaffar Qudâma ibn Mazh’ûn ayant moralement autorisé à boire du vin, mais qui fut motivé par un effort d’interprétation.[3]

 

Sheïkh el ‘Uthaïmîn met en lumière ces notions comme nous l’avons vu dans kashf e-shubuhât. Voir également : Les wahhabites taxent-ils de mécréants les ignorants musulmans sans faire de détail ?

 

Il est vrai que certains discours d’aimmat e-da’wa laissent à penser qu’ils ne tiennent pas compte d’iqâmat el hujja.[4] Pour mieux les comprendre, il convient de les replacer dans leur contexte historique. Leurs adversaires leur contestaient en effet le takfîr dans l’absolu pour certaines pratiques païennes répandues chez leurs contemporains. D’ailleurs, il suffit de lire leurs passages en entier pour s’apercevoir qu’à leurs yeux, ces points sont tellement élémentaires qu’il est inadmissible de ne pas les comprendre. Cela ne veut pas dire qu’ils négligent le principe d’iqâmat el hujja avant de se prononcer sur un cas particulier.

 

La fatwa varie donc en fonction des questions, des personnes et des époques. Par exemple, un adversaire du nom d’ibn Mansûr disait que les pratiques païennes en vogue à son époque rapportaient une récompense étant donné que leurs auteurs étaient motivés par un effort d’interprétation. Il refusait qu’on les qualifie de pratiques faisant sortir de la religion. C’est alors que les plumes acerbes de la vérité s’acharnèrent contre lui en vue de prouver que ces actes relevaient de la mécréance et que leur auteur n’était pas considéré musulman une fois que la preuve céleste était établie contre lui.

 

Ainsi, le discours des savants n’est pas à prendre au pied de la lettre. C’est en réunissant tous les éléments possibles que nous pourrons tirer des conclusions justes. C’est le propre d’une instigation objective et digne de ce nom. La tâche est d’autant plus ardue qu’il donne l’impression de manquer de cohérence d’un passage à un autre. La raison, c’est qu’en fonction des circonstances, un savant peut avoir un discours vague dans un ouvrage. Mais, ailleurs, il fournira beaucoup plus d’indications posant ainsi la lumière sur ses vraies intentions. L’analyse réclame de réunir ces deux passages et de comprendre le premier à la lumière du second. En outre, il est très dangereux de chercher à les appliquer à un autre contexte ayant des caractéristiques différentes.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[2] E-durar e-saniya (11/75-76) ; voir également : majmû’a e-rasâil wa el masâil (1/589).

[3] Voir : kashf el awhâm wa el iltibâs d’ibn Sahmân (p. 70-71).

[4] Voir : hukm takfîr el mu’ayin Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 9).

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 08:32

magnifique-paysage1

 

Nouvelle approche du ‘udhr bi el jahl

(Partie 1)

 

 

Louange à Allah, nous Le louons, nous implorons Son aide et Son pardon. Nous cherchons refuge auprès d’Allah contre les maux de nos âmes et les méfaits de nos actions. Celui qu’Allah guide, nul ne peut l’égarer et celui qu’Il égare nul ne peut le guider.  J’atteste qu’il n’y a d’autre divinité (digne d’être adoré) en dehors d’Allah, Seul et sans associé, et j’atteste que Mohammed est Son serviteur et Son Messager. 

 

(Ô croyants ! Craignez Allah comme il se doit, et restez musulmans jusqu'à la mort)[1] ; (Ô vous les hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créé d'un seul être, et à partir duquel Il a créé son épouse. Il a répandu d'eux une multitude d'hommes et de femmes ; craignez Allah, celui par qui vous vous interpellez, et par le lien de sang, certes Allah vous observe)[2] ; (Ô croyants ! Craignez Allah, et prononcez des paroles pertinentes, Il raffermira vos œuvres et vous pardonnera vos fautes. Celui qui obéit à Allah et à son Messager acquerra alors un succès immense).[3]

 

Amma ba’dh ! La meilleure Parole est celle d’Allah et la meilleure des voies est celle de Son Prophète. Les pires des choses sont les inventions ; chaque invention est innovation, chaque innovation est égarement, et chaque égarement mène en enfer !

 

Thumma amma ba’dh !

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

Introduction

 

À la question récurrente, pourquoi accorder une excuse à l’ignorant qui commet du shirk akbar sans l’accorder aux kharijites ? Ces derniers, comme le souligne ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, autorisent moralement (istihlâl) à verser le sang des musulmans,[4] ce qui en soi est une annulation de l’Islam ! Nous laissons le soin à l’Imam Abâ btîn de dissiper l’équivoque que peut susciter la chose, l’auteur des paroles : « … un certain nombre de savants affirment explicitement qu’en le faisant (sortir les savants de l’Islam ndt.) par une erreur d’interprétation (ta-wîl), on ne devient pas mécréant. »[5] Ainsi, la plupart des légistes accordent l’excuse de l’ignorance aux kharijites, étant donné qu’ils ne les sortent pas de l’Islam !

 

Quoi qu’il en soit, la plupart des kharijites ne tiennent pas compte des critères du takfîr, et plus particulièrement d’iqâma el hujja (établir la preuve céleste contre un cas particulier). À leurs yeux, il suffit qu’un cas particulier commette une annulation de l’Islam pour devenir apostat. Les najdâd partagent la religion en deux catégories :

1-      La connaissance d’Allah et de Son Messager, le caractère sacré du sang et des biens des musulmans, et la reconnaissance globale des enseignements de l’Islam. Dans ces domaines, l’excuse de l’ignorance n’est pas accordée.

2-      Les autres domaines de l’Islam pour lesquels l’ignorance est prise en considération dans l’iqâma el hujja.

 

En d’autres termes, ils n’accordent pas l’excuse de l’ignorance pour les questions sur lesquelles règne un consensus.[6] Mohammed ibn Yûsuf Itfîsh de la secte ibâdhite a un discours qui va dans ce sens, sauf qu’il émet une nuance : « … Certains de notre tendance accordent l’excuse de l’ignorance pour les domaines qui ne touchent pas au tawhîd (l’unicité) »[7]  Ainsi, le shirk (association) n’offre aucune excuse de l’ignorance selon leur tendance. Certains mouvements contemporains, influencés par la pensée kharijites, reprennent le flambeau de la secte.

 

El jawâb el mufîd fî hukm jâhil e-tawhîdqui est l’un des ouvrages de prédilection de la mouvance e-takfîr wa el hijra en est le meilleur témoin. On y trouve la répartition suivante : la religion se divise en deux parties :

1-      Une partie fondamentale(asl) qui touche au tawhîd, et au grand fondement de l’Islam (asl el islâm) ; il est constant et ne varie pas d’un prophète à un autre.

2-      Une partie subsidiaire(far’) qui représente les différentes législations des prophètes. Celles-ci varient en fonction des peuples et des époques.

 

L’excuse de l’ignorance est accordée avant l’iqâma el hujja pour les erreurs qui touchent à cette dernière partie. En revanche, personne n’est excusable pour celles qui touchent au premier fondement, peu importe qu’on soit ignorant ou non. Autrement dit, l’iqâma el hujja contre un cas particulier n’intervient pas dans ce domaine. Il est imposé à tous les musulmans d’avoir le même niveau de connaissance pour les points qui touchent à ce domaine, car la vérité dans ses détails est vulgarisée et est disponible à tout le monde. C’est la raison pour laquelle, les musulmans contemporains sont sortis de la religion, étant donné que leur croyance, prétendent-ils, est corrompue.[8]

 

Les traditionalistes et l’iqâma el hujja

 

Quant aux traditionalistes, qui sont les plus cléments, mais aussi les plus savants des hommes ne vouent personne à l’apostasie, sans tenir comptes d’iqâma el hujja ; soit, des conditions à remplir et des restrictions à exclure avant de se prononcer sur un cas particulier. L’un des principes traditionalistes veut que la réception du message divin soit une condition rendant un homme responsable de ses actes devant Dieu.

