Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 10:27

 

La base du régime alimentaire

(Partie 2)

 

‘Abd el ‘Azîz ibn Abî Rawâd : « Selon l’adage, manger peu stimule la piété. »

 

Qathm el ‘Âbid : « Selon l’adage, manger peu rend le cœur plus sensible, et la larme plus facile. »

 

‘Abd Allah ibn Marzûq : « La faim perpétuelle est le grand remède à l’orgueil.

  • Qu’est-ce que la faim perpétuelle à tes yeux, lui souleva Abû ‘Abd e-Rahmân e-Zâhid ?
  • C’est ne jamais manger à satiété.
  • Comment est-ce possible pour un habitant de ce monde ?
  • Il n’y a rien de plus facile, mon cher Abû ‘Abd e-Rahmân, quand Allah nous compte parmi Ses élus, et qu’Il nous ouvre les portes de Son obéissance ! Il suffit de ne jamais manger à sa faim. »

Haut du formulaire

 

Un jour, quelqu’un se plaignit à el Hasan el Basrî qui lui avait servi un plat : « J’ai trop mangé, je n’en peux plus !

  • Gloire à Allah, un musulman peut-il manger jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus, asséna el Hasan à son invité ? »

 

Abû ‘Imrân el Jûnî : « Selon l’adage, il suffit de manger peu pour avoir le cœur illuminé. »

 

‘Uthmân ibn Zâida témoigne : « Sufiân e-Thawrî me fit parvenir un courrier dans lequel il préconise : si tu veux moins dormir et avoir un corps en bonne santé, alors réduis ta nourriture. »

 

Bishr ibn el Hârith : « Je n’ai jamais mangé à ma faim depuis cinquante ans. »

 

« Il ne convient pas dans une journée de se rassasier de choses licites au risque de basculer vers l’interdit ; que dire de ceux qui se rassasient régulièrement d’infamie ? »

 

Ibrâhîm ibn Adham : « Quand on a le contrôle sur son ventre, on a le contrôle sur sa religion, et quand on maitrise sa faim, on maitrise la vertu ; si la faim éloigne du vice, la satiété s’en approche, car elle tue le cœur, et cultive les mauvais penchants : la joie excessive, l’ostentation, et le rire. »

 

Mohammed ibn e-Nadhr el Hârithî : « La faim attise la vertu de la même façon que le ventre plein attise l’ostentation. »

 

Abû Sulaïmân e-Dârânî : « La faim et la soif rendent le cœur sensible et doux, et boire et manger à satiété le rend aveugle. »

 

« La satiété est la clef d’ici-bas, et la faim est la clef de l’au-delà ; la crainte d’Allah est à l’origine de tous les biens tant sur terre que dans l’autre monde. Le Tout-Puissant étend ses largesses à ceux qu’Il aime et à ceux qu’Il n’aime pas, mais Il garde en réserve le trésor de la faim qu’Il accorde uniquement à ceux qu’Il aime. Il m’est préférable de moins manger le soir pour me réserver à la prière du début à la fin de la nuit. »

 

El Hasan ibn Yahyâ el Khashanî : « Pour avoir un cœur doux et des larmes à foison, il incombe de ne remplir qu’à moitié son ventre de boisson et de nourriture. »

 

En commentaire à ce propos, Ahmed el Hawârî déclare : « J’ai fait part de ce propos à Abû Sulaïmân qui m’a répondu : « Le hadîth parle d’un tiers pour la boisson et d’un tiers pour la nourriture. Je pense qu’après avoir fait leurs comptes, ces gens-là en ont gagné un sixième. »

 

L’Imâm Shâfi’î : « Je n’ai pas mangé à ma faim depuis seize ans, sauf une seule fois ; j’ai dû ce jour-là me vider le ventre, car la satiété alourdit le corps, dissipe la perspicacité, pousse à dormir, et rend moins prompt à la dévotion. »

 

Le sceau des Prophètes (r) nous recommande de manger peu, comme le formule le hadîth ci-dessus. Ce dernier est également l’auteur des paroles que rapportent el Bukhârî et Muslim, et dont voici les termes : « Le croyant mange dans un seul estomac, contrairement au mécréant qui a besoin de sept estomacs. »[1]

 

Autrement dit, le croyant respecte les prescriptions divines, tandis que le mécréant obéit à ses plaisirs, et mange avec avidité et voracité. En outre, la tradition prophétique préconise un moyen de tempérer ses ardeurs culinaires en partageant sa nourriture avec autrui.

 

Voici ce qu’elle propose en matière d’altruisme et de don de soi : « La nourriture pour un suffit pour deux, la nourriture pour deux suffit pour trois, et celle pour trois suffit pour quatre. »[2]

 

Attention donc à ne pas trop manger ni à trop boire, car trop se remplir le ventre d’eau perturbe la digestion et pousse à dormir. Un tiers de liquide suffit pour l’estomac afin de maintenir le corps en bonne santé.

 

Sufiân : « Mange la nourriture que tu veux, mais sans n’y ajouter de l’eau qui pousse à dormir. »

 

Un ancien disait : « Un jour, quelqu’un s’écria à des pieux israélites à la fleur de l’âge, juste au moment où ces derniers allaient rompre le jeûne : ne mangez pas trop, car vous risquez de boire trop d’eau qui va vous pousser à dormir beaucoup, et donc, à perdre beaucoup. »

 

La frugalité prédominait à l’avènement de l’Islam. Le manque de nourritures y aidant, certes, mais le Très-Haut mit son Élu (r) dans les meilleures conditions possibles pour lui faire supporter les difficultés liées à sa mission. Ibn ‘Omar l’avait bien compris, lui qui décida d’imiter les anciens quand l’abondance « sourit » aux musulmans. Il emboitait le pas à son père qui fut, à la première époque, plus d’une fois tiraillé par la faim.

