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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:38

 

Guerre sainte, croisades, et inquisitions à l’assaut de l’Histoire

(Partie 5/4)

L'Église et la Guerre Sainte : de la « Paix de Dieu » à la « croisade »

 

La démonisation de l’adversaire païen particulièrement aisée en pareil cas aurait permis l’élaboration de la notion de guerre sainte qui à la fin du siècle aurait conduit la prédication de la croisade à une étape nouvelle, car il ne s’agissait plus de guerre défensive contre un envahisseur païen démonisé, mais de guerre offensive et meurtrière menée contre des musulmans installés en Orient depuis près de quatre siècles.

 

L’évolution se serait ainsi prolongée sur une très longue période, et les prémisses posées par saint Augustin, qui esquissa la notion de guerre juste, demeurant longtemps purement théoriques pour être reprises et développées sous des formes nouvelles au cours du xie siècle.

 

Il n’est pas évident que la notion de guerre juste ait réellement évolué au xie siècle vers celle de guerre sainte. En effet saint Augustin lui-même envisageait comme légitime la répression violente des hérétiques par le pouvoir impérial tout aussi bien que la guerre offensive et pas seulement défensive (comme on le croit parfois) pour reprendre un bien spolié particulièrement par des Infidèles.

 

L’attitude des papes envers la guerre ne semble pas contrairement ce que pensait Erdmann avoir notablement évolué au xie siècle. Il n’y a pas en tout cas de saut qualitatif dans leur approche de la guerre. Les papes des deux siècles précédents n’étaient pas moins belliqueux que ceux du xie siècle. Encore moins étaient-ils des pacifistes. Ce qui change au xie siècle est la dimension nouvelle que prend la papauté dans le monde, le renforcement de son autorité à l’intérieur de la chrétienté, et l’élargissement considérable de ses ambitions et de ses intérêts. Cet élargissement accompagne une volonté manifeste des papes de prendre en main les intérêts du Saint-Siège, élargis et confondus avec ceux de l’Eglise tout entière, voire de la chrétienté. Il ne s’agit plus pour le Saint-Siège de lutter pour conserver le patrimoine de saint Pierre comme au temps des empereurs carolingiens ni pour acquérir ou préserver l’indépendance puis l’hégémonie en Italie, mais de tenter d’accéder à ce que l’on nommerait aujourd’hui le leadership dans l’Europe entière. Dès lors, la guerre sacrée prend une ampleur et des directions nouvelles sans changer de nature.

 

Tout le monde connait la suite…

 

http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1992_num_47_2_279055

 

Voir pour la reconstitution des évènements sous l’œil des vaincus, l’excellent essai de l’académicien prix Goncourt Amin Maalouf qui est issu d’une famille presbytérienne et née d’une mère maronite : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Croisades_vues_par_les_Arabes

 

L’inquisition

 

Mieux vaut, estime l’assemblée, relâcher un coupable que condamner un innocent.[1]

 

Des sites catholiques très sérieux nous demandent de se garder de tout jugement anachronique : les Droits de l'Homme n'ont aucun sens avant la fin du XVIIIe siècle. Ces fameux droits de l’Homme ne s’inscrivent-ils pas en réaction aux abus de l’Église ?  Ces mêmes auteurs se plaignent de la haine anticléricale[2] des droit-de-l’hommistes ! Si le ridicule tuaient, certains auraient usé leur sept vies, mais qu’ils se rassurent, les catholiques sont loin d’avoir l’apanage de la bêtise, nombre de musulmans notamment le leur contestent ![3]

 

Ces mêmes sites nous invitent à replacer les « atrocités » de l’inquisition dans leur contexte historique, comprendre : les minimiser pour échapper à la propagande protestante et humaniste, mais suivons le voleur jusqu’à la porte !

 

On nous dit que L’Inquisition est inintelligible à des esprits contemporains. Replaçons-nous dans le contexte médiéval. Jusqu’ici ça va... jusqu'ici ça va...

 

Au Moyen Age, et surtout dans la période qui va du 10ème à la fin du 13ème siècle, la société est chrétienne. Il est impensable de ne pas l’être. Le concept de liberté religieuse est incompréhensible, autant que le relativisme moral. On est chrétien parce qu’on est convaincu de la Vérité du Christianisme. Or, la Vérité est une et indivisible. Donc il n’y a pas, par définition, de place pour d’autres religions ou opinions. Etre athée au Moyen Age est aussi inconcevable qu’être raciste ou nazi à notre époque. C’est dans ce contexte que se développe la lutte contre les hérésies, notamment le catharisme.

 

Puis, on nous réclame même de revoir les chiffres fallacieusement gonflés de victimes à la baisse, non sans un certain cynisme, pour prendre la propagande à contre-pied et fustiger des terribles contempteurs au compteur bien « complaisant » ! OK, on vous suit, donc : de nombreux documents ont disparu. Les guerres, les incendies, les mauvaises conservations ont contribué à détruire un certain nombre d’archives. L’historien doit donc faire avec les documents disponibles. Les chiffres que l’on obtient ne sont donc qu’une évaluation.

 

Alors, pourquoi, n’utilisez-vous pas la même calculatrice pour dénombrer les « exactions » musulmanes ? Il est vrai que l’amour chrétien rend aveugle ![4]

 

Le chameau ne voit pas sa bosse et oublie de regarder sa propre queue !

 

Conclusion sans appel : Loin d'être une justice répressive pratiquant la terreur de masse, l'Inquisition a donc été plutôt une justice en avance sur son temps par ses procédures et globalement moins sévère que la justice séculière. Sur plusieurs siècles, les condamnés de l'Inquisition restent bien inférieurs en nombre aux morts dus à la Terreur durant la Révolution française !

 

C’est ce qui nous amène au point suivant…

  

Voir : http://www.linquisitionpourlesnuls.com/combien-linquisition-a-t-elle-fait-de-victimes/

http://www.linquisitionpourlesnuls.com/linquisition-contexte-et-bref-historique/

http://www.philisto.fr/article-25-la-legende-noire-de-l-inquisition-medievale.html

 

 La République de la Terreur

 

Pour reprendre la fameuse formule de Saint-Just, le sinistre « archange de la Terreur » : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».

 

Robespierre, qui a de quoi rendre pâle les zombies de DAESH, le bourreau de la liberté, théorise, au nom des Lumières, le terrorisme, la tyrannie, et la barbarie : « Cette sévérité n’est redoutable que pour les conspirateurs, que pour les ennemis de la liberté. »

 

Le mode de raisonnement de l’incorruptible restait le même qu’à l’époque du procès de Louis XVI. Le 28 décembre 1792, Robespierre avait déclaré : « Citoyens, la dernière preuve de dévouement que les représentants doivent à la patrie, c’est d’immoler ces premiers mouvements de la sensibilité naturelle au salut d’un grand peuple et de l’humanité opprimée ! Citoyens, la sensibilité qui sacrifie l’innocence au crime est une sensibilité cruelle, la clémence qui compose avec la tyrannie est barbare. »

 

Comme le déclare Danton : « soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être ». L’argument est toujours repris par les historiens : la Terreur légale a permis d’encadrer la violence et donc éviter une violence plus grande encore. « Il est temps d’épouvanter tous les conspirateurs » déclare le club des Jacobins dans son adresse à la Convention le 5 septembre 1793.

 

Dès l’été 1793, la Terreur occupe une place déterminante dans l’activité gouvernementale, confiée aux deux comités, le Comité de Salut Public et le Comité de Sûreté générale. La loi du 17 septembre donne du suspect une définition des plus vagues[5]

La volonté des historiens français d’expliquer (on n’ose plus justifier depuis longtemps), de replacer dans le contexte, d’éviter les anachronismes (avec les totalitarismes du XXe siècle) fait chaud au cœur, mais témoigne de l’embarras…

Le représentant en mission (membre de la Convention) est le levier de la Terreur en province : il a pleins pouvoirs pour instituer sur place tribunaux ou cours martiales extraordinaires chargés d’accélérer la répression, sans parler d’exécutions collectives : à Lyon, Fouché utilise la mitraille, trouvant la guillotine trop lente ; à Nantes, Carrier pratique les fameuses noyades dans la Loire…

 

C’est désormais la « Grande Terreur » alors même que la république a triomphé de ses ennemis extérieurs et intérieurs. « Les têtes tombent comme des ardoises » note Fouquier-Tinville.

 

Voir : https://www.contrepoints.org/2015/01/19/194562-quand-le-terrorisme-etait-une-valeur-republicaine

 

Au 18ième siècle, L’Église avait renoncé aux conversions forcées par défaut, soit en raison d’une conjoncture défavorable

 

Suivant les mots de Gambetta affirmant que « l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation »

Louis Veuillot, qui fut secrétaire du maréchal Bugeaud, écrivait : « Les Arabes ne seront à la France que lorsqu’ils seront Français, et ils ne seront Français que lorsqu’ils seront chrétiens. »

 

George Sale (mort en 1736), qui a écrit dans sa préface à sa traduction du Coran, The Kuran paru en 1734, aux pages iii et iv — voici la version utilisant l'alphabet moderne, tirée de ce site : « Les auteurs de la communion romaine, en particulier, sont si loin d'avoir rendu un quelconque service dans leurs réfutations du mohammedisme, qu'en essayant de défendre leurs idolâtrie et autres superstitions, ils ont en fait contribué à augmenter l'aversion qu'ont les mohammediens en général pour la religion chrétienne, et leur ont donné de grands avantages dans le débat. Les protestants seuls sont capables d'attaquer le Koran avec succès ; et la Providence, je le crois, leur a réservé la gloire du renversement de celui-ci.

En attendant, si je pouvais m'avancer à établir des règles que ceux qui tentent de convertir les mohammediens devraient observer, ce seraient les mêmes que celles que le savant et méritant évêque Kidder* a prescrites pour la conversion des juifs, et qui peuvent, mutatis mutandis (NDT : c-à-d. : une fois effectués les changements nécessaires), être également appliqués aux premiers, malgré l'opinion méprisable que cet auteur, à défaut de mieux les connaître, entretenait à l'égard de ces gens, les jugeant peu aptes à ce que l'on discute avec eux.

La première de ces règles est : D'éviter la contrainte ; qui, bien qu'il ne soit pas en notre pouvoir de l'employer actuellement, est une chose dont, je l'espère, nous ne ferons pas usage lorsque cela le sera.

La deuxième est : D'éviter d'enseigner des doctrines qui s'opposent au sens commun ; les mohammediens n'étant pas assez idiots (quoi que l'on pense d'eux) pour être acquis dans ce cas. Le culte des images, et la doctrine de transsubstantiation [**] sont de grands obstacles pour les mohammediens, et l'église qui les enseigne est très inadaptée pour attirer ces personnes.

La troisième est : D'éviter les arguments faibles : car les mohammediens ne se convertirons pas avec, ou avec des paroles dures. [...] »

 

* (NDT : note de bas de page non reproduite).

** NDT : « La transsubstantiation est, littéralement, la conversion d'une substance en une autre. Le terme désigne, pour certains chrétiens (en particulier les catholiques), la conversion du pain et du vin en Corps et Sang du Christ lors de l'Eucharistie. » (Wikipédia)

 

Les conversions forcées sont donc toujours d'actualité au 18ième siècle, sauf que la conjoncture n'est plus propice à cela, mais le principe est aussi retenu qu'à l'époque de St Augustin et de St Bernard, avec certes, moins d’enthousiasme, ce qui, somme toute, est compréhensible. George Sale avoue qu'on renonce à ce procédé par défaut, non qu'il soit blâmable en lui-même bien qu'on conçoive qu'il soit répugnant pour un grand nombre, voire pour ses propres partisans, pour des raisons qu'il serait facile d'expliquer.

 

Voici le passage qui le confirme : « La première de ces règles est : D'éviter la contrainte ; qui, bien qu'il ne soit pas en notre pouvoir de l'employer actuellement, est une chose dont, je l'espère, nous ne ferons pas usage lorsque cela le sera. »

 

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

 

[1] Les inquisiteurs ont probablement emprunté à leur ennemi préféré le principe de précaution qui puise sa source dans le propos prophétique : « Dans le doute, renoncez aux peines ! Il vaut mieux pardonner par erreur que de punir par erreur. » La première partie du hadîth est devenue une règle de fiqh, bien que les termes ne remontent pas au Prophète, mais ils viendraient plus probablement des Compagnons. En outre, sa chaine narrative est controversée ; voir : irwâ el ghalîl (n° 2355), et dha’îf el jâmi’ e-saghîr (n° 259) tous deux de Sheïkh el Albânî.

[2] Ex. : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi ! » lance Léon Gambetta à la Chambre, le 4 mai 1877. Jules Ferry souhaite une humanité « sans roi et sans Dieu ». Des instituteurs se donnent pour but de « libérer les consciences de l'emprise de l'Eglise » (Jean Macé, instituteur fondateur de la Ligue de l'enseignement). Cette volonté se traduit dans les manuels.

[3] Quoi que nos amis ne sont peut-être pas aussi ridicules qu’ils en ont l’air, car ils doivent déjà nous confesser si, à leurs yeux, les Droits de l’homme représentent une progression ou une régression dans l’évolution de l’Humanité ! Nous aimerions sans plus attendre ni taqiya une réponse à cette question pour le moins dérangeante ! Beau dilemme messieurs, où comment éviter un trou pour tomber dans un autre encore plus profond…

[4] Ibn Taïmiya rapporte l’adage arabe selon lequel l’amour rend sourd et aveugle ! Majmû’ el fatâwâ (9/314).

[5] Qu’on en juge : « ceux qui par leur conduite, leurs relations, leurs propos ou leurs écrits se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme et ennemis de la liberté ; ceux qui ne pourront justifier de leurs moyens d’existence et de l’acquit de leurs devoirs civiques ; ceux qui n’auront pu obtenir de certificat de civisme ; les ci-devant nobles qui n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution, les émigrés, même s’ils sont rentrés, les prévenus de délits, même acquittés »

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 10:06

 

Guerre sainte, croisades, et inquisitions à l’assaut de l’Histoire

(Partie 5/3)

Hérésie et hérétique

 

Ces mots avaient une longue histoire d'utilisation dans l'église Chrétienne avant le Conseil de Nicée. Dans Corinthiens 11 : 19 (NASB), Paul dit, « Il doit aussi y avoir des factions (haireseis) parmi vous, pour que ceux qui sont approuvés puissent devenir évidents parmi vous. » Dans le contexte, Paul critique l'église Corinthienne pour le comportement inopportun touchant à la Cène. Dans ce passage haireseis signifie des désaccords, des factions ou des dissensions. Le terme apparaît aussi parmi "les travaux de la chair" dans Galates 5 : 20.

 

Dans Titus 3 : 10 (NASB), Paul dit, « Rejetez un homme fractionniste après un premier et deuxième avertissement, à savoir que si un tel homme est perverti et pèche, il est par moi condamné ». Le mot traduit par fractionniste par le NASB est l'adjectif grec hairetikon. Howard Marshall explique que l'utilisation du terme décrit ici « une personne qui tient des avis sectaires et les promeut dans l'église, causant ainsi la dissension dans la congrégation ». Ainsi, avec ce sens négatif du mot, l'église a employé plus tard haireseis pour décrire "les factions" qui ont dévié de La Vérité et ont divisé l'église.[1]

 

Tertullien définissait le cirque comme le “temple de tous les démons”

 

La bataille des idées entre les païens et les chrétiens nous est témoignée également tant par les néoplatoniciens comme Plotin et Porphire, que par les chrétiens Tertullien et ensuite Lattance et Arnobe, qui nous rapportent l'accusation des païens aux chrétiens, "de vénérer un homme, de plus torturé et crucifié par des hommes", "de soutenir qu'un être, né homme et mort en croix était un dieu", de pratiquer l'Eucharistie dans laquelle le corps mangé préserverait l'âme dans la vie éternelle, un rite cannibalique non justifié même pas dans son intention mythologique ou allégorique.

 

En 202, Tertullien en ayant expérimenté les persécutions, rêve sadiquement, dans le livre De spectaculis, à la punition des persécuteurs dans le jugement final de Dieu : « Quel spectacle immense alors ! Qu'admirerai-je ? De qui rirai-je ? Où jouirai-je, où exulterai-je en voyant tant de rois qu'on célébrait, accueillis au ciel et gémir même avec Jupiter et ses témoins dans les ténèbres les plus profondes ? Et, comme eux, les magistrats qui persécutaient le nom du Seigneur, se consumer sur des flammes plus impitoyables que celles avec lesquelles ils s’étaient acharné sur les chrétiens en les insultant ? »[2]

Il admire, il rit, il jouit, il exulte, comme aucun intellectuel païen n’avait jamais rêvé le faire. Et, un siècle après, Lattance en 316 jouit même, sadiquement, en énumérant dans leurs atroces détails La Mort des persécuteurs, tout finit mal pour La Colère de Dieu (ce sont les titres de ses livres), et il commente : « Ceux qui avaient insulté Dieu gisent à terre, ceux qui avaient abattu le saint temple tombent dans une ruine majeure, et ceux qui avaient distingué les justes, exilent leurs âmes méchantes sous les coups célestes et les tourments mérités. »

 

Et Eusèbe, évêque de Nicomedia et biographe de Constantin, jouit de la représentation de la vengeance divine : « Ainsi puissent-ils périr les ennemis du Christ ! ». Et, Firmico Materno dans De error profanarum religionum, exhorte ainsi les empereurs chrétiens à persécuter les païens : « La loi du Dieu très haut exige que vous persécutiez avec sévérité le délit d'idolâtrie de toutes les manières » et, avec les modalités de la persécution, il cite le Deutéronome qui prescrit que si un frère ou un ami te pousse à l'idolâtrie, « tu l'accuseras, et que ta main soit la première à se lever sur lui pour le tuer... Et même, si jamais des cités entières cultivent le péché, il est établi qu'elles périssent. »

 

Et saint Jérôme auteur de la vulgate du Nouveau Testament, en intervenant dans la polémique sur le culte des pierres (les statues des dieux) chez les païens, et le culte des os (les reliques des martyrs) chez les chrétiens, employait dans ses Lettres cet affectueux et élégant langage : « Vigilanzio ouvre de nouveau sa fétide bouche et jette son plus écœurant souffle contre les reliques des saints martyrs et contre nous, qui les conservons » ; donc pieusement il suggérait que l'évêque « le délivre de la mort de la chair pour que l'esprit soit sauf..., et que les médecins coupent la langue... à ce monstre..., fou furieux ».