 

Néanmoins, il existe une divergence entre les traditionalistes dans la façon dont cela se matérialise dans la pratique. Les savants de aimmat da’wa eux-mêmes n’ont pas une position uniforme sur la question. Mohammed Rashîd Ridâ explique à ce sujet : « La preuve céleste n’est pas établie contre celui qui ne comprend pas la prédication… Cette question fut l’objet d’une divergence entre les grands savants contemporains du Najd lors d’une assemblée de l’Imam ‘Abd el ‘Azîz ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Faïsal Âl Sa’ûd à La Mecque. l’argument le plus fort fut en faveur du Sheïkh ‘Abd Allah ibn Bulaïhid disant qu’il était essentiel de comprendre la preuve céleste afin qu’elle soit établie ; sa présence en elle-même ne suffisait pas si elle n’était pas comprise. Pour appuyer ses dires, ce dernier s’inspira d’un passage d’ibn el Qaïyim – qu’Allah lui fasse miséricorde – qui était clair sur la question. Il parvint ainsi à convaincre les autres membres de l’assemblée. »[9]

 

Plus loin, il donne plus de détail : « Cette restriction de la part du Sheïkh (en parlant de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb ndt.) qui impose ici une compréhension minimum dissipe la confusion qui s’impose à l’esprit en lisant d’autres passages de ses œuvres. En s’en tenant à ces derniers passages, certains savants du Najd soutiennent que la présence du Coran est suffisante pour établir la hujja contre les hommes, quand bien même ils ne comprendraient pas son message. Cette conception illogique s’oppose au Verset disant : [Celui qui s’écarte du Messager, après avoir distingué la bonne voie].[10]  Elle ne va pas non plus dans le sens des thèses soutenues par les grands spécialistes et disant qu’il est nécessaire de faire comprendre le prêche prophétique (da’wa) avec ses arguments, avant d’établir la hujja »[11]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici



[1] La famille de ‘Imrân ; 102

[2] Les femmes ; 1

[3] Les coalisés ; 70-71

[4] E-durar e-saniya (11/447).

[5] E-durar e-saniya (10/360).

[6] Voir : el farq baïna el firaq d’el Baghdâdî (p. 97).

[7] El jâmi’ e-saghîr (p. 29-30).

[8] Voir : shubuhât e-takfîr du D. ‘Omar Quraïshî (p. 29).

[9] majmû’ e-rasâil e-najdiya (5/514-519).

[10]Les femmes ; 115

[11] majmû’ e-rasâil e-najdiya (5/638).

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 16:35

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E-durar e-saniya

(Partie 3)

 

 

L’opinion de l’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân :

 

Ce dernier explique qu’il n’est pas dans l’usage des traditionalistes de s’aventurer dans le takfîr sans fondement. Cette démarche est plutôt propre aux égarés et aux innovateurs. Elle trahit un manque de piété de la part de leur auteur qui vacille entre l’ignorance et l’injustice pour reprendre les termes d’ibn Taïmiya. L’ignorant fonce tête baissé sans tenir compte de paramètres établis par les savants et puisés dans les textes…[1]

 

Il explique ailleurs dans une lettre qui s’adresse à des ignorants qui prenaient les questions du takfîr à la légère, qu’il avait déjà reproché dans le passé à deux téméraires de leur genre que Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb, qui tenait compte – rappelons-le – d’iqâma el hujja (d’établir la preuve céleste contre un fautif ndt.) n’avait aucun lien avec cette façon d’agir. ‘Abd e-Latîf reprochait à ces deux téméraires de taxer d’apostats leur gouverneur et certains savants contemporains (donc bien avant ibn Bâz). Ensuite, en revenant aux individus concernés par sa lettre, il ne leur cache pas qu’on lui a fait part de certaines de leurs opinions touchant au walâ wa el barâ, au hukm bi ghaïr ma inzala Allah, etc. Puis, il leur affiche son mécontentement en leur expliquant que ces questions, qui réclament une grande compréhension, relèvent uniquement de la compétence des savants. Ces téméraires n’ont pas les outils suffisants pour s’y initier et vont ainsi droit à l’erreur. Il est donc interdit à des ignorants de leur genre d’entrer dans des questions aussi grandes ![2]

 

Démonstration :

 

Restons avec ‘Abd e-Latîf, et prenons un exemple pour mieux se représenter la chose dans la pratique, en tâchant, surtout, de garder à l’esprit les points que nous venons d’évoquer. Voila, certains néo-takfiri utilisent certaines des paroles de Hamd ibn ‘Atîq pour kaffar la province du hijâz (qui longe le littoral de la mer rouge), où se trouvent… les Lieux-Saints de l’Islam. Je n’ai pas la prétention ici de parler de la pertinence de cette opinion en regard des textes, mais j’aimerais juste souligner une petite chose. Avant tout, j’aimerais rappeler, comme l’évoque Sheïkh ‘Abd Allah ibn ‘Abd el ‘Azîz el ‘Anqarî l’un des savants des… durar e-saniya qu’il faut replacer le discours d’ibn ‘Atîq dans leur contexte historique.

 

Juste que, dans sa condamnation sévère, et pour appuyer ses propos, Abd e-Latîf rapporte les paroles d’ibn ‘Abd el Wahhâb qui démentent ce qui lui fut mensongèrement imputé à ce sujet. il défit notamment de fournir la moindre preuve dans les œuvres de l’Imam allant dans ce sens, et de prouver qu’il excluait de la religion tous les musulmans, ou leur grande majorité, sous prétexte qu’ils ne le suivaient pas.[3]

 

Comme le dit l’Imam lui-même, c’est une chose qui ne viendrait même pas à l’esprit d’un non musulman, voire d’un fou, avant même de traverser celui d’un adepte de l’Islam digne de ce nom et qui sait ce qu’il dit. L’Imam était un traditionaliste, alors comment aurait-il pu, questionne Abd e-Latîf, kaffar les Lieux-Saints, à la manière de certains contemporains non-traditionalistes ? Il va sans dire qu’on ne peut accuser l’Iman de manquer de zèle et d’être un savant du taghût, contrairement à ce qui sera dit, bien des années plus tard, sur ibn Bâz. L’auteur de la lettre souligne enfin que l’Imam donne plus ou moins de détails dans son discours en fonction de ce que réclame la situation… et qu’il ne faut pas toujours prendre, comme nous l’avons développé plus haut ses paroles au premier degré…

 

Certes, ce passage est extrait de mish e-zhalâm (p. 42), mais il se trouve aussi et surtout dans le premier volume des… je vous laisse deviner la suite.

 

Wa Allah a’lam !

 

Par : Karim Zentici 

  

 

 

 



[1] Voir : E-durar e-saniya (10/423-425), et pour les paroles d’ibn Taïmiya manhâj e-sunna (5/89-125).

[2] Voir : E-durar e-saniya (1/478-479).

[3] Nous avons déjà évoqué le passage en question dans les citations sur le ‘udhr bi el jahl, et qui est extrait d’e-durar e-saniya (1/72).

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 18:11

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E-durar e-saniya

(Partie 2)

 

 

Les savants des durar e-saniyareprochaient à certains ignorants de leur époque de rompre l’allégeance qui les liait à leurs autorités :

 

Ils avaient conscience, tout comme Sheïkh ibn Bâz, que les autorités n’étaient pas parfaites, mais qu’en même temps, l’anarchie n’apportait rien de bien ; et que pour l’intérêt supérieur des musulmans, il fallait maintenir la société unie autour de son chef suprême. Ce n’est pas que les savants cirent les bottes des émirs, mais ils sont, contrairement aux innovateurs, animés par leur attachement fidèle aux textes scripturaires de l’Islam, qui s’incarnent dans le Coran, la sunna, et le consensus. Il faut donc rester lucide, et ne pas se laisser envahir par les sentiments.[1] Dans une lettre destinée aux ikhwân, Sa’d ibn Hamd ibn ‘Atîq se plaint de certains ignorants imbus de leurs idées. Il faisait remarquer bien avant ibn Bâz, qu’il était intolérable de jeter la suspicion sur les personnes des savants, en les accusant de ne pas remplir leur devoir et de cacher la vérité.[2]

 

Les savants des durar e-saniyareprochaient à certains ignorants de leur époque de mal utiliser les paroles des imams de la da’wa najdiya :

 

Sheïkh ‘Abd Allah ibn ‘Abd el ‘Azîz el ‘Anqarî présumait que ces gens-là avaient dû s’inspirer du livre e-dalâil de Sheïkh Sulaïmân ibn ‘Abd Allah âl e-Sheïkh et de sabîl e-najât de Hamd ibn ‘Atîq, déjà… il explique notamment qu’il faut replacer les choses dans leur contexte et que Sheïkh Sulaïmân composa son ouvrage à l’occasion de l’invasion turc du territoire du Najd. Ces armées étaient venues avec de très mauvaises intentions contre la da’wa salafiya, et avaient même une cinquième colonne auprès des bédouins, mais aussi des citadins du coin. Nous pouvons en dire autant pour le deuxième auteur. Il incombe donc pour comprendre les intentions d’un auteur de replacer ses paroles dans leur contexte historique.