D’après el Bukhârî et Muslim, selon ‘Âisha, le Prophète (r) n’a jamais offert à sa famille du pain de blé pendant trois jours d’affilé, depuis la période qui couvre ses premiers pas à Médine jusqu’à sa mise en tombe.

 

Une version de Muslim, selon la même ‘Âisha, souligne que, jusqu’à sa mort, il ne sait jamais rassasier de pain d’orge pendant deux jours de suite. Abû Huraïra, chez el Bukhârî, parle de trois jours de suite durant lesquels l’Ami d’Allah (r) ne se rassasiait d’aucune nourriture.[3] Ailleurs, il précise qu’il n’a tout simplement jamais mangé de pain d’orge à satiété. Son serviteur Anas ibn Mâlik témoigne que ni pain tendre ni agneau grillé n’ont garni ses repas jusqu’au jour où il rendit l’âme.[4] La fille d’Abû Bakr raconte également qu’il arrivait qu’aucun feu ne soit allumé pendant au moins deux mois au foyer, et que ses membres n’avaient pour seule nourriture que de l’eau et des dattes. En d’autres termes, on ne faisait pas cuir à manger pendant de longues périodes.[5] Parfois, le meilleur des hommes ne trouvait même pas des dattes de mauvaise qualité pour lui soulager la faim si tant est qu’il se tordait de douleur.[6] Il passait plusieurs nuits sans manger.[7] Pour calmer son symptôme, il se serrait le ventre avec une pierre.[8]  En revanche, les jours d’invitation, le Prophète ne se privait pas, et il n’étalait pas avec affectation un ascétisme éhonté.

 

Un jour, il lança à un homme qui avait éructé en sa présence : « Épargne-nous ce bruit ! Les plus rassasiés sur terre seront les plus affamés le jour de la résurrection. »[9]

 

Il incombe enfin de manger avec modération les aliments qui, à la base, nous sont licites, comme la viande, qui, comme l’aurait signalé le Khalife ‘Omar crée une addiction au même titre que l’alcool.[10] Ibn el Qaïyim rapporte les paroles d’Hippocrate : « Ne faites pas de vos ventres un cimetière pour animaux. »[11]

 

Wa Allah a’lam !

 

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

 

[1] Rapporté par Bukhârî (n° 5078) et Muslim (n° 2060).

[2] Rapporté par Bukhârî (n° 5077) et Muslim (n° 2059).

[3] Rapporté par Bukhârî (n° 5432) et Muslim (n° 2970).

[4] Rapporté par Bukhârî (n° 5385).

[5] Rapporté par Bukhârî (n° 2567) et Muslim (n° 2972).

[6] Rapporté par Muslim (n° 2978).

[7] Rapporté par Tirmidhî dans son recueil (n° 2360) et authentifié par el Albânî dans la recension de ce dernier.

[8] Rapporté par ibn el A’râbî dans el mu’jam (n° 21) et authentifié par el Albânî dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 1615).

[9] Rapporté par Tirmidhî (n° 2478) avec une chaine narrative jugée faible.

[10] Rapporté par Mâlik dans el muwatta (n° 1744).

[11] Zâd el mî’âd (4/384).

Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article
22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 11:32

 

 

La base du régime alimentaire

(Partie 1)

 

« Que ton aliment soit ta première médecine. »

"Primum non nocere" (d'abord, ne pas nuire).

« Cherchez la cause des causes. » (Hippocrate, 480 av. JC).

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Alexis Carrel : « La mort commence dans le côlon. »

 

Voir notamment : jâmi’ el ‘ulûm wa el hikam d’ibn Rajab.

 

Le ventre est le pire récipient qu’un être humain rempli ; quelques bouchées lui suffisent pour maintenir son corps. S’il doit absolument manger plus, alors qu’il laisse un tiers pour la nourriture, un tiers pour la boisson, et un tiers pour la respiration.[1]

 

La mauvaise digestion est à la base de tous les maux.

 

El Hârith ibn Kalada, la référence arabe en médecine : « La fièvre est la mère des remèdes, et le ventre plein la mère des maux. »

 

« La surabondance de nourritures mal digérées est la cause principale de mortalité des hommes et des fauves dans la nature. »

 

Selon un expert médiéval, si on demandait aux occupants des tombes : « Qu’est-ce qui vous a amené ici ? » ; ils répondraient que ce sont les troubles digestifs.

 

Réduire la nourriture est salutaire pour la santé du corps et de l’esprit : c’est le bon moyen d’adoucir le cœur, de développer la compréhension, de tendre vers l’humilité, de freiner sa colère et ses pulsions. En revanche, se remplir le ventre engendre tout le contraire.
 

El Hasan el Basrî : « Toi, laisse un tiers de ton estomac pour la nourriture, un tiers pour l’eau, et un tiers pour la respiration et la méditation. »

 

Après la conquête de Khaïbar, les Compagnons se plaignirent de la fièvre. Ils avaient absorbé des fruits qui garnissaient ses vergers verdoyants. Voici ce que leur préconisa le meilleur des hommes (r) : « La fièvre, par laquelle Allah maintient les hommes en prison sur terre, est issue de l’Enfer, et accompagne la mort sans répits. Pour la soigner, entre les prières du maghreb et du ‘ishâ, aspergez sur vos malades de l’eau que vous aurez refroidi dans une cruche. » Ces recommandations soulagèrent les hommes de l’armée. Dès lors, le Messager expliqua (r) : « Allah n’a pas créé un récipient pire que le ventre une fois qu’il est rempli. Si on doit absolument le faire, alors qu’on laisse un tiers pour la nourriture, un tiers pour la boisson, et un tiers pour l’air. »[2]

 

Ce texte, qui est à la base des grands principes de la médecine, subjugua, ibn Mâsawaïh, un grand spécialiste en la matière. Après l’avoir lu, ce dernier déclara avec enthousiasme : « Si les gens appliquaient ces paroles à la lettre, il n’y aurait plus aucune maladie ; les hôpitaux et les pharmacies fermeraient aussitôt. »

 

D’après el Marwazî, on demanda à ibn ‘Omar : « Veux-tu que je t’apporte des jawârij (sucrerie ndt.) ?