 

La tolérance religieuse (dans le sens post-Révolution du terme) est absente du vocabulaire des premiers martyrs de la religion qui se cherche encore

 

Et Prudenzio, dans son Peristephanon, en célébrant les martyrs chrétiens, fait ainsi parler la vierge Eulalie pendant le procès : « Me voici, je suis ennemie de votre religion démoniaque (daemonicis inimica sacris), et je piétine les idoles sous mes pieds » ; et lorsque le Pretor lui demande, non de renoncer à son dieu, mais de respecter les dieux des autres, « elle frémit et crache dans les yeux du tyran, ensuite renverse les simulacres et piétine le feu des encensoirs » ; et ensuite, torturée, elle "chante gaiement", afin que son âme vole visiblement au ciel en forme de colombe, les laissant tous troublés.

 

La polémique d'Augustin sur la peine de mort

 

Les païens, disait-il, ont coutume de tuer, pendant que « les chrétiens ne tuent personne ». Dommage que très rapidement il ait ajouté ensuite une terrible réserve, qui rappelle les menaces de Théodose et la répétition d’autant plus farouche après les terribles massacres gothiques [ariens] de Rome dont lui et ses chrétiens avaient regretté qu'ils n'aient pas été totalement une shoah contre les païens : « ils n’en tuent aucun, sauf ceux que Dieu commande de tuer » (exceptis his, quos Deus occidi iubet). Et, pour éviter l'équivoque, il répétait et précisait : « …donc sauf ceux qu'une loi généralement juste ou la même source de la justice, Dieu, commande spécialement de tuer... »

 

le nouveau Catéchisme de l'Église catholique, du 11 octobre 1992, sanctionnant le droit et le devoir de la légitime autorité publique d'infliger des peines dosées à la gravité du délit, sans exclure, en cas d'extrême gravité, la peine de mort : une sentence publiée dans la ferveur des initiatives mondialistes pour l'abolir. Et ce serait peu, si on n'entendait pas justifier ensuite cette thèse en expliquant que « dans les temps passés, les autorités légitimes on communément recouru à des pratiques cruelles pour sauvegarder la loi et l’ordre, souvent sans protestation des bergers de l'Église qui, dans ses tribunaux ont même adopté la prescription du droit romain sur la torture ».[3] Comment dire que le péché est du droit romain : pourtant l'Église, pendant qu'elle assumait tranquillement pour cette partie l’homicide, en rayait chaque trace dans la tradition culturelle et dans ses mimes ludiques.

 

Mais, le paragraphe du Catéchisme continue : « Auprès de tels faits déplorables, cependant, l'Église a toujours enseigné le devoir de la clémence et de la miséricorde : elle a défendu au clergé de verser le sang » certes, en le laissant matériellement verser au bras séculaire de l'État pendant des siècles, sur son indication et sous sa supervision, et même en le sanctifiant comme autodafé, “acte de foi”.

 

Voir : http://racines.traditions.free.fr/eglidiab/pagalcri.pdf

 

Un algérien intégriste fait l’apologie de la violence religieuse

 

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité. » (Lactance)

 

A l'égard du paganisme et des païens, l'attitude d'Augustin – qui n’a rien à envier à l’horrible Robespierre, et devant qui se courbent tels des enfants de cœur les plus ignobles sanguinaires de DAESH – ne comporte aucune ambiguïté. Il trouve absolument naturelles les mesures prises contre eux ; il approuve pleinement la législation de Théodose, par laquelle les sanctions préconisées contre les païens pouvaient aller jusqu'à la mort. Il est probable que tous les chrétiens de son temps partageaient son avis (cette allégation n’engage que son auteur). Écrivant au rogatiste Vincentius, Augustin s'écrie : « Quel est celui d'entre nous, quel est celui d'entre vous qui ne loue les lois promulguées par les empereurs contre les sacrifices des païens ? » La même année, il écrit à Olympius : « II faut que les ennemis de l'Église sachent que les lois envoyées en Afrique pour la destruction des idoles et la correction des hérétiques ont été promulguées par la volonté de l'Empereur très pieux et très fidèle ».

 

Saint Augustin invoque froidement le cas d'un païen pris en flagrant délit de sacrifice et condamné à mort : « Quant à leurs sacrifices, ils sont condamnés sous peine de mort. Supposé donc que tel païen soit surpris en un flagrant délit de ce genre, le regarderez-vous comme un martyr, parce qu'on lui aura fait l'application des châtiments que les lois infligent à cette superstition qu'il prenait pour un culte pieux ? Un chrétien, quel qu'il soit, n'acceptera jamais cette dénomination ».

 

Citons encore le texte suivant, car il contient deux thèmes que nous retrouverons dans les polémiques anti-donatistes de saint Augustin : « On a cru devoir éditer des ordonnances contre les païens, ou plutôt pour les païens, s'ils veulent être sages. De même en effet qu'en rencontrant des enfants sans raison qui jouent à la boue et se souillent les mains, le maître prend un visage sévère, leur fait tomber la boue des mains et leur donne un livre, ainsi Dieu a voulu se servir des princes qui lui sont soumis pour jeter la terreur dans l'âme de ces grands enfants, les déterminer à jeter la boue et à faire quelque chose de sérieux »

 

Pour Julien, « l'expérience lui avait appris qu'il n'y a pas de fauves plus dangereux pour les hommes que ne le sont souvent les chrétiens pour leurs coreligionnaires »[4]

 

Les Donatistes crient à la persécution, mais il n'y a pas eu de persécution, il y a eu simplement vengeance, châtiment divin. Optât se repose facilement sur la volonté de Dieu : « Vous dites que les artisans de l'unité furent méchants : ce fut peut-être avec la volonté de Dieu... ». Le massacre ne déplaît pas toujours à Dieu. Moïse n'a-t-il pas fait exécuter des milliers d'hommes? Phinéès n'a-t-il pas été récompensé par Dieu ?

 

Il suffira de citer quelques passages d'œuvres datant de 400 à 402 pour montrer qu'à ce moment, saint Augustin est partisan de la législation impériale et acquis, contrairement à ce qu'on affirme souvent, à son application effective.

 

Voici, dans le Contra ep. Parmeniani, 1, 13 : « Quels châtiments, après tout, pourraient donc leur paraître injustes, alors qu'ils les subissent à la suite du jugement suprême de Dieu, qui, par de tels châtiments, les avertit de se garder du feu éternel, alors que ces châtiments sont mérités par la gravité de leurs crimes et appliqués par la sagesse des puissances de la terre ? Qu'ils prouvent d'abord qu'ils ne sont ni hérétiques, ni schismatiques ; alors du moins, ils pourront crier avec fureur à l'indignité des châtiments qui les frappent », et un peu plus bas, un des textes les plus terribles d'Augustin, I, 14 : « Du reste, tout ce bruit que l'on fait autour des châtiments qu'ils subissent ne vient-il pas uniquement de ce que la multitude des hommes place son cœur, non pas dans son cœur, mais dans ses yeux ? Que du sang vienne à couler d'une chair mortelle, on frémit à cet aspect. Et si les âmes, privées de la paix de Jésus-Christ et séparées de sa communion, meurent dans le sacrilège de l'hérésie ou du schisme, parce que rien ne frappe les yeux, personne ne pleure ».

Et dans le Contra litt. Petiliani, entre autres passages, II, 43 : « S'il est prouvé que cette séparation soit un crime, ne vous étonnez plus que Dieu ne manque pas de ministres pour vous flageller ; et la persécution que vous subissez n'est point notre œuvre propre, mais, selon la parole de l'Ecriture, la conséquence nécessaire de vos œuvres ».

 

« De même, vous nous objectez d'habitude que nous vous persécutons par les puissances de la terre. Sur ce point, je ne veux pas discuter la question de savoir ce que vous, vous méritez pour la cruauté d'un tel sacrilège, ni combien la mansuétude chrétienne nous rend modérés... ». C'est déjà, en 399, le langage qu'il tiendra constamment plus tard, il insistera toujours sur ce thème : la persécution adoucie par la charité.

 

C'est par amour, par charité qu'il faut les faire souffrir ; les souffrances qu'on leur impose de la sorte sont des bagatelles à côté des châtiments éternels qui les attendent infailliblement dans la vie future s'ils ne se convertissent pas. La même charité qui le pousse à exhorter, à harceler les non-catholiques, à leur proposer des discussions le pousse également, si l'apostolat ne réussit pas, à recourir à des méthodes plus fortes.

 

Augustin ne fait ainsi qu'exprimer le raisonnement même de Dieu : « Si donc, dans sa miséricorde, Dieu nous avertit maintenant par l'organe des puissances humaines, c'est afin de n'avoir pas à nous frapper au dernier jour, et de ne pas laisser aux orgueilleux (la triste ressource) de se vanter de leur condamnation »

 

Bien entendu, puisque les catholiques sont seuls à détenir la vérité, seuls ils ont le droit de recourir à une certaine violence.

 

« Et dans quelle irritation ne vous jetterais-je pas si je vous obligeais à négliger les plaintes de ceux qui souffrent pour ne vous occuper que des intentions de ceux qui sévissent contre les coupables ? ». Id. II, 217 C'est l'argument : « II ne faut pas regarder si l'on force, mais à quoi l'on force »[5] : « Nous n'attirons personne par violence, nous ne tuons pas nos ennemis, mais tout ce que nous faisons à votre égard, quoique ce soit malgré vous, nous le faisons cependant par charité, pour que vous vous corrigiez de votre plein gré, et que, corrigés, vous ayez la vie » ; Contra Cresconium, IV, 56 : « Je veux encore vous forcer à avouer qu'il peut arriver que des hommes religieux persécutent des sacrilèges, que des hommes pieux persécutent des impies, non pas pour le plaisir de nuire, mais dans le but unique et nécessaire de pourvoir (à leur salut) ». Quand on lui demande ce qu'il fait du libre arbitre, Augustin proteste. On ne force personne à la foi. Seulement, la tribulation fait réfléchir celui qui souffre, elle fait disparaître la perfidia ; après quoi, l'adhésion à la vraie foi devient sincère, spontanée. « La contrainte extérieure fera naître à l'intérieur la bonne volonté. »

 

Mais ailleurs, Augustin fait bon marché du libre arbitre, dans le Contra Gaudentium notamment : « Gardez-vous de courir vous-mêmes à votre perte éternelle en soutenant que le libre arbitre doit vous être laissé ici-bas par les hommes pour que vous puissiez offenser Dieu. » L'hérésie est un crime contre Dieu, contre la vrai Église ; c'est au fond le pire crime qui soit. Il est donc absolument naturel que les lois l'interdisent et prévoient le châtiment des coupables.

 

« Avouez donc — vous y êtes déjà obligé — que la question n'est pas de savoir ce que tel homme a souffert, mais pourquoi il a souffert. »

 

« Et cependant, quelle persécution a-t-il donc à souffrir, ce frère qui nous a été présenté ? J'avoue hautement qu'il n'en est pas de plus glorieuse. M'accuse qui voudra ; toujours est-il que je me flatte de cette persécution... Si c'est en toute justice que je poursuis celui qui commet la détraction occulte contre son prochain, n'ai-je pas à combien plus forte raison le droit de poursuivre celui qui blasphème publiquement contre l'Église ?... Quoi donc ! Je ne poursuivrais pas celui qui blasphème l'Église ? Je le persécuterai, car je suis membre de l'Église, je le persécuterai, car je suis enfant de l'Église... Ils ont arraché un des nôtres pour le précipiter dans la mort spirituelle, et il nous serait défendu de les arracher à l'erreur pour les placer sur le chemin du salut ? »

 

La force est un bien quand elle est au service de la vérité, quand elle empêche ou châtie l'erreur. Les empereurs chrétiens ont donc entièrement raison d'y recourir.

 

« Ne te laisse pas émouvoir par les supplices et les châtiments infligés aux malfaiteurs, aux sacrilèges, aux ennemis de la paix, aux adversaires de la vérité. Ce n'est pas en effet pour la vérité que meurent ces sectaires ; ils meurent plutôt pour empêcher qu'on annonce la vérité, qu'on prêche la vérité, qu'on s'attache à la vérité ; pour empêcher qu'on aime l'unité, qu'on embrasse la charité et qu'on parvienne à posséder l'éternité. Que leur cause est affreuse. Aussi leurs souffrances sont-elles sans mérite. »

 

Le catholique, possédant la vérité, est objectivement supérieur au schismatique, à l'hérétique, au païen, qui sont dans l'erreur. Ne nous étonnons donc pas de lire que le catholique peut contraindre le donatiste comme le médecin violente son patient, comme un père peut battre un fils indiscipliné, comme le premier venu immobilise et lie un frénétique, comme on doit empêcher des enfants de jouer avec des serpents et même les battre pour les corriger, comme on retire d'un puits, même malgré lui quelqu'un qui s'y précipite, comme un berger a le droit de ramener ses brebis, même par la violence. « Les frénétiques ne veulent pas qu'on les lie, les léthargiques ne veulent pas qu'on les stimule ; pourtant, le zèle de la charité persévère à corriger le frénétique, à stimuler le léthargique, à les aimer tous deux. Tous deux sont molestés, mais tous deux sont aimés ; tous deux s'indignent, pendant qu'ils sont malades, qu'on les moleste, mais tous deux, une fois guéris, sont reconnaissants. »

 

Le sanguin Augustin inspire l’Inquisition du Moyen-âge qui ne se s'encombrera pas de la compréhension métaphorique du texte, et qui manquera de délicatesse platonicienne : « Pour redresser un bâton, on l'approche du feu ; que la douleur serve également à te redresser ; cette douleur est loin d'être encore la flamme éternelle ; elle est comme la chaleur du foyer qui doit faire disparaître les virtuosités de ton cœur, t'avertir, te corriger... Ouvre-le (le livre saint) et reconnais que tu as gardé de quoi te faire brûler. »

 

http://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1955_num_33_2_1944

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Howard Marshall, les Épîtres Pastorales, dans le Commentaire Critique International (Edimbourg : T. et T. Clark, 1999), 337. »» Vu le 8 juin 06 sur (Quelques Erreurs Évidentes Dans le Da Vinci Code, Par Alain Branch -).

[2] L’un des deux reproches majeurs que Gibbon élabore au christianisme : « Si l'équité avait pu se faire entendre, les catholiques auraient été forcés de condamner leur propre conduite passée ou d'approuver la sévérité dont ils étaient les victimes ; mais ils persistaient à refuser aux autres l'indulgence qu'ils réclamaient pour eux-mêmes. Au même moment où ils tremblaient sous la verge de la persécution, ils vantaient la louable sévérité avec laquelle Hunneric faisait brûler vifs ou bannissait (...) » (DC, p. 1100)

[3] Et à propos du droit romain, comment ne pas se rappeler que le Christianisme, s'il n'a pas pu détruire tout ce qui était païen, se l’est accaparé ? Justinien, cet empereur qui, selon Procope était "pratiquement analphabète, chose qui on n'avait jamais vu dans l'empire romain..., et qui dans la langue, dans l’aspect extérieur et dans la mentalité se comportait comme un sauvage", a commandé le recueil des lois romaines (y-a-il quelque chose de plus païen, peut-être ?) et il l'intitulera au nom de Christ : Proœmium de Confirmatione Institutionum, In nomine Domini nostri Jesu Christi...". Quelle impudente falsification historique ! Le Christianisme, ou bien raye ou bien s'accapare ce qu’il y a de vital dans le Paganisme : il recueille l'héritage de ses lois, il prohibe ou sanctifie ses jeux, il transforme les temples en églises, comme "Santa Maria sopra Minerva", il remplace les dieux par des anges et des saints, il appelle le pape Pontifex Maximus, il occupe son siège, hors duquel et sans lequel l'évêque de Rome ne serait pas Pape.

[4] Ammien Marcellin, XXII, 5, 2 sq. Cf. J. Bidez, Vie de l'Empereur Julien, p. 228.

[5] Bayle répond, p. 84 : « Et moi, je dis à mes Lecteurs, qu'ils voient présentement, je m'assure, qu'il ne faut pas regarder à quoi l'on force, en cas de Religion, mais si l'on force ; et que, dès que l'on force, on fait une très vilaine Action et très opposée au génie de toute Religion et spécialement à l'Évangile »

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 09:37

 

Guerre sainte, croisades, et inquisitions à l’assaut de l’Histoire

(Partie 5/2)

L’islamophobie savante au service des nouvelles croisades

 

« Si souvent au service des entreprises missionnaires impériales, colonialistes ou politiques à l’égard du Tiers-Monde, cet « orientalisme » a largement contribué à créer, à l’usage des occidentaux, une justification « scientifique » de leurs préjugés, de leurs prétentions hégémoniques et, finalement, de leur domination »[1]

 

« L’Occident, soutient Garaudy, a confisqué l’universel. A partir de là, il s’est cru autorisé à situer et à juger tous les « autres » en fonction de sa propre histoire, de ses fins et de ses valeurs. »[2]

 

« L’Europe parle de la violence « irrationnelle » ou barbare de ses voisins, comme si elle-même n’avait pas connu tout au long de son histoire de pareilles situations sanglantes. Elle donne ainsi l’impression d’avoir définitivement oublié même son histoire proche, ces dizaines de millions de morts des deux guerres mondiales, vis-à-vis desquels les deux ou trois millions de morts des guerres de colonisation et de décolonisation pourraient eux aussi n’être considérées que comme un « détail ».