 

La question de la muwâlât notamment est très claire. Il s’agit d’afficher de l’affection aux infidèles pour leur religion et de les aider contre leurs frères pour les mêmes ambitions. Ce qui n’est pas le cas du chef d’État qui est soumis à des accords internationaux avec les nations non-musulmanes. Il en va même de l’intérêt supérieur de la nation. D’ailleurs, ces mêmes Sheïkh – ni d’ailleurs ‘Abd e-Lâtif – n’ont jamais dit qu’on devient apostat sur le simple fait de vivre au milieu d’eux. Cependant, poursuit Sheïkh ‘Abd Allah, ils émettent la condition que le fautif soit considéré aux yeux des païens comme l’un des leurs, sauf s’il le fait dans l’intention de préserver sa vie, non par amour de leur religion. Le simple fait de vivre chez des non-musulmans est un péché certes, mais qui n’atteint pas le degré d’apostasie. Ce même Sheïkh ‘Abd Allah leur reproche ainsi de se fier à leur propre compréhension sans revenir aux savants.[3]

 

Les savants des durar e-saniyacondamnèrent la tentative d’insurrection qui fut menée à leur époque par des ignorants contre le Roi ‘Abd el ‘Azîz :

 

Une lettre de contestation fut signée par les personnalités suivantes :

-           Sa’d ibn Hamd ibn ‘Atîq,

-           Sulaïmân ibn Sahmân,

-          Sâlih ibn ‘Abd el ‘Azîz,

-          ‘Abd el ‘Azîz ibn ‘Abd e-Lâtîf,

-          ‘Omar ibn ‘Abd e-Lâtîf,

-          ‘Abd e-Rahmân ibn ‘Abd e-Lâtîf,

-          et Mohammed ibn Ibrahim.

 

Ils leur reprochaient d’avoir menacé le Roi par courrier, sous le couvert de la morale, en s’éloignant ainsi de la voie des anciens. Ils se sont purement et simplement désolidarisés de ces derniers, comme ibn bâz a pu le faire avec certains symboles contemporains. Ils ne furent motivés en cela, ni par la crainte de personne ni par l’appât du gain, contrairement aux idées reçues… La seule chose où on peut leur en vouloir, c’est d’être des salafis et de se conformer scrupuleusement et rigoureusement à la tradition prophétique. Ils ont au moins le mérite d’être en harmonie avec leurs idées. Ils condamnaient ainsi toute forme d’insurrection, même s’ils étaient partisans du bon conseil prodigué dans les normes.[4]

 

Les savants des durar e-saniyase sont désolidarisés des kharjites de leur époque :

 

Dans cette même lettre, ils s’adressent aux mutins qui prétendent être dictés par la voie de leurs Sheïkh. Le problème, c’est que les savants de Najd ne connaissaient pas ses fameux Sheïkh, à tel point qu’ils doutaient de leur origine et de leurs intentions. En tout cas, les imams de la da’wa ne se cachent certainement pas derrière ce zèle effréné qui trahit que ces mutins sont plus guidés par leurs passions que par ces Sheïkh en question. Ils ne concertaient jamais les savants sur leurs projets et confectionnaient leurs propres fatwas entre eux (tient, tiens, nous avons déjà vu cela quelque part !).

 

Innocents de leurs agissements, les signataires de la lettre accusatrice suggèrent à ces mutins de se remettre en question et de se repentir devant le Seigneur, ce qui nous faisons également en prodiguant le pieux et le modeste conseil à nos « amis » de Belgique, mais aussi de France et de Navarre d’abandonner ce chemin périlleux pour les deux mondes, dans lequel ils se sont aventurés !

 

Les signataires n’omettent pas de rappeler solennellement qu’ils appellent à l’union autour de l’Imam du pays, et que toute opinion qu’on leur impute allant dans un autre sens n’est qu’une vulgaire calomnie ![5]

 

Les savants des durar e-saniyacondamnaient de prendre à la légère les questions du takfîr, qui, complexes, sont réservées aux savants :

 

Commençons par Abâ Battîn qui représente un symbole aux yeux des takfiris contemporains. Ce dernier recommande de :

-          ne pas s’initier dans les questions du takfîr sans avoir les outils en main pour le faire.

-          De ne pas sortir ou de faire entrer quelqu’un dans l’Islam selon ses propres appréciations, car c’est un domaine où seuls les textes font autorités.

-          D’éviter, et ce point est d’une extrême importance, de se prononcer sur des questions où la divergence règne entre les savants. c’est un domaine où il faut être prudent, sauf s’il existe un texte explicite sur la question.

 

Malheureusement, selon Abâ Battîn, Satan est parvenu à faire glisser bon nombre de gens dans ce domaine, qui est des plus délicats. Entre faire du takfîr à outrance et interdire le takfîr à outrance il a l’embarras du choix. Le plus étonnant, pour reprendre les termes d’Abâ Battîn, c’est que si on interrogeait les uns et les autres sur une simple question qui touche aux ablutions, ils seraient incapables de répondre, et, paniqués, ils s’appuieraient aussitôt sur les savants. En revanche, quant il s’agit des questions aussi graves que le takfîr, ils font étrangement preuve d’assurance et d’autonomie.[6]

 

Ibn Sahmân, quant à lui, approuve le Sheïkh Abâ Battîn. [7] En outre, en réponse à une lettre, il constate notamment, que la plupart des religieux qui s’initient dans ce domaine, sont de simples gens n’ayant pas le moindre semblant de science ni la moindre expérience pouvant les épargner du péril. Souvent, ils n’ont jamais feuilleté les analyses des grandes références sur la question qui n’omettent pas de rappeler dans leur discours, que seuls les grands érudits sont à même de s’y engager.[8]

 

   À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Voir : E-durar e-saniya (7/282) pour la 2ème édition et (9/104) pour la 5ème édition.

[2] Voir : E-durar e-saniya (7/302) pour la 2ème édition et (9/139) pour la 5ème édition.

[3] Voir : E-durar e-saniya (7/309) pour la 2ème édition et (9/157) pour la 5ème édition.

[4] Voir : e-durar e-saniya (7/321) pour la 2ème édition et (9/183) pour la 5ème édition.

[5] Idem.

[6] Ibn Sahmân cite ce passage dans manhâj el haqq wa el ittibâ’ (p. 77), mais il se trouve également dans… e-durar e-saniya (10/374-375).

[7] Voir : manhâj el haqq wa el ittibâ’ (p. 80).

[8] Voir : e-durar e-saniya (10/374-375).

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 15:28

magnifique montagne

 

 

E-durar e-saniya

(Partie 1)

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,

et tous ses Compagnons !

 

Personne ne peut imposer aux gens d’adhérer aux idées d’une personne, par l’intermédiaire desquelles se désigneraient les alliés et les ennemis en dehors du Prophète (r). Personne n’a le droit non plus d’imposer un discours qui ferait la part entre les alliés et les ennemis en dehors des Paroles d’Allah, celles de Son Messager, et celles qui font l’unanimité de la nation. Cette particularité est plutôt propre aux innovateurs, ceux qui se désignent une personne ou des paroles qui auraient pour fonction de trancher ou de diviser entre les membres de la communauté. Leurs alliés seraient ceux qui adhèrent à cette personne ou à ce discours, et en fonction de cela seraient désignés les ennemis. Majmû’ el fatâwâ (2O/164).

 

 

Long est le chemin qui mène des ténèbres à la lumière, long est le chemin du savoir et de la vérité… rien de mieux pour y parvenir, que de s’armer (après la piété) d’endurance et d’abnégation… mais force est de constater que certains jeunes, en manque de reconnaissance pour les plus téméraires, brûlent les étapes, et empruntent des raccourcis : il suffit parfois de se distinguer des autres pour se faire remarquer… il faut reconnaitre que le procédé était facile et bien trouvé… bien que plus court est le chemin, plus tôt est la chute !

