Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 06:23

des03a

 

 

Ibn Taïmiya et les savants d’aimmat e-da’wa

(Partie 1)

 

Louange à Allah, nous Le louons, nous implorons Son aide et Son pardon. Nous cherchons refuge auprès d’Allah contre les maux de nos âmes et les méfaits de nos actions. Celui qu’Allah guide, nul ne peut l’égarer et celui qu’Il égare nul ne peut le guider.  J’atteste qu’il n’y a d’autre divinité (digne d’être adoré) en dehors d’Allah, Seul et sans associé, et j’atteste que Mohammed est Son serviteur et Son Messager.

 

Il existe un long passage d’ibn Taïmiya tiré de e-radd ‘alâ el bakrî ou de son autre titre el istighâtha, que l’adversaire reprend curieusement à son compte, bien qu’il fustige littéralement sa tendance. Voici le Passage en question : « Il est connu de façon élémentaire que le Prophète (r) n’a jamais légiféré à sa communauté d’invoquer qui que ce soit parmi les morts : Prophètes, gens pieux, etc. ni à travers la formule d’el istighâtha (appel au secours) ou autre ni à travers la formule d’el isti’âna(appel au soutien) ou autre. Il n’a pas légiféré non plus à sa communauté de se prosterner pour un mort ou en sa direction, etc. Nous savons plutôt qu’il (r) a formellement interdit ce genre de pratiques qu’il a jugées comme relevant de l’association interdite par Allah et Son Messager.

 

Néanmoins, en raison de l’ignorance prépondérante, du nombre restreint de personnes initiées aux traces de la Prophétie parmi les dernières générations, nous ne pouvons pas condamner (kaffara) facilement les gens d’apostats pour ces raisons ; pas avant de les avoir mis au courant des enseignements du Messager stipulant la non-pertinence de leurs pratiques. C’est pourquoi, je n’ai jamais démontré ce point à des personnes imprégnées de l’Islam sans qu’elles ne se remettent en question en disant : c’est le principe même de la religion. Certains grands doyens expérimentés parmi nos amis disaient : c’est la plus grande chose que tu ais pu nous expliquer, car ils avaient pleine conscience que cela concernait le principe élémentaire de la religion. »[1]

 

Voici ce qu’en conclut l’adversaire : « Lorsque le fondement de l’Islam devient un enseignement subtil dans certaines époques - à cause du manque de prêcheur à la vérité et du grand nombre de prêcheurs au mal- et que les gens ne sont plus capable de comprendre le fondement de la religion : on se retrouve dans une époque de rupture. Ainsi, le mécréant qui meurt dans une telle époque ne méritera pas automatiquement l’enfer comme le mentionna Ibn Taymiya concernant certains Tatars qui adoraient des poupées et du feu. »

 

Or, il suffit de remonter quelques lignes au-dessus du passage en question pour se rendre compte que Sheïkh el Islam ne dit pas vraiment cela. Qu’on en juge : « Quant à ces ignorants, comparables aux païens et aux chrétiens, ils s’inspirent de hadîthfaibles ou inventés, de citations de savants qui ne font pas autorités, ou qui leur sont mensongèrement imputées, ou tout simplement qui sont des erreurs de leur part…

Je ne connais personne ayant rapporté une annale d’un savant de référence autorisant d’invoquer une créature. Certes, certains dévots comme le poète Sheïkh Yahyâ e-Sarsarî[2] et Sheïkh Mohammed ibn e-Nu’mân,[3]auteur de kitâb el mustaghîth bi e-Nabî fî el yaqazha wa el manâm, en vantent les vertus dans leurs ouvrages.

 

Certes, ces gens-là sont des pieux et des religieux, mais ils n’ont aucun lien avec les savants qui sont à même de pénétrer les intentions du Législateur. C’est de ces derniers que l’on prend les enseignements de la religion, car experts en Loi (le licite et l’illicite). Quant à ces dévots, ils ne se basent sur aucune preuve textuelle ni même une parole d’un savant de référence. Leurs pratiques sont plutôt à mettre au compte de l’usage. Beaucoup de gens en effet ont pris l’habitude de se tourner vers leurs Sheïkhdans les moments difficiles pour lui solliciter son aide. Je connais personnellement certains Sheïkh connus pour leur ascétisme et leur piété, s’avancer solennellement vers la tombe d’Abd el Qâdir pour lui implorer le secours. Cette pratique est courante chez beaucoup de gens. Lorsqu’on attira l’attention de certains émérites parmi eux, ils revinrent tout de suite à la raison et comprirent que leur pratique n’avait rien à voir avec l’Islam, mais qu’elle était plus comparable à l’adoration des idoles. »[4]

 

En explication à ce passage, Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî souligne : « Un musulman qui adhère à l’Islam au niveau du cœur et des actes peut s’égarer dans certains points, car il n’a pas les éléments en mains pour le faire parvenir à la vérité. Dans ce cas, nous ne sommes pas formels sur son apostasie, étant donné qu’il existe une restriction faisant obstacle à cette condamnation. D’où l’importance d’établir contre lui la preuve céleste ; une preuve céleste qui s’applique contre tout obstiné (mu’ânid).[5]

 

C’est pour cette raison, et vous êtes d’accord avec nous, que nous nous sommes abstenus de kaffar certains cas comme e-Sarsarî, qui appellent à invoquer, à rechercher le secours du Prophète (r), et lui demander de répondre aux besoins. Ces derniers sont directement concernés par les paroles de Sheïkh el Islam auxquelles nous avons fait allusion précédemment. »[6] Il parle du passage suivant : « Dans de nombreux ouvrages (e-radd ‘alâ el bakrî, e-radd ‘alâ el Akhnâî, etc.), Sheïkh el Islâm affirme explicitement que certains de ses contemporains, qui étaient des savants, adhéraient à certaines de ces pratiques païennes. Il explique qu’il est impossible de les kaffar, compte tenue de la propagation de l’ignorance à son époque et de l’atténuation du savoir prophétique. Il faut donc attendre avant de se prononcer de leur démontrer la preuve céleste qui s’applique contre tous ceux qui la renient après l’avoir eu entre les mains. Son discours sur le sujet est connu par tout le monde. »[7]

 

‘Abd e-Latîf a fait plusieurs fois le commentaire de ce fameux passage dans ses ouvrages. Il souligne que Sheïkh el Islam n’a pas kaffar certains de ses contemporains, qui pourtant étaient des savants, car à ses yeux, la preuve céleste n’avait pas été établie contre eux. Ce qui démontre que l’Islam était devenu étranger pour beaucoup de gens à son époque.[8] Il explique également que la plupart des savants accordent à ibn Taïmiya en gros que le Législateur ne tient pas rigueur des erreurs commises avant la transmission du message. Il va sans dire qu’après l’iqâma el hujja, il n’y a plus de contestation possible. Il existe même un consensus sur la question.[9] En revanche, il s’est abstenu de kaffar les ignorants parmi les adorateurs des tombes qui n’avaient pas été prévenus.[10] S’ils refusent de se repentir après avoir eu les preuves en main, ils sont coupables d’apostasie qu’il incombe de réprimer par les armes.[11]

 

Par ailleurs, ‘Abd e-Latîf réfute l’accusation selon laquelle l’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb sortait les gens de la religion sans faire de détails. Il explique qu’il ne se prononce même pas sur celui qui adore l’idole se trouvant sur la tombe d’Abd el Qâdir et celle d’el Badawî en raison de leur ignorance. Il ne diffère en rien de la voie du Prophète (r), sauf que son discours sera plus ou moins détaillé en fonction de la situation.[12] Ailleurs, il met en lumière les véritables intentions d’ibn Taïmiya et d’ibn el Qaïyim sur la question : « Le discours des deux Sheïkh est suffisamment clair dans tous les passages en question. Ces derniers ne kaffar pas les auteurs de certaines paroles ou de certains actes, étant donné que la chose n’est pas facile à détecter pour ces gens-là, et qu’ils n’ont pas reçu la hujja. Ainsi, ils s’abstiennent de condamner certains fautifs au châtiment avant l’étape de l’iqâma el hujja. Ils parlent de questions bien précises et sur lesquelles il existe une divergence entre les savants de la communauté.

 

Quant à l’invocation et l’appel au secours des morts, en s’orientant vers eux lors des moments difficiles, tout le monde s’accorde à dire que c’est interdit et que cela relève de la grande association. Nous avons vu précédemment que le Sheïkh condamne à la peine de mort quiconque refuse de s’en repentir… »[13]

 

Sheïkh ‘Abd Allah Abâ Btîn a le même discours : « Quant aux paroles d’ibn Taïmiya : « Cependant, en raison de la propagation de l’ignorance dans les rangs de nombreux adeptes de l’Islam parmi les générations récentes, il n’est pas permis de les kaffar avant de leur avoir exposé les enseignements du Prophète (r) » Il parle apparemment du cas particulier, étant donné qu’ailleurs il annonce formellement que l’association relève de la mécréance. Il ne s’abstient nullement de le kaffaraprès que les enseignements lui soient exposés… 

 

Puis, il résout le problème que peut soulever le discours d’ibn Taïmiya : « Pour concorder entre ses paroles, nous devons comprendre ses intentions. Il veut nous dire que nous pouvons entendre certaines paroles, ou certains écrits en prose ou en vers ayant du kufr. Cependant, nous ne pouvons kaffar leur auteur au premier abord. Il faut attendre avant cela de lui exposer la preuve céleste. »[14]

 

Un autre passage d’Abâ Btîn va dans ce sens : « Quant aux paroles d’ibn Taïmiya : « il n’est pas permis de les kaffar avant de leur avoir exposé les enseignements du Prophète (r) » ; Il veut dire qu’il n’est pas permis de les kaffar en personne et en particulier, en disant par exemple qu’un tel est un kâfir. Nous devons dire plutôt que tel acte relève de la mécréance et que son auteur dans l’absolu est un mécréant… »

 

Puis, après une longue explication, il conclut : « Ce discours est basé sur le principe suivant : nous jugeons mécréante dans l’absolu une parole jugée ainsi par les textes du Coran, de la sunna, et du consensus, comme en témoignent les preuves textuelles… mais cela ne veut pas dire qu’il faille juger mécréante toute personne l’ayant prononcé. Il incombe avant cela de réunir les conditions nous permettant de le faire et d’évacuer les restrictions faisant obstacle à notre jugement. »[15]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 



[1] El istighâtha (2/731).

[2] Poète soufi ultra hanbalite (m. 656 h.).

[3] Maitre soufi ultra malékite  (m. 656 h.).

[4] El istighâtha (2/731).

[5] Voir : majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (12/180).

[6] fatâwâ e-sa’diya (578-584) ; voir : El irshâd ilâ ma’rifat el ahkâm (p. 558-559).

[7] Idem.

[8] Voir : e-durar e-saniya (1/417-418).

[9] ‘Abd e-Latîf rapporte le consensus dans e-durar e-saniya (1/467-468).

[10] Voir : mish e-zhalâm (p. 324-325).

[11] Voir : e-durar e-saniya (1/427).

[12] Voir : mish e-zhalâm (p. 43).

[13] Voir : minhâj e-ta-sîs (p. 265).

[14] E-durar e-saniya (10/403).

[15] E-durar e-saniya (12/88).

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article
16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 15:25

copiedephotodroite7

 

 

 

Les conditions du takfîr

(Partie 2)

 

Que les Prières et les Salutations d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed ainsi que sur sa famille et tous ses Compagnons ! 

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

Nous sommes toujours avec la quatrième condition :L’accusé doit avoir conscience qu’il s’oppose aux textes, qui est encore une autre question qu’irâda el kufr

 

‘Abd Allah, le fils d’ibn ‘Abd el Wahhâb, est l’auteur des paroles suivantes : « Certains textes scripturaires démontrent qu’Allah ne châtie pas pour une erreur commise par un adepte de notre communauté. D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir. « Après ma mort, brûler ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans toute l’Humanité. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

-           C’est la peur de ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[1] 

Ce hadîth a été certifié par plusieurs voies que rapportent un certain nombre de Compagnons…

 

Cet homme en question doutait et ignorait qu’Allah (I) avait le Pouvoir de le reconstituer ; il avait alors recommandé à sa famille d’éparpiller ses cendres. Pourtant, cet homme était dans l’ensemble, un croyant. Il croyait dans l’ensemble au dogme de la Résurrection ; soit qu’Allah allait rétribuer les hommes en bien ou en mal après leur mort. Cette croyance est une bonne œuvre en elle-même. Elle intercéda en sa faveur lorsqu’Allah décida de lui pardonner. Son erreur fut mise au compte de la peur extrême ; en sachant que de nombreux adeptes de notre communauté commettent des erreurs de ce genre.

 

Pourtant, les savants s’accordent à ne pas kaffarpour les erreurs commises par les musulmans. Par exemple, certains Compagnons contestaient que les morts puissent entendre. D’autres contestaient que le voyage nocturne eut lieu à l’état d’éveil.

 

Shuraïh el Qâdhî, quant à lui, il contestait la lecture [bel ‘ajibtû wa yaskharûn][2] ; en ayant Allah pour sujet du verbe ‘ajiba (s’étonner ndt.), sous prétexte qu’Allah ne pouvait être étonné. Quand Ibrahim e-Nakha’î eut écho de son opinion, il eut la réaction suivante : « Shuraïh est un poète imbu de son savoir, mais ‘Abd Allah, qui est plus érudit que lui, lisait : [bel ‘ajibtû wa yaskharûn] (au lieu de ‘ajibta ndt.). »

 

Ce fameux Shuraïh contestait une lecture pourtant reconnue, et qui plus est, un Attribut confirmé par le Coran et la sunna. Or, à l’unanimité des musulmans, Shuraïh compte parmi les grandes références de la Nation. »[3]

 

Ainsi, pour les savants de aimmat e-da’wa, le takfîr d’un cas particulier a lieu seulement après l’iqâma el hujja dès lors qu’il s’érige en ennemi de la religion de Mohammed.[4] Sheïkh ‘Abd Allah Abâ Btîn établit à ce sujet : « Le takfîr d’un cas particulier et sa mise à mort réclament de lui transmettre au préalable la preuve prophétique s’appliquant contre tous ceux qui s’y opposent. On ne devient pas forcément mécréant en ignorant un enseignement de la religion. »[5]

 

5- Aucune restriction au takfîr ne doit faire obstacle au jugement

 

Il est faut de dire que les traditionalistes ne vouent personne à l’apostasie, mais ils soumettent leur jugement à des conditions. Sheïkh ‘Abd Allah Abâ Btîn établit à ce sujet : « … Auquel cas, nous lui sommons de se repentir, et s’il refuse, nous le mettons à mort. Or, la demande de repentir ne peut avoir lieu qu’avec un cas particulier. »[6] Certains savants de aimmat e-da’wa se sont abstenus de se prononcer sur certains cas particuliers, comme el Busaïrî, qui s’adonnaient à certaines pratiques païennes s’opposant clairement au dogme fondamental de la religion. La raison, c’est qu’ils n’avaient pas suffisamment d’éléments en mains pour les kaffar. Il existait en effet la forte probabilité qu’ils s’étaient imprégnés des conceptions erronées qui leur étaient difficiles d’évacuer.[7]

 

Sheïkh ‘Abd Allah Abâ Btîn se chargea de réfuter la tendance erronée et véhiculée par Dâwûd ibn Jarsîs et ibn ‘Ajlân. Ces deux hommes l’imputaient à ibn Taïmiya et son élève ibn el Qaïyim. Ils prétendaient que l’erreur d’interprétation rapportait systématiquement une récompense en plus du fait qu’elle était excusable. Ils voulaient  faire passer l’idée que seul un obstiné pouvait sortir de l’Islam. Le suivisme aveugle et l’ignorance seraient, à leurs yeux, dans tous les cas excusables.