Détail aussi dans la foulée que la terreur sous la révolution française, la guerre des Chouans et les carnages des guerres napoléoniennes ; détail encore que l’explosion des fanatismes religieux qui déchirèrent deux siècles durant catholiques et protestants, déchaînant dans toute l’Europe les violences guerrières les unes après les autres. Alors plutôt que de sonder l’histoire, la sociologie comparée, la complexité de l’autre, l’Europe « exotise » à nouveau son Orient proche : l’autre, incompréhensible et irréductible. L’Orient compliqué du général De Gaule qui avait au moins l’honnêteté de reconnaître qu’il n’avait en ce domaine que des idées simples. »[3]

 

« Depuis plusieurs années, écrit le père Michel Lelong, c’est un esprit de croisade anti-islamique qui semble à nouveau souffler en Occident : une croisade dont les prédicateurs sont aussi ardents – et plus divers encore – qu’à l’époque médiévale. Car, cette fois, des porte-parole de divers partis, des hommes politiques au pouvoir ou dans l’opposition, des journalistes de la presse écrite et parlée, des intellectuels de gauche et de droite, parmi lesquels des chrétiens qui semblent ignorer les appels de Vatican II se retrouvent pour dénoncer à l’unisson « le péril musulman ». Il n’est pas étonnant qu’une telle campagne ait trouvé d’ardents porte-paroles dans les rangs des milieux politiques et religieux les plus conservateurs, aussi hostiles à la décolonisation qu’aux orientations données par le dernier Concile. »[4]

Les conquêtes islamiques

 

Dans son « Histoire des croisades », Michaud écrit : « Mahomet défendit à ses compagnons de tuer des moines parce que ce sont des hommes de prière. Quand Omar s’empara de Jérusalem, il ne fit aucun mal aux chrétiens. Quand les croisés se rendirent maîtres de la ville sainte, ils massacrèrent sans pitié les musulmans et brutalisèrent les juifs »[5] Un évêque nestorien, après que la Syrie tomba aux mains des musulmans, envoya une lettre à l’un de ses amis dans laquelle il écrit : « Ces Arabes, à qui Dieu a accordé de nos jours la domination sont devenus aussi nos maîtres ; mais ils ne combattent point la religion chrétienne. Bien plus, ils protègent notre foi, ils respectent nos prêtres et nos saints hommes et font des dons à nos églises et à nos couvents. »[6]

 

Au IXe siècle déjà, le patriarche de Jérusalem dans une lettre à celui de Constantinople, écrit : « Les adeptes de l’Islâm sont équitables. Ils ne nous font aucun tort et ne se livrent à aucun acte de violence envers nous. »

 

Et dire qu’un siècle plus tôt, la conquête de la ville sainte par les chrétiens donna lieu à un massacre effroyable que Raymond d’Argiles, chanoine du Puy, décrit ainsi : « Il y eut tant de sang répandu dans l’ancien temple de Salomon que les corps morts y nageaient, portés ça et là sur le parvis ; on voyait flotter des mains et des bras coupés qui allaient se joindre à des corps qui leur étaient étrangers, de sorte qu’on ne pouvait distinguer à quel corps appartenait un bras qu’on voyait se joindre à un tronc. Les soldats eux-mêmes qui faisaient ce carnage supportaient à peine la fumée qui s’en exhalait »[7]

 

« Dans toutes les régions arrachées aux païens ou reprises à l’Islâm, écrit Bernard Lewis, le Christianisme était imposé par la force et, tôt ou tard, les musulmans devaient choisir entre la conversion, l’exil ou la mort. Le sort des juifs dans l’Europe médiévale n’aurait pas incité les disciples d’autres religions non chrétiennes à aller s’établir ou même à voyager dans ces pays. Aucune communauté musulmane ne s’était donc implantée en Europe chrétienne, ce qui compliquait considérablement la vie de l’éventuel visiteur musulman dont les besoins spécifiques – mosquées, bains, viandes et aliments préparés selon l’usage et les normes religieuses, et autres nécessités de la vie musulmane – ne pouvaient être satisfaits. »[8]

 

Voir : http://www.lelibrepenseur.org/lislam-et-loccident/

 

La violence dans la Bible

 

Un chercheur s’est amusé à recenser les versets Bibliques glorifiant la violence, et, à sa grande surprise arriva au nombre faramineux de 917,[9] en voici quelques échantillons :

 

  • Abraham, l’Ami de Dieu, fit la guerre, prit du butin (Genèse 14) et eut plusieurs concubines ;
  • Jacob pratiqua la ruse (la taqya) pour voler la bénédiction de son frère (Genèse 27), était polygame, eut plusieurs femmes et concubines, fit la guerre (Genèse 48, 22), et, l’effronté, affronta Dieu en combat singulier ! (Genèse 32) ;
  • Les fils de Jacob pratiquèrent également la ruse afin de massacrer ceux qui avaient violé leur sœur Dina, firent la guerre, prirent du butin et des captives de guerre, les fameuses « esclaves sexuelles » (Genèse 34) ;
  • Moise ordonna aux enfants d’Israël de dépouiller et de voler les Égyptiens avant l’Exode (Exode 3 : 21-22, Exode 11, 2-3, Exode 12 : 35-36) ; Il fit exécuter 3000 juifs qui avaient idolâtré le Veau D’Or (Exode 32 : 27-28) ; Il fit lapider ceux qui avaient profané le Nom de Dieu (Exode 24 : 14), de même que ceux qui avaient violé le Sabbat (Nombres 15 : 32-36) ; Il fit exécuter 24 000 juifs qui avaient couché avec des femmes païennes (Nombres 25 : 9) ; Il avait une armée de plus de 600 000 soldats à la tête de laquelle : « Moise jetait l’effroi et la terreur sur ses ennemis » (Dt 2 : 25) ; 603 550 soldats lors du premier recensement (Nombres 1 : 46) et plus que 601 730 lors du second (Nombres 26) : Qu’a-t-il fait avec tous ces soldats ? Il a commencé des guerres d’extermination radicales. Moise combattit donc les Cananéens et les extermina (Nombres 21), il chassa et extermina les Amorites de leurs pays (Nombres 21 : 24-31) et le texte précise bien qu’il ne restait « pas un seul survivant », il tua hommes, femmes et enfants (Dt 2 : 32-35) et garda le butin ; Il attaqua le roi du Bashân et extermina hommes, femmes et enfants de 60 villes fortifiées et d’un très grands nombre de villages, seul le bétail fut gardé comme butin de guerre (Dt 3 : 2-7) ; Il extermina ensuite les Madianites avec 12 000 hommes. Il fit tuer tous les mâles adultes, il incendia toutes leurs villes et après que ses combattants lui eurent ramené le butin (c’est-à-dire les petits garçons, les femmes), il se fâcha, ordonna qu’on tua tous les bébés mâles ainsi que les femmes non vierges et de ne garder que les filles vierges ; Le texte dit que celles qui survécurent étaient 32 000 petites filles qui furent partagés entre les israélites en tant que captives de guerre ! (Nombres 31)[10] ; Moise aurait donc fait périr durant sa campagne militaire contre les madianites au minimum 100 000 personnes au Nom de Dieu ; Moise donna l’exemple à Josué et lui dit qu’il devra faire exactement pareil de l’autre côté du Jourdain dans la terre promise par Dieu à Abraham (Dt 3 : 21 et 28), c’est-à-dire qu’il devra anéantir jusqu’au dernier les sept peuples dits maudits (Nb 27 : 18-23, Dt 12 : 2 et Dt 31 : 7-8) ;
  • Josué, l’élu de Dieu, commet des génocides incroyables. Il part à la conquête de Jéricho, tue hommes, femmes, enfants, vieillards et incendie toute la ville (Jos 6 : 20-21), seule la prostituée Rahab et sa famille sont épargnés ! Il attaqua ensuite la ville d’Aïe avec 30 000 soldats en pratiquant la ruse en tant de guerre (Josué 8 : 4-9). Il fait tuer au Nom de Dieu hommes, femmes, enfants, prends du butin et incendie toute la ville. Total des victimes de Josué sous la bénédiction de Dieu : 12 000 victimes (Jos 8 : 25) ! Il attaqua ensuite les villes de Maqqéda, Livna, Lakish, Guezar, Eglon, Hébron, Dévir, tout le pays et à chaque fois le même procédé : tous les habitants sont passés au fil de l’épée (Hommes, femmes, enfants). Tout le monde est exterminé au nom du Dieu d’Israël. Il fit cela avec 31 villes et partagea comme butin tout le territoire avec les tribus d’Israël !
  • Moise apporta une loi (Exode 21) qui contient environ des dizaines de sentence de peine de morts, même contre les animaux ; une loi qui codifie l’esclavage, qu’un homme peut vendre sa propre fille, qui légifère la polygamie, qui inclut des châtiments corporels, une loi qui légifère sur le butin, les « esclaves sexuelles » et les captives de guerre ; une loi qui ordonne de faire passer au fil de l’épée tous les mâles d’une nation qui refuse de se rendre ; une loi qui autorise de châtier par le feu (Lv 20, 14) ; une loi qui ne donne le droit à l’héritage à la femme que si elle n’a pas de frères (Nombres 27 : 8-11), et qui instaure que les vœux de la femme sont soumis au bon vouloir de l’homme (Nombres 30) ;
  • Le prophète Elisée a maudit 42 enfants qui le traitaient de « chauve », le Dieu de la Bible répondit à son invocation en envoyant deux ours déchirer ces enfants insolents ! (2 Rois 2 : 23-24) ;
  • Samson a aussi commis une attaque kamikaze, un attentat-suicide approuvée par Dieu et qui fit plus de 3000 milliers de morts (Juges 16 : 23-30) ;
  • David tua Goliath et lui trancha la tête (1 Sam 17 : 51) de même qu’il tua les meurtriers du fils de Saül, et mutila leurs corps en leur coupant les mains et les pieds (2 Sam 4 : 12) ; David a commis une véritable Shoah dans la Bible, il extermina totalement les Ammonites en les découpant avec des scies, des herses et des haches et les fit jeter dans des fours à brique ! (1 Ch 20 : 3, 2 Sam 12 : 31) ; David extermina 22 000 Syriens et il asservit le reste en leur faisant payer l’impôt de capitation/la jizya (2 Samuel 8 : 5-6), il extermina de même 18 000 Edomites et les assujettis en leur faisant payer la jizya (2 Samuel 8 : 13-14), plus tard, il massacra également 40 000 Syriens (2 Samuel 10 : 18) ; David fit sournoisement assassiner l’un de ses chefs des armées, le général Uri afin de commettre l’adultère avec sa femme Bath-Schéba (2 Sam : 11) transgressant ainsi trois des plus grands commandements de la Torah (tu ne tueras pas, tu ne commettras point d’adultère et tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain) ! Pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas châtié par la peine de mort ? David tua 200 Philistins, mutila leurs corps, coupa leur prépuce pour les remettre au Roi Saül afin qu’il lui donne sa fille Mical pour femme (1 Samuel 18 : 27). Quelle étrange dot pour un mariage ! La Bible nous dit dans 1 Rois 15 : 5 que « David avait fait ce qui est droit aux yeux de l'Éternel, et il ne s'était détourné d'aucun de ses commandements pendant toute sa vie, excepté dans l'affaire d'Urie, le Héthien. » À part l’histoire de l’adultère, tous les massacres de David étaient droits aux yeux de l’Eternel !
  • Le Prophète Elie n’est pas en reste puisqu’il égorgea les 450 prêtres de Baal (1 Rois 18, 19 et 40).

 

Tous ces massacres ne doivent pas nous étonner car nous lisons dans la Bible : « Maudit soit celui qui fait avec négligence l’œuvre de l’Eternel, maudit soit celui qui éloigne son épée du carnage » (Jérémie 48 : 10). Comment peut-il en être autrement alors que l’auteur de l’épitre aux hébreux affirme au chapitre 11 que David, Samson, Samuel et les prophètes furent justifiés par leur foi et non par leurs actes, qu’ils pratiquèrent la justice et qu’ils furent vaillants à la guerre ! (Hébreux 11 : 32-34)

 

Nous apprenons également dans le Nouveau Testament, dans le livre des Actes des Apôtres que le Saint Esprit acheva Ananias ainsi que sa femme parce qu’ils n’avaient pas donné tout l’argent de la vente de leur propre terrain à Pierre (Actes 5 : 1-11) ! Le texte appelle cela « prodige et miracle ».

 

Tous ces « bons fruits » se trouvent dans la Bible et donc sont approuvé par Jésus-Christ qui est venu accomplir et non pour abolir les lois et les prophètes ! (Mt 5 : 17).

 

Voir : http://blog.decouvrirlislam.net/Home/christianisme/bible/les-versets-de-l-epee-de-la-bible

 

Quelques passages éloquents

« Nous nous tournâmes, et nous montâmes par le chemin de Basan. Og, roi de Basan, sortit à notre rencontre, avec tout son peuple, pour nous combattre à Édréi. L'Éternel me dit : Ne le crains point ; car je le livre entre tes mains, lui et tout son peuple, et son pays ; tu le traiteras comme tu as traité Sihon, roi des Amoréens, qui habitait à Hesbon. Et l'Éternel, notre Dieu, livra encore entre nos mains Og, roi de Basan, avec tout son peuple ; nous le battîmes, sans laisser échapper aucun de ses gens. Nous prîmes alors toutes ses villes, et il n'y en eut pas une qui ne tombât en notre pouvoir : soixante villes, toute la contrée d'Argob, le royaume d'Og en Basan. Toutes ces villes étaient fortifiées, avec de hautes murailles, des portes et des barres ; il y avait aussi des villes sans murailles en très grand nombre. Nous les dévouâmes par interdit, comme nous l'avions fait à Sihon, roi de Hesbon ; nous dévouâmes toutes les villes par interdit, hommes, femmes et petits enfants. Mais nous pillâmes pour nous tout le bétail et le butin des villes. » (Deutéronome 3 : 1-7)

 

« Les enfants de Lévi firent ce qu'ordonnait Moïse ; et environ trois mille hommes parmi le peuple périrent en cette journée. » (Exode 32 : 28)

 

Jésus est-il un Dieu d’amour et de paix ?

 

• (Luc 12 : 49-53) « Je suis venu jeter le feu sur la terre ;  et que veux-je, si déjà il est allumé ? Mais j’ai à être baptisé d’un baptême ; et combien suis-je à l’étroit jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu donner la paix sur la terre ? Non, vous dis-je ; mais plutôt la division. Car désormais ils seront cinq dans une maison, divisés, trois seront divisés contre deux, et deux contre trois ; le père contre le fils, et le fils contre le père ; la mère contre la fille, et la fille contre la mère ; la belle-mère contre sa belle-fille, et la belle-fille contre sa belle-mère. »

 

• (Matthieu 23 : 33-35) « Serpents, engeance de vipères ! Comment pourrez-vous échapper à la condamnation de la géhenne ? »

 

• (Luc 9 : 41) « Race incrédule et perverse, jusqu’à quand serai-je avec vous et vous supporterai-je ? »

 

• (Jean 8, 44 c’est toujours Jésus qui s’exprime) « Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n’était pas établi dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui ; quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge. »

 

• (Marc 7:27) « Et Jésus lui dit, Laisse premièrement rassasier les enfants ; car il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. »

 

• (Matthieu 7 : 6) « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent à leurs pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent. »

 

• (Luc 14 : 26) « Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple. »

 

• (Luc 19 : 27) « Mais ceux-là, mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, amenez-les ici et tuez-les devant moi. » Et encore, les traducteurs nous offre apparemment une version aseptisée de cette injonction biblique, la version plus gore nous dévoile : « amenez-les ici et égorgez-les devant moi. »[11] Quelques lignes plus loin, la cerise pour enlever toute pirouette littéraire qui lui attribuerait un sens parabolique : « Jésus leur dit : Maintenant, que celui qui a une bourse la prenne et que celui qui a un sac le prenne également, que celui qui n’a point d’épée vende son vêtement et achète une épée. Car, je vous le dis, il faut que cette parole qui est écrite s’accomplisse en moi : Il a été mis au nombre des malfaiteurs. Et ce qui me concerne est sur le point d’arriver. Ils dirent : Seigneur, voici deux épées. Et il leur dit : Cela suffit. » (Luc 22 : 35-38)

 

Voir : http://blog.decouvrirlislam.net/

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Même source.

[2] In. « Promesse de l’Islâm », op cité.

[3] Cf. Georges Corm « L’Europe et l’Orient », éditions Bouchène, Alger, 1991.

[4] Cf. Le père Michel Lelong « Si Dieu l’avait voulu », op cité.

[5] Cf. «Haïdat Bammate « Visages de l’Islâm », éditions Enal, Alger 1992.

[6] Même source.

[7] Même source.

[8] Cf. Bernard Lewis « Comment l’Islam a découvert l’Europe ? », éditions la Découverte, Paris 1982.

[10] Le très réputé commentaire protestant de la Bible annoté nous dit qu’elles avaient moins de 12 ans ! Quoi qu’il en soit, s’il ne reste que 32 000 survivantes, on ne peut qu’imaginer l’ampleur du carnage.

[11] Selon Karim Hanifi, par SMS : les 2 sont bonnes, mais la plus proche du terme katasphatto est égorgé, car ca vient de kata et de sphazo qui signifie a 99 pour cent dans la bible immolé ou égorgé....donc c’est tuer par soit égorgement soit tuer tout court, mais la version 1 est la plus proche et de loin.

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 19:53

                                                            

Guerre sainte, croisades, et inquisitions à l’assaut de l’Histoire

(Partie 5/1)

« L'histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d'accord. »

– Napoléon

« Les gens croiront un gros mensonge plus facilement qu'un petit, et si vous leur répétez assez souvent, ils finiront par le croire, tôt ou tard. »

– Walter Langer

 

Si quelques lecteurs sont tentés de trouver que nous avons abusé des citations, des « guillemets », nous leur répondrons que c'est à dessein : Nous n'avons pas eu en vue, dans ces graves questions, de présenter un travail personnel, où l'imagination et le parti-pris auraient pu avoir leur trop large place. Nous avons produit des documents, laissé simplement parler des textes. À défaut d'autre mérite, nous avons fait une œuvre de bonne foi, évitant tout commentaire superflu.[1]

 

Étude comparative

 

« L'histoire est le plus souvent un complot contre la vérité. »

STÉPHEN COUBÉ

 

« … à travers quelques-uns de ses représentants […] une religion qui se réclame d’un Dieu d’amour use de procédés retors et de bassesses pour discréditer un rameau concurrent de sa propre foi mérite qu’on lui rappelle les balbutiements de sa propre histoire, ses manipulations et ses violences. »

 

Je ne connais pas de manuel de guerre sainte plus programmatique et plus barbare que la Bible hébraïque ; le même livre offre pourtant aussi les accents les plus purs de l’amour (le Cantique des cantiques) et les grandioses esquisses d’un humanisme universel (Isaïe). Le christianisme, apparemment pacifiste (car l’Evangile a aussi ses appels à la violence), a justifié, depuis saint Augustin et saint Bernard jusqu’au XXe siècle, les pires atrocités. L’islam n’échappe pas à cette terrible ambivalence des monothéismes. Les appels coraniques au djihad sont explicites et incontestables ; mais j’oserai dire que, jusqu’aujourd’hui, l’islam s’est montré infiniment moins violent que le christianisme : non seulement dans les textes, parce que les prescriptions du djihad sont encadrées et que les docteurs les plus rigoristes ont considéré depuis des siècles que la guerre sainte était close (hormis les cas d’invasion du « dar al-islam »), mais encore dans les faits, puisque l’expansion islamique à la mort du Prophète s’est faite de façon beaucoup plus pacifique qu’on ne l’imagine. Les Arabes, je l’ai dit plus haut, ont été accueillis par les juifs et les chrétiens non-orthodoxes comme de véritables sauveurs, et la chose s’est répétée au moment des Croisades, lorsque les chrétiens orientaux ont préféré la protection de l’islam à la barbarie des chrétiens latins.