 

E-durar e-saniya, qui est une compilation des écrits des savants de la da’wa najdiya, était tout désigné pour assouvir ces sombres ambitions. Peu connu du grand public, il convenait idéalement pour assujettir et tourner les esprits vers soi. Le plus drôle, c’est que pour des gens qui taxent d’apostats les États musulmans pour avoir, à leurs yeux, tourner le dos au Coran infaillible, ils s’inspirent d’une œuvre qui n’est que la somme de travaux humains, avec tous les aléas que cela implique. Les premiers kharijites avaient au moins la décence de prendre le Livre Sacré des musulmans, comme « La » référence. Ils n’en furent d’ailleurs pas moins égarés, car le Coran lui-même : [en égare beaucoup].[1]

 

Là où ils se rejoignent avec leurs héritiers, c’est que tous autant qu’ils sont, ils ont recours à des textes ambigus, dans le but de semer la confusion dans les rangs, ce qui démontre, comme le souligne ibn Taïmiya,[2] qu’ils sont plus animés par les passions, que par la recherche de la vérité : [Quant à ceux qui ont les cœurs égarés, ils s’attachent aux Versets ambigus en vue de semer la discorde et de les interpréter à leur façon ; mais personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur].[3] Les savants érudits ont donc la particularité de confronter les textes ambigus aux textes formels, soit de les utiliser dans leur globalité, non de prendre seulement ceux qui les arrangent.

 

Ces savants qui dérangent sont d’ailleurs souvent la cible de ces jeunes ignorants aux idées les plus rebelles. Ibn Taïmiya souligne à ce sujet : « L’une des pratiques les plus ignobles, c’est de voir les ignorants taxer les savants musulmans d’apostats. Une telle pratique vient à l’origine des kharijites et des rafidhitesqui condamnaient les responsables musulmans d’apostats. »[4] Ce n’est pas étonnant que l’Imam ibn Bâz n’ait pas échappé à leur vindicte, bien que ce soit plutôt une bonne nouvelle, car, comme le souligne ibn Abî Hâtim : « Les signes distinctifs d’ahl el bida’ (les innovateurs ndt.), c’est de dire du mal d’ahl el athar (les traditionalistes ndt.). »[5]

 

Ces jeunes insensés ne se contentent pas d’avoir une approche incohérente des textes qu’ils utilisent, mais qui plus est, ils en pénètrent mal le sens. C’est pourquoi, ces propres textes se retournent souvent contre eux. Dans el jawâb e-sahîh, ibn Taïmiya brosse le profil psychologique des chrétiens qui n’ont rien à envier à ses derniers dans leur relation avec les  Écritures, wa Allah el musta’ân !

 

Les savants des durar e-saniyafaisaient allégeance à l’émir de leurs époques respectives : 

 

Ainsi, nos « amis » veulent nous faire croire, que contrairement à Sheïkh ibn Bâz, les savants des durar e-saniya, ne craignaient, en dehors d’Allah, rien ni personne. C’est une technique classique des kharjites anarchistes, qui se désolidarisent des savants de leur époque, pour faire ensuite dans la nostalgie. Mais, ce qu’ils ne savent pas ou qu’ils font semblant de ne pas savoir – c’est selon –, c’est que les savants des durar étaient confrontés aux mêmes symptômes que l’ancien grand mufti d’Arabie Saoudite. Cela ne les a pas empêché de faire abstraction aux revendications dissidentes et de maintenir le pacte d’allégeance qui les liait à leurs rois successifs. Sans omettre de souligner qu’ils étaient plus à même de faire part des erreurs aux autorités compétentes et de faire leur devoir de morale sans craindre le blâme de personne,[6] à la manière de l’aveugle érudit. Sulaïmân ibn Sahmân lui-même fait des éloges pour le moins déconcertantes pour un non-averti au père du Roi actuel (d’autres que vous verras en lui qu’il est à la botte du sultan), dans une lettre que recensent… e-durar e-saniya.[7]

 

Les savants des durar e-saniyacondamnaient les kharijites qui s’étaient insurgés contre le Roi ‘Abd el ‘Azîz :

 

Or, malgré l’approbation populaire dont jouissaient certains membres des ikhwâns man tâ’ allah,[8] les savants des durar firent front à ses derniers. Ils affichaient pourtant un grand zèle pour le tawhîd (l’unicité), l’amour en Dieu (el walâ wa el barâ), et la morale publique (el amr bi el ma’rûf). En faisant ainsi leur devoir, ces fameux savants déclenchèrent la colère du peuple, un peu comme ibn Bâz en son temps. Notons que les insurgés étaient certes des religieux, mais ils n’étaient pas pour autant des savants. Cette ardeur mal placée qui avait mué leur action, et qui avait gagné la faveur populaire n’intercédait nullement en leur faveur.

 

L’histoire se répète ! Un peu comme aujourd’hui en effet, ils accusaient les porteurs du savoir d’être les serviteurs du palais. Ils furent ainsi les premières victimes de leur mauvaise opinion des héritiers des prophètes, car, ayant coupé les liens avec eux, ils se privaient ainsi d’enrichir leur culture religieuse. C’est pourquoi, c’était un domaine où, très pauvres, ils étaient très mal à l’aise. Il ne leur restait plus qu’à se tourner, vers des ignorants – décidemment, c’est une manie – qui les entrainèrent droit dans un cul de sac.[9]

 

Les savants des durar e-saniyareprochaient à certains de leurs contemporains de puiser la science uniquement dans les livres :

 

Certains de leurs contemporains en effet se contentaient de prendre les paroles des grandes références au premier degré. Ils ne prenaient nullement la peine de les exposer à leurs savants qui auraient pu les orienter, se suffisant ainsi à leur propre compréhension. Ils s’inspiraient de majmû’ e-tawhîd (que les jours se ressemblent !) et des paroles du savant un tel. Le fait est qu’ils ne pénétraient nullement ses réelles intentions, ce qui les plongeait encore plus loin dans l’obscurité de l’égarement. Ils avaient ainsi hérité des méthodes des kharijites, à la différence où les kharijites cherchaient au moins, certes à tort, à comprendre le Coran tous seuls (ou en d’autres termes ils ne se fiaient pas à la compréhension des anciens), bien qu’ils n’y soient pas arrivés. En cela, ils sont moins condamnables que ceux qui cherchent leur voie dans les écrits des hommes, sans avoir les outils suffisants leur permettant de les décrypter. Il va sans dire, que cela relève de la compétence des experts en la matière.

 

Pour Mohammed ibn ‘Abd e-Latîf, à vouloir se passer des savants sous prétextes d’avoir majmû’ e-tawhîd sous la main, c’est foncer droit sur un mur. Sinon, le Prophète (r) n’aurait jamais dit que le savoir se dissipera avec la mort des savants, et qu’ensuite, les hommes auront pour références les plus grands égarés…[10]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici 

      

 

 

 

     



[1] La vache ; 26

[2] Voir notamment : El Jawâb e-Sahîh li man baddala din el Masîh (2/710) et majmû’ el fatâwa (3/62-63).

[3] La famille d’Imrân ; 7

[4] Majmû’ el fatâwa (35/100).

[5] Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna d’e-Lâlakâî (1/179). Quand bien même ibn Bâz se serait trompé sur certains de ses opinions, la bonne marche à suivre consiste à montrer les erreurs sans forcément condamner d’apostat leur auteur. 

[6] Voir : E-durar e-saniya (7/282) pour la 2ème édition et (9/104) pour la 5ème édition.

[7] E-durar e-saniya (14/540).

[8] Heureusement pas tous, comme ne témoigne e-durar e-saniya (9/199) de la 5ème édition.

[9] Voir : E-durar e-saniya (7/294-298) pour la 2ème édition et (9/127-135) pour la 5ème édition. Sheïkh ‘Omar ibn Mohammed ibn Sulaïm fait ce même constat [Voir : (7/313) pour la 2ème édition et (9/166) pour la 5ème édition.

[10] Idem.