 

Voici un passage de la réfutation qu’il leur consacra : « Ceux qui polémiquent en faveur des païens s’inspirent de l’histoire de l’homme ayant demandé à sa famille de brûler son corps après sa mort. Ils en concluent que l’ignorant ayant commis un acte de mécréance (kufr) est excusable. Seul un obstiné, à leurs yeux (mu’ânid), peut devenir mécréant…

 

Dans les ouvrages de figh, les légistes – qu’Allah leur fasse miséricorde – définissent l’apostat comme suit : un musulman qui renie sa religion dans les paroles, les actes, la croyance, ou par scepticisme. Or, c’est l’ignorance qui est la cause du scepticisme. Cela impliquerait de ne pas kaffar les Juifs, les chrétiens, ceux qui se prosternent pour le soleil, la lune, et les idoles en raison de leur ignorance ! On devrait dire la même chose pour ceux qu’Ali ibn Abî Tâlib a condamnés au bûché, alors que nul ne doute qu’ils étaient des ignorants. Les savants – qu’Allah leur fasse miséricorde – sont unanimes à sortir de la religion celui qui ne kaffar pas les Juifs et les chrétiens ou qui tout simplement douterait de leur mécréance. Pourtant, nous sommes convaincus que la plupart d’entre eux sont des ignorants…

 

Donner une excuse à celui qui commet du kufr par une erreur d’interprétation (ta-wîl), un effort d’interprétation (ijtihâd), une erreur involontaire (khata), par suivisme ou par ignorance, c’est aller à l’encontre du Coran de la sunna et du consensus. Il n’y a aucun doute là-dessus ! Sans compter que les partisans de cette tendance sont obligés d’aller à l’encontre de leur propre principe. Sinon, nul doute qu’ils deviennent eux-mêmes des mécréants. C’est du même ordre que de s’abstenir de kaffar celui qui doute de la mission de Mohammed (r).

Quant à l’homme qui demanda à sa famille de brûler son corps après sa mort, Allah lui pardonna certes, bien qu’il doutait d’un Attribut divin. La raison, c’est que la preuve céleste ne lui était pas parvenue sur le sujet, comme le prétend plus d’un savant.

 Sheïkh Taq-ï e-Dîn [ibn Taïmiya] – qu’Allah lui fasse miséricorde – explique qu’en doutant d’un des Attributs du Seigneur on devient mécréant ; dans le cas d’un individu qui n’est pas censé ignorer ce point. Ce statut n’englobe pas celui qui n’est pas censé le savoir. C’est la raison pour laquelle le Prophète (r) n’a pas kaffarl’homme ayant douté pourtant du Pouvoir d’Allah, étant donné que la preuve céleste ne lui était pas parvenue. »[8]

 

Ainsi, les savants de aimmat e-da’wa ne voient pas d’inconvénients à kaffar un cas particulier, mais ils respectent avant cela un certain nombre de conditions à remplir comme nous l’avons vu, mais aussi des restrictions à exclure. C’est de ces restrictions que nous allons parler dans la prochaine série d’articles in shâ Allah ! 

 

Par : Karim Zentici



[1] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (7505) et Muslim (2757).

[2] Les rangées d’anges ; 12

[3] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/195-196) et e-durar e-saniya (10/245-246).

[4] Voir : kashf e-shubhataïn de Sulaïmân ibn Sahmân (p. 75-76).

[5] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (5/510).

[6] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (5/510).

[7] Voir : e-durar e-saniya (1/34).

[8] El intisâr li hisb Allah el muwahhidîn (p. 16-18) ; voir également : e-durar e-saniya (12/72-73) et (12/85). Je reviendrais plus tard in shâ Allah sur ce discours Abâ Btîn qui peut poser problème pour un lecteur non averti.

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article
15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 16:07

copiedephotodroite7

 

 

Les conditions du takfîr

(Partie 1)

 

Que les Prières et les Salutations d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed ainsi que sur sa famille et tous ses Compagnons ! 

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

Introduction

 

Les kharijites se caractérisent pour sortir les auteurs des grands péchés de la religion, mais aussi pour kaffar sans condition les musulmans ayant commis une annulation de l’Islam. Ils appliquent sans distinction des règles générales sur tous les cas particuliers possibles ou presque. Ils ne prêtent pas attention aux conditions et aux restrictions du takfîr, qui sont pourtant indispensables dans un domaine aussi grave. Certaines tendances kharijites poussent l’obsession jusqu’à ne pas considérer la contrainte comme une excuse. Les shurrâ en effet n’accordaient aucune excuse aux qa’diya qui prétextaient pourtant avoir été retenus par la contrainte et l’incapacité à prendre les armes. La mouvance e-takfîr wa el hijra, l’un des portes-flambeaux du takfîr contemporain, s’inscrit dans leur continuité.

 

Celle-ci ne donne aucune importance à la  contrainte. Lorsqu’elle était encore à ses balbutiements, elle fut confrontée à un cas de conscience. Sous la pression de l’État égyptien qui lui somma de déposer les armes, elle se divisa en deux groupes ; les uns se rendirent tandis que les autres ne se laissèrent pas impressionner par la menace qui pesait sur leur tête. Ils allèrent jusqu’à kaffar ceux qui obtempérèrent, malgré la disproportion des forces. Pour eux, l’Islam n’admet aucune contrainte. Personne n’a le droit de faire la moindre complaisance à l’égard des Pouvoirs en place sous peine de sortir de la religion, même si c’est pour sauver sa vie.[1]

 

Quant aux traditionnalistes, ils tiennent compte des conditions à remplir et des restrictions à exclure avant de se prononcer sur un cas particulier. Avant de condamner une personne de kâfir, ils prennent en considération deux paramètres :

1-                  L’énoncé explicite des Textes que telle parole ou tel acte relève du kufr.

2-                 Que le statut en question (takfîr) soit applicable à une personne en particulier de sorte que les conditions pour le faire soient remplies et que toute restriction y faisant obstacle soit exclue.[2]

Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî explique que les textes sur la menace/promesse divine sont incontestables, mais que ceux-ci réclament dans la pratique des conditions à remplir avant de pouvoir les appliquer sur un cas précis. En règle générale, le Paradis est promis au monothéiste et interdit au polythéiste comme le stipule le consensus des anciens et des grandes références de l’Islam. Cependant, une même personne peut être partagée entre ces deux états. D’un côté, elle mérite la récompense, mais d’un autre côté, elle mérite le châtiment. Allah se comportera envers elle avec justice ou miséricorde.[3]

 

Il est donc indispensable de connaitre ces conditions que nous présentons comme suit :

 

1- L’acte commis doit relever du kufr sans la moindre contestation possible

 

Cette condition est valable pour le statut d’un acte dans l’absolu, mais aussi pour un cas particulier. L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb rappelle que, contrairement aux allégations de ses détracteurs, on ne peut kaffar une personne ayant adhéré à l’Islam avec certitude sur une simple présomption.[4] L’acte en lui-même doit clairement entrer dans les annulations de l’Islam. Il ne convient pas de sortir quelqu’un de l’Islam en raison des implications de son discours.[5] Contrairement à certaines idées reçues, certains actes ne sont pas à mettre sur le compte de l’apostasie.[6]

 

2- L’accusé doit être responsable, pubère et sain d’esprit

 

L’enfant, le fou, et la personne ayant agi sous la contrainte ne sont pas concernés par la peine capitale.[7]

 

3- L’accusé doit agir en toute âme et conscience

 

Aux yeux d‘Abd e-Latîf, il faut distinguer entre vouloir intentionnellement sortir de la religion (ce que nous appelons irâda el kufr) et avoir l’intention de faire un acte, qui lui, fait sortir de la religion (ce que nous appelons qasd el fi’l).[8]

 

Il faut savoir qu’il existe trois sortes d’intentions (qasd) :

 

1-      La volonté parfaite (el irâda el jâzima), qui correspond au qasd el fi’l. Ainsi, quand on fait un acte sans intention de le faire, on entre dans le domaine de l’erreur que le Législateur prend en considération dans les questions des restrictions au takfîr. Ex. : marcher involontairement sur le Coran.

2-      Le libre choix (el ikhtiyâr) dans le sens où la personne choisit délibérément de faire un acte d’apostasie. Il est antonyme de la contrainte qui est également une restriction au takfîr.

3-      La croyance (el i’tiqâd), qui correspond à irâda el kufr qui n’a aucune influence sur le jugement d’un cas particulier. Autrement dit, peu importe qu’on ait l’intention ou non de sortir de l’Islam en prononçant ou en commettant du kufr.[9]

 

En conclusion à nawâqidh el islâm, L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb établit que : « Il n’y a pas de différence pour ces dix formes d’annulations de la foi, entre ceux qui commettent l’une d’entre elles sérieusement, par amusement, ou par crainte. Commettre l’une d’entre elles sous la contrainte est la seule excuse valable. Elles représentent toutes autant qu’elles sont, le plus grand danger qui soit, bien qu’au même moment, elles sont les formes d’apostasie les plus répandues. Le musulman doit donc être sur ses gardes et craindre vivement de sombrer dans l’une d’entre elles. Qu’Allah nous préserve des actes qui entrainent Sa Colère et Son châtiment douloureux ! »

 

Cependant, et ce point est d’une extrême importance, il souligne ailleurs qu’on ne peut contraindre quelqu’un à croire à quelque chose. On ne peut que le contraindre à dire ou à faire quelque chose.[10] Celui qui commet une annulation de l’Islam pour des vulgaires raisons matérielles n’échappe pas à ce jugement.[11] Même la simple appréhension, voire la peur qui n’atteint pas le degré de contrainte (la peur de perdre ses biens, sa richesse, ses privilèges, etc.) ne sont pas prises en considération.[12]

 

‘Abd e-Latîf explique qu’une erreur ne rend pas forcément mécréant (kâfir), pervers (fâsiq) ou désobéissant (‘âsî).[13] Et cela, conformément au Verset : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[14] Ce dernier donne la position de son arrière grand-père sur le sujet : « Sheïkh Mohammed – Allah lui fasse miséricorde – fait partie de ceux qui font preuve de plus de délicatesse et de précaution dans les questions du takfîr ; à tel point qu’il n’est pas formel sur takfîr d’un ignorant qui invoque quelqu’un en dehors d’Allah, parmi les habitants du royaume des morts ou autres, dans la situation où il n’a personne pour lui donner le bon conseil et pour lui faire parvenir la vérité faisant autorité contre tout dissident. »[15]

 

4- L’accusé doit avoir conscience qu’il s’oppose aux textes qui est encore une autre question qu’irâda el kufr

L’erreur d’interprétation (ta-wîl), qui est une forme d’ignorance mue notamment par un manque de compréhension, peut faire obstacle au takfîr. L’opinion de certains innovateurs implique de renier les textes, ce qui relève en soi de la mécréance, mais nous ne taxons pas leur auteur de kâfir, car il est possible qu’une restriction fasse obstacle à notre jugement ; des restrictions comme l’ignorance, la méconnaissance du texte en question ou de ses arguments. Les Lois divines ne sont pas imposables aux hommes avant qu’elles ne leur soient parvenues.[16]

 

L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb est l’auteur des paroles suivantes : « Le musulman qui fait un effort d’interprétation (mujtahid) peut prononcer des paroles de kufrsans le savoir. Si après qu’on l’ait averti de son erreur, il se repend sur le champ, il ne devient pas mécréant… »[17] Ce dernier fait la distinction entre ne pas connaitre le vrai sens d’une parole qu’on prononce et ne pas savoir qu’elle fait sortir de l’Islam. Si la première forme d’ignorance est excusable, ce n’est pas le cas pour la deuxième.[18] Son petit-fils, ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan a des paroles qui vont dans ce sens.[19] C’est la raison pour laquelle, les savants établissent que le nouveau converti qui renie l’aspect obligatoire des actes d’adoration ne sort pas de la religion, sauf s’il persiste dans l’erreur, pour une raison ou pour une autre,  après avoir été averti.

 

À suivre…

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

 

 



[1] Voir : shubuhât e-takfîr du D. ‘Omar Quraïshî (p. 397).

[2] Voir : El qawâ’id el muthlâ fî Sifât Allah wa Asmâihî de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (p. 88) et minhâj e-ta-sîs (p. 186).  

[3] El qawâid wa el usûl el jâmi’a (p. 36-37).

[4] E-rasâil e-shakhsiya inclues dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (3/2/13-14).

[5] Voir : mish e-zhalâm d’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 371).

[6] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/310-311).

[7] E-durar e-saniya (7/430).

[8] Voir : mish e-zhalâm (p. 369).

[9] Voir : ‘âridh el jahl de Râshid e-Râshid (p. 125-126).

[10] E-durar e-saniya (1/64-65).

[11] majmû’a rasâil fî e-tawhîd wa el îmân inclues dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (6/260 et 263).

[12] E-durar e-saniya (8/136).

[13] Manhaj e-ta-sîs wa e-Taqdîs (p. 75-75).

[14] La vache ; 286

[15] Minhâj e-Ta-sîs wa e-Taqdîs (p. 98-99).

[16] Kashf e-shubhataïn  (p. 83).Voir également : Kashf el awhâm wa el iltibâs d’ibn Sahmân (p. 48).

[17] Kashf e-shubuhât (p. 24).

[18] Fatâwa wa masâil inclues dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (2/3/39).

[19] Voir : majmû’e-rasâil wa el masâil (4/370).