  • Qu’est-ce que c’est ?
  • Un aliment qui sert à mieux digérer.
  • Je ne me suis pas rassasié depuis quatre mois, non que je n’en sois pas capable, mais parce que j’ai connu une époque où des hommes avaient plus souvent faim qu’ils ne se rassasiaient. »

Une version précise : « Que ferais-je de ces sucreries, alors que je ne connais pas la satiété un mois durant ? »

Quelqu’un lui fit la remarque à la fin de sa vie : « Abû ‘Abd e-Rahmân, à ton âge, il est plus difficile de digérer, et ton entourage ne t’honore pas à ta juste valeur ; quand tu rentres chez toi, tu devrais demander à ta famille de te préparer des plats doux.

  • Malheur à toi, je ne connais pas la satiété non pas depuis onze ou douze ans, mais depuis au moins quatorze ans ! Devrais-je changer aujourd’hui, moi qui suis aux portes de la mort ? »

 

Selon ‘Amr ibn el Aswad el ‘Anasî, ce dernier évitait énormément de se rassasier pour ne pas être contaminé par l’orgueil.

 

Ibn Abî e-Duniya rapporte le témoigne édifiant d’ibn ‘Omar : « Je n’ai jamais mangé à ma faim depuis que je me suis converti à l’Islam. »

 

D’après el Marwazî, l’Imâm Ahmed encensait la faim et la pauvreté, et je lui demandai un jour : « Est-ce que renoncer aux passions rapporte une récompense ?

  • Comment en serait-il autrement, me répondit-il, si l’on sait qu’Abd Allah ibn ‘Omar n’a pas mangé à sa faim quatre mois durant ?
  • Est-ce que manger à sa faim adoucit le cœur ?
  • Je ne pense pas. »

 

En commentaire au hadîth précédemment cité, ce même Ahmed explique que le premier élément de l’énumération, la nourriture, renvoie à la subsistance, la deuxième, la boisson, à la force, et le dernier, l’air, à l’âme.[3]

 

D’après ibn Abî e-Duniya, selon Mohammed ibn Wâsi’, manger peu développe l’intelligence, la clarté d’esprit, la lucidité, l’honnêteté et la douceur ; et trop de nourriture entrave bon nombre d’initiatives.

 

Abû ‘Ubaïda el Khawwâs : « La satiété conduit à la ruine et la faim conduit au succès ; quand on a le ventre plein on est enclin au sommeil qui nous met à la merci de l’ennemi ; et quand on a le ventre vide on est aux aguets. »

 

‘Amr ibn el Qaïs met en garde : « Attention, trop se remplir le ventre endurcit le cœur ! »

 

Salama ibn Sa’îd : « Dans le temps, avoir le gros ventre était aussi condamnable qu’un péché. »

 

Un savant disait : « Si tu as un gros ventre (ou un ventre plein ndt.), alors consacre du temps pour le vider (ou pour le dégonfler ndt.). »

 

Ibn el A’râbî : « Selon l’adage arabe, dormir le ventre plein entrave toute ambition. »

 

Abû Sulaïmân e-Dârânî : « Quand tu entreprends une affaire qui touche à ta vie spirituelle ou profane, garde le ventre vide le temps de l’accomplir, car la nourriture affecte la raison. »

 

Mâlik ibn Dînâr : « Le croyant ne doit pas se focaliser sur son ventre ni se laisser dominer par les passions. » Ce dernier rapporte les propos suivants d’el Hasan ibn ‘Abd e-Rahmân : « Votre père Adam fut frappé par le mal de la nourriture dont les méfaits se perpétueront sur les hommes jusqu’à la fin du monde. »

 

« Selon l’adage, quand on maitrise son ventre, on maitrise toutes les bonnes actions possibles. »

 

« Selon l’adage, la sagesse ne s’installe jamais dans un estomac plein. »

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Hadîth rapporté par Ahmed, e-Tirmidhî, et e-Nasâî.

[2] Hadîth rapporté par Abû Nu’aïm dans ma’rifa e-sahaba (13/174) avec une chaine narrative controversée.

[3] Manâqib el Imâm Ahmed de Yahyâ ibn Manda.

Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article
10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 16:06

 

Regard sur les revenants

(Partie 2)

 

Islamophobie contemporaine

 

Si les analyses de Fanon, enchaine notre ami Thomas, sont plus que jamais d’actualité c’est que les évolutions qu’il avait observées dans les années 1950 et à l’orée des années 1960, à commencer par la culturalisation du racisme et l’extension du domaine de la guerre, se sont poursuivies dans les décennies suivantes.

 

L’« islam » et l’encodage de la race

 

Depuis l’indépendance de l’Algérie et de la plupart des autres colonies françaises, le racisme s’est perpétué et s’est même régénéré en poursuivant sa mue formelle. De plus en plus discrédité, le discours vulgaire à caractère « biologique », quoique toujours présent, s’efface au profit de nouvelles manières de dire et de marquer la race. Et, dans ce processus de culturalisation progressive, le racisme a pris un aspect de plus en plus « religieux ». C’est notamment ce que l’on a pu observer en France au cours des années 1980, en particulier lorsque les responsables politiques et médiatiques français ont commencé à focaliser leur attention sur ceux et celles qu’ils se sont mis à qualifier d’« immigré.e.s de la deuxième génération ». Refusant de les considérer comme des « Français à part entière », et leur déniant donc l’égalité, la sphère politique et médiatique s’est mise à « islamiser » ce segment de la population : ceux que l’on qualifiait de « Nord-Africains » sont progressivement devenus des « musulmans ».