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 16:20

lamecque  

 

L’auteur des grands péchés dans la pensée murjite

(Partie 2)

 

L’auteur des grands péchés chez les jahmites 

 

Ces derniers ne dérogent pas à l’opinion des murjites, comme nous venons de le voir. Pour eux, l’auteur d’un grand péché jouit d’une foi parfaite et pleine.[1] Ils se basent sur le principe selon lequel la foi est synonyme du tasdîq et de la croyance catégorique (i’tiqâd jâzim), et non soumise aux variations ; en d’autres termes, elle ne peut descendre, en tout cas, pas en elle-même, mais du point de vue des obligations religieuses (sharâi’ el islâm).[2] Ainsi, le désobéissant musulman n’est pas un apostat, selon leur conception.[3] Leur problème, qui est celui de tous les dissidents au traditionalisme toute tendance confondue, c’est qu’à leurs yeux, la foi est un et indivisible.

 

Les kharijites et mu’tazilites sont en désaccord avec ahl e-sunna au niveau du nom et du statut du désobéissant, comme nous l’avons vu, tandis que les jahmites et les murjites se distinguent avec eux au niveau du nom, non du statut. Ils conçoivent qu’il soit à la fois louable et condamnable, mais sans que sa foi puisse baisser.[4]

 

Ainsi, les premiers auxquels il faut ajouter les karrâmites sont plus proches de la vérité au niveau du nom que les seconds, qui, inversement, sont plus proches de la vérité au niveau du statut, ce qui est moins grave. Dire que les désobéissants sont voués à l’Enfer éternel est la pire opinion qui soit sur ce point. Néanmoins, dire qu’ils bénéficient d’une foi pleine est la pire opinion qui soit sur ce point, car allant à l’encontre de la religion, de la raison, et de la Langue.[5]

 

Les murjites ultra

 

Or, nombreux sont les jahmites et les murjites qui ne se prononcent pas sur son cas. Ils ne sont pas formels que la menace divine atteigne ceux qui en sont concernés. Une partie des murjites shiites et des ash’arites, à l’image d’Abû Bakr el Baqallânî, les rejoignent sur ce crédo.[6] Connus sous le nom de wâqifa, les sectateurs en questions convergent avec les jahmites ultra et leur instigateur éponyme Jahm ibn Safwân.[7]

 

Notons enfin que le Législateur fait les éloges de la somme de la foi et des actes, et jamais d’une foi sans actes. Si tout le monde est d’accord pour dire que la menace divine plane sur la déficience ou l’abandon des actes, après cela, toute divergence est purement formelle et sans intérêt dans la pratique, même si au même moment il incombe de rester fidèle au vocabulaire des textes scripturaires de l’Islam qu’incarnent le Coran et la sunna.

 

Selon Sheïkh el islam, certains hérésiographes attribuent aux murjites le crédo selon lequel il n’est pas imposé de faire les obligations et de s’éloigner des interdictions.[8] Le Législateur aurait certes mis en place des Lois, mais sans nous demander de nous y soumettre. Il explique que la tendance disant que délaisser les actes (tark el ‘amal) ne porte pas préjudice à la foi relève explicitement du kufr. Néanmoins, à sa connaissance, cette parole n’est affiliée à personne en particulier. Il est possible qu’elle provienne des ultras qui interdisent formellement l’entrée en Enfer à tout monothéiste. Il est possible également qu’elle fasse allusion à l’adage que les pervers et les hypocrites mettent en avant pour se justifier et disant que les péchés aussi graves soient-ils ne portent pas préjudice à la foi ou à l’attestation de foi. Avec le temps, certains spécialistes l’auraient, dans leurs réfutations, attribués aux murjites.[9]

 

Même l’allégation des ultras selon laquelle aucun monothéiste n’entrera en Enfer n’est pas à mettre sur le compte de quelqu’un en particulier, quoiqu’on l’impute, peut-être à tort, à Muqâtil ibn Sulaïmân.[10]

 

Notons également que certains monistes panthéistes, libres penseurs, philosophes musulmans, Qarmates et tinites ésotéristes remettent en question la menace divine dans l’au-delà.[11] Ainsi, et ce point est d’une importance cruciale, quand ibn Taïmiya parle de murjites ultra ou des ghulât, il fait allusion à deux catégories de sectateurs :

-           Aux wâqifa qui ne sont pas formels sur l’application de la menace divine dans l’au-delà.

-          Et aux jahmites qui l’interdisent formellement.

 

Or, nous avons vu que les jahmites traditionnels accordent une foi parfaite à l’auteur des grands péchés et qu’avec eux, la divergence porte plus sur la forme que sur le fond, car, au même titre que les murjiya el fuqaha, ils le voient sortir de l’Enfer sans n’y éterniser.

 

Remarque

 

De grands hérésiographes, comme Abû el Hasan el Ash’arî impute à une secte jahmite sans la nommer l’opinion suivante : les péchés aussi graves soient-ils ne portent pas préjudice à la foi et aucun adepte de l’Islam n’entrera en Enfer.[12] Shihristânî, pour sa part, donne un nom à une tendance murjite qui y ressemble et qui n’est autre que les Yûnasiya.[13]

 

Néanmoins, la plupart des ouvrages hérésiographes occultent ce point, mais certains auteurs, après l’époque de Shihristânî en font état, bien qu’il soit possible qu’ils lui auraient purement et simplement emprunté. De la même façon que les auteurs qui imputent une croyance de ce genre à el ‘Ubaïdiya l’auraient copié à Shihristânî, le premier à l’avoir évoqué.[14]

De grands spécialistes en ‘aqîda comme ibn ‘Abd el ‘Izz,[15] et ibn Battâ avant lui,[16] confirme cette tendance murjite. Une autre piste nous vient d’ibn Jarîr e-Tabarî qui rejette à une certaine tendance la croyance suivante : les péchés ne sont pas nuisibles à la foi de la même façon que les bonnes actions ne lui sont pas utiles quand elle est souillée par l’association.[17]

 

L’auteur des grands péchés chez les ash’arites

 

Deux grandes tendances se dégagent chez les adeptes d’Abû el Hasan : l’une en conformité avec la grande majorité des murjites rejoint les traditionalistes, comme nous l’avons vu au niveau du statut (il n’éternise pas en Enfer) non au niveau du nom (pour eux il est un croyant ayant une foi parfaite).[18] Leur problème, qui est récurrent à tous les murjites, et à tous les dissidents au traditionalisme, c’est que, pour eux, la foi est un et indivisible.[19]

 

L’autre tendance, que symbolise Abû Bakr el Baqallânî, ne se prononce pas sur le cas des désobéissants. Ils peuvent aussi bien tous aller en Enfer, comme ils peuvent tout aussi bien tous aller au Paradis. Ils ne sont pas formels sur l’une des deux hypothèses, mais ils acceptent également l’idée qu’une partie seulement d’entre eux auront droit à un passage obligé au « purgatoire », même les repentis parmi eux, car rien ne dit qu’ils furent exaucés. Ils ne se prononcent sur aucun de ces cas de figure, et c’est ce qui leur valut le nom de wâqifa.[20] Ils s’inscrivent avec les autres ghulât (qui interdisent formellement l’entrée en Enfer) en porte à faux avec les wa’îdiya qui vouent tous les pervers à l’Enfer éternel.[21]

 

Ainsi, ces deux tendances opposées, les wâqifa et les wa’îdiya s’opposent à l’orthodoxie que rejoignent la plupart des murjites sur le statut du pervers en Islam.[22]

 

Wa bi Allah e-tawfîq !

 

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Majmû’ el fatâwa (7/258).

[2] Majmû’ el fatâwa (7/671).

[3] Majmû’ el fatâwa (7/353-354).

[4] Sharh el Asbahâniya (2/586-587).

[5] Majmû’ el fatâwa (7/158-159).

[6] Sharh el Asbahâniya (2/587).

[7] Majmû’ el fatâwa (14/347-348).

[8] Majmû’ el fatâwâ (13/41).

[9] Majmû’ el fatâwâ (7/181).

[10] Majmû’ el fatâwâ (16/196).

[11] Majmû’ el fatâwâ (16/242).

[12] Maqâlât el islâmiyîn (1/228).

[13] El milal wa e-nihal (p. 138).

[14] El milal wa e-nihal (p. 138).

[15] Sharh el ‘aqîda e-tahâwiya (2/470).

[16] El ibâna (2/782, 893).

[17] E-tabsîr fî ma’âlim e-dîn (p. 179).

[18] Majmû’ el fatâwa (7/354).

[19] Majmû’ el fatâwa (7/223).

[20] Minhâj e-sunna (5/284).

[21] Majmû’ el fatâwa (12/481).

[22] Majmû’ el fatâwa (7/297).