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article
14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 07:23

chute-magnifique

 

 

Ibn Taïmiya et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 7)

 

L’excuse de l’ignorance dans le domaine de la divinité divine

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit : « Quiconque attribue à un autre qu’Allah ce qui n’appartient qu’à Lui est également un mécréant si la preuve céleste considérant comme mécréant tous ceux qui la délaissent est établie contre lui. »[1]

 

« Si quelqu’un se voit établir la preuve contre lui pour avoir commis ce fameux shirk, et qu’ensuite il continue à le faire, il incombe de le mettre à mort et de lui réserver le même traitement que les païens ; il ne faut pas l’enterrer dans un cimetière musulman ni prier préalablement sur lui. Quant à l’ignorant qui n’a reçu aucun savoir (sur le sujet) et qui ne pénètre pas la substance du shirk pour lequel le Prophète (r) fit verser le sang des païens, on ne peut le taxer d’apostat (lâ yuhkam bi kufrihi). »[2]

 

« Quiconque croit que son Sheïkhpourvoit à ses besoins, qu’il le soutient, le guide, lui apporte son secours et son aide ; ou qui, parfois, lui voue l’adoration, des invocations et des prosternations ; ou qui le préfère au Prophète (r) soit dans l’absolu soit en lui reconnaissant certaines distinctions qui le rapprocheraient davantage du Seigneur ; ou que lui ou son Sheïkh sont exempts de suivre le Prophète (r) ; tous ces types d’individus sont des mécréants s’ils affichent ces croyances ou des hypocrites s’ils les tiennent secrètes.

 

Si ces types d’individus sont nombreux à notre époque, c’est parce que ceux qui prêchent le savoir et la foi se font rares et que les traces de la Révélation se sont estompées dans la plupart des pays. La plupart de ces gens-là n’ont pas un héritage suffisant de la Révélation pour leur permettre de connaitre le bon chemin. Beaucoup d’entre eux n’y ont pas accès. Lors des périodes d’affaiblissement ou d’intervalle entre les révélations (fatarât) et les endroits qui accusent ce phénomène, l’individu est récompensé pour la foi infime qu’il détient. Allah pardonne plus facilement à celui qui n’a pas reçu la hujja qu’à celui qui l’a reçue, comme en témoigne le fameux hadîth : « Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?

-           Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[3]

 

En principe, toute parole qui relève de la mécréance, selon le Livre d’Allah, la sunna et le consensus des savants, est jugée ainsi dans l’absolu (qawl yutlaq), comme le prouvent les arguments textuels ; la foi fait partie des lois qui émanent d’Allah et de son Messager. Elle n’est pas laissée à l’initiative des hommes laissant libre court aux passions et aux suspicions. De plus, toute personne disant ces paroles n’est pas nécessairement un kâfirsans remplir les conditions ni écarter toute restriction possible pour le devenir. »[4]

« Quiconque s’oppose aux enseignements établis par le Coran et la sunna devient soit un mécréant, soit un pervers, soit, un désobéissant, sauf si c’est un croyant s’étant trompé suite à un effort d’interprétation. Il a droit à une récompense pour son effort, et son erreur lui est pardonnée. Il a droit à la même excuse s’il n’a pas reçu le savoir nécessaire ayant fonction d’établir la preuve céleste contre lui. Allah révèle en effet : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[5] Cependant, si la preuve céleste émanant des textes du Coran et de la sunna est établie contre lui, et qu’il s’y oppose ensuite, il devra recevoir la punition correspondante à son cas, et pouvant aller jusqu’à la mise à mort. »[6]

 

Il n’omet pas de dire un mot sur ceux qui embrassent le sol et qui s’inclinent devant leurs Sheïkh : « En étant convaincu qu’il s’agit d’actes religieux et dévoués à Dieu, on est un vulgaire menteur égaré. Il incombe d’expliquer au fautif que ces actes ne sont ni religieux ni dévoués à Dieu ; s’il persiste dans son erreur, on lui somme alors de se repentir sous peine de mise à mort. »[7]

 

Ibn Taïmiya établit dans l’un de ses ouvrages qu’il n’est pas pertinent d’interpréter les paroles d’un auteur d’une autre façon que selon ses propres intentions.[8] Cela revient en effet à mentir sur lui qu’on en ait conscience ou non. Pour mieux comprendre ses passages ambigus, il incombe de regrouper tout son discours ; c’est en tout cas, ce que réclame la rigueur scientifique. Que dire alors si le passage sur lequel règne la polémique, comme c’est le cas ici, est clair comme l’eau de roche. Il parle de lui-même. Que dire encore si les savants venus après lui qui, de surcroit, sont spécialistes de ses ouvrages reprennent à leur compte ce fameux passage et se chargent de l’éluder. Passage que nous reproduisons ici en entier tant celui-ci est éloquent. Sheïkh el Islam a dit : « Quant à ces ignorants, comparables aux païens et aux chrétiens, ils s’inspirent de hadîthfaibles ou inventés, de citations de savants qui ne font pas autorités, ou qui leur sont mensongèrement imputées, ou tout simplement qui sont des erreurs de leur part…

 

Je ne connais personne ayant rapporté une annale d’un savant de référence autorisant d’invoquer une créature. Certes, certains dévots comme le poète Sheïkh Yahyâ e-Sarsarî[9] et Sheïkh Mohammed ibn e-Nu’mân,[10] auteur de kitâb el mustaghîth bi e-Nabî fî el yaqazha wa el manâm, en vantent les vertus dans leurs ouvrages.

Certes, ces gens-là sont des pieux et des religieux, mais ils n’ont aucun lien avec les savants qui sont à même de pénétrer les intentions du Législateur. C’est de ces derniers que l’on prend les enseignements de la religion, car experts en Loi (le licite et l’illicite). Quant à ces dévots, ils ne se basent sur aucune preuve textuelle ni même une parole d’un savant de référence. Leurs pratiques sont plutôt à mettre au compte de l’usage. Beaucoup de gens, en effet, ont pris l’habitude de se tourner vers leurs Sheïkh dans les moments difficiles pour lui solliciter son aide.

Je connais personnellement certains Sheïkhconnus pour leur ascétisme et leur piété, s’avancer solennellement vers la tombe d’Abd el Qâdir pour lui implorer le secours.

Cette pratique est courante chez beaucoup de gens. Lorsqu’on attira l’attention de certains émérites parmi eux, ils revinrent tout de suite à la raison et comprirent que leur pratique n’avait rien à voir avec l’Islam, mais qu’elle était plus comparable à l’adoration des idoles. Il est connu de façon élémentaire que le Prophète (r) n’a jamais légiféré à sa communauté d’invoquer qui que ce soit parmi les morts : Prophètes, gens pieux, etc. ni à travers la formule d’el istighâtha (appel au secours) ou autre ni à travers la formule d’el isti’âna(appel au soutien) ou autre. Il n’a pas légiféré non plus à sa communauté de se prosterner pour un mort ou en sa direction, etc. Nous savons plutôt qu’il (r) a formellement interdit ce genre de pratiques qu’il a jugées comme relevant de l’association interdite par Allah et Son Messager.

 

Néanmoins, en raison de l’ignorance prépondérante, du nombre restreint de personnes initiées aux traces de la Prophétie parmi les dernières générations, nous ne pouvons pas condamner facilement les gens d’apostats pour ces raisons ; pas avant de les avoir mis au courant des enseignements du Messager stipulant la non-pertinence de leurs pratiques.C’est pourquoi, je n’ai jamais démontré ce point à des personnes imprégnées de l’Islam sans qu’elles ne se remettent en question en disant : c’est le principe même de la religion. Certains grands doyens expérimentés parmi nos amis disaient : c’est la plus grande chose que tu ais pu nous expliquer, car ils avaient pleine conscience que cela concernait le principe élémentaire de la religion. »[11]  

 

L’erreur d’interprétation dans le shirk akbar

 

Sheïkh Ahmed ibn ‘Abd el Halîm établit : « Il incombe d’interdire toute adoration qui n’est pas en vigueur ; si, en étant au courant de son interdiction, on la fait quand même, on mérite la punition, mais, sans en être au courant, ce n’est pas le cas. En outre, on peut croire qu’elle est légiférée, dans ce cas, on mérite une récompense, à condition qu’elle ait une origine dans les textes. En revanche, tout acte qui relève de l’association n’a aucune origine textuelle. Néanmoins, la chose peut être confuse aux yeux de certains qui pensent que sous certaines formes, elle soit légiférée. On ne peut pas dire qu’ils soient des savants mujtahidqui eux ne sortent jamais des preuves légales dans leur réflexion, contrairement à l’association qui n’a aucune origine textuelle. Malgré tout, celle-ci peut être motivée par un effort d’interprétation qui revient à suivre aveuglément les Sheïkh et les savants qui s’adonnent à ce genre de pratique. Ces derniers sont motivés par différentes raisons ; ils peuvent penser par expérience qu’elles sont utiles ou ils peuvent être induits en erreur par un faux hadîth.

 

Dans la mesure où la preuve céleste n’est pas établie contre eux, ils ne méritent pas d’être châtiés. Quant à être récompensé, c’est encore un autre sujet. Ils sont en effet relativement plus louables que les autres, mais sans n’avoir la récompensé prévue pour les actes de dévotion, étant donné que ce genre de pratiques n’a aucune origine textuelle. »[12] 

 

Renier un point élémentaire de la religion est en principe inexcusable

 

ibn Taïmiya établit dans un passage : « Quiconque renie l’aspect obligatoire de certaines obligations notoires (ou pratiques) communément transmises (mutawâtir), comme les cinq prières, le jeûne du ramadhan, le pèlerinage à la Maison Sacrée ; ou l’interdiction de commettre certains péchés notoires et communément transmis, comme la perversité, l’injustice, le vin, les jeux de hasard, l’adultère, etc. ; ou qui conteste certaines choses licites dont la légitimité est notoire et communément transmise comme le pain, la viande, le mariage ; c’est un mécréant apostat qui doit être mis à mort s’il refuse de se repentir. »[13]

 

Même dans ce domaine, la chose est relative : celle-ci varie en fonction des endroits, des époques et des personnes

 

Pour preuve, il soutient dans un autre passage : « On ne peut taxer d’apostat (kaffar) un cas particulier avant l’iqama et hujja, comme celui qui renie l’aspect obligatoire de la prière, la zakat, et qui autorise moralement le vin, l’adultère en faisant une erreur d’interprétation (ta-awwal)… comme l’ont fait les Compagnons avec ceux qui s’étaient autorisés le vin. »[14]

 

Ailleurs, il est plus explicite : « Le fait qu’une question soit connue de façon élémentaire par tous les musulmans est, somme toute, relatif. Le nouveau converti et le Bédouin vivant loin des villes peuvent n’en avoir aucune connaissance, avant de pouvoir parler de connaissance élémentaire. Bon nombre de savants savent de façon élémentaire que le Prophète (r)a fait la prosternation de l’oubli, qu’il a jugé que le prix de sang devait être versé par le clan du meurtrier, qu’il a jugé que l’enfant naturel était affilié au lit, etc. Certes, les spécialistes connaissent ces points de façon élémentaires, mais, au même moment, la plupart des gens n’en ont jamais entendu parler. »[15]

 

« C’est pourquoi, si un homme qui se convertit ne sait pas que la prière est obligatoire, ou que le vin est interdit, il ne devient pas mécréant en croyant le contraire, et, mieux, il ne mérite aucun châtiment, pas avant que la preuve prophétique ne lui soit parvenue. »[16]

 

Wa Allah a’lam !

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

  

 

 

    

 

 

 

 



[1] Majmû’ el fatâwa (1/112) et e-rad ‘alâ el bakrî (p. 214).

[2] Jâmi’ el masâil (3/151).

[3] Rapporté par ibn Mâja (4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (87).

[4] Majmû’ el fatâwa (35/164-165).

[5] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[6] Majmû’ el fatâwa (1/113).

[7] Majmû’ el fatâwa (1/372).

[8] Voir : el jawâb e-sahîh (4/44).

[9] Poète soufi ultra hanbalite (m. 656 h.).

[10] Maitre soufi ultra malékite  (m. 656 h.).

[11] El istighâtha (2/731).

[12] Majmû’ el fatâwâ (20/32-33).

[13] Majmû’ el fatâwâ (11/405).

[14] Majmû’ el fatâwâ (7/619).

[15] Majmû’ el fatâwâ (13/118).

[16] Majmû’ el fatâwâ (11/407).

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article
13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 08:28

chute-magnifique

 

 

Ibn Taïmiya et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 6)

 

Bien qu’aléatoires, les termes usûl et furû’ ne sont pas condamnables en eux-mêmes !

 

L’homme qui rendit l’âme dans les murs de sa prison est l’auteur des paroles : « Si tu sais que l’expression usûl e-dîn, dans le vocabulaire de ses instigateurs est une notion vague et floue, car renfermant une conception élastique qui varie en fonction des contextes et des spécialités dans lesquels elle est utilisée ; tu te rendras compte que le vrai usûl e-dîn pour Allah, Son Messager, et Ses serviteurs croyants fut hérité, en réalité, du Messager. »[1]

 

« De nombreux imams des différents groupes, comme les légistes, les traditionnistes, et les soufis (y), bien qu’au niveau des furû’, ils suivent différentes écoles, tous revendiquent être conformes au niveau des usûlou de la sunna, la tendance d’Ahmed ibn Hanbal. »[2]

 

« Là où nous voulons en venir ici, c’est que les procédés utilisés par le Coran pour éclairer les arguments et les questions dans les usûlet les furû’, sont d’une extrême perfection. »[3]

 

Ainsi, ces deux termes s’étant vulgarisés dans quasiment toutes les spécialités de la religion, et, de surcroit, pouvant revêtir une bonne connotation, il n’y a pas de raison à ne pas les utiliser. D’autant plus, qu’il est même possible, aux yeux d’ibn Taïmiya, d’utiliser des termes hérétiques par condescendance, et si l’intérêt le réclame. C’est le cas par exemple quand on s’adresse à des personnes qui ne connaissent que ce vocabulaire.[4] Que dire alors si l’on sait que ces deux termes trouvent leur légitimité dans les textes ! Le tout est de bien les délimiter et de les orienter. Ibn Taïmiya s’en charge en offrant une distinction d’une extrême cohérence et d’une imparable précision entre les notions d’usûl et de furû’.

 

Qu’on en juge : « En réalité, toute question évidente entrant dans chacun de ces deux domaines (théorique et pratique) entre dans les usûl ; et toute question subtile entre dans les furû’. Connaitre le caractère obligatoire des cinq piliers de l’Islam, le caractère prohibé des interdictions évidentes et communément transmises ; comme savoir, parmi les questions dogmatiques évidentes et communément transmises, qu’Allah est capable de faire toute chose, qu’Il est Omniscient, qu’Il est Entendant, Voyant, que le Coran est Sa Parole, etc.

 

C’est pourquoi, en reniant les lois pratiques que nous avons citées, et sur lesquelles règne un consensus, on devient un mécréant, au même titre que celui qui renie l’une de ces questions dogmatiques… »[5]

 

La classification usûl/furû’ est tout simplement illégitime dans le domaine du takfîr[6] 

  

Puis, il enchaine : « Il est même possible qu’il soit plus imposé de reconnaitre certaines lois pratiques que les lois dogmatiques. C’est même le cas pour la plupart des questions ! Il suffit, en effet, d’avoir une connaissance générale des questions dogmatiques qui touchent à la foi en Dieu, Ses anges, Ses Livres, Ses messagers, à la vie après la mort, et au destin qu’il soit bon au mauvais.