 

Ainsi se poursuit le processus d’encodage de la race déjà identifié par Fanon : l’« islam » tel que l’envisagent, le définissent et l’investissent les dominants fonctionne comme un code permettant de maintenir et de réaffirmer la ligne de démarcation entre les Blancs et les non-Blancs. Rompant avec le « racisme vulgaire » d’antan, ce racisme à référent « religieux », apparemment plus distingué, se donne un aspect plus « acceptable ». À la formule « les bougnoules à la mer ! », on préfère dorénavant des expressions apparemment plus tolérables : « Les musulmans doivent respecter les règles républicaines ! ».

 

Les mécanismes d’encodage et d’euphémisation du racisme s’accompagnent, comme l’avait très bien perçu Fanon, par des dispositifs de dénégation. On ajoutera alors quelques formules rituelles (« Je ne suis pas raciste, je suis laïque ! »). Mais, comme le soulignait à nouveau Fanon, ce n’est pas le problème du racisme qui a disparu, mais simplement l’« aspect du problème » : qu’on « biologise » la race ou qu’on l’« islamise », le processus d’infériorisation – et le déni de l’égalité qui l’accompagne – demeure.

 

Comme à l’époque de Fanon, l’islam est ainsi instrumentalisé par les secteurs dominants de la société française. Cet islam imaginaire, construit par et pour les privilégiés et imposé aux millions de personnes qui sont estampillées comme « musulmanes » sans qu’on ne leur demande jamais leur avis, permet aux premiers de maintenir les seconds dans une situation de perpétuelle domination et de dépendance (et d’agiter sous les yeux des racisé.e.s les menaces funestes qui, d’après Fanon, « existent en horizon » dans toute société raciste).

S’érigeant en juges de paix civile, les non-musulmans – c’est-à-dire, en langage décodé : les Blancs – demandent perpétuellement des comptes, des gages, des signes d’allégeance à ceux qu’ils altérisent et infériorisent et qui, à en croire les responsables politiques et les médias dominants, ne sont jamais suffisamment « intégrés » (ou dont ladite intégration, toujours « suspecte » même lorsqu’elle paraît irréprochable, est toujours révocable). En « islamisant » d’autorité une partie de la population, en actualisant les frontières de la race qui protègent leurs privilèges, les dominants ne font que revitaliser le système raciste. La « république » dont il est question dans leur bouche apparaît chaque jour davantage comme une machine à discipliner les potentiels récalcitrants.

 

Une guerre « à l’intérieur de l’islam » ?

 

Comme à l’époque coloniale, et parce qu’il s’agit moins de faire disparaître l’ennemi que de continuer l’agonie, l’« islam » fabriqué par les instances dominantes de la société – à commencer par les cercles politiques et médiatiques – prend soin de distinguer, parmi les « musulmans », les bons et les méchants. Au lieu d’affirmer de but en blanc qu’il y a une guerre à mort entre les « civilisations » occidentales et musulmanes, entre la Croix et le Croissant, on préfère parler de « guerre à l’intérieur de l’islam » (donc, a fortiori, à l’intérieur de la « communauté musulmane » de France).

 

D’après ce qu’on nous dit, les camps s’identifient aisément. Il y aurait, d’un côté, les « musulmans modérés », nos amis, qu’il faudrait défendre car ils défendent « nos valeurs » ; et, de l’autre, des « islamistes », « intégristes », « fondamentalistes », qu’il faudrait combattre sans relâche. Ces derniers sont nos ennemis, est-il expliqué, car ils veulent nous imposer leurs lois (barbares), voire nous faire purement et simplement disparaître (si ce n’est physiquement, du moins culturellement). Le danger paraît d’autant plus grand que les « musulmans » n’agissent plus seulement de l’extérieur : étant « Français », ils grignotent secrètement notre belle nation de l’intérieur.

 

Apparue dès le milieu des années 1980, cette mise en scène à la fois floue et binaire, moralisante et guerrière, est démentie par tous les travaux sérieux sur les « communautés musulmanes », qui montrent bien qu’il existe une aussi grande variété idéologique, culturelle et sociologique « dans l’islam » qu’ailleurs. Intégrée dans le système d’encodage et d’euphémisation, la fiction d’une « guerre à l’intérieur de l’islam » a une quadruple fonction :

Sous un mode paradoxal, elle permet d’abord d’unifier ladite « communauté musulmane » et de la distinguer ainsi du reste de la société : si elle est « divisée », c’est bien que cette « communauté » existe ; et si elle existe, c’est bien qu’elle ne fait pas vraiment partie de « notre » communauté (nationale/culturelle/etc.). La rhétorique de la « guerre à l’intérieur » de l’islam n’est rien d’autre que la version euphémisée de la théorie du choc des civilisations, qui distingue « nous » et « eux » (euphémisée car elle se présente simplement comme un choc des civilisations par procuration).

Cette mise en scène permet ensuite d’immuniser les metteurs en scène. Tel est le rôle assigné aux « musulmans modérés » : ce sont eux qui certifient la bonne foi de ceux qui les « valorisent » et les invitent sur les plateaux de télévision (selon la logique classique du : « je ne suis pas islamophobe, j’ai des amis musulmans ») et qui justifient l’acharnement collectif contre toute forme d’« intégrisme » (ou de déficiente « intégration »). On constatera au passage que la « modération » prêtée à un musulman est inversement proportionnelle à sa modération à l’égard de ceux qui sont présentés comme « radicaux ».

Cette fiction binaire a bien sûr pour but – c’est sa troisième fonction – de désigner à la vindicte populaire et de mobiliser, au sens fort du terme, les populations contre ceux qui, à l’intérieur de la soi-disant « communauté musulmane », osent non seulement contester l’ordre établi mais le font en mettant en avant des « valeurs » qui, décrites comme incompatibles avec les « nôtres », sont censées distinguer radicalement cette « communauté » du reste de la société.

