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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 00:23

 

 

Khalid Chraibi : Economiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale, avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays est l’auteur de deux articles mis en ligne par le site Oumma.com : 1er Muharram calendrier lunaire ou Islamique ? (15/06/06) et La problématique du calendrier islamique (2/02/2007).

Vif défenseur du calendrier lunaire universel, il souligne notamment dans son premier article : « Quant au hadith du Prophète selon lequel les bédouins ne savent ni lire ni compter, et doivent donc éviter d’utiliser le calcul (astronomique), Ibn Taymiya observe que l’argument pouvait être fondé au début du 7è s. mais conteste qu’il puisse encore s’appliquer aux musulmans des siècles plus tard, après qu’ils aient été à l’avant-garde du développement de la connaissance scientifique, y compris en astronomie, pendant des siècles. Il souligne que les musulmans n’auraient pas de quoi s’enorgueillir s’ils étaient restés illettrés. »[1]

 

La question qui se pose d’elle-même, est la suivante : quand le Prophète (r) prescrit d’observer la lune pour déterminer le début et la fin du mois du Ramadhan, est-ce une prescription temporelle qui s’adresse à de « vulgaires » bédouins,[2] ou bien a-t-il posé les fondements d’une règle scientifique et astronomique immuable ? C’est cette question à laquelle Sheïkh el Islam ibn Taïmiya se propose de répondre à travers une longue analyse [voir : Majmû’ el Fatâwa (25/146-183)] :

 

Nul doute que certains rites à l’image du Ramadhan sont liés à la nouvelle lune. Cependant, la seule façon de la déterminer, c’est par la vue comme en conviennent tant les preuves textuelles que rationnelles.

 

Les preuves textuelles : selon ‘Omar (t), le Prophète (r) a déclaré : « Nous sommes une nation illettrée ; nous ne savons ni lire ni compter : [en montrant ses dix doigts, il s’est ensuite exclamé] : un mois correspond à tant plus tant plus tant de jours, en ramenant le pouce au cours de la troisième fois [pour dire vingt neuf jours], et tant plus tant plus tant plus tant de jours. » autrement dit trente jours. D’après Ahmed également, selon Nâfi’, selon ibn ‘Omar, le Messager d’Allah (r) a dit : « Un mois compte vingt neuf jours ; ne jeûnez pas avant de voir la nouvelle lune et ne terminez pas le jeûne avant de voir la lune suivante. Si le ciel est couvert, alors évaluez-la. » Selon Nâfi’, ce Même ‘Abd Allah envoyait quelqu’un observer la lune le 29 Sha’bân. Si ce dernier voyait la nouvelle lune, tout allait bien mais s’il ne voyait rien et qu’aucun nuage ou brouillard ne faisait rempart au ciel, il ne commençait pas le jeûne. Si des nuages ou le brouillard lui empêchaient de voir le ciel, il commençait le jeûne le lendemain. Ainsi, ibn ‘Omar ne se tournait pas vers le calcul. Selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a précisé au sujet de la nouvelle lune de Shawwâl : « Si vous la voyez alors cessez le jeûne mais s’il y a des nuages, alors jeûnez trente jours. » La version d’el Bukhârî précise : « Finissez les trente jours. »

 

Tous ces Hadith communément reconnus mettent en lumière plusieurs éléments dont notamment :

 

Le Prophète (r) fait la description de la communauté musulmane. Nation médiane entre les autres nations, celle-ci a la caractéristique d’être illettrée et de ne pas lire ni écrire. Vouloir se distinguer de cette caractéristique, c’est sortir de ses limites et de ses principes. Les arabes étaient des illettrés avant l’avènement de l’Islam comme le confirme le Verset : (Il est celui qui a envoyé aux illettrés un Messager issu d’eux). Cela ne signifie pas cependant qu’ils ne maitrisaient ni le calcul ni l’écriture. Bon nombre de Compagnons en effet retranscrivaient le Coran, établissaient les pactes, rédigeaient les courriers du Prophètes (r) adressés aux rois de la terre et aux chefs de clans, se spécialisaient dans les sciences de l’héritage, et récoltaient la Zakât. Allah (I) enjoint même dans le Coran : (afin que vous connaissiez le nombre d’années et le calcul). En fait, le terme « illettré » (Ummî) provient de « Umma » qui a le sens de « commun des gens ». Un Ummî est donc quelqu’un qui ne se distingue pas de la masse des gens par une particularité telle que la lecture et l’écriture. Une autre hypothèse avance que « Ummî » proviendrait de « Umm » signifiant mère. Autrement dit un Ummî serait une personne restée à l’état primaire et qui s’en tiendrait à l’éducation maternelle, etc.

 

Cette particularité qui permet de sortir de la « masse » est tantôt une qualité parfaite en elle-même comme le fait de lire le Coran et d’en comprendre le sens, tantôt elle est un moyen qui permet de tendre vers cette perfection comme le fait d’apprendre à lire et à écrire. Elle est donc laudative quand elle est utilisée à bonne escient et péjorative quand elle est utilisée à mauvais escient ou quand elle ne permet pas de mettre le Coran en pratique. Par contre, étant un moyen, il est plus méritoire d’avoir de meilleurs résultats tout en pouvant s’en passer. Auquel cas, il est même bien plus pertinent de s’en passer. Les arabes furent le premier réceptacle du message de la nouvelle religion. Ils ont ensuite portés ses enseignements, dictés dans leur langue originelle, aux autres nations. Contrairement aux juifs et aux chrétiens, ils n’étaient pas détenteur d’un Livre révélé. Ils ne maitrisaient pas non plus le savoir déductif propre aux sabéens. Cependant, leur nature était saine, ils étaient ainsi une terre bien plus fertile que quiconque, mais personne ne leur avait ouvert le chemin du savoir. Ils jouissaient certes d’un patrimoine culturel élémentaire comme la connaissance du Créateur, des vertus, des étoiles, de la lignée, et de la poésie. Cette culture ne les permettait pas cependant de se distinguer des autres nations. Avec l’avènement de l’Islam, ils devinrent les détenteurs d’un Livre et ils n’étaient plus des illettrés dans le sens péjoratif du terme, alors qu’auparavant ils étaient illettrés à tous les niveaux.

 

Ainsi apprendre à lire et à écrire est un moyen de parvenir à la perfection de lire le Coran et de le mettre en pratique. Sans cela, la personne accuse un manque. Si par contre il est possible de s’en passer pour obtenir les mêmes résultats, c’est encore plus méritoire, étant donné que cet enseignement est un moyen de s’épanouir sans constituer pour autant la perfection en lui-même. Tel est le cas de notre Prophète (r). Ce dernier n’est pas illettré dans le sens où il ne garde pas le Coran dans sa poitrine, il était cependant Umm



[1] L’auteur ne fait pas mention de la référence en question, mais il est possible qu’elle provienne du Texte que nous proposons.

[2] Faut-il compter parmi ses bédouins : Abû Bakr, ‘Omar, ‘Othmân, ‘Ali, et le reste des Muhâjirîns, ainsi que les Ansârs ?

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