 

Quant aux obligations religieuses, il incombe d’en avoir une connaissance approfondie, car c’est le seul moyen de les mettre en pratique… » [7]

 

Ibn Taïmiya insiste sur le fait que les compagnons ne faisaient pas la différence entre les usûl (dont le shirk akbar fait partie) et les furû’ pour les erreurs d’interprétation.

 

Voici ses paroles : « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’atazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. »[8]

 

Il explique ailleurs : « Quant à moi, - ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier d’apostat, de pervers, ou de désobéissant sauf s’il devient certain que la preuve prophétique a été fournie contre elle (qâmat el hujja e-risâliya) de sorte que toute personne qui les contredit soit condamnable d’être soit apostat, soit pervers ou soit désobéissant. J’ai par ailleurs établi qu’Allah pardonne les erreurs commises par les membres de cette communauté : Cela concerne aussi bien les erreurs qui relèvent des masâil el khabariya el qawliya (el usûl pour certains ndt.)que les masâil el ‘ilmiya(el furû’ pour certains ndt.). Les anciens se divisent encore sur ces questions. Personne n’a condamné l’un d’entre eux au kufr, au fisq ou à la ma’siya (…) j’expliquais que les paroles des anciens et des grandes références qui parlent du takfir el mutlaq en disant : celui qui fait telle et telle choses est un kafir ; j’expliquais qu’elles étaient justes, mais qu’il incombait également de faire la différence entre le mutlaq (le cas général) et le mu’ayin (le cas particulier). »[9]

 

L’excuse de l’ignorance dans le domaine des Noms et Attributs divins

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit : « Selon la tendance de certains adeptes du Kalâm, ce sont les Attributs reconnus par la raison qu’il incombe de reconnaitre et de vouer à la mécréance celui qui les délaisse. En cela, ils ont une autre approche avec les Attributs reconnus par les textes que soit, ils renient, soit ils interprètent soit ils remettent leur sens à Dieu, ou soit, tout simplement, ils les reconnaissent. Cependant, ils considèrent que la foi et la mécréance sont liées aux Attributs rationnels. Or, cette conception n’a aucune origine chez les anciens et les grandes références de la communauté ; la foi et la mécréance sont des lois qui émanent uniquement de la Révélation, et des preuves légales permettant de distinguer entre le croyant et le mécréant, non à partir de simples preuves rationnelles. »[10]

 

« C’est pourquoi, selon la bonne opinion, on peut ignorer certains Noms et Attributs divins sans devenir mécréant, dans la mesure où on reconnait dans l’ensemble, les enseignements du Messager (r). Cependant, il est possible qu’on n’ait pas accès à certains éléments qu’il incombe de connaitre, et qui vouent à la mécréance celui qui les ignore, alors qu’il est censé les connaitre. »[11]

 

En parlant de l’homme qui avait recommandé d'éparpiller ses cendres après sa mort : « Cet homme pensait qu’Allah n’aurait aucun pouvoir sur lui, et qu’il ne pourrait pas rassembler ses cendres une fois éparpillées. Chacune de ces deux croyances (renier le Pouvoir d’Allah et la résurrection des corps) est une mécréance en elle-même, mais malgré sa foi en Dieu et à Ses Commandements et la crainte qu’il avait de Lui, il ignorait ce point, et s’était égaré et trompé dans sa conception. Mais, Allah le lui pardonna…

Dans le pire des cas, cet homme n’était pas au courant de tous les Attributs qui revenaient à Allah. Il ne connaissait pas le Pouvoir d’Allah dans ses détails. De nombreux croyants peuvent également les ignorer, mais sans devenir des mécréants pour autant. »[12]

 

Parmi les preuves textuelles appuyant cette question, nous avons le long hadîthd’Âisha dans lequel, le Prophète la réprimanda en ces termes : « Pensais-tu vraiment que tu pouvais cacher quelque chose à Allah et à Son Messager ?

-          Allah connait-il tous les secrets que les hommes cachent en eux ?

-          Oui,lui assura-t-il. »[13]

 

En commentaire à ce hadîth, le Sheïkh damascène souligne : « ‘Âisha, la mère des croyants interrogea le Prophète (r) en ces termes : « Allah connait-il tous les secrets que les hommes cachent en eux ? 

-          Oui,lui assura-t-il, en réponse. »

Cela signifie qu’elle ne le savait pas. Pourtant, avant d’avoir été mise au courant qu’Allah connaissait tout ce que les hommes pouvaient cacher en eux, elle n’était pas mécréante. Reconnaitre ce point, avant que la preuve céleste soit établie, compte parmi les fondements de la foi ; en le reniant, on n’est pas différent de celui qui renie Son Pouvoir sur toute chose. Bien qu’au même moment, cela n’a pas empêché son mari de la réprimander, car elle le méritait pour la faute qu’elle avait commise. Il la taquina du doigt avant de s’écrier : « Pensais-tu vraiment que tu pouvais cacher quelque chose à Allah et à Son Messager ? »

 

Ce principe, nous l’avons détaillé dans d’autres endroits, mais retenons qu’une parole peut effectivement relever de la mécréance, mais cela ne fait pas, pour autant, celui qui la prononce, un mécréant ; nous ne pouvons pas le juger ainsi avant que ne lui soit parvenu le savoir à même d’établir contre lui la preuve céleste vouant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. »[14]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/41).

[2] Bayân talbîs el jahmiya (2/92).

[3] Majmû’ el fatâwa (2/8).

[4] Voir : Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (2/554-555).

[5] Majmû’ el fatâwa (6/56-57).

[6] En annotation à ‘âridh el jahl (p. 97) de Râshid e-Râshid, Sheïkh el Fawzân souligne qu’ibn Taïmiya condamne cette classification dans les questions du takfîr, non qu’elle n’ait aucune origine dans la religion.

[7] Majmû’ el fatâwa (6/57).

[8] Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[9] Majmû’ el fatâwâ (3/229).

[10] Majmû’ el fatâwâ (3/328).

[11] Majmû’ el fatâwâ (7/538).

[12] Majmû’ el fatâwâ (11/409-411), (2/231), (12/491), et el istiqâma (1/163-165).

[13] Rapporté par Muslim (103).

[14] Majmû’ el fatâwâ (11/412-413).

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article
12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 08:54

chute-magnifique

 

 

Ibn Taïmiya et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 5)

 

Des exemples de mauvaise interprétation dans les rangs des anciens

 

Abd Allah, le fils d’ibn ‘Abd el Wahhâb nous fait un résumé de la position d’ibn Taïmiya sur les erreurs d’interprétation : « Certains textes scripturaires démontrent qu’Allah ne châtie pas pour une erreur commise par un adepte de notre communauté. D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir. « Après ma mort, brûler ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

-           C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[1]

 

Ce hadîth a été certifié par plusieurs voies que rapportent un certain nombre de Compagnons…

 

Cet homme en question doutait et ignorait qu’Allah (I) avait le Pouvoir de le reconstituer ; il avait alors recommandé à sa famille d’éparpiller ses cendres. Pourtant, cet homme était dans l’ensemble, un croyant. Il croyait, dans l’ensemble, au dogme de la Résurrection ; soit qu’Allah allait rétribuer les hommes en bien ou en mal après leur mort. Cette croyance est une bonne œuvre en elle-même. Elle intercéda en sa faveur lorsqu’Allah décida de lui pardonner. Son erreur fut mise au compte de la peur extrême ; en sachant que de nombreux adeptes de notre communauté commettent des erreurs de ce genre.

 

Pourtant, les savants s’accordent à ne pas kaffarpour les erreurs commises par les musulmans. Par exemple, certains Compagnons contestaient que les morts puissent entendre. D’autres contestaient que le voyage nocturne ait eu lieu à l’état d’éveil.

 

Shuraïh el Qâdhî, quant à lui, il contestait la lecture [bel ‘ajibtû wa yaskharûn][2] ; en ayant Allah pour sujet du verbe ‘ajiba (s’étonner, se réjouir, plaire à ndt.), sous prétexte qu’Allah ne pouvait s’étonner de quelque chose. Quand Ibrahim e-Nakha’î eut écho de son opinion, il eut la réaction suivante : « Shuraïh est un poète imbu de son savoir, mais ‘Abd Allah, qui est plus érudit que lui, lisait : [bel ‘ajibtû wa yaskharûn] (au lieu de ‘ajibta ndt.). »

 

Ce fameux Shuraïh contestait une lecture pourtant reconnue, et qui plus est, un Attribut confirmé par le Coran et la sunna. Or, à l’unanimité des musulmans, Shuraïh compte parmi les grandes références de la Nation. »[3]

 

Donner une excuse à une erreur d’interprétation ne veut nullement dire qu’on la cautionne

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit : « Certains peuvent aller jusqu’à autoriser moralement certaines boissons enivrantes suite à une erreur d’interprétation, à l’exemple des habitants de Koufa. Cette autorisation morale qui ne sort pas du cercle de l’effort d’interprétation, mais qui conduisit à l’erreur des croyants ayant à leur actif des actions énormes est pardonnée par Allah ayant répondu à l’invocation : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[4] Certains ont autorisé moralement certaines formes d’usure, d’autres ont permis d’écouter la musique, et d’autres enfin, ont autorisé à verser le sang des musulmans. De tels errements venant de grands croyants, sont à mettre au compte soit des péchés effacés par les malheurs, ou tout simplement pardonnés, soit au compte des erreurs pardonnées. Malgré cela, il incombe de mettre en lumière les enseignements du Coran et de la sunna qui incarnent le droit chemin et la vraie religion ; puis, de l’ordonner aux gens et de l’interdire en fonction des moyens. »[5]

 

L’erreur d’interprétation des personnes non habilitées à en faire

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit en parlant des chants soufis : « Les auteurs de ces initiatives sont relativement des élus d’Allah, des pieux et des dévots, qui les placent au-dessus de tous ceux qui n’atteignent pas leur niveau. En cela, ils ne sont pas pires (ou pas meilleurs ndt.) que l’élite des anciens qui participèrent aux guerres intestines, et ceux qui autorisèrent moralement certaines boissons enivrantes, l’intérêt (ribâ el fadhl), le mariage provisoire, et de prendre sa femme par-derrière. ‘Abd Allah ibn el Mubârak est l’auteur des paroles : « Un homme ayant un grand passé dans l’Islam et ayant laissé une bonne trace, peut très bien être l’auteur d’un écart et d’une faute dans lesquels il ne faut pas le suivre. » L’erreur provient soit en autorisant moralement un interdit suite à un effort d’interprétation, soit en délaissant une obligation pour la même raison, soit en changeant un acte interdit en rituel, à l’exemple des guerres intestines qui furent considérées par les deux côtés comme un acte obligatoire, voire recommandé…

 

Ainsi, l’erreur d’interprétation a lieu dans les cinq degrés de la loi : d’un côté, en changeant l’obligatoire en recommandé, permis, déconseillé, ou interdit ; et d’un autre côté en changeant l’interdit en déconseillé, permis, recommandé, ou obligatoire. »[6]

 

Quoique cette question mérite de plus amples détails. Ibn Taïmiya entre dans des considérations complexes qu’il serait bien de mettre en lumière dans une étude à part, in shâ Allah !

 

Certaines erreurs d’interprétation sont inacceptables

 

Ce point, qui est également d’une extrême complexité, mériterait également, à la lumière des paroles d’ibn Taïmiya une étude à part. C’est pourquoi, nous le reportons à plus tard in shâ Allah. Mais, dors et déjà, l’un des paragraphes précédents nous met sur la voie. Il s’agit de celui ayant pour titre : Le statut des suiveurs des sectes hérétiques qui s’opposent aux grands fondements de la religion comme les soufis ultra.

 

Il incombe pour les questions d’iqâma el hujja de dissiper toute conception erronée et ambigüe

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit : « C'est pourquoi je disais aux jahmites panthéistes et négateurs qui reniaient qu’Allah (U) fût sur Son Trône à l’époque où leur fitna commença ; que si j’avais été l’auteur de vos paroles, j’aurais été un kâfir. Moi, en effet, je sais pertinemment que vos paroles relèvent de la mécréance, mais, à mes yeux, vous n’êtes pas des kuffarétant donné que vous êtes des ignorants. Je m’adressais ainsi à leurs juges, leurs savants, leurs Sheïkh et leurs émirs. À l’origine, leur ignorance provient des arguments de la pensée, de la part de leurs leaders, qui étaient ambigus, car leur bagage dans le domaine des textes authentiques, qui sont conformes à la raison saine, était léger. »[7]

 

« Perdre la raison est une excuse pour laquelle la plume s’abstient de retranscrire les œuvres. De la même façon, la conception erronée à cause de laquelle on ne peut établir la preuve céleste, peut être une excuse ne serait- ce qu’en apparence. »[8]

 

La définition des usûl : bases ou questions fondamentales de la religion

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit : « Les bases fondamentales de la religion se présentent sous la façon suivante : soit, il s’agit de questions auxquelles il incombe de donner foi, de prononcer verbalement, ou de mettre en pratique. Ex. : les questions qui touchent à l’Unicité, aux Attributs, au destin, à la prophétie, à l’eschatologie (la vie après la mort ndt.), ou toutes les questions qui les démontrent… »[9]

 

Ailleurs, il précise : « Donner foi au caractère obligatoire des obligations apparentes et communément transmises et au caractère prohibé des interdictions apparentes et communément transmises est l’un des plus grands fondements de la foi et des fondements de la religion. »[10] 

 

La distinction entre les usûl et les furû’ (questions subsidiaires de la religion)

 

Sheïkh Taqî e-Dîn établit qu’Allah pardonne au croyant qui qu’il soit, lorsqu’il commet une erreur malgré ses efforts à la recherche de la vérité. Il n’y a pas de différence en cela, entre les questions fondamentales (usûl ndt.) ou subsidiaires (furû’ ndt.) ; cette tendance est celle des Compagnons et de la plupart des grandes références de l’Islam. Ces derniers n’ont jamais fait la différence dans le domaine du takfîr entre les questions fondamentales qui, en les reniant, feraient sortir de la religion, et les questions subsidiaires qui ne feraient pas sortir de la religion celui qui les renie.

 

Puis, il poursuit : « Quant à séparer entre les éléments de la religion en deux ensembles en faisant entrer dans le premier d’entre eux les questions dites fondamentales et dans l’autre, les questions dites subsidiaires ; il faut savoir que cette distinction ne prend son origine ni chez les Compagnons ni chez leurs fidèles successeurs ni chez les grandes références de la religion. Elle provient plutôt des innovateurs, avec les mu’tazilites à leur tête.