L’idée fondamentale, derrière ce discours sur les « intégristes » et les « modérés », et c’est peut-être sa fonction principale, est de rendre les populations infériorisées responsables de la stigmatisation et de l’exclusion dont elles sont victimes. C’est-à-dire, comme disait Fanon, de les enfermer dans un « cercle de culpabilité ». Le message codé adressé aux musulmans prend la forme d’un chantage, aussi classique que destructeur : « Choisissez la soumission ou nous vous combattrons. » Pour paraphraser Fanon, parlant des Noirs américains : le musulman doit « “assumer” sa propre condamnation ». Le piège infernal se referme ainsi sur les damné.e.s de la terre.

 

La nouvelle bataille du voile

 

C’est dans le cadre de cette prétendue « guerre à l’intérieur de l’islam » que la question du « voile » est revenue à la surface à la fin des années 1980, pour ne plus jamais quitter la une de l’actualité depuis lors. La réémergence de cette « bataille grandiose », dans le cadre du colonialisme intérieur, n’est pas vraiment une surprise. Ce qui l’est plus c’est la similarité entre les observations qu’a pu faire Fanon en 1959 à propos des opérations d’action psychologique organisée par l’armée française, dans le contexte de la guerre d’Algérie, et celles que l’on peut faire par exemple en étudiant le traitement médiatique de l’affaire de Creil en 1989, dans un contexte apparemment très différent. Certes, les acteurs ne sont plus les mêmes, les rédactions de télévision ayant largement remplacé l’armée française en tant que chef de l’orchestre de la propagande, mais le propos est étonnamment similaire (la télévision allant jusqu’à organiser des émissions qui n’avaient rien à envier aux « séances de dévoilement » mises en scène quarante ans plus tôt sur les places publiques d’Alger).

 

Face à cette offensive sur le voile, les musulmanes réagissent à partir de 1989 à peu près comme le firent les Algériennes en 1959. Certaines tentent de se distancier au maximum des porteuses de foulard, et reproduisent ainsi – à leur corps parfois défendant – le discours ambiant qui décrit le foulard comme le signe incontestable d’« intégrisme » et la preuve de l’existence d’une domination masculine spécifiquement « musulmane ». D’autres, à l’inverse, tentent de réinvestir ce « signe », soit en lui donnant un sens assez proche de celui qu’imposent les médias dominants, mais en le revendiquant, soit – plus fréquemment – en réinventant sa signification pour en faire, selon les cas, un objet permettant de négocier leur identité franco-musulmane ou le symbole de leur insoumission à l’ordre (néo)colonial.

 

Le racisme affleurant en tout cas à chaque nouvelle « polémique », les musulmans paraissent particulièrement conscients des ressorts profonds de cet acharnement collectif contre « le voile » qui, progressant par capillarité, touche un nombre croissant de secteurs de la société (écoles, crèches, hôpitaux, etc.) et ne cesse d’être décliné dans d’autres registres pour toucher d’autres prétendus marqueurs de la « communauté musulmane » (viande halal, pratique du ramadan, horaires de piscine, etc.). Instrumentalisé par le discours médiatique et politique dominant, et utilisé comme arme de guerre psychologique contre la « communauté musulmane » tout entière, le voile redevient l’objet d’une « bataille grandiose » assez similaire à celle que décrivait Fanon à la fin des années 1950. « Demandez à ceux qui nous écoutent et qui sont de confession musulmane de ne pas mettre le voile à leur enfant à l’école, exigeait en 2003 Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et des Cultes, à Tariq Ramadan sur un plateau de télévision. Si vous le demandez, alors je crois que vous voulez être un modéré. Si vous ne le demandez pas, c’est le double discours. »

 

« Guerre contre le terrorisme »

 

Depuis le début des années 1990 et, plus encore depuis 2001, l’offensive identitaire contre les musulmans s’est doublée d’une offensive sécuritaire dans le cadre de ce qui est dorénavant qualifié de « guerre contre le terrorisme » et qui n’est rien d’autre que le développement des doctrines de guerre développées dans les années 1950 et dont Fanon fut l’observateur privilégié pendant la guerre d’Algérie.

 

La logique identitaire et la logique sécuritaire ayant progressivement fusionné, les très visibles mesures d’exception prises dans le cadre de la lutte contre le « terrorisme », décrites par les commentateurs comme très populaires et absolument nécessaires, permettent de plus en plus de justifier la guerre de basse intensité contre la « communauté musulmane » tout entière. C’est dans ce cadre par exemple que le Livre blanc du gouvernement sur la sécurité intérieure face au terrorisme appelait en 2006 à une nouvelle « bataille des idées », laquelle visait, selon l’expression employée, deux « groupes-cibles » : d’une part, « la population dans son ensemble, y compris les enfants et les adolescents » et, d’autre part, « les populations dont les terroristes se prévalent », c’est-à-dire les musulmans. Ces derniers, décrits comme des subversifs potentiels, doivent donc subir un traitement à part, ayant pour but de les éloigner physiquement et psychologiquement des « milieux terroristes », à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières nationales.

 

On reconnaît ici le schéma-type de la guerre « contre-subversive » qui, prenant ses racines dans l’histoire militaire coloniale et particulièrement dans les conflits qui ont marqué la période de décolonisation, est développé depuis plusieurs décennies dans toutes les armées du monde dans le but de gagner la « bataille des cœurs et des esprits » contre un ennemi aussi global que nébuleux, à la fois identitaire et sécuritaire, intérieur et extérieur. Dans le cadre de cette « guerre globale contre la terreur »

 

Les errements de l’« homme de gauche »

 

Il est assez probable que Fanon se serait également penché sur le rôle crucial de la « gauche » dans le développement de l’islamophobie contemporaine. Car cette dernière porte une lourde responsabilité dans la régénération des mécanismes islamophobes depuis le début des années 1980. Ayant renoncé à son programme socioéconomique dès le début des années 1980, la gauche de gouvernement, toujours travaillée par ses vieux réflexes colonialistes, a cherché à se faire une virginité en réactivant la double thématique, apparemment « progressiste », de la « laïcité » et de l’« intégration ». Sous prétexte de lutter contre la montée de l’extrême droite et de libérer les femmes maghrébines des griffes des « intégristes », elle a remis au goût du jour les schémas coloniaux et joué un rôle moteur dans le réencodage islamique de la race (selon les modalités déjà identifiées par Fanon il y a soixante ans : euphémisation, dénégation, pseudo-respect, etc.).