 

Songez par ailleurs que la conversion de l’Indonésie, le plus grand pays musulman au monde, s’est réalisée à travers le négoce et la prédication. C’est donc depuis peu que l’islam – un certain islam qu’on peut juger totalement hérétique – recourt à la violence et à une barbarie sans précédents dans sa propre histoire. Il n’en reste pas moins que le Coran contient, comme la Bible ou l’Evangile, tous les éléments nécessaires au développement ou du moins à l’acceptation d’une démocratie moderne ; il n’est pas jusqu’à l’écologie qui ne puisse trouver des fondements dans le Coran ! Rappelons-nous enfin que la reconnaissance de la République par l’Eglise est au fond très récente…

Michel Orcel

 

Mentionnons le problème de la violence[2] prétendument intrinsèque au Coran selon certains penseurs. Tout lecteur attentif du livre sacré aura en effet loisir de trouver des citations qui confirment une incitation à la violence,[3] mais l’honnêteté intellectuelle conduira aussi à citer, dans le même texte, des passages tout à fait iréniques.[4] Or, cette ambivalence du texte musulman, on la retrouve précisément dans le Nouveau Testament où Jésus, présenté par la Tradition comme un Dieu d’amour, peut parfois se laisser aller à de puissantes invectives (” Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites […] ! Serpents, engeance de vipères ! […] c’est pourquoi, voici j’envoie vers vous des prophètes, des sages, des scribes : vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues […] pour que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur terre. “, Matthieu, 23, 13-36, traduction de la Bible de Jérusalem).[5]

 

Lebon remet les pendules à l’heure, et n’est pas dupe à l’image d’une frange d’intellectuels occidentaux qui ne se laissent plus embobiner par la propagande des croisées

 

« Je suis pour la vérité peu importe qui l'a dit. Je suis pour la justice peu importe en faveur de qui elle tranche. »

Malcom X

 

En ce qui concerne les juifs, et surtout les chrétiens, Mahomet, contrairement à une croyance très générale, se montre plein de tolérance et de bienveillance. Les versets suivants en sont la preuve : Point de contrainte en religion. La vraie route se distingue assez de l'erreur. (II.)

 

Sur les pas des autres prophètes nous avons envoyé Jésus, fils de Marie, pour confirmer le Pentateuque ; nous lui avons donné l'Évangile, qui contient la direction et la lumière, il confirme le Pentateuque ; l'Évangile contient aussi la direction et l'avertissement pour ceux qui craignent Dieu. (V.)

 

La rapidité prodigieuse avec laquelle le Coran s'est répandu a toujours étonné les historiens hostiles à la religion qu'il enseigne, et ils n'ont cru pouvoir l'expliquer qu'en disant que cette propagation était le résultat de la morale relâchée de Mahomet et de l'emploi de la force ; mais il est facile de démontrer que ces explications n'ont pas le plus léger fondement. Il suffit de lire le Coran pour se convaincre que sa morale est tout aussi sévère que celles des autres religions. La polygamie y est acceptée sans doute ; mais, comme elle était déjà en usage chez tous les peuples orientaux bien avant Mahomet ; ceux qui adoptaient le Coran ne pouvaient y trouver à ce point de vue aucun avantage nouveau.

 

L'argument tiré de l'état inférieur de la morale de Mahomet a été réfuté depuis longtemps, notamment par le savant philosophe Bayle. Après avoir fait voir que les règles du prophète relatives au jeûne, à la privation de vin, aux préceptes de la morale, sont bien plus dures que celles des chrétiens, Bayle ajoute :

 

« C'est donc se faire illusion que de prétendre que la loi de Mahomet ne s'établit avec tant de promptitude et tant d'étendue que parce qu'elle ôtait à l'homme le joug des bonnes œuvres et des observances pénibles, et qu'elle lui permettait les mauvaises mœurs. Hottinger nous donne une longue liste des aphorismes moraux ou des apophtegmes des mahométans. On peut dire sans flatter cette religion que les plus excellents préceptes qu'on puisse donner à l'homme pour la pratique de la vertu et pour la fuite du vice sont contenus dans ces apophtegmes. »

 

L'auteur fait remarquer ensuite que les plaisirs promis par Mahomet dans le paradis à ses disciples ne sont nullement au-dessus de ceux du paradis des chrétiens, car l'Évangile en parle « comme d'un état dont les délices surpassent tout ce que les yeux ont vu. »

 

Lorsque nous étudierons les conquêtes des Arabes, et tâcherons de mettre en relief les causes qui ont déterminé leur succès, nous verrons que la force ne fut pour rien dans la propagation du Coran, car les Arabes laissèrent toujours les vaincus libres de conserver leur religion[6]. Si des peuples chrétiens se convertirent à la religion de leurs vainqueurs et finirent par adopter leur langue, ce fut surtout parce que ces nouveaux conquérants se montrèrent plus équitables pour eux que ne l'avaient été leurs anciens maîtres, et parce que leur religion était d'une plus grande simplicité que celle qu'on leur avait enseignée jusqu'alors. S'il est un fait bien prouvé par l'histoire, c'est qu'une religion ne s'impose jamais par la force. Lorsque les Arabes d'Espagne ont été vaincus par les chrétiens, ils ont préféré se laisser tuer et expulser jusqu'au dernier plutôt que de changer de culte.

 

Loin donc d'avoir été imposé par la force, le Coran ne s'est répandu que par la persuasion. Il est évident d'ailleurs que la persuasion seule pouvait amener les peuples qui ont vaincu plus tard les Arabes, comme les Turcs et les Mongols, à l'adopter. Dans l'Inde, où les Arabes n'ont fait en réalité que passer, le Coran s'est tellement répandu qu'il compte aujourd'hui plus de cinquante millions de sectateurs. Leur nombre s'élève chaque jour ; et, bien que les Anglais soient aujourd'hui les souverains du pays, bien qu'ils y entretiennent une véritable armée de missionnaires destinés à convertir au christianisme les mahométans, on ne connaît pas un seul exemple authentique de conversion ayant couronné leurs efforts.

 

La diffusion du Coran en Chine n'a pas été moins considérable. Nous verrons dans un autre chapitre combien la propagande de l'islamisme y a été rapide. Bien que les Arabes n'aient jamais conquis la moindre parcelle du Céleste Empire, les maho­métans y forment aujourd'hui une population de plus de vingt millions d'individus.

 

L'habileté politique que déployèrent les premiers successeurs de Mahomet fut à la hauteur des talents guerriers qu'ils surent bien vite acquérir. Dès leurs premiers combats, ils se trouvèrent en présence de populations que des maîtres divers tyrannisaient sans pitié depuis des siècles, et qui ne pouvaient qu'accueillir avec joie des conquérants qui leur rendraient la vie moins dure. La conduite à tenir était clairement indiquée, et les khalifes surent sacrifier aux intérêts de leur politique toute idée de conversion violente. Loin de chercher à imposer par la force leur croyance aux peuples soumis, comme on le répète toujours, ils déclarèrent partout vouloir respecter leur foi, leurs usages et leurs coutumes. En échange de la paix qu'ils leur assuraient, ils ne leur imposaient qu'un tribut très faible, et toujours inférieur aux impôts que levaient sur eux leurs anciens maîtres.

 

Avant d'entreprendre la conquête d'un pays, les Arabes y envoyaient toujours des ambassadeurs chargés de propositions de conciliation. Ces propositions étaient presque partout identiques à celles que, suivant l'historien arabe El-Macyn, Amrou fit faire l'an 17 de l'hégire aux habitants de la ville de Gaza, assiégés par lui, et qui furent faites également aux Égyptiens et aux Perses. Les voici :

 

« Notre maître nous ordonne de vous faire la guerre si vous ne recevez pas sa loi. Soyez des nôtres, devenez nos frères, adoptez nos intérêts et nos sentiments, et nous ne vous ferons point de mal. Si vous ne le voulez pas, payez-nous un tribut annuel avec exactitude tant que vous vivrez, et nous combattrons pour vous contre ceux qui voudront vous nuire et qui seront vos ennemis de quelque façon que ce soit, et nous vous garderons fidèle alliance. Si vous refusez encore, il n'y aura plus entre vous et nous que l'épée, et nous vous ferons la guerre jusqu'à ce que nous ayons accompli ce que Dieu nous commande. »

 

La conduite du khalife Omar à Jérusalem nous montre avec quelle douceur les conquérants arabes traitent les vaincus, et contraste singulièrement avec les procédés des croisés, dans la même ville, quelques siècles plus tard. Omar ne voulut entrer dans la cité sainte qu'avec un petit nombre de ses compagnons. Il demanda au patriarche Sophronius de l'accompagner dans la visite qu'il voulut faire dans tous les lieux consacrés par la tradition religieuse, et déclara ensuite aux habitants qu'ils étaient en sûreté, que leurs biens et leurs églises seraient respectés, et que les mahométans ne pourraient faire leurs prières dans les églises chrétiennes.

 

La conduite d'Amrou en Égypte ne fut pas moins bienveillante. Il proposa aux habitants une liberté religieuse complète, une justice impartiale pour tous, l'inviolabilité des propriétés, et le remplacement des impôts arbitraires et excessifs des empereurs grecs par un tribut annuel fixé à 15 francs par tête. Les habitants des provinces se montrèrent tellement satisfaits de ces propositions qu'ils se hâtèrent d'adhérer au traité, et payèrent d'avance le tribut. Les Arabes respectèrent si religieusement les conventions acceptées, et se rendirent si agréables aux populations soumises autrefois aux vexations des agents chrétiens de l'empereur de Constantinople, que toute l'Égypte adopta avec empressement leur religion et leur langue. C'est là, je le répète, un de ces résultats qu'on n'obtient jamais par la force. Aucun des peuples qui avaient dominé en Égypte avant les Arabes ne l'avait obtenu.

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[2] (qui fait l’objet d’un chapitre intitulé ” Droit, sexe et violence “).

[3] ( ” Dieu n’aime pas les transgresseurs- / Tuez-les partout où vous les rencontrerez ; “, sourate II, verset 190-191, le Coran, traduction de D. Masson, Paris, Folio, 1988).

[4] (” Celui qui sauve un seul homme / est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes. “, sourate V, verset 32, op. cit.).

[6] Sur la tolérance des mahométans pour les juifs et les chrétiens. Nous avons vu par les passages du Coran cités plus haut que Mahomet montre une tolérance excessive et bien rare chez les fondateurs de religion pour les cultes qui avaient précédé le sien, le judaïsme et le christianisme notamment et nous verrons plus loin à quel point ses prescriptions à cet égard ont été observées par ses successeurs. Cette tolérance a été reconnue par les rares écrivains sceptiques ou croyants, qui ont eu occasion d'étudier sérieusement de près l'histoire des Arabes. Les citations suivantes que j'emprunte à plusieurs d'entre eux montreront que l'opinion que nous professons sur ce point ne nous est nullement personnelle.

« Les musulmans sont les seuls enthousiastes qui aient uni l'esprit de tolérance avec le zèle du prosélytisme, et qui, en prenant les armes, pour propager la doctrine de leur prophète, aient permis à ceux qui ne voulaient pas la recevoir de rester attachés aux principes de leur culte. » (Robertson, Histoire de Charles-Quint.).

« Le Coran, qui commande de combattre la religion avec l'épée, est tolérant pour les religieux. Il a exempté de l'impôt les patriarches, les moines et leurs serviteurs. Mahomet défendit spécialement à ses lieutenants de tuer les moines, parce que ce sont des hommes de prière. Quand Omar s'empara de Jérusalem, il ne fit aucun mal aux chrétiens. Quand les croisés se rendirent maîtres de la ville sainte, ils massacrèrent sans pitié les musulmans et brûlèrent les juifs. » (Michaud, Histoire des Croisades.)

« Il est triste pour les nations chrétiennes que la tolérance religieuse, qui est la grande loi de charité de peuple à peuple, leur ait été enseignée par les musulmans. C'est un acte de religion que de respecter la croyance d'autrui et de ne pas employer la violence pour imposer une croyance. » (L'abbé Michou, Voyage religieux en Orient.)

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 09:21

 

La légende de Jésus de Nazareth

(Partie 4)

La Trinité, un lent processus…

 

« La théologie de l’incarnation apparait plus de soixante-dix ans après la mort de Jésus, et la théologie trinitaire prend son essor au cours du IIe siècle. » – Frédéric Lenoir

 

Le cardinal John Newman révéla (dans son livre Essays and Sketches) l’origine d’une bonne part de l’enseignement de son Église : « Le phénomène admis par tous est le suivant : on doit chercher une grande partie de ce qui est généralement reçu comme la vérité chrétienne, dans ses notions essentielles et dans ses différentes parties, dans les philosophies et les religions païennes. Par exemple, on retrouve à l’est comme à l’ouest la croyance en une trinité, la cérémonie du lavage des pieds, le rite du sacrifice. La doctrine de la Parole divine est platonicienne ; celle de l’Incarnation est indienne. »

 

De nombreux biblistes, y compris des trinitaires, reconnaissent que la Bible ne contient pas de doctrine formelle de la Trinité. Voici, par exemple, ce qu’on lit dans L’Encyclopédie des Religions : « Aujourd’hui, exégètes et théologiens s’accordent à reconnaître que la Bible hébraïque ne renferme pas de doctrine de la Trinité. (...) Bien que la Bible hébraïque appelle Dieu le père d’Israël et qu’elle personnifie Dieu en employant des termes tels que Parole (davar), Esprit (rouah), Sagesse (hokhmah) et Présence (shekhinah), ce serait forcer l’intention et l’esprit de l’Ancien Testament que de lier ces notions à la doctrine de la Trinité apparue plus tard.

« En outre, exégètes et théologiens admettent que le Nouveau Testament ne contient pas non plus de doctrine explicite de la Trinité.

Dieu le Père est source de tout ce qui est (Pantokrator), ainsi que le père de Jésus Christ ; ‘Père’ n’est pas un titre donné à la première personne de la Trinité, mais un synonyme de Dieu. (...)

« Dans le Nouveau Testament, il n’y a pas de conscience réflexive de la nature métaphysique de Dieu (la ‘trinité immanente’) ; on n’y trouve pas non plus le langage technique dans lequel cette doctrine a été par la suite exposée (hupostasis, ousia, substantia, subsistentia, prosôpon, persona). (...) Il est incontestable que cette doctrine ne peut être prouvée par le seul appui des Écritures. »

 

Relativement à l’historique de cette doctrine, voici ce qu’on peut lire dans la Nouvelle Encyclopédie britannique : « Le mot Trinité ne figure pas dans le Nouveau Testament. La doctrine qu’il désigne n’y est jamais énoncée explicitement. (...)

« Cette doctrine a pris forme progressivement, sur plusieurs siècles et à travers bien des controverses. (...)

« Ce n’est pas avant la fin du IVe siècle que la distinction entre les trois et leur unité ont été rassemblées dans une même doctrine orthodoxe d’une seule essence et de trois personnes. »

 

On lit à peu près la même chose dans la Nouvelle Encyclopédie catholique (angl.) sur l’origine de la Trinité: « Les exégètes et les théologiens, y compris un nombre sans cesse croissant de catholiques, reconnaissent qu’il ne convient pas de parler de la doctrine trinitaire dans le Nouveau Testament sans faire d’importantes réserves.

Les spécialistes de l’histoire des dogmes et les théologiens systématiques reconnaissent, chacun de leur côté, que lorsqu’on parle d’une doctrine trinitaire achevée, on passe de la période des origines du christianisme à celle, disons, du dernier quart du IVe siècle.

C’est seulement à ce moment que ce que l’on pourrait appeler le dogme définitif de la Trinité, ‘un seul Dieu en trois personnes’, est devenu partie intégrante de la vie et de la pensée chrétiennes. (...)

« La formule elle-même ne reflète pas la conscience immédiate qu’on en avait à l’époque des origines ; elle est le produit de trois siècles de formation doctrinale. »

 

De l’aveu même d’une encyclopédie catholique, le dogme de la trinité chrétienne est un ajout tardif : « La formulation « un Dieu en trois personnes » n’a pas été solidement établie ni sans doute pleinement intégrée à la vie chrétienne et à sa profession de foi avant la fin du IVe siècle. Pourtant, c’est précisément cette formulation qui a prétendu la première au titre de dogme de la Trinité. Chez les Pères apostoliques, on ne trouve rien qui rappellerait même de loin ce point de vue. »[1]

 

Le premier à mentionner quelque chose qui se rapproche de la « trinité » est Théophile d’Antioche, dans ses discours à Autolyque, vers l’an 180. Il utilisa le mot « Τριας / Trias », qui signifie « trois », pour désigner Dieu lui-même. Mais c’est Tertullien qui, plus tard, va utiliser le mot « trinité » pour la première fois et développer pleinement le concept de « trois personnes divines ».

C’est cependant au 4ème siècle, sous l’empereur romain Constantin, que le dogme de la trinité fut fixé, aux Conciles de Nicée en 325, et de Constantinople en 381. Il faut savoir que Constantin était un adorateur de Mithra, un dérivé des cultes babyloniens, égyptiens, etc. déjà cités. En déclarant le christianisme (catholique romain) religion de l’empire, il a fait un syncrétisme des religions païennes et de la foi chrétienne.

 

Voir : http://www.michelledastier.com/dieu-nest-pas-une-trinite-par-nicolas-k/

 

Mea culpa

 

Comme George Bernard Shaw l’a affirmé dans la préface de sa pièce de théâtre, Saint Joan : « Les Églises doivent apprendre l’humilité aussi bien qu’elles l’enseignent. »[2]

 

L’auteur de ces lignes impute à Ed­ward Gibbon une citation qui, en réalité fut écrite par son éditeur Peter Hecler en préface à son fameux ouvrage l’Histoire du christianisme, et que nous reproduisons ici : « S'il est vrai que le christianisme a triomphé du paganisme, il n'en demeure pas moins que le paganisme a réussi à corrompre le christianisme. L'église de Rome a remplacé le déisme pur des premiers chrétiens, par l'incompréhensible dogme de la Trinité. Pareillement, de nombreuses doctrines païennes inventées par les Égyptiens et idéalisées par Platon ont été adoptées parce que considérées comme dignes de foi. »[3]

 

La faute à un site chrétien datant de 1998 qui allait induire en erreur tout un auditoire qui, pour sa défense, pouvait difficilement vérifier une citation traduite de l’Anglais. Bien sûr, cette erreur est inintentionnelle, et surtout, elle n’a aucune incidence sur la pensée de Gibbon, bien que, d’un point de vue purement éthique, il faille rendre à César…

 

http://www.heraldmag.org/bookstore/booklet_doctrine.htm

 

D’autres passages du même ouvrage qui sont bien, cette fois, de la plume de Gibbon, entérine cette idée, ce qui somme toute est naturel étant donné que la préface est sensé résumer, reprendre les idées de l’ouvrage qu’elle présente ; et, quand elle n’est pas d’accord avec l’auteur, elle le précise en principe.