 

C’est de ces derniers que s’inspirent les légistes qui en parlent dans leurs ouvrages. Sans compter que cette distinction se contredit elle-même. Nous demandons à ses théoriciens de nous indiquer la limite des questions fondamentales qui vouent toute erreur à la mécréance et la limite des questions subsidiaires !

 

Ils peuvent toujours répondre que les premières représentent les questions dogmatiques et les secondes, les questions pratiques.

Ce à quoi nous répondons : les musulmans se sont divisés sur le sujet de savoir si le Prophète (r) a vu ou non Son Seigneur, si ‘Uthmân est meilleur qu’Ali, sur de nombreuses exégèses du Coran, et sur l’authenticité de certains hadîth ; en sachant que ces divergences relèvent des questions dogmatiques et théoriques. Pourtant, celles-ci n’entrainent aucun takfîr à l’unanimité des savants.

D’un autre côté, le caractère obligatoire de la prière, de l’aumône légale, du jeûne et le caractère prohibé de la débauche, et du vin sont de l’ordre des questions pratiques. Pourtant, à l’unanimité des savants, elles vouent à la mécréance toute personne qui les renie.

 

Ils peuvent aussi vouloir dire que les usûl renferment les questions formelles.

Ce à quoi nous répondons que nombre de questions pratiques sont formelles ; comme il existe de nombreuses questions théoriques qui ne le sont pas. Tout en sachant que la notion de « formel » ou de « probabilité » est relative. Une question peut être formelle pour quelqu’un qui détient de son point de vue une preuve irréfutable ; il peut avoir entendu un texte prophétique et pénétrer parfaitement ses intentions ; au moment où pour un autre cette question n’atteint même pas le degré de probabilité, avant qu’on puisse parler de formelle, étant donné qu’il n’a jamais eu cette preuve entre les mains, ou que, bien qu’il l’en ait connaissance, il remet en question son sens ou son authenticité, ou encore qu’il ne soit pas en mesure d’y puiser le moindre argument. »[11]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (7505) et Muslim (2757).

[2] Les rangées d’anges ; 12

[3] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/195-196) et e-durar e-saniya (10/245-246) ; voir notamment pour ibn Taïmiya : Majmû’ el fatâwâ (11/551).

[4] La vache ; 286

[5] El istiqâma (2/188-189).

[6] El istiqâma (2/219-220).

[7] E-rad ‘alâ el bakrî (2/494).

[8] Majmû’ el fatâwâ (2/486).

[9] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql(1/27).

[10] Majmû’ el fatâwâ (12/496).

[11] Majmû’ el fatâwa (23/346-347) ; voir également : (13/126)  et (19/207-212) ; mais aussi : manhâj e-sunna (5/84-95).

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article
9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 14:49

chute-magnifique

 

 

 

Ibn Taïmiya et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 4)

 

L’erreur est une forme d’ignorance

 

D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah (r) a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir : « Après ma mort, brûler ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

-           C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[1]

 

Dans certains de ses ouvrages,[2] Abû el ‘Abbâs rejoint l’opinion qui, aux yeux d’ibn Hajar el ‘Asqalânî est la plus vraisemblable,[3] et selon laquelle cette homme fut motivée par une peur extrême. Dans d’autres passages, il reprend une autre opinion, et c’est à la lumière de celle-ci qu’il incombe de comprendre sa position sur le ‘udhr bi el jahl.

 

Ce dernier explique notamment : « Cet homme en question croyait qu’Allah (I) n’avait pas le pouvoir de le reconstituer s’il faisait éparpiller ses cendres, ou tout au moins, il en doutait. Il pensait qu’il ne serait pas ressuscité. Or, ces deux croyances sont du kufr, et font sortir de la religion celui contre qui la preuve céleste fut établie. Cependant, il ignorait ce point, et il n’avait pas le savoir suffisant ayant pu dissiper cette ignorance. Il donnait bien foi à Dieu, à Ses commandements (obligations/interdictions), et à Sa promesse (du Paradis ou de l’Enfer). Ce fut ce qui anima en lui la peur de Son châtiment. Une peur qui intercéda en sa faveur, car Allah lui pardonna.

 

Ainsi, toute erreur commise par les croyants au niveau de certaines questions dogmatiques n’est pas pire que cet homme. Ils donnent en effet foi en Dieu et au jour du jugement dernier, et font de bonnes œuvres. Ils méritent tout autant le Pardon divin pour leur erreur, mais ils peuvent aussi être châtiés pour ceux d’entre eux qui faisaient preuve de négligence dans la recherche de la vérité. Et cela, proportionnellement à leur niveau de religiosité. Quant à kaffar un individu sur une simple erreur, c’est une chose de vraiment grave… »[4]

 

 

La négligence dans la recherche de la vérité est un péché, mais sans forcément atteindre le degré de mécréance

 

Sheïkh Taqî e-Dîn établit : « L’erreur peur provenir d’une négligence envers, par exemple, le devoir de suivre le Coran et de lui donner foi, ou elle peut provenir d’une transgression des limites d’Allah en empruntant des sentiers interdits, ou encore d’un penchant vers les passions infondées. Dans ce cas, sous le coup de la menace divine, on est injuste envers soi-même. En revanche, en faisant tous les efforts pour obéir à Dieu et à Son Messager, que ce soit avec le cœur ou dans les actes, et ne recherchant dans ses efforts rien d’autre que la vérité, conformément aux injonctions du Coran et de la sunna, on est excusé pour son erreur. » [5] 

 

« Quant à la question du takfîr, selon la bonne opinion, tout individu de la communauté mohammadienne faisant une erreur suite à un effort d’interprétation ne devient pas mécréant, à condition que son intention soit de parvenir à la vérité. Dans ce cas, son erreur lui est pardonnée. Cependant, dans la situation où, bien qu’on appréhende clairement les enseignements du Messager, on s’en écarte en toute connaissance de cause, pour suivre un autre chemin que celui des croyants, on devient mécréant.

Or, dans la situation où on se soumet à ses passions, tout en faisant preuve de négligence dans la recherche de la vérité, ce qui pousse à parler sans science, on devient un désobéissant condamnable, voire un pervers, sauf si ses bonnes actions prennent le dessus sur ses mauvaises. »[6]

 

L’erreur peut même être gratifiée d’une récompense, à condition qu’elle ne soit pas du shirk

 

Sheïkh Ahmed ibn ‘Abd el Halîm établit : « On peut faire un acte d’adoration interdit par la religion, mais sans qu’on le sache, à condition que cet acte en question ait une origine dans les textes ; par exemple, faire la prière pendant les horaires interdits ; on peut avoir connaissance des textes généraux enjoignant de prier, mais sans savoir que, dans certains horaires, cela soit interdit… Cet acte entre dans le sens général des textes vantant les vertus de la prière, tout en ignorant que d’autres textes l’interdisent sous cette forme-là ; dans ce cas, on est récompensé. Certes, sous un certain angle, cette prière est interdite. Dans la mesure où on ne sait pas que, faite de cette façon, elle est une innovation qu’on élève au rang de rite à l’occasion duquel on se réunit annuellement. Cela revient à, par exemple, inventer une sixième prière journalière.

 

Néanmoins, les actes, qui n’ont aucune origine dans les textes comme l’association, ne rapportent aucune récompense. Certes, Allah ne châtie pas leur auteur avant qu’il ait reçu la preuve prophétique, conformément au Verset : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[7] Néanmoins, s’il est vrai qu’on ne sera pas châtié à cause de ces actes, on n’aura pas droit, pour autant, à une récompense, conformément au Verset : [Nous avons considéré les œuvres qu’ils ont avancées et les avons rendues comme de la poussière éparpillée ].[8] Ibn el Mubârak en fait le commentaire suivant : « Il s’agit des œuvres qui ne sont pas faites pour Allah. » Pour Mujâhid, il s’agit des œuvres qui n’ont pas été acceptées. Allah (I) révèle également : [Voici la parabole de ceux qui ont mécru à Leur Seigneur ; leurs œuvres sont comme des cendres disséminées violemment par le vent].[9]Leurs actes sont complètement annulés et ils ne rapportent aucune récompense. »[10] 

 

L’erreur « involontaire » est une restriction au takfîr

 

« Les erreurs de ceux qui font un effort d’interprétation dans les deux domaines el khabariya (ou furû’ ndt.) et el ‘almiya (ou usûl ndt.) sont pardonnées. »[11]

 

« Il est interdit de taxer un musulman de mécréant pour un péché ou une erreur qu’il a commis… »[12]

 

Ainsi, Allah ne tient pas rigueur de l’erreur et de l’oubli et l’état de mécréance ne peut être constaté avant l’étape d’éclaircissement ou avant d’en fournir les preuves.[13]

 

L’erreur n’est donc pas forcément synonyme de péché

 

Sheïkh Taqî e-Dîn établit : « Les savants font uniquement allusion aux prophètes – que les prières d’Allah soient sur eux – quand ils parlent de la catégorie d’individus qui sont immunisés de persister dans la faute. Cela ne concerne pas les véridiques, les martyrs, et les pieux qui ne jouissent pas de ce privilège. Ces derniers sont capables de faire des péchés qui sont incontestables, mais ils peuvent également être motivés par un effort d’interprétation qui ne leur garantit pas d’avoir raison tout le temps. Quand ils ont effectivement raison, ils reçoivent une double récompense, mais s’ils se trompent ils n’en reçoivent qu’une seule en compensation à leurs efforts. Cela veut dire que ce genre d’erreurs leur est pardonné.

 

À l’inverse des savants, nous avons les égarées pour qui, l’erreur et le péché sont indissociables. Ils peuvent alors avoir deux réactions vis-à-vis des fautifs éventuels : soit ils font preuve d’excès en considérant qu’ils sont parfaits soit ils font preuve de laxisme en pensant que leurs erreurs les rendent injustes. Quant aux savants [modérés], ils disent qu’ils ne sont ni parfaits ni condamnables. »[14]

 

L’erreur d’interprétation (ta-wîl) des personnes habilitées à en faire

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit : « Le  takfîr entre dans le domaine de la menace divine. Il est possible qu’une parole consiste à démentir les enseignements du Messager (r). Cependant, il est possible également qu’elle provienne d’un nouveau converti ou d’un Bédouin vivant loin des villes. Dans ce cas, il ne devient pas mécréant pour avoir renié un enseignement de la religion, pas tant que la preuve céleste soit établie contre lui. Il est possible qu’un individu n’ait jamais entendu parler de ces textes, ou que, bien qu’ils en aient entendu parler, il remette en question leur sens ou leur authenticité, ou qu’il soit sujet à n’importe quel autre empêchement l’ayant forcé à les interpréter, indépendamment du fait qu’il se soit trompé dans sa conclusion. Je prends depuis toujours l’exemple, pour appuyer ce point, du hadîth rapporté par el Bukhârî et Muslim sur l’homme ayant recommandé à sa famille avant de mourir. « Après ma mort, brûler ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » [Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis,] Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

-          C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[15]

    

Cet homme mettait en doute le Pouvoir d’Allah, soit qu’Il puisse rassembler ces cendres qu’il recommanda d’éparpiller. Pire, il pensait qu’il ne serait pas ressuscité. Or, cette croyance est une forme de mécréance à l’unanimité des savants. Cependant, il était ignorant et ne connaissait pas ce point. Et, en même temps, il était croyant et craignait ardemment qu’Allah le châtie. C’est ce qui lui fit gagner Son Pardon. À fortiori, les savants ayant la compétence pour faire des efforts d’interprétation, tout en veillant à suivre le Messager (r) mérite encore plus d’être pardonnés. »[16]

 

« Une parole peut relever de la mécréance, comme les opinions des jahmites qui disaient qu’Allah n’était pas doué de la Parole et qu’Il ne pouvait être vu dans l’au-delà. Néanmoins, il est possible que certains gens ne soient pas en mesure de savoir que c’est du kufr. C'est pourquoi on dit dans l’absolu que l’auteur d’une telle parole est un mécréant. Par exemple, les anciens vouaient à la mécréance toute personne qui reniait le caractère incréé du Coran et la vision d’Allah dans l’au-delà. Cependant, nous ne pouvons pas appliquer ce statut à un cas particulier, avant d’avoir établi contre lui la preuve céleste, comme nous l’avons vu auparavant. Dans ce registre, nous avons ceux qui renient l’aspect obligatoire de la prière et de l’aumône légale, ou qui autorisent moralement les boissons enivrantes ou l’adultère, en interprétant la chose à leur façon.

Il faut savoir que ses lois sont plus notoires dans les rangs des musulmans que les premières citées. Ainsi, si la mauvaise interprétation et l’erreur n’entrainent la mécréance qu’une fois que la vérité est exposée et qu’on somme au fautif de se repentir dans ces dernières questions, comme se sont comportés les Compagnons avec ceux qui avaient autorisé moralement à boire du vin, à fortiori, elle ne l’entraine pas non plus pour les premières questions. »[17]

 

« De la même façon, le takfîr est un droit qui revient à Allah ; il ne convient de sortir de la religion que celui qui a été désigné en tant que tel par Allah et Son Messager. En outre, pour vouer un cas particulier à la mécréance et à la condamnation à mort, il incombe d’établir contre lui la preuve céleste condamnant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. Il ne faut pas s’imaginer que tous ceux qui ignorent un élément de la religion sont automatiquement des mécréants. Il y avait un groupe parmi les Compagnons et leurs successeurs directs, à l’image de Qudâma ibn Mazh’ûn, qui autorisèrent moralement à boire du vin, en pensant que l’interdiction n’englobait pas les pieux, comme ils l’avaient compris du Verset de la sourate le repas céleste. Les savants des Compagnons, à l’instar d’Omar et d’Alî, s’accordèrent à l’unanimité à les sommer de se repentir, et à les vouer à la mécréance en cas de refus. S’ils reconnaissaient leur erreur, ils n’avaient droit qu’au fouet. Il n’était pas question de les sortir de la religion au premier abord, étant donné qu’ils s’étaient trompés dans leur jugement en raison d’une conception erronée. Il fallait attendre avant cela de leur démontrer la vérité… »[18]

 

Ibn Taïmiya dit également : « Le fait qu’une parole relève du kufr n’implique pas nécessairement de kaffar quiconque la prononce par ignorance, ou suite à une erreur d’interprétation. Établir la mécréance sur un cas particulier revient à établir qu’il est concerné par la menace divine, qui est pourtant soumise à des conditions et à des restrictions. »[19]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (7505) et Muslim (2757).

[2] Voir notamment : majmû’ e-rasâil wa el masâil (3/346).

[3] Voir : fath el Bârî (13/290).

[4] El istiqâma (1/164-165) ; En annotation à ‘âridh el jahl (p. 433) de Râshid e-Râshid, Sheïkh el Fawzân souligne que l’homme en question ne connaissait pas certains détails du Pouvoir, bien qu’il le reconnaissait dans l’ensemble. Son erreur touchait donc à un point subtil du dogme.

[5] Majmû’ el fatâwâ (3/317).