 

Ce faisant, la gauche a falsifié les principes dont elle se réclame – la « laïcité » en premier lieu, mais également l’« égalité » ou la « liberté d’expression » – pour en faire des « valeurs civilisationnelles » susceptibles d’être mobilisées dans ce que Fanon appelait la « lutte de “la croix contre le croissant” ». Un processus dont ne peuvent que se féliciter l’extrême droite et les « ultras » de tous poils qui, abandonnant à leur tour le « racisme vulgaire » qui était leur marque de fabrique, adoptent désormais le « racisme distingué » concocté pour eux par leurs prétendus « adversaires » de gauche.

 

Nul doute que Fanon, qui n’a cessé de brocarder l’attitude de la gauche pendant la guerre d’Algérie, aurait analysé avec brio le rôle néfaste de cette gauche qu’on doit bien qualifier de blanche, incapable de se penser comme telle et donc de penser les privilèges dont elle jouit et les non-dits qui la rongent. Mais Fanon ne se serait pas contenté de dénoncer cette frange rétrograde, patriote et chauvine de la « gauche » qui, de Guy Mollet à François Hollande, en passant par François Mitterrand, n’a jamais éprouvé le moindre scrupule à faire la guerre aux colonisés et à leurs descendants. Il se serait également intéressé à cette autre gauche qui s’autoproclame « anticolonialiste » et réclame la « justice » à tout bout de champ mais qui, dans le même temps, n’abandonne rien de ses propres pratiques paternalistes et trouve toujours de bonnes raisons pour éviter de s’interroger sur ses propres schémas mentaux.

 

Voir : http://contre-attaques.org/magazine/article/frantz-fanon

 

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

 

Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article
9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 18:55

 

 

Regard sur les revenants

(Partie 1)

 

« Les femmes du monde arabe savent bien que leur combat pour l'émancipation implique à la fois la fin du pouvoir patriarcal, dont la plupart des hommes se font les complices, et l'éradication d'une religion qui en justifie la prépondérance. »

(Raoul Vaneigem / né en 1934 / De l'inhumanité de la religion / 2000)

Un internaute interpella l’auteur de ses lignes afin qu’il jette un œil sur l’ouvrage ô combien intéressant, malgré les préjugés de départ, les revenants de David Thomson. Je dis préjugés, car les phénomènes qu’il dépeint m’apparaissaient plus comme un fait de société que comme une somme théologique. Après lecture, je n’en démords pas moins, mais je peux affirmer que la thérapie a marché. Il fallait être sacrément masochiste pour aller jusqu’au bout d’un livre qui dévoile non sans amertume les vilaines tribulations d’individus qui sont mis au compte de ma communauté, ce que je ne conteste pas le moins du monde. D’ailleurs, je n’ai pas pour ambition ici d’associer ma voix à la horde en jetant en pâturage – en guise de garantie pour amadouer la populace en liesse – ces êtres victimes d’une société en mutation, en panne d’identité, qui jette dans les bras de la « religion » ses enfants qu’elle n’a pas sus ni pus gardé. Une fois cette cure de flagellation achevée, je me tourne vers le clavier pour coucher mes impressions à froid et à chaud à travers une série d’article dont voici le préambule.

 

Préambule

 

Thomas Deltombe, qui fut voué aux gémonies pour le crime assassin dont s’est targuée sa plume en proie au syndrome de Stockholm, revient à la charge pour installer le décor qui entoure le retour des revenants à la réalité. L’homme de la cinquième colonne nous dessine les contours, cinglant de la température ambiante, au détour d’une croustillante interview. L’islamophobie, se plaint-il, est à l’évidence un instrument de pouvoir. Il s’agit d’une façon relativement récente – elle date de deux ou trois décennies – de reformuler le racisme d’antan. Il s’agit, en d’autres termes, d’un encodage. Là où l’on parlait des « Arabes », on parlera des « musulmans ». Là où l’on disait vouloir défendre la « civilisation chrétienne », on privilégiera désormais les supposées « valeurs de la République française ».

 

Toute une série de grandes « valeurs », un peu trop facilement qualifiées de « françaises », sont ainsi mobilisées – au sens quasi militaire du terme – pour ériger et maintenir une barrière symbolique qui sépare « eux » et « nous » : la laïcité, la condition des femmes, la liberté d’expression, etc.

Tout ce discours, qui a émergé dans les années 1980, au moment où les élites françaises découvraient les « Français issus de l’immigration », systématiquement décrits comme des Français de seconde zone car « culturellement différents », fonctionne comme un code qui permet de dire le racisme sans le dire explicitement. Cet encodage, cette façon de dire sans dire, est la marque de fabrique de l’islamophobie : c’est cela qui a permis de régénérer le racisme dont on disait, dans la période qui a immédiatement suivi la décolonisation, qu’il était condamné à disparaître.