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 16:33

lamecque

 

 

 

L’auteur des grands péchés dans la pensée murjite

(Partie 1)

 

Il règne une grande divergence sur les éléments qui composent la foi. Aux yeux de Mâlik, Shâfi’î, Ahmed, el Awzâ’î, Ishâq ibn Rahawaïh, et de tous les traditionalistes et les médinois en général – qu’Allah leur fasse miséricorde –, mais aussi des littéralistes (ahl e-zhâir) et d’une partie des mutakallimîns, elle est composée de la croyance (tasdîq) du cœur, de la reconnaissance verbale, et des actes des membres. [sharh e-tahawiya (p. 332) d’ibn Abî el ‘Izz.]

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Voir : ârâ el murjiya fî musannafât Sheïkh el Islâm qui est une thèse ès Doctorat du D. ‘Abd Allah ibn Mohammed e-Sanad.

 

L’auteur des grands péchés 

 

Les petits péchés ne font pas disparaitre le nom de croyant (ism) ni son statut (hukm).[1] La chose n’est pas aussi simple pour les grands péchés, car les opinions ne sont pas unanimes sur son ism (musulmans, croyant, mécréant, pervers) ni son hukm sur terre et dans l’au-delà.[2] Sheïkh el Islâm explique que le pervers musulman ne perd pas entièrement le nom de croyant et n’éternise pas en Enfer, contrairement à la pensée mu’tazilite. Il a droit au nom de croyant dans l’absolu, mais sans n’avoir forcément une foi absolue et pleine. On dit qu’il est un croyant ayant une foi faible, ou bien qu’il est croyant pour la foi qu’il décèle en lui et pervers pour le grand péché qu’il a commis. Ainsi, il ne prend pas le nom absolu de croyant, mais il ne le perd pas non plus dans l’absolu.[3] Certains savants interdisent qu’on l’appelle croyant, bien qu’ils tolèrent qu’on l’appelle musulman.[4] Ibn Taïmiya prône, pour sa part, le détail, comme nous l’avons vu. Voici pour le nom de l’auteur des grands péchés.

 

Le statut de l’auteur des grands péchés 

 

Par rapport à cela, l’auteur des grands péchés ne devient pas mécréant, mais sa foi ne reste pas comme elle était. S’il garde son essence, on ne peut plus dire qu’il a une fois pleine ou parfaite. Nous l’aimons pour la foi qu’il décèle en lui et le détestons pour le péché qu’il a commis. S’il mérite d’entrer en Enfer, il peut y échapper grâce à la Miséricorde divine, mais une chose est sûre, c’est qu’il n’y éternisera pas.

Ainsi, les traditionalistes représentent la tendance du milieu dans le domaine des noms des individus et des lois qui en découlent. Ils sont modérés dans le domaine de la promesse/menace divine et du devenir du musulman. Ils s’inscrivent au milieu entre les kharijites et les mu’tazilites d’un côté qui imposent l’Enfer éternel à l’auteur des grands péchés, et qui lui enlèvent entièrement le nom de croyant. C’est ce qui les oblige à contester l’intercession prophétique le Jour de la résurrection. De l’autre côté, nous avons les murjites, pour qui le pervers a une foi parfaite au même titre que les prophètes. La raison, c’est que, pour eux, les bonnes œuvres ne font pas partie intégrante de la foi. C’est ce qui les pousse à contester le Châtiment d’Allah.

 

Pour les traditionalistes, les pervers musulmans décèlent une certaine foi, et, avant tout et de façon sûre, son essence. Cependant, ils ne peuvent se vanter d’avoir tous les éléments de la foi imposée qui ouvre l’accès au Paradis, mais, en même temps, ils échappent à l’Enfer éternel. Ils concèdent, au minimum, la foi la plus infime, comme nous l’apprend le hadîth, qui leur donnera le droit à l’intercession que la Prophète (r) a réservé à sa communauté pour le Jour de la résurrection.[5] 

 

Le musulman a le devoir de peser ses sentiments d’amour et de haine avec la balance de la Législation divine. C’est avec cette balance qu’il fonde ses alliances et qu’il désigne ses amis et ennemis.  Il oriente ses comportements en fonction de ces alliances, en sachant qu’il existe une catégorie d’individu avec laquelle il n’aura pas une relation binaire. Il s’agit des désobéissants musulmans, qu’il aime pour le bien qu’ils renferment, mais qu’il déteste pour le mal qu’ils affichent. Ces derniers décèlent à la fois des signes positifs et négatifs qui auront une répercussion sur notre relation avec eux, en fonction de leur intensité ; plus ils se rapprochent du bien, plus ils méritent notre amour et plus ils se rapprochent du mal, plus nous nous désavouons d’eux, et moins nous les aimons. Néanmoins, nous avons envers eux un amour religieux minimum tant qu’ils restent musulmans, soit tant qu’ils gardent ne serait-ce qu’un atome de foi.[6]

 

Pour les murjites, toute tendance confondue, la foi est un et indivisible

 

Sheïkh el Islam explique que toutes les sectes dissidentes au traditionalisme (kharijites, mu’tazilites, murjites, jahmites, etc.) considèrent que la foi est un et indivisible ; si on enlève une partie, elle s’annule entièrement ; et, à l’inverse, si elle existe en partie, elle existe entièrement. Ils s’inscrivent ainsi en porte à faux avec le hadîth : « Le jour de la résurrection, Allah (I) dira : Sortez de l’Enfer quiconque décèle dans son cœur la foi la plus infime (mot-à-mot : ne serait-ce que l’équivalent d’un grain de moutarde ndt.). »[7]

 

Pour les kharijites et les mu’tazilites, l’ensemble des actes d’obéissance compose la foi, selon le slogan radical « c’est tout ou rien ». C’est à partir de ce raisonnement qu’ils sortent l’auteur des grands péchés de la religion.  À l’opposé, nous avons les murjites et les jahmites, pour qui la foi est un et indivisible également. À la différence que pour les seconds, elle se confine dans la croyance du cœur (tasdîq), et que pour les premiers, elle se résume au tasdîq et à la parole. À leurs yeux, s’ils devaient faire entrer les actes dans la définition de la foi, cela voudrait dire qu’ils en font partie intégrante, et cela impliquerait, au même titre que les kharijites, de sortir de la religion l’auteur des grands péchés. Cela ne l’empêche pas d’avoir des implications  qui, en cas d’absence, sont la preuve de l’absence de la foi.[8]

 

L’auteur des grands péchés chez les murjiya el fuqaha

 

Il incombe de préciser que la divergence avec les murjiya el fuqaha porte plus sur la forme que sur le fond. Ces derniers, en effet, s’accordent à dire avec les traditionalistes que les auteurs des grands péchés sont passibles du courroux divin. Ils prétendent, certes, qu’ils ont une foi parfaite au même titre que l’Ange Jibrîl, mais ils accordent que, sans faire les obligations et sans s’abstenir des interdictions, on est sous le coup de la menace divine. Ils accordent également que l’Enfer sera le passage obligé de certains d’entre eux (mais ces derniers n’y demeureront pas éternellement conformément au crédo traditionaliste). Ils ne les assimilent nullement à des mécréants apostats en se démarquant ainsi des kharijites.[9]

 

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils sortent les actes de la définition de la foi, mais il n’en demeure pas moins que la divergence avec eux porte sur le ism non sur le hukm. Ils ne voient pas d’inconvénient à ce que des musulmans fassent un séjour en Enfer, et donnent foi aux textes scripturaires annonçant l’intercession des « damnés » musulmans. Ils reconnaissent la nécessité de prononcer l’attestation de foi pour aspirer à l’Islam. Ils reconnaissent également que les actes d’adoration sont obligatoires, et que toute défection, comme nous l’avons vu, est blâmable et légalement condamnable.

 

Le problème avec eux est simplement d’établir que les actes fassent ou non partie intégrante de la foi, qu’il est toléré ou non de dire je suis musulman in shâ Allah, etc. Des divergences qui n’ont pas beaucoup d’influence sur le statut du désobéissant musulman.