[6] Majmû’ el fatâwâ (12/180).

[7] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[8] Le furqân ; 23

[9] Ibrahim ; 18

[10] Majmû’ el fatâwâ (20/31-33).

[11] majmû’ el fatâwa (20/33).

[12] majmû’ el fatâwa (3/288). Ce passage mérite plus amples détails. Quoi qu’il en soit, Sheïkh el Islam précise ici que, dans la tendance hanbalite, il existe trois opinions concernant le statut de celui qui n’a pas reçu la révélation, et affirme que l’opinion la plus probable est celle disant qu’il est pardonnable !

[13] Idem. (12/523-524). Des textes de ce genre, il en existe beaucoup d’autres. Le D. ‘Abd el Majîd el Mish’abî est l’auteur d’une thèse ayant pour titre ; manhaj ibn Taïmiya fî mas-alat e-takfîr (1/251-261) où il démontre, avec de nombreux textes d’ibn Taïmiya à la clef, que ce dernier tient compte du ‘udhr bi el jahl dans iqâmat el hujja ; voir notamment en vrac : majmû’ el fatâwa (3/231), (5/538), (6/61), (11/406), (11/409-410) (11/412-413), (20/36), (23/346), (35/165-166), e-rad ‘alâ el Akhnâî (p. 61-62), e-Safdiya (1/233), e-rad ‘alâ el bakrî (p. 259), bughiya el murtâd (p. 311), el istiqâma (1/30), dur e-ta’ârudh (8/238), et el Asfahâniya (p. 127-128).

[14] Majmû’ el fatâwâ (35/29).

[15] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (7505) et Muslim (2757).

[16] Majmû’ el fatâwâ (3/231).

[17] Majmû’ el fatâwâ (7/619).

[18] E-radd ‘alâ el Bakrî (p. 258).

[19] Voir : minhâj e-sunna (4/458).

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article
8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 07:16

chute-magnifique

 

 

Ibn Taïmiya et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 3)

 

Pour les questions claires de la religion, le Coran suffit en lui-même pour établir la preuve céleste

 

Ibn Taïmiya explique : « Les bases fondamentales de la religion se présentent de la façon suivante : soit, il s’agit de questions auxquelles il incombe de donner foi, de prononcer verbalement, ou de mettre en pratique. Ex. : les questions qui touchent à l’Unicité, aux Attributs, au destin, à la prophétie, à l’eschatologie (la vie après la mort ndt.), ou toutes les questions qui les démontrent…

Toutes les questions que l’individu à besoin de connaitre et de croire d’une foi ferme ont été pleinement clarifiées par Allah et Son Messager, de sorte qu’elles ne lui offrent aucune excuse. Elles incarnent les plus grands enseignements que le Messager a clairement transmis, et expliqués aux hommes. Elles incarnent également les plus grands enseignements avec lesquels Allah a établi la preuve céleste contre Ses créatures, par l’intermédiaire des messagers qui menèrent leur mission à bien. D’une part, le Livre d’Allah qui fut fidèlement véhiculé tout d’abord par les Compagnons, puis par leurs successeurs directs, en ayant pris soin de garder intacts les termes et la compréhension que le Messager leur a transmis ; et d’autre par la Sagesse qui incarne la Tradition prophétique qui nous fut également véhiculée par ces derniers ; tous deux répondent à ce besoin d’éclaircissement de la façon la plus parfaite… »[1]

 

Or, ce discours est relatif ; il varie en fonction des endroits, des époques et des personnes

 

Ibn Taïmiya explique : « Une fois que le Coran fut entièrement révélé et que la religion fut parachevée, il est possible qu’un individu n’en reçoive qu’une partie. Dans ce cas, il incombe de croire en gros, à tous les enseignements du Messager, et en détail, à ceux qu’il connait en particulier. Quant à ceux qu’il n’a pas reçus et qu’il n’est pas dans la possibilité de connaitre, il doit y donner foi en détail s’ils venaient à lui parvenir. Un homme peur croire au Messager d’une foi ferme et venir à mourir avant l’entrée de la prière ou l’obligation d’accomplir tel ou tel acte. Dans ce cas, il est mort en ayant une foi parfaite par rapport à ce qui lui était demandé. Quand vient l’heure de la prière, on est obligé de la faire. On est ainsi soumis à un nouveau commandement auquel on n’était pas tenu auparavant… Ainsi, la foi qui incombe à la personne responsable varie d’une part en fonction des nouvelles révélations venant du ciel, et, d’autre part, en fonction de ce qui lui en parvient. »[2]

 

Le savoir minimum que chacun doit connaitre

 

Ibn Taïmiya explique : « Il incombe à toute personne responsable de connaitre ce qu’Allah lui a ordonné. Elle doit connaitre ce qui touche à la foi qu’Il lui a ordonné d’avoir, et le savoir qu’Il lui a ordonné d’avoir ; par exemple, si elle est concernée par la zakât, il devient obligé dans son cas d’apprendre ses lois ; si elle est concernée par le pèlerinage, il devient obligé dans son cas d’apprendre ses lois, etc. Il incombe à l’ensemble de la communauté d’apprendre tous les enseignements que le Messager (r)nous a transmis de façon à ne rien en perdre ; ils correspondent à tout ce qui touche au Coran et à la sunna. Néanmoins, tout ce qui vient en plus de ce que chacun doit apprendre relève de l’obligation collective. Autrement dit, si une partie de la communauté s’en charge, le reste en est déchargé. »[3]

 

« … C’est pourquoi, il incombe aux savants d’avoir un niveau de croyance qui n’incombe pas d’avoir aux gens simples, comme il ne sera pas demandé aux habitants d’un territoire où règne le savoir et la foi la même chose que ceux vivant dans un territoire où règne l’ignorance. »[4]

 

« Il n’est pas demandé à tout musulman de connaitre tout enseignement ou tout commandement qui se trouve dans le Coran et la sunna »[5]

 

Il n’est pas demandé à tout le monde de connaitre le dogme en détail comme le Prophète (r), mais chacun en fonction de ses possibilités

 

Sheïkh Taqî e-Dîn nous apprend : « Ainsi, tout individu qui donne foi à Dieu est croyant proportionnellement en fonction de l’intensité de son adhésion. En outre, si la preuve céleste n’est pas établie contre lui, il ne devient pas mécréant en reniant ces enseignements que les textes font pourtant mention. Pour expliquer ce point, nous disons que la plupart des fidèles (qui font la prière) croient d’une foi ferme en Dieu et à Son Messager, bien qu’ils aient une conception différente de Leur divinité et de Ses Attributs. Nous ne parlons pas des hypocrites qui affichent la foi du bout de la langue, mais qui renient le Messager du fond du cœur ; ceux-là ne sont pas des croyants proprement dits.

 

Néanmoins, tout individu qui se revendique musulman, sans n’être un hypocrite au fond de lui, est un croyant. Sa foi sera en fonction des efforts qu’il aura fournis dans ce sens. Tôt ou tard, il sortira de l’Enfer, quand bien même il renfermerait la foi la plus infime (mot-à-mot : une foi pas plus lourde qu’un grain de moutarde ndt.). Nous pouvons compter dans cette catégorie, tous les hérétiques qui divergent dans les domaines des Attributs divins et du destin, toute tendance confondue.

 

Si, pour entrer en Paradis, il fallait connaitre Allah aussi bien que Son Prophète (r), personne ou presque dans sa communauté n’y aurait droit. La plupart des musulmans en effet ne sont pas capables d’avoir une telle croyance détaillée. Pourtant, ils iront au Paradis, en sachant qu’ils auront des échelons différents en fonction de leur foi et de leur connaissance. Un homme peut renfermer une foi avec laquelle il connait Son Seigneur, mais l’un de ses semblables peut le dépasser dans ce domaine, alors que lui, il en est incapable. Il ne lui est pas imposé une chose qui est au-dessus de ses capacités… »[6]

 

Le nouveau converti et le Bédouin vivant loin des villes sont excusables à l’unanimité des savants

 

Ibn Taïmiya explique : « Bon nombre de gens vivent dans des endroits ou des époques où s’estompe une grande partie du savoir prophétique, de sorte qu’il n’y a personne pour transmettre les enseignements du Coran et de la sagesse qu’Allah a ordonné à Son Messager de transmettre aux hommes. De nombreux enseignements sont alors ignorés, d’autant plus qu’il n’y a personne pour les transmettre. Ce genre d’individus ne devient pas mécréant. C’est pourquoi, les grandes références sont unanimes à dire que si le Bédouin vivant loin des villes [et des savants], et, en outre, étant un nouveau converti, renie les lois évidentes et communément transmises, on ne peut le juger mécréant avant de le mettre au courant de ces enseignements prophétiques, comme en témoigne le fameux hadîth : « Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?

-           Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[7] »[8]

   

L’ignorance n’est pas toujours un facteur excusable

 

Ibn Taïmiya explique : « En délaissant une obligation non par conviction ni par une forme d’ignorance qui est légitimement excusable, mais tout simplement par une ignorance qui est née d’une volonté de se détourner du savoir qu’il incombe d’apprendre, tout en y ayant accès. Il est possible également de ne pas adhérer à une obligation ou à une interdiction après l’avoir entendu, sans forcément renier la prophétie, mais tout simplement en s’en détournant. Ces deux cas sont souvent la raison pour laquelle on néglige son devoir d’apprendre le savoir obligatoire. C’est ce qui pousse à délaisser une obligation ou à enfreindre une interdiction sans savoir qu’on va à l’encontre de la Loi, ou bien, même en le sachant, on daigne y adhérer soit par esprit de chauvinisme envers sa tendance, soit pour avoir succombé à ses passions. Ce cas revient à délaisser une croyance obligatoire sans excuse valable. »[9]

 

Ainsi, ibn Taïmiya distingue entre l’ignorance involontaire ou indépendante de la volonté et impossible à remédier dans l’immédiat et l’ignorance volontaire ou qu’il est possible de remédier.[10]

 

Le statut des suiveurs des sectes hérétiques qui s’opposent aux grands fondements de la religion comme les soufis ultras

 

Ibn Taïmiya décrit certains agissements des soufis ultras : « Certains d’entre eux s’autorisent moralement à faire certaines immoralités, comme se permettre de prendre des femmes étrangères pour petite amie et de les rencontrer dans l’intimité pour leur offrir la baraka en faisant avec elles ce que la religion leur interdit pourtant. Ils se permettent également ce genre de choses avec des imberbes sous prétexte de jouir de leur contemplation et d’avoir certains attouchements avec eux, à la manière de certains initiés. Le but, c’est d’atteindre l’amour du Créateur en passant par l’amour des créatures. Ils préconisent également certaines prémices à l’adultère ; ils peuvent aller jusqu’à autoriser moralement à faire directement l’adultère. »[11]

 

Ailleurs, il signe : « Quiconque ne croit pas d’une foi ferme que la religion du Messager d’Allah s’adresse à l’Humanité entière ; qu’il incombe à tous les hommes de le suivre ; que le licite est ce qu’il a rendu licite et que l’illicite est ce qu’il a rendu illicite ; que la religion est ce qu’il a légiféré est un vulgaire mécréant à l’image de ces hypocrites, notamment, qui autorise à sortir de sa religion, sa législation, et de son obéissance. »[12] 

 

Qu’en est-il des suiveurs ? Voici la réponse : « Certains prétendent que le discours de ces gens-là renferme un secret subtil, et que sa face cachée est une vérité contenant des mystères que seule l’élite de l’élite de la création est à même de percer. De deux choses l’une, soit l’auteur d’une telle parole est un grand zindîq athée et imposteur soit un grand ignorant égaré. Le premier doit être mis à mort et le second doit être informé de leur situation. Si, après avoir établi contre lui la preuve céleste, il s’entête dans sa mauvaise croyance, il doit également être mis à mort. »[13]

 

« Plus on est au courant de la face cachée de cette tendance tout en y adhérant, plus on sombre dans la mécréance et l’athéisme. Or, certains ignorants se font une bonne opinion de leurs paroles, mais sans les comprendre réellement. Ils pensent qu’ils ont à faire au même genre qu’aux maitres initiés, dont le discours, bien qu’il soit juste, est indéchiffrable pour beaucoup. Ces suiveurs ont souvent la foi et sont relativement fidèles au Coran et la sunna, conformément à la croyance traditionnelle. S’ils approuvent le discours des premiers, c’est uniquement dans la mesure où ils se font une bonne opinion d’eux, tout en se soumettant à eux les yeux fermés proportionnellement à leur ignorance et à leur égarement. Ils ne se mettent pas à l’esprit que seuls un mécréant athée ou un ignorant égaré peuvent donner crédit à leurs discours…

 

Leurs discours, qu’il soit pris au pied de la lettre ou non, relèvent entièrement de la mécréance à l’unanimité des musulmans. En venant à douter de leur mécréance, après avoir eu connaissance de leurs réelles intentions et de leur véritable religion, on prend le même statut qu’eux, car c’est comme si on doutait de la mécréance des Juifs, des chrétiens, et des païens. »[14]

 

L’une de ses fatwastraite du panthéisme et du monisme d’ibn ‘Arabî. En voici un extrait : « Or, ceux qui ne pénètrent pas les subtilités de leur discours s’en sont laissé abuser, exactement comme ceux qui se laissent abuser par le discours ésotérique des qarmates. Ces derniers se sont, en effet, fait passer pour des fatimides (descendants de Fâtima ndt.) affiliés au shiisme. Leurs suiveurs ont penché vers eux, sans vraiment connaitre le fond de leur discours qui est rempli de mécréance. Ainsi, deux catégories d’individus peuvent avoir une attirance pour eux : soit un zindîq hypocrite soit un ignorant égaré. Nous pouvons dire la même chose pour les partisans du monisme. Leurs chefs de file sont de vulgaires mécréants qu’il incombe de mettre à mort, sans accepter le repentir d'aucuns d’entre eux, à condition de les attraper avant qu’ils ne se repentissent.

 

Ils sont en effet les pires des zindîqqui cachent derrière leur appartenance trompeuse à l’Islam, la pire des mécréance. Ceux-là pénètrent très bien leur discours et ils ont pleine conscience qu’il s’oppose littéralement à la religion des musulmans.  

 

Il incombe de punir toute personne qui s’affilie à eux, les défend, leur fait les éloges, encense leurs ouvrages, qui est connue pour les aider et les soutenir, qui déteste entendre du mal d’eux, qui leur cherche des excuses en disant qu’un tel ne connaît pas le sens de telles paroles, qu’il n’en connaît pas l’auteur, ou qu’il a composé tel ouvrage…

 

Ce genre d’excuses ne peut que provenir d’un ignorant ou d’un hypocrite. Il incombe plutôt de punir toute personne qui, au courant de leur situation, ne contribue pas à mettre fin à leurs manigances. S’opposer à eux représente l’un des plus grands devoirs du musulman, car ils ont corrompu l’esprit et la religion de bon nombre d’individus parmi les Sheïkh, les savants, les rois, et les princes. Ils sèment le désordre sur terre et détournent les gens du chemin d’Allah. 