 

Il suffit de regarder les résultats des sondages régulièrement effectués sur le « sentiment des Français à l’égard de l’islam », notamment dans les périodes marquées par des attentats, pour comprendre que l’islamophobie est un moyen assez puissant de « rassembler les Français ». C’est aussi un moyen pour les responsables politiques de gagner des élections et, pour certains journalistes, de gagner de l’argent.[1]

 

Un Retour en arrière pour un regard plus récent

 

L’infâme fait un judicieux parallèle entre la période coloniale et la psychose frénétique qui déboucha sur la situation actuelle dans un article édifiant qui reprend pour trame de fond le constat de Fanon, un témoin oculaire du passé récent de la France. En voici de larges passages :

 

Pour utiliser les mots de Fanon, lance l’apollon en tongues, l’expression formelle du racisme « se renouvelle », « se nuance », « change de physionomie », « se camoufle » et « se farde ». Et c’est par ce mécanisme, cette adaptation, cette mise à jour, que le racisme, loin de disparaître, peut au contraire se perpétuer

 

Soulignant ainsi le phénomène de l’encodage du discours raciste, et distinguant au passage ce qu’il appelle le « racisme vulgaire » de ce que l’on pourrait appeler le « racisme distingué », Fanon indique que ce n’est évidemment pas le problème du racisme qui a disparu mais bien l’« aspect du problème » qui a été « profondément modifié ». Fanon note que, ce faisant, et pour justifier leur domination, les sociétés qui se croyaient jusque-là biologiquement supérieures mettent de plus en plus en avant leur système de valeurs. Et cite un exemple qui, quoique faisant surtout référence à la guerre d’Algérie à l’époque, ne manquera pas de nous rappeler les discours de certains responsables politiques et médiatiques contemporains : « les “valeurs occidentales” rejoignent singulièrement le déjà célèbre appel à la lutte de “la croix contre le croissant”.

 

Si les formes du racisme évoluent, le fond, lui, demeure. Plus encore : c’est même parce que l’aspect du problème évolue que le problème peut se perpétuer. C’est par ce mécanisme d’adaptation que la société française, comme toute société coloniale, est restée une société raciste. Et Fanon insiste bien sur ce point central de la mécanique raciste, qui nous aide à penser l’islamophobie contemporaine : le racisme a pour caractéristique d’être à la fois systémique et total.

 

Fanon nous met en garde contre le piège tendu par le renouvellement formel du racisme : ce n’est pas parce qu’il « se camoufle » et « se farde », ce n’est pas parce qu’il deviendra plus « acceptable », que le racisme n’a pas l’horreur en horizon.

 

Ce qu’il importe de retenir de tout cela, c’est que les formes du colonialisme, mélange singulier de racisme et de guerre, se renouvellent perpétuellement et se cachent sans cesse pour lui permettre de perdurer. Et c’est cette plasticité du colonialisme, cette capacité à muter, à se camoufler et à étendre son champ d’action, qui a permis à la France de demeurer une société coloniale – donc raciste – bien des décennies après l’indépendance formelle de ses colonies.

 

Le système colonial, note-t-il, cherche à « valoriser » la culture indigène, à « célébrer » les coutumes traditionnelles et va même jusqu’à stigmatiser les « racistes » les plus caricaturaux, les plus vulgaires, qui flétrissent trop ostensiblement la culture dominée. La conquête des esprits se poursuit donc, sur le mode sournois de la dénégation : les systèmes de domination sont toujours plus efficaces lorsqu’ils incorporent des mécanismes d’euphémisation et de dénégation.

 

Manipulée par le système raciste, la culture se transforme également en arme entre les mains des colonisés. Face à l’offensive coloniale, de plus en plus subtile, les colonisé.e.s cherchent des parades. Et, après avoir vainement cherché à « s’assimiler », c’est-à-dire à incorporer les « valeurs » promues par le conquérant, que celui-ci respecte d’autant plus rarement lui-même qu’elles ont pour fonction première d’en exclure les dominés, il se rétracte dans sa culture et l’érige en culte. Ainsi risque de se développer, chez le colonisé, ce que Fanon appelle un « esprit sectaire », et que nos contemporains ont plutôt tendance à qualifier de « fanatisme », d’« intégrisme » ou de « fondamentalisme ».

 

Tout à sa tentative de « valoriser » la culture des colonisés, pour mieux la neutraliser, le colonialisme s’immisce dans les affaires musulmanes. « On assiste, écrit Fanon, à la mise en place d’organismes archaïques, inertes, fonctionnant sous la surveillance de l’oppresseur et calqués caricaturalement sur des institutions autrefois fécondes… » Il s’agit ni plus ni moins que d’une entreprise de simulacre et de mystification

 

La « bataille » du voile

 

C’est le texte « L’Algérie se dévoile », publié en 1959, qui nous donne le plus d’éléments sur la façon dont Fanon envisage l’« islam » – au sens culturel du terme – comme un instrument d’affrontement entre le système colonial et les colonisé.e.s. Ce texte analyse la « bataille » qui, en pleine guerre d’Algérie, se joue autour du voile des Algériennes : « Ce voile, élément parmi d’autres de l’ensemble vestimentaire algérien, va devenir l’enjeu d’une bataille grandiose, à l’occasion de laquelle les forces d’occupation mobiliseront leurs ressources les plus puissantes et les plus diverses, et où le colonisé déploiera une force étonnante d’inertie. »

 

Fanon décrit comment l’administration coloniale instrumentalise, à travers la question du voile, la situation féminine dans le but de stigmatiser la société algérienne tout entière :

« L’administration dominante veut défendre solennellement la femme humiliée, mise à l’écart, cloîtrée… On décrit les possibilités immenses de la femme, malheureusement transformée par l’homme algérien en objet inerte, démonétisé, voire déshumanisé. Le comportement de l’Algérien est dénoncé très fermement et assimilé à des survivances moyenâgeuses et barbares, avec une science infinie. La mise en place d’un réquisitoire-type contre l’Algérien sadique et vampire dans son attitude avec les femmes, est entreprise et menée à bien. L’occupant amasse autour de la vie familiale de l’Algérien tout un ensemble de jugements, d’appréciations, de considérants, multiplie les anecdotes et les exemples édifiants, tentant ainsi d’enfermer l’Algérien dans un cercle de culpabilité ».