 

Par rapport à cette divergence, ils considèrent que le pervers est un croyant ayant une foi parfaite au même titre que les prophètes et les walis, bien que certains commentateurs hanifites cherchent à nuancer ce point.[10] Ils n’imaginent pas que sa foi puisse baisser. Ils se trompent, certes, sur ce point, mais cette erreur est sans conséquence au niveau du hukm (son statut dans l’au-delà), mais seulement au niveau du ism (en disant qu’il est un croyant ayant une foi parfaite), comme nous l’avons vu.[11]

 

Les kharijites et les mu’tazilites n’arrivent pas à se représenter qu’un même individu soit à la fois condamnable et appréciable, qu’on puisse en même temps prier pour lui sous un angle et invoquer contre lui la malédiction sous un autre angle ; qu’il puisse à la fois entrer en Enfer et au Paradis. Pour eux, quand on va en Enfer, c’est pour ne plus en sortir. À l’opposé, nous avons les murjites ultra qui leur concèderaient ce principe, d’après ce qu’on leur impute, mais pour arriver au résultat inverse ; soit que l’auteur des grands péchés va directement au Paradis, sans jamais passer par l’Enfer.

 

Or, les murjiya el fuqaha (mais aussi les adeptes du kalâm : karrâmites, kullâbites, ash’arites, les shiites murjites et non-murjites) sont d’accord avec les traditionalistes pour dire qu’un même individu peut gagner le Paradis après un séjour en Enfer. Il renferme à la fois de bonnes et de mauvaises actions, de bons et de mauvais côtés. Sauf que pour les murjites (jahmites et non-jahmites), il a une foi parfaite, alors qu’aux yeux des traditionalistes, il a une foi faible, sinon, il ne mériterait aucun châtiment. Une chose est sûre, c’est qu’à l’unanimité des musulmans, il manque de piété.[12] Notons enfin que les dissidents au traditionalisme, avec d’un côté les mu’tazilites et les kharijites et de l’autre côté, les jahmites, murjites (karrâmites et non-karrâmites) s’entendent à dire que la foi et l’hypocrisie ne peuvent être renfermées chez un même individu. Certains, à l’image d’Abû el Hasan, vont jusqu’à ramener un consensus sur le sujet.[13]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/ 

 

 



[1] Majmû’ el fatâwa (11/654).

[2] Majmû’ el fatâwa (13/38).

[3] Majmû’ el fatâwa (3/151-152).

[4] Majmû’ el fatâwa (7/231, 354).

[5] Majmû’ el fatâwa (3/374-375).

[6] Majmû’ el fatâwa (35/94-95).

[7] Rapporté par el Bukhârî (6560), et Muslim (184), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t).

[8] Majmû’ el fatâwâ (7/510-511).

[9] Majmû’ el fatâwa (7/297).

[10] Majmû’ el fatâwa (13/37-41).

[11] Minhâj e-sunna (5/284).

[12] Majmû’ el fatâwa (7/353-354).

[13] Majmû’ el fatâwa (7/354).

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Publié par mizab - dans Takfir
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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 09:53

Forest

 

 

Éclaircissement 

(Partie 3) 

 

Il reste un dernier point à régler, et qui touche aux arguments en détail des deux parties. Nous avons expliqué plus haut, qu’en fait, ils se rejoignent pour la plupart, et que chacun parle d’un point particulier de la question. C'est pourquoi il faut replacer chaque argument dans son contexte pour éviter de sombrer dans un dialogue de sourds. Nous avons répondu par le passé à une dizaine d’arguments de l’adversaire. Récemment, l’un d’entre eux a voulu nous faire entrer dans un raisonnement qui tient sur un château de cartes, dans le sens où si on enlève une seule carte, c’est tous le château qui s’écroule. L’une de ses cartes devait nous faire dire que le kufr, selon ibn el Qaïyim, se résumait au juhûd (renier) d’un enseignement de l’Islam. C’est ce qui lui permettait de dire que ahl el fatra n’étaient pas des mécréants, selon cette définition, mais sans n’être non plus des musulmans, d’où la règle sur laquelle tient son château de cartes, du ism et du hukm.

 

Or, je lui ai ensuite expliqué que de confiner le kufr dans le juhûd était propre au murjite. Mais là, c’était enlever une carte, alors il est entré dans un discours de safsata que les grecs appelaient sophisme, et qui est un raisonnement faux, ayant l’apparence d’un raisonnement logique et qui est fait dans le but de tromper.

 

Pourtant, je lui avais donné un texte où ibn el Qaïyim avait dévoilé ses intentions, et qui parlait d’ahl el fatra, non des musulmans. Texte que je remets ici : « L’Islam, c’est l’unicité d’Allah et Son adoration unique sans lui vouer d’associé ; il consiste également à croire en Allah et à Son Messager (r) et à suivre ses enseignements. Quiconque ne fournit pas cela n’est pas un musulman. Si, certes, il n’est pas un mécréant renieur (kâfir jâhîd), c’est un mécréant ignorant (kâfir jâhil). »[1] Qu’entend ibn el Qaïyim par kâfir jâhil ? La réponse se trouve deux pages plus loin où l’auteur nous y dévoile ses intentions en ces termes : « Allah (U) ne châtie personne avant l’iqâma el hujja, comme le formule les Versets : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager],[2] [Des messagers avertisseurs et annonciateurs afin que les hommes ne puissent opposer à Allah aucun argument après leur venue].[3] Nombreux sont les exemples de ce genre dans le Coran qui nous informe que seul celui qui a reçu le message d’un prophète mérite le châtiment dans la mesure où la preuve divine est appliquée contre lui, et qui correspond au pécheur qui reconnait sa faute. »[4]

La page suivante, il explique encore plus en détail : « Deux individus méritent le châtiment : le premier consiste à se détourner de la preuve d’Allah par négligence et à ne pas la vouloir ni la mettre en pratique ni mettre en pratique ce qu’elle implique. Le deuxième consiste à s’en détourner par orgueil après l’avoir reçue et à délaisser ses implications.

Le premier c’est du kufr i’râdh,

Et le deuxième, c’est du kufr ‘inâd.

Quant au kufr el jahl sans que la preuve d’Allah ne soit venue et sans n’avoir la possibilité d’y avoir accès, c’est ce genre de kufr au sujet duquel Allah n’applique pas le châtiment, pas avant que la preuve prophétique ne soit établie. »[5]

 

Il n’est donc pas question du kufr juhûd, mais du kufr jahl. Dans ce même raisonnement, l’adversaire se sert de certaines paroles de ce même ibn el Qaïyim pour dire que le muqallid (suiveur) ignorant n’est pas excusé par son ignorance. Mais, en réalité, ce même ibn el Qaïyim relativise son discours. Il précise ailleurs en effet, en parlant des adeptes des sectes (khawârij, mu’tazila,murjiya, etc.) qu’ils sont plusieurs catégories d’individus. L’un d’entre eux est un muqallid ignorant qui n’a aucune clairvoyance ; dans son cas, il ne devient ni kâfir, ni fâsiq (pervers), et on ne doit pas refuser son témoignage, étant donné qu’il n’est pas en mesure d’étudier la vérité.[6] Il n’est donc pas question d’une manzila baïna el manzilataïn !

 

Il distingue donc entre le muqallid ignorant de l’époque de la fatra qui est un kâfir jâhil et le muqallid ignorant parmi les musulmans. Et quand bien même son discours engloberait également les muqallid musulmans, il fait allusion à une catégorie bien déterminée, qui est soit de se détourner de la vérité par négligence comme nous l’avons vu avec le kufr i’râdh et tafrît soit de s’en détourner par orgueil, comme nous l’avons vu avec le kufr ‘inâd. L’élève d’ibn Taïmiya nous met en garde de confondre entre les deux formes de muqallid ; entre celui qui a la possibilité d’apprendre et celui qui n’en a pas la possibilité, ce qui rejoint notre raisonnement.

 

Il explique que ces deux catégories d’individus existent bel et bien et que le premier n’est en aucun cas excusable.[7] Il explique ailleurs que la deuxième catégorie d’individu a un autre statut.[8] Si c’est un muqallid jâhil, il est effectivement un mécréant qui est excusable dans le sens où le Jour de la résurrection il sera éprouvé pour rejoindre ensuite soit le Paradis soit l’Enfer. Et si c’est un muqallid musulman, il est excusable dans le sens où il ne perd pas son affiliation à la religion (ism) et son statut d’adepte de l’Islam (hukm), wa Allah a’lam !

 

Je vais donner un dernier exemple qui écroule le château de carte, en sachant qu’ensuite chacun l’interprète et se console à sa façon, hadhâ mablaghuhum mi el ‘ilm !