 

Quoi qu’il en soit, lorsque Gibbon résume ces querelles intra religieux, il montre le rôle déterminant des contingences temporelles ; et, par ce moyen il montre que ce sont des raisons purement humaines qui ont fixé l'orthodoxie de la foi chrétienne, et non pas la révélation divine : « Tels furent la naissance, les progrès et les révolutions des disputes théologiques qui troublèrent la paix de la chrétienté sous les règnes de Constantin et de ses fils. Mais comme ces princes prétendaient étendre leur despotisme sur les opinions comme sur la fortune et sur la vie de leurs sujets, le poids de leur suffrage entraînait souvent la balance ecclésiastique et les prérogatives du roi du ciel étaient fixées, changées ou modifiées dans le cabinet d'un roi de la terre. » (DC, p. 578)

 

Après les miracles, c'est le culte des saints et des reliques qui attire les foudres de Gibbon : « Dans la longue période de douze cents ans qui s'écoula entre le règne de Constantin et la réformation de Luther, le culte des saints et des reliques corrompit la simplicité pure et parfaite de la religion chrétienne, et on peut observer déjà quelques symptômes de dépravation chez les premières générations qui adoptèrent et consacrèrent cette pernicieuse innovation. » (DC, p. 847)

 

Gibbon, formé aux modèles classiques de l'historiographie, cherche souvent ses causes dans la psychologie. Il attribue, par exemple, à la cupidité le culte des reliques : « Le clergé, instruit par l'expérience que les reliques des saints avaient plus de valeur que l'or et les pierres précieuses, s'efforça d'augmenter les trésors de l'Église. » (DC, p. 847)

 

Ainsi que Gibbon avait vu dans le paganisme de Julien un culte déjà transformé par rapport au vieux paganisme, et cela à cause de la force du fait chrétien, il voit, dans le succès du culte des saints, un reflux du polythéisme : « On ne peut disconvenir que les ministres de la religion catholique n'aient imité le modèle profane qu'ils étaient impatients de détruire. Les plus respectables prélats s'étaient persuadés que des paysans grossiers renonceraient plus facilement au paganisme s'ils trouvaient quelque ressemblance, quelque compensation dans les cérémonies du christianisme. La religion de Constantin acheva en moins d'un siècle la conquête de tout l'empire romain ; mais elle se laissa bientôt corrompre par les artifices de ceux qu’elle avait voulu convertir (en bas de note, il parle ouvertement d’imitation du paganisme). »[4] (DC, p. 850)

 

Gibbon situe les origines du phénomène : « L'Egypte, mère féconde de toutes les superstitions, donna l'exemple de la vie monastique. » (DC, p. 1081)

 

L'analyse des derniers troubles religieux permet encore à Gibbon d'élaborer deux reproches majeurs au christianisme : « Si l'équité avait pu se faire entendre, les catholiques auraient été forcés de condamner leur propre conduite passée ou d'approuver la sévérité dont ils étaient les victimes ; mais ils persistaient à refuser aux autres l'indulgence qu'ils réclamaient pour eux-mêmes. Au même moment où ils tremblaient sous la verge de la persécution, ils vantaient la louable sévérité avec laquelle Hunneric faisait brûler vifs ou bannissait (...) » (DC, p. 1100) Il reproche donc au christianisme son absence de ce qu'on appelle aujourd'hui le pluralisme. Il est intéressant de noter que cette impasse dans les rapports entre religion et démocratie alimente encore de nos jours le débat.

Le second reproche majeur suggéré dans le récit de Gibbon, c'est qu'il y aurait dans le christianisme une pulsion innée à la violence : « (...) mais le crime et la punition disparurent peu à peu chez les peuples chrétiens ; une heureuse ignorance suspendit les querelles théologiques, et l'esprit d'intolérance, ne trouvant plus d'hérétiques ou d'idolâtres à persécuter, fut réduit à s'exercer contre les juifs. » (DC,p. 1108)

 

Voir : http://www.persee.fr/doc/ista_0000-0000_2009_ant_1135_1_2717

 

Selon Gibbon, l’Église primitive était viscéralement iconoclaste

 

Jésus a-t-il prédit la persécution des unitariens ? « On vous exclura des synagogues. Bien plus, l'heure vient où celui qui vous fera périr croira présenter un sacrifice à Dieu. Ils agiront ainsi pour n'avoir connu ni le Père ni moi » (Jean 16:2-3).

 

Notre historien souligne : « Le texte mémorable, qui affirme l'unité des Trois qui rendent témoignage au ciel, est condamné par le silence universel des pères orthodoxes, les anciennes versions, et les manuscrits authentiques… Une interprétation allégorique, dans la forme, peut-être, d'une note marginale, a envahi le texte des bibles latines, qui ont été renouvelées et corrigées au cours d'une obscure période de dix siècles. Après l'invention de l'imprimerie, les éditeurs du Testament Grec ont cédé à leurs propres préjugés, ou à ceux de leurs temps, et la fraude pieuse, qui a été embrassée avec un zèle égal à Rome et à Genève, a été infiniment multipliée dans chaque pays et en chaque langue de l'Europe moderne. »[5]

 

À ses yeux, les premiers chrétiens étaient possédés d’une incomparable répugnance envers l’utilisation et l’abus de l’utilisation des images, et cette aversion peut être attribuée à leur origine juive, et leur hostilité envers les Grecs. La Loi de Moïse avait proscrit toutes représentations de la Déité ; et ce précepte était fermement établi dans les principes et les pratiques du peuple élu. L’intelligence des apologistes chrétiens était braquée contre les idolâtres stupides, qui se prosternaient devant l’œuvre fabriquée de leurs propres mains, les images de cuivre jaune et de marbre, qui, si elles avaient été douées de sens et de mouvement, auraient dû plutôt commencer du haut de leur piédestal par adorer les puissances créatives de leurs artistes.[6]

 

Le citoyen de la Couronne britannique enchaine : « Au début, l’expérience fut exécutée avec prudence et scrupule ; et les images vénérables étaient discrètement permises pour instruire les ignorants, ranimer les indifférents, et gratifier les préjugés des prosélytes païens. Au moyen d’une procession lente mais inévitable, les honneurs de l’original ont été transférés à la copie ; les chrétiens dévots priaient devant l’image d’un saint ; les rites païens de génuflexion, de luminaires et d’encens, s’infiltrèrent de nouveau à l’intérieur de l’Église catholique. »[7]

 

« Avec le temps, poursuit l’écrivain londonien, L’adoration des images s’était infiltrée à l’intérieur de l’Église par degrés imperceptibles, et chaque pas insignifiant donnait du plaisir à l’esprit superstitieux, en tant que producteur de confort et innocent du péché. Mais au début du huitième siècle, dans la pleine magnitude de l’abus, les Grecs plus timorés furent réveillés par une appréhension, que, sous le masque du Christianisme, ils avaient restauré la religion de leurs pères ; ils entendirent, avec peine et impatience, le nom d’idolâtres ; l’accusation incessante des juifs et des Mahométans, qui dérivaient de la loi et du Coran une haine immortelle aux images gravées et à toute adoration y étant reliée. »[8]

 

L’Église catholique a répondu au Synode de Constantinople de 754 EC qui bannissait les images en convoquant un second Concile de Nicée en 787 EC. Ce concile a rétabli l’adoration des images sur la base que « l’adoration des images est acceptable à l’Écriture et la raison, aux pères et aux conciles de l’Église… »[9] Les communautés religieuses qui ont objecté à l’adoration des idoles chrétienne ont été « purifiées » par les armées catholiques. Commençant par le massacre des Chrétiens Unitariens au milieu du neuvième siècle, l’Impératrice Théodora gagna la douteuse distinction d’être la personne « qui a restauré les images à l’Église Orientale [i.e., Orthodoxe de l’Est]. »[10]

 

Conclusion de Gibbon

 

« Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre... » (Exode 20: 4-5)

 

« Les Mahométans ont uniformément résisté à la tentation de réduire l’objet de leur foi et de leur dévotion au même niveau des sens et de l’imagination des hommes. « Je crois au Seul Dieu, Allah, et à Mohammed, le messager d’Allah, » est la simple et invariable profession de l’islam. L’image intellectuelle de la Déité n’a jamais été dégradée par aucune idole visible ; les honneurs du prophète n’ont jamais transgressé la mesure de la vertu humaine ; et ses préceptes vivants ont contenu la gratitude de ses disciples à l’intérieur des frontières de la raison et de la religion. »[11]

 

… Les lignes conduisent du tout premier christianisme juif jusqu’au septième siècle, en fait à l’islam… Les analogies entre l’image coranique de Jésus et une Christologie avec un cachet juif-chrétien, sont étonnantes. Ces parallèles sont irréfutables et invitent à une réflexion historique et systématique plus intensive.

– Hans King, Islam, Past, Present and Future (2007, One World Publications pp 37, 44).

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

[1] New Catholic Encyclopedia (1967), tome XIV, p. 299.

[2] Shaw, George Bernard. 1924. Saint Joan. Preface.

[4] Autre traduction : « mais les vainqueurs se laissèrent bientôt subjuguer par les artifices de ceux qu’ils avaient assujettis »

[5] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 4, Chapter XXXVII, pp. 146–7.

[6] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter XLIX, p. 359.

[7] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter XLIX, p. 361.

[8] Ibid., p. 365.

[9] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter XLIX, p. 397.

[11] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter L, p. 533.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 09:52

 

La légende de Jésus de Nazareth

(Partie 3)

Les juifs de la qibla

 

Selon l’expression de Sa’îd ibn Jubaïr, les murjites, qui font passer les actes au second plan, sont les juifs de la qibla, comme le rapportent certains recueils de sunna. il est possible de deviner ses intentions, ou pour le moins d’essayer d’en dessiner les contours, en cherchant du côté de la caractéristique des murjites, ou des implications de leurs croyances ; cette tendance ouvre en effet la porte au libertinage et à la zandaqa, peut-être un peu à la manière de Paul qui introduisit l’irja (qui exclue les actes de la définition de la foi) dans la religion chrétienne et qui la corrompit de fond en comble en amenuisant les commandements divins et en axant son discours sur l’espoir et le pardon divin aux dépens des actes ; ou bien plus vraisemblablement, fait-il référence au v. 80 de la s. la vache et disant : [Le feu ne nous touchera que quelques jours, et ensuite, tout sera fini][1] ; voire à ses deux passages : [Ils disent : personne en dehors des Juifs et des chrétiens n’entrera au Paradis, exprimant ainsi leur propre désir. Répond-leur : apportez-en la preuve si vous êtes vraiment sincère • C’est plutôt celui qui soumet son visage à Allah, tout en faisant le bien qui aura sa récompense et qui n’éprouvera ni crainte ni affliction • Les Juifs disent : les chrétiens ne tiennent sur rien, et les chrétiens disent : les Juifs ne tiennent sur rien, et pourtant tous lisent le Livre. Ainsi, les ignorants ont prétendu la même chose. Le Jour de la Résurrection, Allah tranchera entre leurs divergences][2] ; (Les Juifs et les chrétiens disent : nous sommes les fils de Dieu et ses favoris. Dis-leur alors pourquoi vous châtie-t-Il en raison de vos péchés ? Vous n’êtes que de simples mortels qui comptent parmi ses créatures ; Il pardonne à qui Il veut comme Il châtie qui Il veut ; c’est à Lui qu’appartient le royaume des cieux et de la terre et tout ce qui se trouve entre eux ; et c’est vers Lui que se fera le retour).[3]

 

Mais, apparemment, cette caractéristique est plus à mettre sur le compte de Jahm, que des murjiya proprement dits, les murjiya el fuqaha, comme nous l’avons expliqué dans un autre article. Jahm ibn Safwân emprunta ses enseignements sur la nature de Dieu à Ja’d ibn Ibn Dirham, selon Abân ibn Sam’ân, selon Tâlût. De confession Juive, ce dernier fut connu pour être un zindîq (penseur-libre), et le premier à écrire un ouvrage pour vanter le caractère créé de la Thora. L’oncle maternel de Tâlût qui était également son gendre, Labîd ibn el A’sam, était le premier élément de la chaine ténébreuse du ta’tîl (la négation des Noms et Attributs divins) lui, le fameux Juif qui fit un sortilège au Prophète (r). Dans la lignée des Juifs du Yémen dont il s’inspire, il voyait également le caractère créé de la Thora.[4] Retraçons la chaine pédagogique d’ibn Safwân :

Jahm ibn Safwân, selon el Ja’d ibn Dirham, selon Jean Damascène, selon Cosmas qui l’emprunte à la philosophie grecque.

 

Cette chaine narrative ne s’oppose nullement à celle, plus connue, qui passe par Abân ibn Sam’ân, selon Tâlût, selon Labîd ibn el A’sam.[5] La raison est qu’un seul individu peut avoir plusieurs sources à la fois. Ainsi, la chaine pédagogique des jahmites remonte à des juifs ou à des philosophes sabéens ou païens.[6]

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/jahm-ibn-safw%C3%A2n-partie-1

 

L’arcane paulienne ou la taqiya affichée de Paul de Tarse

 

Ibn Taïmiya : « … Il est dit que certains savants musulmans et des gens du livre se livraient à ce genre de choses [se prosterner devant des idoles en se tournant vers Dieu ndt.], avec des païens, qui se convertirent. Ils les appelèrent à la religion, sans afficher, au début, leur désaccord. »[7]

 

« Car, bien que je sois libre à l'égard de tous, je me suis rendu le serviteur de tous, afin de gagner le plus grand nombre. Avec les Juifs, j'ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la loi, comme sous la loi quoique je ne sois pas moi-même sous la loi, afin de gagner ceux qui sont sous la loi ; avec ceux qui sont sans loi, comme sans loi quoique je ne sois point sans la loi de Dieu, étant sous la loi de Christ, afin de gagner ceux qui sont sans loi. J'ai été faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d'en sauver de toute manière quelques-uns. » (1 Corinthiens 9, 19-22)

« Mais si notre injustice établit la justice de Dieu, que dirons-nous ? Dieu est-il injuste quand il déchaîne sa colère ? (Je parle à la manière des hommes.) Loin de là ! Autrement, comment Dieu jugerait-il le monde ? »

« Et si, par mon mensonge, la vérité de Dieu éclate davantage pour sa gloire, pourquoi suis-je moi-même encore jugé comme pécheur ? Et pourquoi ne ferions-nous pas le mal afin qu'il en arrive du bien, comme quelques-uns, qui nous calomnient, prétendent que nous le disons ? La condamnation de ces gens est juste. » (Romains 3, 5-8)

 

Voir : http://blog.decouvrirlislam.net/Home/christianisme/bible/la-taqiyya-dans-la-bible

http://islampaix.blog4ever.xyz/la-tromperie-ou-la-taqqiya-dans-la-bible

 

Selon l’enseignement de Paul en 2 Timothée 3, 16 qui déclare que: « Toute Écriture (sacrée) est inspirée de Dieu »

Le livre de l’Apocalypse chapitre 22, 18 : « Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre et si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre. »

 

La Trinité, une hérésie avouée : l’Occident moderne donne raison à ibn Taïmiya[8]

 

http://monepeelabible.centerblog.net/5084700-Comment-la-doctrine-de-la-Trinite-s-est-elle-developpee

 

Dans L’Église primitive (angl.), Henry Chadwick dit du premier Empereur chrétien : « Comme son père, Constantin adorait le Soleil invaincu ; (...) on ne doit pas voir dans sa conversion un effet de la grâce (...), mais le calcul d’un chef militaire. Sa compréhension de la doctrine chrétienne ne fut jamais très claire. Néanmoins, il était sûr d’une chose : la victoire au combat était un don du Dieu des chrétiens. »

L’Encyclopédie britannique nous fait un contre-rendu du concile de Nicée : « Ce fut Constantin qui présida. Il dirigea activement les discussions, et ce fut lui qui proposa (...) la formule capitale qui allait exprimer la relation du Christ à Dieu dans le Credo adopté par le concile, ‘de même substance que le Père(...). Intimidés par l’empereur, les évêques, à l’exception de deux, signèrent le Credo, ce que beaucoup firent contre leur gré. »

 

Une brève histoire de la doctrine chrétienne (angl.) nous raconte que, « Constantin n’avait pour ainsi dire aucune compréhension des questions que posait la théologie grecque ».

 

Au demeurant, les évêques réunis à Nicée ne mirent pas véritablement en place le dogme de la Trinité. Ils statuèrent sur la nature de Jésus, mais non sur le rôle de l’esprit saint. Si la Trinité était une claire vérité biblique, les évêques ne l’auraient-ils pas énoncée à cette époque ? Après Nicée, les discussions se poursuivirent pendant des dizaines d’années. Ceux qui ne voyaient pas en Jésus l’égal de Dieu reprirent même le dessus pendant un certain temps. Cependant, l’empereur Théodose finit par régler la question à leur détriment. Il imposa le Credo du concile de Nicée dans son royaume et, en 381, réunit le concile de Constantinople pour en clarifier la formule. Ce concile plaça l’Esprit saint sur le même plan que Dieu et le Christ. La Trinité, telle qu’elle est enseignée par la chrétienté, faisait son apparition.

 

Selon la Nouvelle Encyclopédie britannique : « L’Église d’Orient n’a pas eu connaissance du symbole avant le XIIe siècle. Depuis le XVIIe siècle, les biblistes admettent que ce symbole n’est pas dû à Athanase (mort en 373), mais qu’il a probablement été rédigé au Ve siècle dans le sud de la France. (...) L’influence du symbole semble d’abord s’être fait sentir, aux VIe et VIIe siècles, dans le sud de la France et en Espagne. L’Église de Germanie au IXe siècle, et un peu plus tard celle de Rome, l’intégrèrent à leur liturgie. »

 

L’Encyclopédie américaine fait remarquer : « L’idée trinitaire atteignit son plein développement au Moyen Âge, en Occident, lorsque la scolastique en entreprit l’explication par la philosophie et la psychologie. »

 

Dans Origine et évolution de la religion (angl.), E. Hopkins note : « La définition orthodoxe de la Trinité qui finit par l’emporter fut essentiellement le résultat des préoccupations politiques de l’Église. »

 

L’apôtre Paul a dit que ce “jour” ne viendrait pas “à moins que d’abord ne vienne l’apostasie et que ne se révèle l’homme qui méprise la loi”. (2 Thessaloniciens 2 : 3, 7.) Il a plus tard déclaré : « Après mon départ, il s’introduira parmi vous des loups redoutables qui ne ménageront pas le troupeau, et (...) du milieu même de vous se lèveront des hommes tenant des discours pervers dans le but d’entraîner les disciples à leur suite. » (Actes 20 : 29, 30, Jé). D’autres disciples de Jésus ont parlé de cette apostasie et du clergé qui “méprise la loi”. — Voir, par exemple, 2 Pierre 2 : 1 ; 1 Jean 4 : 1-3 ; Jude 3, 4.