 

Cette guerre psychologique contre le voile, que Fanon compare à un viol individuel et collectif, provoque presque mécaniquement une réaction, à la fois individuelle et collective, dans la société colonisée. Se sentant humilié.e.s, les Algérien.ne.s se cramponnent à cette tradition vestimentaire. Même les femmes non voilées, que le colonialisme cherche à enrôler, réagissent : « Spontanément et sans mot d’ordre les femmes algériennes dévoilées depuis longtemps reprennent le haïk, affirmant ainsi qu’il n’est pas vrai que la femme se libère sur l’invitation de la France. » Le voile devient ainsi une arme de résistance…

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article
22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 13:15

 

 

Pour la première fois, la mosquée du Prophète va proposer des cours de Coran à distance pour femmes en français inscrivez-vous dès maintenant :

 

https://quran-mn.com/ar/

Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article
15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 09:55
Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article
16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 08:41

logosm

 

 

Souhaiter bonne fête aux non musulmans

 

Par Sheïkh Sâlih el Fawzân

 

 

Louange à Allah ! Que les Prières d’Allah et Son Salut soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et ses Compagnons !

 

Ensuite, souhaiter bonne fête aux non-musulmans est un débat qui remue beaucoup les passions ces derniers temps. Est-il permis de les féliciter à l’occasion de leurs fêtes religieuses. Je pense qu’il incombe de montrer la vérité sur le sujet, ou du moins, ce que je crois être la vérité. Je dis donc :

 

Il n’est pas permis de les féliciter pour les nombreux inconvénients que cela engendre. Notamment :

 

Premièrement : cela revient à leur exprimer une forme d’alliance ou ne serait-ce d’affection, ce que condamnent de nombreux textes du Coran et de la sunna, à l’exemple du Verset : (Ô croyants ! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens. Si l’un d’entre vous s’allie avec eux, il comptera parmi les leurs, Allah ne guide certainement pas les injustes).[1] Les féliciter est une façon de leur exprimer des sentiments, et pire, de l’affection pour leur religion. Il est, en effet, difficile de féliciter une personne pour qui on a de l’aversion. Allah (I) révèle : [Tu ne peux trouver un peuple croyant en Dieu et au jour dernier avoir de l’affection pour ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager, fussent-ils leurs pères, les fils, leurs frères ou leur famille].[2] S’il nous est interdit d’aimer les ennemis d’Allah et de Son Messager parmi nos proches, à fortiori, nous devons détester ceux qui ne font pas partie de nos familles.

 

Deuxièmement : cela revient à approuver leur jour de fête et à les encourager. Un seul de ces inconvénients suffit en lui-même pour corroborer l’interdiction, alors que dire quand on les prend ensemble !

 

Voici une réponse à tous ceux qui autorisent ce genre de pratiques :

 

1- Certains avancent que le musulman de là-bas est contraint de les faciliter, étant donné qu’il vit au milieu d’eux ou qu’il étudie chez eux.

 

Nous disons en réponse :

 

Premièrement : il n’est pas permis de vivre au milieu des non-musulmans, sauf si le besoin s’en fait ressentir. Or, cette permission est soumise à des conditions : 1) que le besoin en question soit licite 2) de directement quitter le pays une fois qu’on a plus rien à y faire 3) de garder ses valeurs religieuses.

 

Deuxièmement : personne ne lui impose de les féliciter pour qu’on puisse parler de nécessité ; le musulman est fier de sa religion et ne fait aucune complaisance. Il a pour principe : [Vous avez votre religion et moi, la mienne].[3]

 

2- Aux yeux de certains, le musulman ne fait que leur rendre la pareille par politesse, étant donné qu’ils le félicitent pour ses jours de fête.

 

En réponse : la différence entre nos jours de fête et les leurs surtout ceux qu’ils ont innovés, c’est que les notre sont légitimes. Nous ne devons donc pas les conforter dans leur erreur.

 

3- Pour conforter leur idée, certains utilisent le Verset : [Allah ne vous interdit pas, envers ceux qui ne vous ont pas combattu pour votre religion et qui ne vous ont pas sorti de vos maisons, d’être bon avec eux, et d’être justes envers eux ; certes, Allah aime les justes].[4]

 

En réponse, nous disons que ce texte ne va absolument pas dans le sens qu’ils lui donnent, étant donné qu’il enjoint d’être bons et charitables envers les non musulmans en question dans des domaines que la religion tolère, ce qui n’est pas le cas avec leurs jours de fête.

 

4- Certains pensent que c’est une façon de les appeler à l’Islam.

 

En réponse, nous disons que la prédication doit rester dans les limites du licites, alors qu’il nous est interdit de leur témoigner de l’affection.

 

Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches, et ses Compagnons !

 

 

Écrit par : Sâlih ibn Fawzân el Fawzân.

Membre de l’Ordre des Grands Savants

d’Arabie saoudite.

Le 17/02/1433 h.

 

 

 

 



[1] Le repas céleste ; 15

[2] La polémique ; 23

[3] Les mécréants ; 6

[4] La femme éprouvée ; 8

Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article
20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 08:53

logosm

 

 

News : 45 fatwa de Sheïkh el Fawzan sur le khuruj et les manifestations !

http://www.alfawzan.af.org.sa/allftwa/179


Celles-ci ont eu lieu dans le cadre d'une conférence donnée jeudi dernier, et qui est actuellement sous imprimerie !

http://www.alfawzan.af.org.sa/node/14223

Je vais essayer de la traduire le plus tôt possible in sha Allah !

Voici le lien twitter :

https://twitter.com/aforgsa_fr

 

 

Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article
20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 16:57

 

 



logosm

 



Le compte Youtube des grands savants d'Arabie Saoudite :


https://www.youtube.com/user/salihalfawzan

Et rappel de la version française de la page Twitter : أول من يعلم ‏ : celle-ci suit au jour le jour les annonces, discours et fatwa (audio, vidéo) du Comité des grands savants :

 

https://twitter.com/aforgsa_fr

Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article
13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 18:53

logosm

 

 

 

 

Nouveau site spécial hadj :

 

http://haj.af.org.sa/

 

 

Voici la version française de la page Twitter : أول من يعلم ‏ : celle-ci suit au jour le jour les annonces, discours et fatwa (audio, vidéo) du Comité des grands savants :

 

https://twitter.com/aforgsa_fr

Repost 0
Publié par mizab - dans Divers
commenter cet article