 

Les dégâts qu’ils font à la religion sont pires que les dégâts matériels causés aux musulmans notamment par les bandits de grand chemin. Ces derniers ne s’attaquent pas en effet à la religion des gens. Dans cet ordre, nous avons les tatars qui ne convoitent que leurs richesses, mais sans s’en prendre à leurs convictions. Ceux qui ne savent pas à qui ils ont affaire ne doivent pas prendre la chose à la légère. Leur égarement et leur mauvaise influence est plus grands que l’on puise se l’imaginer. Ils sont la tendance la plus proche des qarmates bâtinites. C'est pourquoi ils cautionnent la venue des tatars à la tête des pays musulmans, et leur offrent leur soutien contre leurs propres concitoyens – à part les gens simples qui gonflent leurs rangs, et qui n’ont aucune idée de leur vrai visage.

 

Ceux-là mêmes qui approuvent la situation des Juifs et des chrétiens et qui considèrent qu’ils sont sur le droit chemin. Ils n’en pensent pas moins pour les adorateurs des idoles. Chacune de leur revendication représente à elle seule la pire des mécréance qui soit.

Ainsi, il incombe d’informer sur leur situation tous ceux qui se font une bonne opinion d’eux, et qui prétendent n’être pas au courant de leurs vraies intentions. Après cela, s’ils ne se séparent pas d’eux et s’ils n’affichent aucun mécontentement envers eux, ils auront droit au même statut qu’eux, et seront considérés comme eux et comme faisant partie d’eux. »[15]

 

Sheïkhel Harrânî fut interrogé également sur le cas d’une personne étant convaincu que les Sheïkh soufis sont capables de sauver leurs adeptes le jour du jugement dernier contre le châtiment d’Allah. Il répondit que cette parole relève de la mécréance, car cela revient à trouver que son Sheïkh est meilleur que Mohammed ibn ‘Abd Allah (r). On doit sommer à l’auteur d’une telle parole de se repentir sous peine d’être condamné à mort. Puis, il poursuivit : « Quant aux adeptes du SheïkhYûnas, bon nombre d’entre eux mécroient en Allah et en Son Messager ; ils ne reconnaissent ni l’obligation des cinq prières par jour, ni du jeûne du ramadhân, ni du pèlerinage à la Maison sacrée. Ils ne voient pas les interdictions d’Allah et de Son Messager ; ils profèrent même des blasphèmes contre Allah, Son Messager, le Coran, et l’Islam, comme peuvent en témoigner ceux qui les connaissent réellement.

 

En revanche, les gens simples parmi eux qui ne connaissent pas leur face cachée, ils ont la même foi que la grande majorité des musulmans, et qu’ils ont apprises chez les musulmans normaux, non chez eux. Leur élite, à l’image du SheïkhSallûl, Jahlân, e-Sahbânî, etc. ne voient pas l’aspect obligatoire de la prière, et ils allaient même plus loin, en ne reconnaissant pas la prophétie de Mohammed (r). »[16]

 

Ailleurs, il renchérit : « Les philosophestinites sont des mécréants. Leur mécréance est évidente pour les musulmans, comme il le souligne lui-même – en parlant de Ghazâlî – ainsi que d’autres savants. Des musulmans beaucoup moins instruits et moins religieux se rendent compte de cette évidence, à condition bien sûr, qu’ils assimilent leur véritable discours. Sinon, leur mécréance peut, en effet, leur échapper. Certains musulmans qui n’ont pas conscience de leur gravité peuvent malheureusement s’en imprégner, mais ces derniers sont excusables en raison de leur ignorance. »[17]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/27-28).

[2] Majmû’ el fatâwa (7/519).

[3] Majmû’ el fatâwa (3/328-329).

[4] Majmû’ el fatâwa (3/328).

[5] El îmân (p. 390).

[6] Majmû’ el fatâwa (3/328).

[7] Rapporté par ibn Mâja (4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (87), et sahîh el jâmi’ (6/339).

[8] Majmû’ el fatâwa (11/407-408).

[9] Majmû’ el fatâwa (5/254-255).

[10] Majmû’ el fatâwa (2/281).

[11] Majmû’ el fatâwa (11/405).

[12] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/44).

[13] Majmû’ el fatâwa (2/378).

[14] Majmû’ el fatâwa (2/367-368).

[15] Majmû’ el fatâwâ (2/131-132).

[16] Majmû’ el fatâwâ (2/106-107).

[17] Sharh el asbahâniya (p. 628-629).

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article
7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 09:08

chute-magnifique

 

 

Ibn Taïmiya et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 2)

 

Le takfîr des sectes hérétiques

 

Il faut prendre dans leur sens général les paroles des anciens taxant certaines sectes d’apostasie, comme les jahmites, les qadarites, ou encore les rafidhites. Cela ne veut pas dire qu’il faille les appliquer sur des cas particuliers et que chaque membre de ces sectes est concernée par ce statut.[1] L’imam Ahmed n’a pas kaffar (taxer d’apostasie) chaque jahmite ni tous ceux qui se revendiquent jahmites ni tous ceux qui s’accordent avec certaines de leurs idées. Il a même prié derrière les khalifes jahmites, comme el Ma-mûn qui imposait à ces sujets de suivre sa tendance sous peine de leur faire subir les punitions les plus sévères. Ahmed ne remettait pas en question leur appartenance à l’islam et consacrait même des invocations en leur faveur.[2] La raison, c’est qu’ils ne démentaient pas le Prophète (r) et qu’ils ne reniaient pas ses enseignements. Ils furent simplement motivés par une mauvaise interprétation des textes qui leur avait été dictée par les savants jahmites en qui ils avaient une confiance aveugle.[3]

 

Certains élèves des grandes références de la première époque appréhendaient mal les questions du takfîr

 

Il souligne, en effet, dans un autre passage : « Par ailleurs, certains savants de notre école des nouvelles générations ont divergé sur la question de savoir si la personne ayant commis un acte de kufr, est vouée à l’Enfer éternel. La plupart estime que oui, comme le stipule un certain nombre d’anciens spécialistes en hadîth, à l’exemple d’Abû Hâtim, Abû Zur’â et de bien d’autres. D’autres désapprouvent ce jugement.

 

La raison à l’origine de cette divergence, c’est que les textes se « contredisent » à leurs yeux. Ils sont confrontés à des textes qui réclament de kaffar les auteurs de certaines paroles, mais au même moment, ils voient que certains d’entre eux avaient une foi telle, qu’ils n’étaient pas concernés par ce statut. Ainsi, les textes s’opposaient.

 

En réalité, ils avaient raison de prononcer un jugement absolu, comme l’ont fait ces fameux Imams avec les textes scripturaires ; ils disaient en effet que celui qui dit telle chose est un kâfir. À les entendre, ils donnaient l’impression à ces savants que ce jugement englobait tous les cas possibles. Cependant, ils ne sont pas mis à l’esprit que le takfîr est soumis à des conditions à remplir et à des restrictions à exclure pour chaque cas particulier.

Ainsi, le takfîr el mutlaq (absolu) n’implique pas forcément le takfîr el mu’ayin (particulier), sauf dans la situation où toutes les conditions pour le faire soient remplies et où toute restriction obligeant à s’abstenir soit en même temps exclue. »[4]

 

Le cas de Hafs el Fard

 

Lors d’un débat qui l’aurait opposé à l’Imâm Shâfi’î, ce dernier aurait affirmé : « Le Coran est créé !

-           Tu viens de renier Allah l’Immense, lui aurait rétorqué l’Imam ! »[5]

  

Indépendamment de savoir comment les savants ont-ils interprété cette histoire, retenons qu’aux yeux d’ibn Taïmiya, l’Imâm la jugé apostat, après avoir établi contre lui la preuve céleste. Il faillit même le mettre à mort.[6] Or, dans un autre passage, il relativise son discours en disant : « … Si tu vois un Imam faire une attaque très sévère contre l’auteur d’une parole, voire le sortir de la religion, cela n’en fait pas un statut général sur tous ceux qui la prononcent, sauf s’ils remplissent les mêmes caractéristiques que Hafsayant mérité une attaque aussi sévère et d’être condamné au takfîr. »[7]

 

Ailleurs, il renchérit : « L’Imam nous montre que sa parole est du kufr, mais sans condamner Hafs à l’apostasie, juste pour cela. La raison, c’est qu’il a mal appréhendé la preuve céleste faisant sortir de la religion l’auteur d’une telle parole. Si l’Imam avait été convaincu qu’il était un apostat, il aurait entrepris les démarches pour le condamner à mort. En outre, dans ses livres, il établit explicitement qu’il acceptait le témoignage des innovateurs et qu’il priait derrière eux. »[8] Il faut allusion notamment à son recueil el Umm.[9]  La même page, l’Imam Shâfi’î ramène un consensus de son époque disant que les erreurs d’interprétation (avec les détails que cette question réclame) sont excusables.[10] Ibn Taïmiya le rejoint sur ce point.[11]

 

Maudire un cas particulier

 

Sheïkh el Islam établit la règle selon laquelle, les textes maudissant un acte ne s’adressent pas forcément à tous les cas possibles. À travers certains exemples, il deviendra plus facile de l’appréhender. Nous avons d’un côté certains hadîth qui maudissent toutes les formes d’usure (ribâ el fadhl et ribâ e-nasâ), et de l’autre côté, nous avons certains Compagnons, à l’instar d’ibn ‘Abbâs ayant légitimé ribâ el fadhl. Pourtant, il ne vient à l’esprit de personne de les maudire ou de maudire tous ceux qui les ont imités. Ils furent, en effet, motivé par un effort d’interprétation, qui, en gros, ne sortait pas du cadre toléré, et quand bien même ils s’étaient trompés.

 

Même chose pour les savants de Koufa qui étaient convaincus que seul le vin à base de raisin ou de dates était passible de la malédiction. Ils ne voyaient pas d’inconvénient à boire du nabîdh (boisson fermenté) à base d’autres fruits, à condition, bien sûr, de ne pas en abuser sous peine de s’enivrer. Ainsi, la malédiction d’un cas particulier est soumise aux mêmes paramètres (condition à remplir et restriction à exclure) que le takfîr d’un cas particulier.[12]  Par ailleurs, selon ibn Taïmiya, il est plus grave d’appliquer les textes de la menace divine (comme la malédiction) à grande échelle que de kaffar les auteurs des grands péchés à la manière des kharijites et des mu’tazilites ;[13] en sachant que le takfîr entre dans le domaine de la menace divine.[14]

 

Certaines circonstances atténuantes

 

Ibn Taïmiya dresse une liste des interdictions que certains anciens avaient autorisées moralement. Puis, il conclut : « Ce domaine est vaste ; il englobe tous les éléments de la religion qui furent interdits par le Coran et la sunna, et qui furent autorisés par certains membres de la communauté, faute d’avoir eu entre les mains les preuves du contraire, ou bien qu’ils les aient confrontés à d’autres arguments qu’ils pensaient être plus forts. Ils étaient motivés par un effort d’interprétation qui les mena à des conclusions en accord avec leur niveau d’intelligence et de savoir… »[15]

 

La raison est-elle à même de distinguer entre le bien et le mal ?

 

Ibn Taïmiya explique : « Les créatures ne sont pas capables de savoir ce qu’Allah aime et agrée ni ce qu’Il ordonne ou interdit. Ils ne peuvent deviner les jouissances qu’Il a réservées à Ses élus ni les châtiments qu’Il a réservés à Ses ennemis. Ils n’ont aucune idée également des nobles Noms et Attributs qu’Il mérite, car la raison n’est pas en mesure de le deviner, etc. S’ils ont accès à toutes ces choses, c’est uniquement grâce à la présence des messagers qu’Allah leur a envoyés. »[16]

 

« … Pour comprendre ce principe, nous devons nous poser la question : est-ce que la Loi divine est applicable à toute personne responsable même avant qu’elle ne lui parvienne ? Il existe trois opinions notoires notamment dans la tendance d’Ahmed : l’une disant qu’elle est applicable, l’autre disant qu’elle ne l’est pas, et la dernière enfin disant que seule la loi d’origine est applicable, non celle qui l’abroge. La plus plausible toutefois est celle selon laquelle elle n’est pas tenue de récupérer tout ce qu’il n’a pas fait avant de la connaitre ; la Loi divine n’est donc pas applicable avant d’avoir été transmise, conformément aux Versets : [Ce Coran me fut révélé afin que je vous avertisse, vous et tous ceux à qui il est parvenu],[17] [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[18] [[Des messagers avertisseurs et annonciateurs] afin que les hommes ne puissent opposer à Allah aucun argument après leur venue].[19] Le Coran a recours à différents procédés pour démontrer ce point. Ils nous apprennent en substance qu’Allah ne châtie aucune personne avant que les enseignements prophétiques ne lui furent transmis.

 

Quelqu’un peut savoir que Mohammed est le Messager d’Allah, puis croire en lui, mais sans connaitre les nombreux détails de son message. Allah ne le châtiera pas pour ceux qu’il n’a pas reçus. S’Il ne châtie pas un homme n’ayant pas la foi avant que le message ne lui parvienne, à fortiori, Il ne châtie pas celui, qui, ayant cru en Lui, n’a pas eu accès à certains de ses détails. »[20]

 

La preuve céleste varie en fonction des endroits, des époques et des personnes

 

Ibn Taïmiya explique : « … De la même manière, les mécréants qui se trouvent en terre non musulmane et qui, ayant entendu parler de la prédication du Prophète (r),surent qu’il était le Messager d’Allah, puis crurent en lui et à ses enseignements, tout en craignant Allah dans la mesure du possible. Ce fut le cas, notamment, du Najâshî, qui n’était pas en mesure d’émigrer en terre musulmane ni d’adhérer à toutes les lois de l’Islam. Sa place lui empêchait, en effet, de sortir de son royaume et d’afficher sa religion. Et cela, d’autant plus qu’il n’avait personne sous la main pour lui apprendre toutes les lois de la religion. Il était pourtant un croyant, promis au Paradis. Dans ce cas, nous avons les croyants de la famille de Pharaon, dont sa propre femme, qui se comportaient de la même façon avec leur peuple.