 

Paul a aussi écrit : « Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables. » — 2 Timothée 4 : 3, 4,

 

Jésus lui-même a indiqué la raison pour laquelle le culte véritable serait abandonné. Alors qu’il avait semé de la bonne semence dans son champ, l’ennemi, Satan, allait semer de la mauvaise herbe par-dessus. C’est pourquoi, lorsque les premières tiges de blé commenceraient à pousser, la mauvaise herbe apparaîtrait aussi. On devait donc s’attendre que le pur christianisme subisse une déviation qui allait persister jusqu’à l’époque de la moisson, époque où le Christ remettrait les choses en ordre (Matthieu 13 : 24-43). L’Encyclopédie américaine dit à ce propos : « La doctrine trinitaire du IVe siècle ne donnait pas une idée exacte des croyances des premiers chrétiens sur la nature de Dieu ; elle en constituait au contraire une déviation. » La question se pose alors : qu’est-ce qui a provoqué cette déviation ? — 1 Timothée 1 : 6.

 

L’historien Will Durant fait remarquer à cet égard : « Le christianisme n’a pas détruit le paganisme ; il l’a adopté. (...) D’Égypte vinrent les idées de trinité divine. » Quant à Siegfried Morenz, il déclare dans La religion égyptienne : « [On] faisait de la trinité à la fois une possibilité et un devoir pour les théologiens (...). On réunit donc trois dieux en un seul dont on peut parler au singulier. Mais de cette manière le courant d’influence égyptienne est mis en contact direct avec la théologie chrétienne. »

 

À la fin du IIIe et au IVe siècle, en Égypte, des ecclésiastiques d’Alexandrie, tel Athanase, transmirent cette influence par les idées qu’ils formulèrent et qui conduisirent à la Trinité. Ces hommes acquirent eux-mêmes une grande notoriété, si bien que Morenz considère « la théologie alexandrine comme l’intermédiaire entre l’héritage religieux égyptien et le christianisme. »

 

Selon le Dictionnaire de la connaissance religieuse (angl.), beaucoup de gens disent que la Trinité « est un enseignement corrompu, emprunté des religions païennes et greffé sur la foi chrétienne ». Pour l’ouvrage Survivances païennes dans le monde chrétien, la Trinité est “d’origine entièrement païenne”.

 

Voilà pourquoi James Hastings déclare, dans l’Encyclopédie de la religion et de l’éthique (angl.) : « Dans la religion indienne, par exemple, nous rencontrons la trinité Brahmâ, Siva, et Viṣṇu ; dans la religion égyptienne, la triade Osiris, Isis et Horus (...). Ce n’est pas seulement dans les religions historiques que nous trouvons l’idée d’une trinité. Signalons particulièrement la conception néo-platonicienne de la “Réalité suprême ou ultime” qui est représentée sous une forme triadique ».

 

Le Nouveau Dictionnaire universel de Maurice Lachâtre dit de l’influence exercée par Platon : « La trinité platonique [platonicienne], qui ne fut elle-même au fond qu’une sorte d’arrangement, de disposition nouvelle, des trinités plus anciennes des peuples qui avaient précédé, nous paraît bien être la trinité philosophique, rationnelle, c’est-à-dire la trinité d’attributs qui a donné naissance à la triplicité d’hypostases ou de personnes divines des Églises chrétiennes (...). Cette conception de la Trinité divine du philosophe grec (...) se trouve partout dans les anciennes religions [païennes]. »

 

La Nouvelle Encyclopédie de la connaissance religieuse (angl.), de Schaff-Herzog, décrit l’influence de la philosophie grecque : « Les doctrines du Logos et de la Trinité ont reçu leur forme à partir des Pères grecs, qui (...) étaient, directement ou indirectement, grandement influencés par la philosophie platonicienne (...). Il est indéniable que cette philosophie a constitué pour l’Église une source d’erreur et de corruption. »

 

On lit dans L’Église des trois premiers siècles : « La doctrine de la Trinité est apparue progressivement et relativement tard ; (...) son origine est totalement étrangère aux Écritures juives et chrétiennes ; (...) elle s’est développée et a été introduite dans le christianisme avec le concours des Pères platoniciens. »

Comme le dit Adolf Harnack dans son Précis de l’histoire des dogmes, la doctrine de l’Église se trouvait « rivée par des chaînes au sol de l’hellénisme [la pensée grecque païenne]. (...) Elle devint ainsi un mystère pour la très grande majorité des chrétiens ».

 

L’Église prétendait que ses nouvelles doctrines étaient fondées sur les Écritures ; mais voici ce que dit Adolf Harnack à ce sujet : « En réalité, l’Église reconnut pour légitime la présence dans son sein de la spéculation hellénique des idées et des usages superstitieux des mystères païens. » Dans Une déclaration de raisons (angl.), Andrews Norton dit de la Trinité : « Nous pouvons retracer l’histoire de cette doctrine et découvrir son origine, non dans la révélation chrétienne, mais dans la philosophie platonicienne (...). La Trinité n’est pas une doctrine enseignée par le Christ et ses Apôtres, mais une fiction due à l’école des platoniciens tardifs. »

 

Actes 17 : 18 cite : « Quelques philosophes épicuriens et stoïciens se mirent à parler avec lui [Paul]. Et les uns disaient : Que veut dire ce discoureur ? D'autres, l'entendant annoncer Jésus et la résurrection, disaient : Il semble qu'il annonce des divinités étrangères. »

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

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[1] La famille d’Imrân ; 24 voir : Firaq mu’âsira Ghâlib ‘Awâjî (2/276).

[2] La vache ; 111-113 Ailleurs, ibn Taïmiya signale que les gens du Livre ont pour usage de renier les bonnes opinions de leurs coreligionnaires. Voir : Iqtidâ e-sirât el mustaqîm (1/91).

[3] Le repas céleste ; 18

[4] El hamawiya d’ibn Taïmiya (p. 243).

[5] El hamawiya d’ibn Taïmiya (p. 243).

[6] Voir : el hamawiya (p. 25), majmû’ el fatâwâ (5/22), et e-rasâil el kubrâ (1/435-436).

[7] Voir : majmû’ el fatâwâ (14/120).

[8] Voir :  http://mizab.over-blog.com/2017/01/un-vent-paien-souffle-sur-la-trinite-partie-1.html

À la limite, quand bien même, la thèse taïmiyenne serait approximative sur l’origine constantine et nicéenne de la Trinité, l'essentiel est de savoir que des exégètes occidentaux l’entérinent, et qu’elle n’est pas le fruit de la propagande musulmane.

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 09:37

 

La légende de Jésus de Nazareth

(Partie 2)

Bart D. Ehrman, auteur de The New Testament : A Historical Introduction to the Early Christian Writings, et peut-être la voix contemporaine la plus compétente en la matière nous rappelle que « Le point de vue de Paul n'était pas universellement accepté ou, pourrait-on dire, n'était pas même largement accepté, » et qu'il y avait des leaders chrétiens proéminents, y compris le plus proche disciple de Jésus, Pierre, « Qui l'ont contredit avec véhémence à ce sujet et qui considéraient les idées de Paul comme une corruption du message véritable du Christ. »[1]

 

Commentant les opinions de quelques premiers Chrétiens dans la littérature Pseudo Clémentine, Ehrman écrit, « Pierre, et non Paul, est l'autorité véritable pour comprendre le message de Jésus. Paul a corrompu la vraie foi sur base d'une brève vision, qu'il a sans doute mal interprétée. Paul est ainsi l'ennemi des apôtres, non leur chef. Il est en dehors de la vraie foi, un hérétique qui doit être banni, non un apôtre à suivre. »[2]

 

D'autres élèvent Paul à la sainteté. Joel Carmichael s’oppose clairement à eux : « nous sommes dans un univers loin de Jésus. Si Jésus est venu "seulement pour accomplir" la Loi et les Prophètes ; s'il pensait que "pas un iota, pas un point" ne "passerait hors de la Loi," que le commandement cardinal était "Écoutez, Ô Israël, le Seigneur Notre Dieu, le Seigneur est un," et que "Nul n'est bon sauf Dieu" … Qu'aurait-il pensé du travail effectué par la main de Paul ? Le triomphe de Paul signifiait l'oblitération finale du Jésus historique ; il nous arrive embaumé dans le Christianisme comme une mouche dans l'ambre ! »[3]

 

Plusieurs auteurs ont souligné la disparité entre les enseignements de Paul et de Jésus, mais le meilleur d'entre eux, pour éviter tout commentaire inopiné, s'est contenté d’exposer les différences. Dr. Wrede commente en effet : « Chez Paul, le point central est un acte divin, dans l'histoire, mais transcendant l'histoire, ou une pluralité d’actes, qui octroie à toute l'humanité un salut tout prêt. Toute personne qui croit en ces actes divins – l'incarnation, la mort, et la résurrection d'un être céleste, reçoit le salut. Et ceci, qui pour Paul représente la somme de la religion, est le squelette de l'édifice de sa piété, sans lequel elle s'effondrerait – A-t-on affaire à une continuation ou à un remodelage de l'évangile de Jésus ? Où peut-on y trouver cet évangile-là que Paul dit avoir compris ? De ce qui est tout pour Paul, combien Jésus lui-même en sait-il ? Rien du tout. »[4]

 

Et à Dr. Johannes Weiss de renchérir : « Ainsi la foi en Christ telle que maintenue par les églises primitives et par Paul était quelque chose de nouveau en comparaison de ce que Jésus a prêché ; c'était un nouveau type de religion. »[5]

Baigent et Leigh résument nettement la situation : « Dans toutes les vicissitudes qui suivent on doit souligner que Paul est, en fait, le premier hérétique "chrétien", et que ses enseignements – qui sont devenus les fondations du Christianisme ultérieur – sont une flagrante déviation de la forme "originale" ou "pure" louée par l'avant-garde …

Eisenman a démontré que Jacques émerge comme le conservateur du tronc original des enseignements, le défenseur de la pureté doctrinale et de l'adhérence rigoureuse à la Loi. La dernière chose qu'il aurait pu avoir en tête aurait été de fonder une "nouvelle religion". Mais c’était précisément ce que Paul était en train de faire…

Cependant, comme les choses avaient transpiré, la tendance générale du nouveau mouvement s'est graduellement agglutinée durant les trois siècles suivants autour de Paul et de ses enseignements. Ainsi, à l'horreur posthume indubitable de Jacques et de ses associés, une religion entièrement nouvelle était née de fait – une religion qui devait peu à peu s’éloigner des fondations originelles. »[6]

 

Jacques, le frère cadet de Jésus et chef de la nouvelle Église, réprimande Paul et ses enseignements blasphématoires : « Or, ils sont au courant de bruits qui courent à ton sujet : ton enseignement pousserait tous les Juifs qui vivent parmi les païens à abandonner Moïse ; tu leur dirais de ne plus circoncire leurs enfants et de ne plus suivre les règles. » (Actes 21 : 21). Ensuite, il avertit Paul de la réunion de l'assemblée pour décider sa punition : « Que faire ? Ils vont sans doute apprendre que tu es là. » (Actes 21 : 22). Ainsi il lui enjoint de se repentir, de se purifier du sacrilège, et dorénavant de se conformer « à l'observance de la loi. » (Actes 21 : 23-24).

 

Jésus avait prévenu : « Mes bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu ; car beaucoup de prophètes de mensonges se sont répandus dans le monde… »[7] ;

« Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous vêtus en brebis, mais qui au-dedans sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur un buisson d’épines, ou des figues sur des charbons ? Ainsi, tout arbre produit de bons fruits, mais l’arbre malade produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, ni un arbre malade porter de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu. Ainsi donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »[8]

 

La crucifixion et la résurrection

 

On rapporte que Jésus a enseigné le message d'Osée 6 : 6, « Je désire la miséricorde, et non le sacrifice. »

 

Joel Carmichael, auteur de The Death of Jesus (La mort de Jésus), « Qui auraient pu être les témoins ? … non seulement (les disciples) ‘’tous abandonnent’’ Jésus et prennent la fuite ; encore plus surprenant, ils ne réapparaissent pas durant le procès de Jésus, ni ne sont présents à son exécution, ni ne sont ceux qui l'enterrent. »[9]

La New Catholic Encyclopedia admet, « Les quatre évangélistes diffèrent peu dans les mots décrivant l'inscription (au sommet de la croix), ce qui montre qu'ils étaient en train de citer par mémoire et par évidence de ouï-dire. »[10]

 

Les disciples ont tous déserté Jésus au jardin de Gethsemane, comme enregistré par Marc 14 : 50 : « Et tous l'abandonnèrent et prirent la fuite. » la "Pierre" (sur laquelle Jésus a promis de bâtir son église - Matthieu 16: 18-19) trois fois renia avoir connu Jésus. Jésus a-t-il dit "pierre" ? Peut–être ce qu'il voulait vraiment dire était "Satan" et "une offense," comme il l'a déclaré à peine cinq versets plus loin (cette réflexion du Dr. Laurence B. Brown n’engage que lui). En tous les cas, Pierre n'était pas l'un des auteurs des évangiles. Alors où étaient-ils ? Matthieu 27 : 55 et Luc 23 : 49 nous disent que les "observateurs" n'étaient pas présents à la crucifixion, alors nous ne pouvons que deviner ! Concernant la prétendue résurrection, les quatre évangiles (Matthieu 28, Marc 16, Luc 24, et Jean 20) ne sont pas d'accord sur ce qui est arrivé après la crucifixion.

 

Plusieurs Chrétiens du second et troisième siècles croyaient que Jésus n'était pas mort.[11] Et pour ceux qui l’ont vu : « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Luc 24 : 16). Marie-Madeleine n'a pas réussi à reconnaître Jésus hors du tombeau, « croyant avoir affaire au gardien du jardin … » (Jean 20 : 15).

 

Parmi les Chrétiens des premiers temps, les Corinthiens, les Basilidiens, les Pauliciens, les Cathares et les Carpocratiens tous croyaient que la vie de Jésus avait été épargnée. Les Basilidiens croyaient que Simon de Cyrène a été crucifié à sa place, ce qui n'est peut-être pas une suggestion déraisonnable, vu que Simon portait la croix de Jésus (voir : Matthieu 27 : 32, Marc 15 : 21 et Luc 23 : 26). Typiquement, toutes les sectes dissidentes susmentionnées ont été jugées comme ayant été des Gnostiques et/ou des hérétiques par l'Église. L’Histoire, comme on le dit si bien, est écrite par les vainqueurs. En l’occurrence, note Ehrman, « les vainqueurs dans les luttes pour établir l'orthodoxie chrétienne non seulement ont gagné leurs batailles théologiques, mais ils ont aussi réécrit l'histoire du conflit ... »[12]

 

Le concept de Jésus Christ mourant pour les péchés de l’humanité se trouve dans les épîtres de Paul (eg., Romains 5 : 8-11 et 6 : 8-9), et nulle part ailleurs.

« Mais maintenant morts [i.e., ayant souffert] à ce qui nous tenait captifs, nous avons été affranchis de la loi, de sorte que nous servons sous le régime nouveau de l’Esprit, et non sous le régime périmé de la lettre. » (Romains 7 : 6).

 

Jacques a enseigné que la foi seule n’était pas suffisante pour le salut. Dans le passage parfois intitulé "Sans œuvres, la foi est morte" (Jacques 2 : 20), l’auteur condamne d’une façon sarcastique ceux qui reposent uniquement sur la foi pour obtenir le salut : « Tu crois que Dieu est un ? Tu fais bien. Les démons le croient, eux aussi, et ils frissonnent » (Jacques 2 : 19). Le Dr. Laurence B. Brown paraphrase très bien cette notion dans un langage moderne : « Tu crois en Dieu ? Et alors ? Satan aussi croit en Dieu. En quoi serais-tu différent de lui ? » Jacques clarifie que « l’on doit sa justice aux œuvres et pas seulement à la foi » (Jacques 2 : 24). Pourquoi ? Parce que « de même que, sans souffle, le corps est mort, de même aussi, sans œuvres, la foi est morte » (Jacques 2 : 26).

 

« Si tu veux entrer dans la vie éternelle [c’est-à-dire le salut], garde les commandements. » (Matthieu 19 : 17).

 

Le péché originel et la rédemption

 

« Laissez faire ces enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le Royaume des cieux est à ceux qui sont comme eux » (Matthieu 19 : 14).

 

Au sujet de l’Alliance de l’Ancien Testament, Encyclopedia Judaica explique que : « La relation du pacte définie de cette manière porte en elle ses responsabilités, de la même façon que les individus élus sont responsables de certaines tâches et sont appelés à assumer des rôles particuliers… Israël est tenue par ce choix d’honorer « pourvu qu’ils gardent Ses décrets, et qu’ils observent Ses lois » (Ps. 105 : 45). »[13]

 

Or, comme le souligne Suzanne La Follette : « Il n’y a rien de plus humainement inné que la tendance à transgresser ce qui est devenu coutumier en ce qui a été divinement ordonné. »[14]

 

Si cela est clair, nous trouvons cette notion de salut acquis non par les actes, mais grâce à un statut chauvin, intrinsèque (être membre du peuple élu) ou à une croyance précise qui ne réclame aucun effort (donner foi au rachat des péchés par la crucifixion, aux douze imams, etc.) ; crédo qui place ses adeptes dans une situation favorable, privilégiée, les poussant à se reposer sur leurs lauriers, et par voie de conséquence, à un certains laxisme ; la forme extrême étant l’ésotérisme (voire le gnosticisme) qui est commun aux trois religions, en passant par l’ascétisme (le soufisme ultra chez les musulmans adeptes du monisme panthéisme) et qui prône une émancipation de la Loi vers un libertinage perçu comme une relation spéciale avec le divin.  