 

L’adversaire utilise une parole de l’Imam ibn Battin dans laquelle il affirme sans ambages que celui qui se trompe en général (mukhtî), ou qui commet une erreur d’interprétation (mu-awwil) et l’ignorant ne sont pas excusables conformément au Coran, à la sunna, et à l’unanimité des savants.[9]

 

Avant de répondre à cet argument, il convient de préciser qu’il faut distinguer entre les questions évidentes, qui ne sont pas propres rappelons-le au shirk akbar, et les questions subtiles de la religion. Il est vrai que pour les premières, l’erreur d’interprétation et l’ignorance ne sont pas une excuse. Non en elles-mêmes, mais parce qu’il est inconcevable de se tromper dans un domaine où les choses sont aussi claires, contrairement aux questions subtiles dans lesquelles même des grands savants commettent des erreurs.[10] Concernant, les erreurs d’interprétation pour les questions subtiles de la religion, l’Imam Shâfi’î ramène un consensus à son époque disant qu’elles sont excusables.[11] Même discours chez ibn Hazam,[12] ibn Taïmiya,[13] et ibn Hajar el ‘Asqalânî.[14] Certains savants comme Sheïkh el ‘Uthaïmîn, entrent plus dans les détails. Ils font une autre distinction pour le ta-wîl excusable entre le ta-wîl musawwa’, dans le sens où il a une origine dans la langue arabe, même si la conclusion est fausse et le ta-wîl ghaïr musawwa’ qui n’a aucune origine dans la langue arabe.[15]

 

Bref, ibn Battin fait allusion aux questions évidentes dont fait partie le shirk akbar. Mais, me direz-vous, qu’est-ce qui nous fait dire cela ? Nous disons, le contexte et surtout la suite du passage que l’adversaire utilise et dans lequel l’auteur voit le ‘udhr bi el jahl dans les questions subtiles de la religion. Ensuite, il nous fait comprendre que ce discours est relatif, car en reprenant le passage d’ibn Taïmiya qui ne donne pas de circonstance atténuante à certaines catégories d’individus, il nous en dévoile la raison. Autrement dit, car les erreurs en questions touchent aux questions évidentes de la religion. De plus, le discours d’ibn Taïmiya relativise, car il parle en fait de Râzî, en voulant dire que les gens de son acabit n’ont pas le droit à l’erreur sur des choses aussi claires. Ce qui n’est pas le cas des muqallid ignorant. On voit bien que ce discours est relatif comme nous le disons depuis le début.

 

Par ailleurs, en s’arrêtant sur le consensus revendiqué par ibn Battin, nous verrons que d’autres savants comme l’Imam el Qarrâfî el Mâliki,[16] et Mohammed Rashîd Ridhâ[17] font le même constat. En sachant que le dernier cité fait exception au nouveau converti et au bédouin qui habite loin des villes, ce qui rejoint notre discours.

 

Or, pour être plus précis, il faudrait dire que cette opinion est celle de la majorité des savants, comme le rapporte l’Imam hanafite Sadr e-Dîn el Qûnawî et ‘Alî el Qârî.[18]

 

En outre, dans un autre passage, l’Imâm ibn Battin nous fait part du fond de sa pensée, en expliquant qu’en donnant des excuses à un ignorant dans les questions claires, cela implique de confiner le kufr dans le juhûd,[19] – comme nous demande de le faire l’adversaire que je n’accuse pas d’être un murjite – ce qui n’est pas tout à fait vrai, comme nous l’avons vu dans l’introduction. Lui-même nuance la chose dans certains passages de son œuvre où, certes, il démentait les paroles d’Ibrahim ibn ‘Ajlân qu’il attribuait à ibn Taïmiya et ibn el Qaïyim sur le ‘udhr bi el jahl, car à ses yeux, ce serait confiné le kurf dans le… ‘inâd.[20] Néanmoins, il a également d’autres paroles qui n’ont pas moins d’autorité que celles-ci. Qu’on en juge : « Ses paroles – qu’Allah lui fasse miséricorde –[21], disant qu’il n’est pas possible de les taxer d’apostats (kaffar), pas avant de leur avoir exposé les enseignements du Messager (r), ou en d’autres termes, qu’il n’est pas possible de les kaffar en personne, ou en particulier, en affirmant par exemple qu’un tel est un kâfir ou toute autre formule du genre. Cependant, nous disons que tel acte relève de la mécréance et que l’auteur de cet acte est mécréant. Il a donc jugé dans l’absolu que l’auteur d’un tel acte est un kâfirun nombre de fois incalculable dans ses ouvrages. Il a même relevé le consensus disant que l’auteur de ces pratiques païennes est un apostat… »[22]

 

Trois hypothèses sont possibles pour résoudre ce mystère : soit, l’Imam réfute ceux qui refusent dans l’absolu de kaffar l’ignorant dans le domaine du tawhîd, même celui qui vit en terre musulmane et qui a les possibilités de le connaitre, alors qu’ibn Taïmiya et son élève, précise que l’excuse est accordée au nouveau converti, ou au bédouin qui vit loin des villes, certes, mais pas à tout le monde. J’espère que l’adverse conçoit la nuance ; soit, un peu comme l’adversaire, toute proportion gardée, ibn Battîn pénétrait mal la tendance des deux Imams sur ce point précis ; soit, il est tout simplement revenu sur sa première tendance. Quoi qu’il en soit, la tendance des deux Imams est claire sur ce point, comme nous l’avons expliqué précédemment.[23]

 

Ainsi, en regroupant les paroles des uns et des autres, on arrive mieux à pénétrer leurs intentions de leurs auteurs, ou tout au moins, à conjuguer entre elles. Il reste à préciser que dans certains passages, les savants donnent, dans l’absolu, le statut d’un acte en particulier, sans préciser que son auteur est excusable. Cela ne remet nullement en question ses autres discours sur le ‘udhr bi el jahl. Car, comme nous le disons depuis toujours, il faut distinguer entre le hukm el mutlaq (son statut dans l’absolu) et le hukm el mu’aïyin (un cas particulier). Il serait trop long de reprendre un à un les arguments de l’adversaire, je me suis contenté d’en citer deux, ici. Il suffit de garder en mémoire la classification citée plus haut, pour que les choses deviennent plus claires, wa Allah a’lam !

 

Par : Karim Zentici



[1] Tarîq el hijrataïn (p. 411). Mithat ibn el Hasan Âl el farrâj est l’auteur de la recension du livre kitâb mufîd el mustafîd fî kufr târik e-tawhîd de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb. Mu par un certain zèle, ce qui peut être compréhensible, il reproduit les paroles d’ibn el Qaïyim que nous venons de citer, mais il ne fait pas l’effort de tourner les deux pages suivantes, où il aurait découvert pourtant les vraies intentions de l’auteur.

[2] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[3] Les femmes ; 165 voir les tafsîr d’el Baghawî et de Shanqîtî.

[4] Tarîq el hijrataïn (p. 413).

[5] Tarîq el hijrataïn (p. 414).

[6] El Qâsimî a rapporté ses paroles dans son tafsîr (5/1309).

[7] Tarîq el hijrataïn (p. 412).

[8] E-tafsîr el qaïyim (p. 359-360).

[9] El intisâr (p. 46).

[10] ‘âridh el jahl (p. 51).

[11] El umm (6/205).

[12] El fisal (6/205).

[13] Majmû’ el fatâwa (5/563), et manhaj e-sunna (5/239).

[14] Fath el Bârî (12/304).

[15] Majmû’ e-thamîn (2/63).

[16] Sharh tanqîh el fusûl (p. 439).

[17] Hâshiya e-rasâil e-najdiya (4/517).

[18] Voir : ‘âridh el jahl (p. 571-583).

[19] E-durar e-saniya (10/400).

[20] Voir : risâla fî bayân e-shirk wa ‘adam i’dhâr jâhilihi (p. 30).

[21] En parlant des paroles d’ibn Taïmiya dans son radd ‘ala el bakrî (p. 376) auxquelles l’adversaire n’a jamais répondu.

[22] Voir : el intisâr li hizb el muwahhidîn (p. 29) ; il est compilé dans majmû’a ‘aqîda el muwahhidîn.

[23] nawâqid el îmân el i’tiqâdiya du D. Mohammed ibn ‘Abd Allah ibn ‘Alî el Wuhaïbî (1/282-283).

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