 

Yûsaf  (u) le véridique lui-même ne pouvait pas faire autrement avec les habitants d’Égypte qui étaient des mécréants. Il n’était pas en mesure de leur imposer les enseignements de l’Islam qu’il connaissait ; ils les avaient bien conviés à embrasser la foi, et la religion monothéiste, mais sans succès. Allah (I) relate les paroles des croyants de la famille de Pharaon : [Yûsaf vous était venu auparavant avec des preuves éclatantes, mais vous n’aviez cessé de douter de ce qu’il vous avait ramené. Lorsqu’il mourut, vous prétendirent alors qu’Allah n’enverrait aucun messager après lui].[21]

 

Najâshî, pour sa part, était certes le roi des chrétiens, mais son peuple ne le suivit jamais dans sa conversion, à part un tout petit nombre. Ses partisans étaient tellement peu nombreux qu’on ne trouva personne, à sa mort, pour prier sus sa dépouille. Ce fut le Prophète (r) qui se chargea de le faire d’où il était à Médine. Les musulmans s’étaient rassemblés pour prier à l’air libre. Il organisa les rangs, et fit la prière mortuaire. Il annonça sa mort aux fidèles le jour même de la nouvelle. Voici quelles furent ses paroles : « L’un de vos frères qui était un pieux vient de rendre l’âme aujourd’hui en terre abyssine. »[22]

 

Il est mort sans n’avoir pu vivre pleinement de nombreuses lois, pour ne pas dire la plupart des lois de la religion, car il en fut incapable. Il n’a jamais fait la hijra (l’émigration ndt.), ni le djihâd, ni le pèlerinage à la Maison sacrée. Certaines annales vont jusqu’à dire qu’il n’aurait pas observé les cinq prières, ni le jeûne du ramadhân, ni verser l’aumône légale. Il avait trop peur que son peuple découvre sa conversion, et qu’il le lui reproche. Il aurait été incapable d’entrer en conflit avec eux. Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’il ne pouvait pas régner sur eux par le Coran. »[23]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Voir : el istiqâma (1/164) et Majmû’ el fatâwa (7/619) tout deux d’ibn Taïmiya. À ses yeux, lorsque les savants anciens considèrent apostat (kaffar) l’auteur de la parole : « le Coran est incréé », cela ne veut pas dire que tous ceux qui la prononcent sont des kuffars (mécréants).

[2] Majmû’ el fatâwa (7/507-508).

[3] Majmû’ el fatâwa (23/348-350).

[4] Mujmû’ el fatâwâ (12/487-488).

[5] Ce débat fut retranscrit par de nombreux compilateurs, comme e-Lalakâî dans sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna (p. 252-253). 

[6] Majmû’ el fatâwa (12/506).

[7] Majmû’ el fatâwa (6/61).

[8] Majmû’ el fatâwa (12/489).

[9] El umm (6/205).

[10] El umm (6/205).

[11] Majmû’ el fatâwa (5/563), et manhaj e-sunna (5/239).

[12] Majmû’ el fatâwa (20/386-388).

[13] Voir : majmû’ el fatâwa (20/263-264).

[14] Idem. (3/231).

[15] Majmû’ el fatâwâ (20/263-268).

[16] Majmû’ el fatâwa (1/121).

[17] Le bétail ; 19

[18] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[19] Les femmes ; 165 voir les tafsîr d’el Baghawî et de Shanqîtî.

[20] Majmû’ el fatâwa (22/41) ; voir également : (2/41-42, 12/439).

[21] L’Absoluteur ; 34

[22] Rapporté par el Bukhârî (5/51), et Muslim (2/656-658), selon notamment Abû Huraïra ().

[23] Manhâj e-sunna (5/111-113).

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article
6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 16:00

chute-magnifique

 

Ibn Taïmiya et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

                                                     (Partie 1)                       

 

Celui qui invoque un autre qu’Allah ou qui fait le pèlerinage pour un autre qu’Allah est un mushrik (païen) et son acte est du kufr (mécréance). Néanmoins, il est possible qu’il ne sache pas qu’il relève du shirk interdit. Comme c’est le cas de beaucoup de ceux qui ont embrassé l’Islam à l’exemple notamment des tatares. Ces derniers avaient des idoles qu’ils encensaient et vers lesquels ils se tournaient, mais ils ne savaient pas que cela était interdit dans la religion musulmane. Ils vouaient également le culte au feu, mais ils ne savaient pas que cela, tout autant, était interdit. La connaissance de nombreuses formes de shirk peut échapper à de nouveaux convertis, qui ne savent pas que c’est du shirk [Voir : E-radd ‘alâ el Bakrî (p. 61-62) en ayant résumé légèrement ces paroles.]

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Voir notamment : el jahl bi masâil el i’tiqâd wa hukmuhu d’Abd e-Razzâq Ma’âsh qui est à l’origine une thèse ès Magistère qui fut encadrée par Sheïkh ‘Abd e-Rahmân el Barrâk.

 

Ibn Taïmiya distingue entre le statut d’un acte dans l’absolu et son application à un cas particulier

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya établit que les Textes divins concernant le mauvais devenir de l’homme (wa’îd) et les paroles provenant des grandes références de la religion sur les questions du takfîr (taxer quelqu’un d’apostat), du tafsîq (taxer quelqu’un de pervers), et autres, n’impliquent pas qu’ils faillent les appliquer à une personne en particulier sauf si celle-ci répond aux conditions pour le faire et si toute restriction en est exclue.[1]

 

Il n’y a pas de différence pour cette règle entre le statut terrestre et le statut dans l’au-delà ; c’est la fameuse règle du ismet du hukm !

 

Puis, il enchaine : « Il n’y a pas de différence en cela entre les questions fondamentales et les questions subsidiaires de la religion, pour ce qui est du châtiment divin dans l’au-delà. Tout individu passible de la menace divine (châtiment, malédiction, courroux) qu’elle soit perpétuelle ou non, ou portant des noms (ism) qui s’y rattachent comme mécréant (pour le takfîr) et pervers (pour le tafsîq). Nous pouvons faire entrer dans cette règle indistinctement les innovations (qu’elles soient dogmatiques ou rituelles) qui touchent à la religion, ou les actes de débauche qui touchent à la vie profane, et auxquels on donne le nom de perversité corporelles.

Quant aux différents statuts terrestres, nous pouvons dire la même chose. Autrement dit, le djihad lancé contre les mécréants doit être précédé de la prédication. Le châtiment s’applique uniquement, en effet, à celui qui a reçu la preuve céleste. Nous pouvons dire la même chose pour les punitions des pervers, soit qu’elle n’a pas lieu avant d’avoir établi contre eux la preuve céleste. »[2]   

 

Le statut d’un cas particulier est soumis à des critères

 

Ainsi, il est interdit de taxer un ignorant d’apostat sans auparavant avoir fourni contre lui les preuves prophétiques (el hujja e-risâliya) lui éclaircissant qu’il va à l’encontre de la loi divine. C’est valable pour n’importe quel auteur d’une parole qui, en elle-même, relève de la mécréance. En sachant que certaines hérésies (bid’a) sont plus graves que d’autres et que certains innovateurs ont une foi plus ancrée que d’autres. Personne n’est habilité à taxer de mécréant n’importe quel musulman qui a commis une erreur. Il ne convient pas de le faire avant de lui expliquer son erreur et d’établir toutes les preuves contre lui. Lorsque la foi est avérée chez un individu avec certitude, on ne peut la lui retirer sur une simple suspicion. La seule chose qui permet de le faire, c’est d’établir toutes les preuves contre lui et de dissiper de son esprit toute ambigüité (iqâmat el hujja wa izâlat e-shubha).[3]

 

L’acte doit relever de la mécréance sans aucune ambiguïté possible

 

Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Le takfîr ne peut s’avérer pour des choses où plusieurs hypothèses sont possibles. »[4] La preuve, comme le souligne ibn Taimiya, c’est que celui qui se prosterne devant une idole en ayant le cœur tourné vers Allah ne devient pas un kâfir, bien que ce soit une bid’a et du shrik asghar.[5] Il développe en effet : « Dans cet ordre, celui qui dément le Messager avec son cœur, qui le déteste, le jalouse, et qui refuse par orgueil de le suivre commet un crime plus grand que celui qui commet des mauvais actes (extérieurs) dénoués ce cette croyance, comme le meurtre, l’adultère, l’alcool, le vol.

Quant aux actes de mécréance extérieurs comme se prosterner devant une idole, insulter le Messager, etc. c’est uniquement dans la mesure où ils impliquent la mécréance intérieure. Sinon, en supposant qu’en se prosternant devant une idole, sans intention de le faire à son attention, mais en ayant le cœur tourné vers Allah, cela ne relève pas de la mécréance.

 

Cela peut même devenir autorisé, pour celui qui, se trouvant au milieu des païens, craint pour sa vie ; c’est ce qui le pousse à faire comme eux en apparence, tout en ayant l’intention de se tourner vers Dieu en se prosternant. Il est dit que certains savants musulmans et des gens du livre se livraient à ce genre de choses, avec des païens, qui se convertirent. Ils les appelèrent à la religion, sans montrer, au début, qu’ils n’étaient pas d'accord avec eux. » [6] 

 

Il ne doit y avoir aucune restriction au takfir

 

Quelqu’un est susceptible de prononcer une parole qui relève de la mécréance, car il n’a pas en main les textes lui permettant de parvenir à la vérité ; ou bien même en sa possession, il remet en question leur sens ou leur authenticité ; ou il n’est pas en mesure de les comprendre correctement ; ou encore est-il accroché a des arguments ambigus qui font obstacle à la bonne compréhension et qui font qu’il est excusable. Allah pardonne au croyant qui qu’il soit, lorsqu’il commet une erreur malgré ses efforts à la recherche de la vérité. Il n’y a pas de différence en cela, entre les questions fondamentales (usûl ndt.) ou subsidiaires (furû’ ndt.) ; cette tendance est celle des Compagnons et de la plupart des grandes références de l’Islam. Ces derniers n’ont jamais fait la différence dans le domaine du takfîr entre les questions fondamentales qui, en les reniant, feraient sortir de la religion, et les questions subsidiaires qui ne feraient pas sortir de la religion celui qui les renie.[7]

 

Tenir compte du principe de précaution pour les cas où aucun indice ne met en lumière les intentions réelles du fautif

 

D’après ‘Abd Allah ibn Abî Awfâ : « Lorsque Mu’âdh rentra du Shâm, il se prosterna devant le Prophète (r) en guise de salutation. « Que fais-tu Mu’âdh ? Lui demanda-t-il.

-          Je me suis rendu dans la région du Shâm expliqua-t-il. Je les ai vus se prosterner devant leurs moines et leurs prêtres. Je me suis dis que nous devrions faire pareille envers toi. 

-         Ne le faites envers personne ! Rétorqua-t-il, si j’avais ordonné à un être humain de se prosterner devant un autre, j’aurais ordonné à la femme de se prosterner devant son mari [compte tenu des droits immenses qu’il concède sur elle]. Par Celui qui détient l’âme de Mohammad entre Ses Mains ! Elle ne remplira pas ses devoirs envers Allah tant qu’elle ne remplira pas ses devoirs envers lui. S’il la désire, elle ne doit pas se refuser à lui, quand bien même elle serait à dos de chameau. »[8]

 

Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Quant à l’humilité spirituelle, la dévotion du fond du cœur (qunût), la reconnaissance de la Seigneurie et de la divinité, celles-ci reviennent dans l’absolu à Allah Seul. Il est impossible et complètement faux que quiconque en dehors de Lui puisse s’arroger un tel droit.

Quant à la prosternation, c’est une pratique religieuse qu’Allah nous a imposé de faire devant Lui. Cependant, s’Il nous avait demandé de le faire devant une créature, nous l’aurions fait par obéissance envers Lui (dans la situation par exemple où Il aimerait que nous honorions l’une de Ses créatures). S’Il ne nous l’avait pas ordonné, nous ne l’aurions jamais fait. Les anges se sont prosternés devant Adam pour obéir, adorer Dieu, et se rapprocher de Lui à travers cela. Dans le cas d’Adam, c’est en guise d’honneur et d’encensement. Quant aux frères de Yûsaf, ils se prosternèrent devant lui en guise de salut. Ne vois-tu pas que si Yûsaf s’était prosterné devant ses parents, il n’y aurait rien eu à son encontre… »[9]

 

Ailleurs, il signe : « Les animaux se prosternaient devant le Prophète (r), bien qu’il n’adorent qu’Allah. Comment peut-on dire alors que la prosternation implique obligatoirement l’adoration ? Alors que le Prophète (r) est l’auteur des paroles : « Si j’avais ordonné à un être humain de se prosterner devant un autre, j’aurais ordonné à la femme de se prosterner devant son mari, compte tenu des droits immenses qu’il concède sur elle. » [10] Il va sans dire qu’il n’a pas dit : Si j’avais ordonné à un être humain d’adorer…»[11]

 

Le statut d’un cas particulier

 

Toutes ces précautions de la part d’ibn Taïmiya ne signifient nullement qu’il n’applique jamais le takfîr sur un cas particulier. Lui-même taxe d’apostats certaines adeptes du soufisme panthéiste et jahmiste comme el Hallâj, ibn Sab’în, ibn ‘Arabî, el Qunâwî, e-Tlemceni.[12] Il n’épargne pas non plus les philosophes musulmans, à l’instar d’el Fârâbî,[13] ibn Sîna, etc.

 

L’Imâm Ahmed a-t-il deux opinions sur le takfîr d’un cas particulier ?

 

Ibn Taïmiya établit dans un passage : « Certaines paroles attribuées à l’Imâm Ahmed laissent à penser qu’il a kaffar certains cas particuliers ; certains en concluent qu’il a deux opinions sur la question, ce qui est très contestable. Il est plus pertinent, en effet, d’entrer dans les détails ; soit, que tous les cas particuliers qu’il a sorti de la religion, c’est uniquement dans la mesure où toutes les conditions étaient réunies pour le faire, et où toutes les restrictions possibles étaient exclues. Quant aux cas sur lesquels il ne s’est pas prononcé, c’est uniquement dans la mesure où ces paramètres n’étaient pas réunis. Cependant, cela ne l’empêchait pas de considérer dans l’absolu que leur faute faisait sortir de la religion. »[14] C’est ce qui nous amène au point suivant :

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Majmû’ el fatâwâ (10/372).

[2] Majmû’ el fatâwâ (10/372).

[3] Majmû’ el fatâwâ (12/393).

[4]Voir : e-sârim el maslûl (3/963).

[5] Voir : majmû’ el fatâwâ (14/120).

[6] Voir : majmû’ el fatâwâ (14/120).

[7] Majmû’ el fatâwâ (23/346).

[8] Hadîth rapporté par ibn Mâja dans son recueil (1853), Ahmed (21986), et ibn Abî Shaïba (4/305) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa correction de sunan ibn Mâja.

[9] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/360).

[10] Hadîth rapporté par ibn Mâja dans son recueil (1853), Ahmed (21986), et ibn Abî Shaïba (4/305) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa correction de sunan ibn Mâja.

[11] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/360).

[12] Voir : majmû’ el fatawa (2/175), et majmu’ e-rasâil wa el masâil (4/82, 85).

[13] Voir : dar-u e-ta’ârudh (1/10) et Majmû’ el fatâwâ (2/67, 86).

[14] majmû’ el fatâwâ (12/489).

Repost 0
Publié par mizab - dans Takfir
commenter cet article