 

La déstabilisation de la religion naissante par une cinquième colonne toucha également la religion musulmane

 

Du côté des juifs, ‘Abd Allah ibn Saba était l’homme de la situation. Afin de semer la discorde sous le Khalifat de ‘Uthmân, il propagea très vite au sein des musulmans qu‘Ali était en fait l’héritier légitime de Mohammed (r) de la même manière que Josué fut l’héritier de Moïse dans les anciennes écritures. Il insuffla notamment le concept de la ruj’a (le retour) : selon lui, le Prophète de l’Islam (ou ‘Ali) est plus à même de revenir sur terre à la fin des temps que Jésus. Originaire du Yémen et de confession juive, il s’est converti hypocritement à l’Islam dans le but de corrompre cette religion naissante et ses adeptes de la même façon que Paul le juif à corrompu la religion chrétienne. L’historiographe el Maqrîzî souligne qu’ibn Saba a innové à l’époque du troisième Khalife, le concept de la wasiya (élire un héritier) de la part du Prophète envers son cousin ‘Ali, et celui de la ruj’a.[15]

 

C'est pourquoi un orientaliste allemand en arrive à la conclusion suivante : « La tendance shiite, celle que l’on affilie à ‘Abd Allah ibn Saba puise plus ses origines chez les  juifs que chez les Iraniens. »[16] Un autre orientaliste constate que la ruj’a est directement influencée par les croyances juives et chrétiennes empruntées au paganisme, et avec lesquelles les sabéites ont cherché à pervertir une nation naissante dont la croyance était saine.[17] Ibn Saba lui-même comme nous l’apprend l’hérésiographe el Baghdâdî avoue, selon e-Sha’bî (m 104/736), s’être inspiré de la Thora pour donner crédit à la wasiya.[18]

Des siècles plus tard ibn Taïmiya dira : « Les savants mentionnent qu‘Abd Allah ibn Saba le zindîq (libre-penseur ndt.) est à l’origine du râfidhisme. Il s’est converti en apparence, mais il cachait au fond de lui ses convictions juives dans le but de pervertir l’Islam de la même façon que Paul le chrétien d’origine juive a perverti la religion chrétienne. »[19]

 

Il parle de Paul de Tarse contre lequel le Messie a mis en garde ses disciples. Paul qui innova des enseignements contraires à la Thora qu’il abrogea sans scrupules, à l’encontre des attentes de Jésus, et de ses enseignements ; Paul qui prétendit être l’auteur de miracles ; Paul qui attribua, à contre-courant du message de Jésus lui-même et de toute la prophétie, la divinité au Christ ; Paul qui dans un élan laxiste, innova le principe de rédemption et du rachat des péchés des hommes ; Paul qui revivifia avec force le paganisme avec le dogme de la Trinité en gestation.[20]

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-les-sept-preuves-de-la-prophetie-66678231.html

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. pp. 97–98.

[2] Ibid., p. 184.

[3] Carmichael, Joel. p. 270.

[4] Wrede, William. 1962. Paul. Translated by Edward Lummis. Lexington, Kentucky: American Theological Library Association Committee on Reprinting. p 163.

[5] Weiss, Johannes. 1909. Paul and Jesus. (Translated by Rev. H. J. Chaytor). London and New York: Harper and Brothers. p. 130.

[6] Baigent, Michael and Richard Leigh. 1993. The Dead Sea Scrolls Deception. Simon & Schuster. pp. 181– 187.

[7] Première Épître de Jean ; 4.1

[8] Mathieu ; 7.15-20

[9] Carmichael, Joel. pp. 202–206.

[10] New Catholic Encyclopedia. Vol 4, p. 486.

[11] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. p. 2.

[12] Ehrman, Bart D. 2003. Lost Scriptures: Books that Did Not Make It into the New Testament. Oxford University Press. p. 2.

Quels points de vue alternatifs ont été brûlés en cendres dans la destruction d'un nombre estimé de 250 à 2000 actes, épîtres, et évangiles que le concile de Nicée a exclus de la canonisation, et pourquoi la prétendue crucifixion fut-elle débattue par les Chrétiens du premier siècle. En d'autres mots, qu'est-ce qu'ils savaient que nous ne connaissons pas ?

[13] Encyclopaedia Judaica. Vol 5, p. 499 (under “Chosen People”).

[14] LaFollette, Suzanne. 1926. Concerning Women. “The Beginnings of Emancipation.”

[15] El khutat d’el Maqrîzî (2/356, 357).

[16] Voir : Les kharijites et les shiites (p. 170, 171).

[17] Voir : el ‘aqîda wa e-sharî’a fî el islâm (205).

[18] El farq baïna el firaq (235).

[19] Majmû’ el fatâwa (28/483).

[20] Voir : Tabâshîr e-tawrât wa el injîl bi el islâm wa rasûlihi Mohammed du D. Nasr Allah ‘Abd ‘Ahmân Abû Tâlib (357-359).

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 11:20

 

La légende de Jésus de Nazareth

(Partie 1)

L'homme est fait pour adorer et obéir : mais si vous ne le commandez pas, si vous ne lui donnez rien à adorer, il façonnera ses propres divinités, et trouvera un chef pour ses propres passions.

– Benjamin Disraeli, Coningsby

 

La nature a horreur du vide !

 

Joel Carmichael : « L'idée de cette nouvelle religion, avec lui-même comme sa déité, était une chose dont il [Jésus Christ] n'aurait jamais pu avoir la moindre idée. Comme Charles Guignebert l'exprime, ‘’Cela ne lui est jamais même venu à l'esprit.’’ »[1] Le théologien allemand Heinz Zahrnt a construit un tel argument, avant de conclure : « Une fois que l’histoire biblique a été dévêtue du dogme, le Christ proclamé par l’Église a semblé entrer dans un conflit inévitable avec Jésus lui-même. Il y avait une contradiction manifeste entre ce qui a été découvert, lors d’investigations historiques, concernant Jésus de Nazareth et ce que l’Église a dit de lui lors de ses enseignements ; entre ce que Jésus lui-même a proclamé à l’origine et a fait et ce que l’Église par la suite a fait de lui. »[2]

 

C’est la raison pour laquelle les historiographes ne sont jamais parvenus à résoudre cette énigme, et ce n’est pas la volonté qui leur a manqué ! Comment peut-on combler les écarts ? Au pire des cas, avec des clichés et, au mieux, avec des fantaisies historiques… L’image du Jésus historique qui était alors présentée n’était pas tout simplement tirée de sources historiques. Elle était en grande partie dominée par les présupposés que les scribes et érudits nourrissaient en eux.[3]

 

Un autre théologien allemand Martin Kähler entérine cette idée : « Le Jésus de "Vies de Jésus" n’est rien d’autre qu’une variation moderne des produits de l’art inventif humain, pas mieux que le Christ dogmatique discrédité de la Christologie Byzantine ; les deux sont également très éloignés du vrai Christ. »[4]

 

La discontinuité entre le Jésus historique et le Christ de l’Église fut si grande qu’il devint presque impossible de reconnaître aucun lien unissant les deux personnages.[5]

 

Maudire un figuier pour ne pas produire de fruits (Matthieu 21 : 19, Marc 11 : 20-21) ; comparer les Gentils à des chiens (Matthieu 15 : 26, Marc 7 : 27) ou à des porcs (Matthieu 7 : 6), et repousser sa propre mère (Matthieu 12 : 48-50, Marc 3:31– 35, Luc 8 : 20-21) ;

Isaïe 44 : 6, qui cite avec une clarté éblouissante, « Ainsi parle le Seigneur ….'C'est moi le premier, c'est moi le dernier, en dehors de moi, pas de dieu. » Isaïe 43 : 11 rapporte, « C'est moi, c'est moi qui suis le SEIGNEUR, en dehors de moi, pas de Sauveur. »

Luc 4 : 8 rapporte Jésus disant, « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c'est à lui seul que tu rendras ton culte. »

 

Contrairement à une lecture paulienne de la Bible, Jésus n’est pas venu pour racheter les péchés de l’humanité. Son message était confiné aux brebis perdues d’Israël qu’il ne manquait pas de vilipender : « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et qu'ai-je à désirer, s'il est déjà allumé ? Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien il me tarde qu'il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais la division. »[6] Dans leur ivresse, ils ne se rendaient pourtant pas compte que leur destin était scellé : « Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. »[7]

 

Il n’était pas tendre avec les scribes et les Pharisiens qu’il traita d’hypocrites, de guides aveugles, d’ignorants, de serpents et de vipères.[8] Il avait le verbe acerbe : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. »[9]

 

« Quant à mes ennemis, ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi. » (Luc 19 : 27) ; « et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une » (Luc 22 : 37) ;

 

Pour David Fitzgerald, auteur et historien Américain, ces quelques arguments mènent même à une conclusion nette : « La figure du Jésus est une construction du Christianisme, pas sa cause. Paul et la première génération de Chrétiens ont utilisé la version grecque Septuagint enrichie de la bible hébraïque pour créer une nouvelle foi en y ajoutant des rituels païens, des termes gnostiques, un Dieu sauveur capable de rivaliser avec ceux des Égyptiens, des Perses, des Grecs et des Romains. Nous ne saurons peut-être jamais ce qui a été le déclencheur de la propagation du christianisme. »

 

https://cortecs.org/wp-content/uploads/2016/01/CorteX_s21_5_Jesus_Nazareth_Arnold_Chardon_Leclerq_Taieb.pdf

 

En 2009, Bart Ehrman, dans un ouvrage publié en anglais et traduit ensuite en français, en se fondant sur une lecture attentive de la littérature apocryphe, cherche à comprendre pourquoi l’information sur les débuts du christianisme est si lacunaire : pour ce faire, il repère et s’efforce d’éclairer ce qu’il appelle les antinomies du texte biblique.

Dans l’avant-dernier chapitre, qui s’intitule « Qui a inventé le christianisme ? », il affirme : « Ce que nous appelons le christianisme n’est pas tombé du ciel, tout constitué et développé, peu de temps après le ministère de Jésus. Il n’est pas né non plus directement et simplement de ses enseignements. Par beaucoup d’aspects, ce qui est devenu le christianisme s’écarte même de façon significative des enseignements de Jésus. Le christianisme, comme l’a admis depuis longtemps la critique historique, est une religion qui s’inspire de Jésus, pas la religion de Jésus. »[10]

 

En 2007 et en 2008, les livres de Paul Veyne et de Marie-Françoise Baslez ont entamé un débat qui a porté notamment sur le rôle de l’empereur Constantin dans l’affirmation du christianisme comme religion dominante, puis unique, de l’empire romain : pour P. Veyne, c’est Constantin qui est à l’origine de tout ; pour M.‑F. Baslez, il n’est pas à l’origine de tout et il convient de remonter aux ier-iie siècles. L’un et l’autre ont raison, car il s’agit de savoir de quoi l’on parle : si c’est de la religion chrétienne, P. Veyne a raison mais si c’est du mouvement chrétien, M.-F. Baslez a raison.

 

En 2010, Daniel Marguerat et Eric Junod, afin d’écarter l’anachronisme sous-jacent à la question – les premiers chrétiens ne savent pas qu’ils sont chrétiens au sens où on l’entend aujourd’hui –, s’en sont tenus à la restitution de la perception que les contemporains de Jésus et de ses disciples ont eue de l’émergence de la nouvelle croyance en la messianité de Jésus.[11] Sur ce plan, D. Marguerat et E. Junod se trouvent en parfait accord avec G. Gaeta, lequel estime que : « […] bien avant de se jeter, armés chacun de sa méthode, dans la tentative d’écrire sur Jésus, il serait plus fructueux de s’intéresser à ce que nous connaissons le mieux, c’est-à-dire les réactions que son histoire a provoquées chez les témoins directs et à la manière dont ces réactions se sont transmises, modifiées et repensées, au sein du mouvement qui s’est inspiré de lui. »

 

Pour D. Marguerat et E. Junod, Jésus est le « fondement » : « Il n’a pas institué une religion nouvelle au sein du judaïsme et moins encore à côté de lui. En revanche, il est bien à l’origine d’un mouvement religieux qui se développera au sein du judaïsme et s’en séparera peu à peu pour devenir une religion distincte qui porte son nom. »

 

Ainsi, pour ces deux auteurs, le christianisme apparaît comme une religion sans fondateur au singulier : les « bâtisseurs » du christianisme sont bien plutôt ces hommes et ces femmes anonymes qui, au fil des décennies, voire des siècles qui ont suivi la mort de Jésus, ont forgé une religion nouvelle – et sur eux, on est peu ou mal informés.

 

Toutes ces recherches proposent finalement de manière commune une mise à distance du personnage Jésus par rapport à ce qui deviendra le christianisme : il s’agit là d’un paramètre éminemment théologique ou idéologique, protégeant Jésus de tout ce qui se passera ensuite dans le mouvement puis la religion qui se réfère à lui, le mettant ainsi à l’abri de toutes les récriminations historiques que l’on peut porter à l’égard de l’Église et de son comportement durant des siècles. Une manière de dire que Jésus est au-dessus du temps passé et qu’il n’a pas participé aux dérèglements postérieurs qui sont l’œuvre des hommes et nullement du plan divin.

 

Les travaux d’Adriana Destre et de Mauro Pesce, conjuguant un point de vue anthropologique et un point de vue historico-critique vont dans ce sens et débouchent sur la thèse que l’Église n’a pas été fondée par Jésus mais bien après lui – ce faisant, ils laissent de côté son rôle dans la constitution de la communauté de Jérusalem.[12]

Voir : http://asr.revues.org/1064#bodyftn9

 

Le fondateur non éponyme du christianisme

 

Actes 9 : 3-9 justifie l’autorité de Paul grâce à une lumière venue du ciel, une voix, un message convaincant. Cependant, dans 2 Corinthiens 11 : 14-15, même Paul admet que : « Satan lui-même se camoufle en ange de lumière. C'est donc peu de chose pour ses serviteurs de se camoufler en serviteurs de la justice … »

 

Jérémie 23 : 32 – « Je vais m’en prendre aux prophètes qui ont des songes fallacieux – oracle du SEIGNEUR ; qui les racontent et qui, par leurs faussetés et leurs balivernes, égarent mon peuple ; moi, je ne les ai pas envoyés et je ne leur ai rien demandé ; ils ne sont d’aucune utilité pour le peuple – oracle du SEIGNEUR. »

 

Selon Bart D. Ehrman, « En particulier, (les Adoptianistes) considéraient Paul, l'un des plus proéminents auteurs de notre Nouveau Testament, comme étant un archi-hérétique plutôt qu'un apôtre. »[13]

 

La contribution la plus concluante à cet argument se trouve peut-être dans les Rouleaux de la Mer Morte, vu que plusieurs érudits sont convaincus qu'ils condamnent Paul pour son abandon de la Loi de l'Ancien Testament et sa rébellion contre les enseignements de Jésus et les premiers leaders chrétiens. La fin du « Document de Damas », en particulier, semble documenter la malédiction et l'excommunication de Paul par la communauté chrétienne des premiers temps.[14] Eisenman nous informe que les Ebionites – les descendants de la Communauté Chrétienne de Jacques à Jérusalem – considéraient Paul comme « un apostat de la Loi. »

 

À propos des Ebionites, il écrit : « Ils sont certainement la communauté qui tient la mémoire de Jacques dans la plus haute estime, tandis qu'ils considéraient Paul comme "l'Ennemi" ou l'Antéchrist … Une telle position n'est pas sans parallèle dans des passages cruciaux de la lettre au nom de Jacques dans le Nouveau Testament. Nous avons déjà démontré que cette lettre, en répondant à un quelconque adversaire qui croyait qu'Abraham était justifié seulement par la foi, dit qu'en se faisant lui-même "un ami de l'homme," cet adversaire s'est transformé en "l'Ennemi de Dieu." La terminologie "Ennemi" est aussi connue dans la "parabole de l'ivraie" de Matthieu 13 : 25-40, peut-être la seule parabole anti-pauline dans les Évangiles, où un "Ennemi" sème "l'ivraie" parmi les bonnes graines. À la "récolte" l'ivraie sera déracinée et jetée dans le feu. »[15]

 

Johannes Lehmann écrit : « Ce que Paul proclamait comme "Chrétienté" était pure hérésie qui ne pouvait être basée ni sur la foi juive ou Essène, ni sur l'enseignement du Rabbin Jésus. Mais comme Schonfield le dit : "L'hérésie pauline devint les fondations de l'orthodoxie chrétienne et l'Église légitime fut désavouée et considérée comme hérétique." »[16]

 

Puis, il enchaine : « Paul a fait quelque chose que Rabbin Jésus n'a jamais fait et a refusé de faire. Il a étendu la promesse de Salut de Dieu aux Gentils ; il a aboli la loi de Moïse, et il a empêché l'accès direct à Dieu en introduisant un intermédiaire. »[17]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

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[1] Carmichael, Joel. p. 203.

[2] Zahrnt, Heinz. 1817. The Historical Jesus. (Traduit de l’allemand par J. S. Bowden). New York: Harper and Row. p. 43.

[3] Ibid., pp. 47–48.

[4] Kähler, Martin. 1953. Der sogemnante historische Jesus und der geschichtliche, biblische Christus. Munich: New edition by Ernst Wolf. p. 16, as quoted by H. Zahrnt.

[5] Zahrnt, Heinz. p. 61.

[6] Luc ; 12.49-51

[8] Voir : Mathieu ; 23.13-37 et Luc ; 11.37-53.

[9] Mathieu ; 10. 34

[10] B. Ehrman, Jesus, Interrupted. Revealing the Hidden Contradictions in the Bible (and Why we Dont’t Know About Them), New York 2009 ( = La construction de Jésus. Aux sources de la religion chrétienne, Béziers 2010).

[11] D. Marguerat, E. Junod, Qui a fondé le christianisme ?, Paris-Genève 2010.

[12] A. Destro, M. Pesce, L’Uomo Gesù. Giorni, luoghi, incontri di una vita, Milan 2008 ( = Encounters (...)

[13] Ehrman, Bart D. The New Testament: A Historical Introduction to the Early Christian Writings. 2004. Oxford University Press. p. 3.

[14] Eisenman, Robert and Michael Wise. The Dead Sea Scrolls Uncovered. 1993. Penguin Books. pp. 163, 184, 212–8.

[15] Ibid., p. 234.

[16] Lehmann, Johannes. p. 128.

[17] Ibid., p. 134.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 10:00

 

L’inerrance coranique

(Partie 4)

 

Les variantes bibliques ont-elles une incidence sur le crédo chrétien ?

 

L’absurdité soutenue par le pouvoir ne sera jamais capable de tenir tête contre les efforts de la raison. – Joseph Priestley

 

Il est absolument faux de dire que les variantes textuelles ne remettent pas en cause les dogmes chrétiens et qu’elles sont sans importance. À ce sujet, l’expert renommé du criticisme, le Professeur Bart Erhman nous enseigne : « On m’a souvent objecté (surtout parmi les évangéliques conservateur) que toute doctrine chrétienne importante ne serait être affectée par quelque variante textuelle que ce soit. À cela je répondrais ce qui suit :

a/ Il est tout simplement faux de prétendre que les doctrines importantes ne sont pas concernées. Exemple : Dans tous le Nouveau Testament, le seul passage ou l’on expose clairement la doctrine de la Trinité se trouve dans la traduction du Roi Jacques (1 Jean 5 : 7-8) ; On ne la trouve pas dans la majorité des manuscrits grecs du Nouveau Testament. Tout porte à croire pourtant que la Trinité est une doctrine chrétienne assez importante...

c/ Mais surtout, certaines variantes textuelles sont effectivement très importantes, mais pour des raisons autres, qui ne concernent pas les ‘doctrines cardinales du christianisme’.

  1. Certaines variantes affectent la manière d’interpréter des livres entier du Nouveau Testament ;
  2. Certaines variantes (y compris celles dont on vient de parler) sont terriblement importantes pour savoir ce que l’on racontait sur Jésus du temps des premiers chrétiens.

d/ Enfin, je dois avouer ne pas croire les chrétiens évangéliques conservateurs quand ils prétendent que les variantes textuelles dans le Nouveau Testament ne sont pas significatives. Si c’était le cas, pourquoi certains séminaires conservateurs comme celui de Dallas (dirigé par l’un des critiques les plus virulents en la matière) et le séminaire théologique baptiste de la Nouvelle Orléans financent-ils des projets de recherche de plusieurs millions de dollars pour analyser les manuscrits grecs du Nouveau Testament ? Si les variantes entre les manuscrits ne comptent pas, pourquoi les étudie-t-on ? Si elles sont totalement insignifiantes, pourquoi consacrer toute sa carrière à les examiner ? Si elles sont si négligeables, pourquoi dépenser des millions de dollar pour faire des recherches ? Quel sont les arguments de ces universitaires quand ils demandent des fonds pour leur projet : ‘‘Nous aimerions que vous investissiez 500 000 dollars pour nous permettre d’étudier certains manuscrits du Nouveau Testament parce que nous pensons qu’ils n’ont vraiment aucune importance’’ ?

Il est évident, à mon avis, que les manuscrits sont effectivement importants. Ils influencent la manière d’interpréter le nouveau Testament ; Ils comptent pour connaître le Jésus historique ; ils comptent pour connaître l’histoire de l’Eglise chrétienne après la mort de jésus. Si on prétend le contraire, c’est sans doute qu’on veut se duper soit même ou essayer de rassurer ceux qui pourrait être troublés par les faits historiques. »[1]

 

Bart Ehrman explique que ces énigmes liées à la rédaction de la Bible ne sont un mystère pour personne dans les milieux savants, et cela depuis longtemps bien qu’elles soient inconnues par la masse.[2] « … ces fait sont connus des spécialistes depuis presque un siècle, et on les enseigne partout dans les séminaires traditionnel et les écoles de théologie des Etats-Unis. Par conséquent, la majorité des pasteurs savent tout cela. Pour des raisons qui leur appartiennent, ils choisissent de n’en rien dire. Et donc bien des gens dans la rue et sur les bancs des églises considèrent qu’il s’agit là de faits nouveaux. »[3]

 

« Les changements intentionnels de leur coté, ont tendance à être plus difficiles à identifier. Précisément parce que, étant réalisés de façon délibérée, ils peuvent paraître cohérents. Et vu qu’ils sont cohérents, il y aura toujours des critiques qui soutiennent qu’ils sont l’option la plus cohérente, c'est-à-dire qu’ils ne sont pas des modifications, mais bien les mots originaux. Ceci n’est pas un débat entre des chercheurs qui croient que le texte fut modifié et ceux qui croient qu’il ne le fut pas. Tous les experts savent que le texte a été modifié, la seule chose à débattre et de savoir quelle option constitue une modification et laquelle au contraire peut être considérée la forme la plus ancienne du texte à notre disposition. À cet égard, il y a des moments où les opinions des chercheurs ne coïncident pas. »[4]

 

Les causes d’altération

 

La vérité qui rend les hommes libres est en sa plus grande partie la vérité que les hommes préfèrent ne pas entendre.

– Herbert Agar

 

  1. Falsification pour harmoniser : certains scribes ont falsifié certains passages du Nouveau Testament pour les harmoniser[5] ;
  2. Correction des erreurs et des difficultés historiques et géographiques[6] ;
  3. Amalgame des lectures[7] ;
  4. Falsifications pour des raisons théologiques.[8] Frédéric GODET donne un exemple avec l’épisode de la femme adultère,[9] tout comme Bruce Metzger, grand théologien protestant,[10] et le grand théologien catholique Raymond Brown, aux yeux de qui – je cite –, il : « … n’aurait pu y figurer qu’après un changement dans la répugnance de l’Eglise à pardonner l’adultère (Le Pasteur d’Hermas, Mandat 4,1)… »[11]

 

Voir : http://blog.decouvrirlislam.net/Home/christianisme/bible/la-falsification-des-manuscrits-du-nouveau-testament/les-modifications-intentionnelles

http://blog.decouvrirlislam.net/Home/christianisme/bible/la-falsification-des-manuscrits-du-nouveau-testament/partie3les-interpolations

 

Le révérend Charles Anderson Scott dit pour sa part : « Il est fort probable qu’aucun des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc) n’existait dans la forme que nous leur connaissons avant la mort de Paul. Si les documents [du Nouveau Testament] étaient disposés dans leur véritable ordre chronologique, les épîtres de Paul viendraient avant les évangiles synoptiques. »[12] Cette affirmation est confirmée par le professeur Brandon, qui dit : « Les écrits chrétiens les plus anciens qui aient été préservés sont les lettres de Paul. »[13]

Dans la seconde moitié du deuxième siècle, Dionysius, l’archevêque de Corinthe, écrivait : « Comme les frères souhaitaient me voir écrire des épîtres, je me suis exécuté ; mais les apôtres du diable y ont introduit toutes sortes d’éléments indésirables, modifiant des mots et en ajoutant d’autres. Un malheur les attend. Il ne faut donc pas s’étonner de voir ces mêmes personnes tenter d’apporter des altérations de toutes sortes aux textes sacrés du Seigneur, puisqu’ils ont fait de même avec d’autres ouvrages qui ne sont même pas comparables. »

Voir : http://www.islamreligion.com/fr/articles/592/les-erudits-chretiens-reconnaissent-les-contradictions-dans-la-bible-partie-3-de-7/

Ce phénomène s’est perpétré à travers l’Histoire…

 

Victor Tununensis, un évêque africain du sixième siècle, rapportait, dans sa Chronique (en l’an 566), que lorsque Messala était consul à Constantinople (en 506), il « censura et corrigea » les évangiles des Gentils rédigés par des personnes considérées comme illettrées par l’empereur Anastase. Ce qui signifie que ces textes furent modifiés dans le but de les rendre conformes au christianisme du sixième siècle qui différait du christianisme des époques précédentes.[14]

 

Ces « corrections » ne se limitent absolument pas aux premiers siècles suivant la mort de Jésus. Sir Higging écrit : « Nous ne pouvons nier que les moines bénédictins de St-Maur étaient très versés en latin et en grec, en plus d’avoir un réel talent pour ces langues. En outre, ils étaient très nombreux. Dans l’ouvrage de Cleland intitulé « Life of Lanfranc, Archbishop of Canterbury », il écrit : « Lanfranc, un moine bénédictin et archevêque de Canterbury, ayant découvert que les Écritures avaient été passablement corrompues par des copistes, sappliqua à les corriger lui-même et il fit de même avec les écrits des pères, de façon conforme à la foi orthodoxe, secundum fidem orthodoxam. »[15]

 

En d’autres termes, les Écritures chrétiennes furent réécrites dans le but de les rendre conformes aux doctrines des onzième et douzième siècles, procédé auquel n’échappèrent pas les écrits des premiers pères de l’Église, afin que tout soit uniformisé. Sir Higgins continue : « Le même ecclésiaste protestant nous offre ce passage remarquable : « L’impartialité exige de moi cette confession : les orthodoxes ont bel et bien altéré certains passages des évangiles. »

L’auteur poursuit en racontant comment fut entreprise une vaste campagne à Constantinople, à Rome, à Canterbury et dans le monde chrétien en général, visant à « corriger » les évangiles et à détruire tous les manuscrits datant d’avant cette période.

 

Theodore Zahan a illustré les conflits amers au sein des églises établies dans ses « Articles of the Apostolic Creed » (articles de la foi apostolique). Il raconte comment les catholiques romains ont accusé les Grecs orthodoxes d’avoir remanié les Écritures par ajouts ou omissions, ce qui aurait été fait selon eux, à la fois de bonne et de mauvaise foi. Les Grecs orthodoxes, de leur côté, ont accusé les catholiques romains de s’être exagérément éloignés du texte original dans plusieurs passages. En dépit de leurs divergences, cependant, ils unissent leurs forces pour condamner les chrétiens non-conformistes qui « dévient de la vraie voie » et les accusent d’hérésie. Ces « hérétiques », de leur côté, condamnent les catholiques pour avoir « remanié la vérité de fond en comble comme des faussaires ». L’auteur conclut : « Les faits n’étayent-ils pas ces accusations ? »

 

St-Augustin lui-même, homme reconnu et estimé à la fois par les protestants et les catholiques, a affirmé qu’il y avait des doctrines secrètes dans la religion chrétienne et que : « ... il y avait de nombreuses vérités dans la religion chrétienne qu’il n’était pas approprié que le commun des mortels sache, et certaines choses qui étaient carrément fausses mais pratique que le commun des mortels y croit. »

Sir Higgins admet : « Il n’est pas injuste de supposer que ces vérités non divulguées recèlent une partie des mystères chrétiens modernes et je crois que nul ne peut nier que l’Église, dont les plus hautes autorités appuyaient de telles doctrines, n’hésiterait pas à remanier à nouveau les écrits sacrés. »[16]

 

Même les épîtres attribuées à Paul n’ont pas tous été rédigés par lui. Après des années de recherches, les catholiques et les protestants ont convenu que des treize épîtres attribuées à Paul, seuls sept ont réellement été rédigés par lui. Ce sont : Romains, Corinthiens (1 et 2), Galates, Philippiens, Philémon et Thessaloniciens.

 

  1. diverses dénominations chrétiennes ne sont pas même arrivées à un accord sur la définition d’un livre « inspiré » par Dieu. On enseigne aux protestants qu’il y a 66 livres réellement « inspirés » dans la Bible, tandis qu’on enseigne aux catholiques qu’il y en a 73. Cela sans compter les nouvelles sectes chrétiennes et leurs livres plus « modernes », comme les Mormons, entre autres. Durant plusieurs générations, les tous premiers chrétiens ne suivaient ni les 66 livres des protestants ni les 73 livres des catholiques, mais croyaient en des livres qui furent, des années plus tard, reconnus comme des fabrications et des apocryphes.

Voir : http://www.islamreligion.com/fr/articles/595/les-erudits-chretiens-reconnaissent-les-contradictions-dans-la-bible-partie-4-de-7/

 

Alors, la Bible originale ?

 

Aucun spécialiste de la Bible, en ce monde, n’affirmera jamais que c’est Jésus qui a rédigé cet ouvrage. Tous sont d’accord sur le fait que la plus grande partie de la Bible a été rédigée par ses fidèles, après son départ. Le docteur W. Graham Scroggie de la Moody Bible Institute, une prestigieuse mission évangélique située à Chicago, le confirme : « Oui, la Bible est d’origine humaine, bien que certains aient affirmé le contraire, plus par zèle que par érudition. Les livres qui composent la Bible ont été pensés par des hommes, rédigés dans le langage des hommes, écrits par la main des hommes et leur style est caractéristique de celui des hommes... C’est un livre humain, mais aussi divin. »[17]

 

Un autre érudit chrétien, Kenneth Cragg, l’évêque anglican de Jérusalem, renchérit : « Dans le Nouveau Testament... [il y a des textes] condensés et révisés, des reproductions de choix et des témoignages. Les évangiles ont survécu à leurs auteurs et sont demeurés présents dans l’esprit de l’Église. Ils représentent à la fois l’expérience et l’histoire... »[18]

 

« C’est un fait connu que l’Évangile original fut transmis oralement et que de cette tradition orale ont découlé toutes sortes de variantes. Il est également vrai que lorsque les faits historiques du christianisme furent mis par écrit, ils continuèrent, oralement, à être l’objet de variantes diverses, volontaires ou non, ce qui eut une influence sur les scribes et les rédacteurs. »[19]

 

« En fait, chaque livre du Nouveau Testament, à l’exception des quatre épîtres de Paul, est, de nos jours, plus ou moins sujet à controverse et diverses insertions y sont maintenues. »[20]

 

Le docteur Lobegott Friedrich Konstantin Von Tischendorf, un des plus inflexibles défenseurs chrétiens de la trinité, dut lui-même admettre : « Plusieurs passages [du Nouveau Testament] ont subi de si profondes modifications de sens qu’ils nous laissent dans une douloureuse incertitude sur ce que les apôtres avaient réellement écrit. »[21]

 

Après avoir énuméré plusieurs exemples d’affirmations contradictoires dans la Bible, le docteur Frederic Kenyon déplore : « En plus des contradictions flagrantes comme celles [que je viens d’énumérer], il n’y a guère de versets dans lesquels nous ne retrouvons pas de variantes [dans les copies des anciens manuscrits à partir desquels la Bible a été assemblée]. Personne ne peut se dire indifférent à ces ajouts, omissions ou altérations. »[22]

 

Voir: http://www.islamreligion.com/fr/articles/584/les-erudits-chretiens-reconnaissent-les-contradictions-dans-la-bible-partie-1-de-7/

 

Selon Ehrman, Le Credo des Apôtres était dérivé de formules de croyance conçues au quatrième siècle.[23] Cet ancien évangéliste, « titulaire de la chaire des études religieuses » en Caroline du Nord, commence par relever les contradictions entre les évangiles canoniques. Au moment de la rédaction du Nouveau Testament, les textes ont proliféré, attestant un pullulement de communautés chrétiennes dont les orientations idéologiques divergeaient. Si l’on s’attache à la transmission des textes, on constate une multiplicité de variantes, dont les contenus ne se concilient pas. Enfin, le passage à l’écriture s’est fait à une époque éloignée de l’origine. Tout ceci rend difficile d’établir ce qui remonte authentiquement à Jésus de Nazareth.[24]

 

Jésus de Nazareth justement qui sera au cœur de notre prochain article qui s’attache à débarrasser du mythe le Jésus historique !

 

Par : Karim Zentici

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[1] Bart Ehrman ; « La Construction de Jésus : aux sources de la religion chrétienne », H&O éditions, 2010, pp 250 à 254

[2] Idem. p.33

[3] Bart Ehrman, La construction de Jésus : aux sources de la religion chrétienne, éditions H&O, 2009, p.154

[4] Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman Chapitre 3

[5] Bruce M. Metzger, The Text Of The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968 pp197

[6] Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman Chapitre 3

[7] Bruce M. Metzger, The Text Of The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968 pp200

[8] Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman Chapitre 6

[9] Frédéric GODET, docteur en théologie, professeur à la faculté de l'Église indépendante de Neuchâtel, Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean, Deuxième partie : le développement de l'incrédulité en Israël. Premier cycle, troisième section : la lutte à son plus haut degré d'intensité à Jérusalem. III : Dans et après le grand jour de la fête, Le récit de la femme adultère, 1902, pages 921-923.

[10] Commentaire de Bruce Metzger du Greek New Testament » 2ème édition, p.188-189

[11] Raymond E.Brown, ‘Que sait-on du Nouveaux Testament’, Bayard 2011, p419

[12] History of Christianity in the Light of Modern Knowledge, Rev. Charles Anderson Scott, p.338.

[13] “Religions in Ancient History,” S.G.F. Brandon, p. 228.

[14] The Dead Sea Scrolls, the Gospel of Barnabas, and the New Testament, par M. A. Yusseff, p. 81.

[15] History of Christianity in the light of Modern knowledge, Higgins p.318.

[16] The Dead Sea Scrolls, the Gospel of Barnabas, and the New Testament, M. A. Yusseff, p.83.

 

[17] W Graham Scroggie, p. 17.

[18] The Call of the Minaret, Kenneth Cragg, p 277.

[19] Peake’s Commentary on the Bible, p. 633.

[20] Encyclopaedia Brittanica, 12th Ed. Vol. 3, p. 643.

[21] Secrets of Mount Sinai, James Bentley, p. 117.

[22] Our Bible and the Ancient Manuscripts, Dr. Frederic Kenyon, Eyre et Spottiswoode, p. 3.

[23] Ehrman, Bart D.2003, Last Christianities, Oxford University Press, p.260 -note finale N. 1 à Chapitre 1.

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 11:21

 

 

L’inerrance coranique

(Partie 3)

 

Le génie littéraire de la langue Arabe

 

La complexité de la langue arabe provient d’une profusion de dialectes qui, « pourraient diversifier les quatre-vingts noms du miel, les deux cents du serpent, les cinq cents du lion, les mille de l’épée, au temps où cet abondant dictionnaire était confié à la mémoire d’un peuple illettré. »[1]

 Tellement dévoués étaient les arabes à l’impact de la Langue parlée qu’ils tenaient des festivals annuels, que l’Histoire a immortalisé dans ses lignes intemporelles : Trente jours étaient employés dans l’échange, non seulement du maïs et du vin, mais de l’éloquence et de la poésie. Le prix était disputé par l’émulation généreuse des bardes ; la performance victorieuse était mise dans les archives des princes et émirs, et nous pouvons lire, dans notre propre langage, les sept poèmes originaux qui ont été inscrits en lettres d’or, et suspendus dans le temple de la Mecque.[2]

 

R. Bosworth Smith explique que ce que les Jeux Olympiques ont fait pour la Grèce en maintenant le sentiment national, comme distinct de l’indépendance tribale, en donnant une brève cessation des hostilités, et en agissant comme centre littéraire, les foires annuelles à Okaz et Mujanna l’ont fait pour l’Arabie. Ici les tribus résolvaient leurs dissensions, échangeaient leurs prisonniers de guerre, et le plus important de tout, entraient en compétition l’une contre l’autre dans des concours poétiques impromptus. Même à « l’époque de l’ignorance, » chaque tribu produisait son propre poète-lauréat ; et le plus prêt et le meilleur voyait son poème inscrit en lettres d’or, ou suspendu sur le mur de l’entrée de la Kaaba, où il serait vu par chaque pèlerin qui visiterait la place la plus sacrée du pays.[3]

 

Dans son essai, L’Islam : La religion incomprise, le romancier James A. Michener écrit : « Le Coran est probablement le livre le plus lu au monde, sûrement le plus mémorisé, et probablement le plus influent dans la vie quotidienne de ses adeptes. Pas aussi long que le Nouveau Testament, écrit dans un style exalté, il n’est ni poésie ni prose ordinaire, pourtant il possède la capacité d’exciter ses auditeurs jusqu’aux extases de la foi. »[4]

 

Le Professeur A. J. Arberry mentionne : « Il est indéniable que le Coran jouit d’une excellente écriture qui parsème ses lignes et qui lui confère un style inhérent très personnel ; le langage est hautement idiomatique, cependant pour la plus grande partie illusoirement simple ; les rythmes et les rimes sont des aspects inséparables de son impressionnante éloquence, et ceux-ci sont en réalité inimitables. »[5]

 

Aux yeux du Dr. Laura Vaglieri, le Miracle de l’islam par excellence est le Coran, à travers lequel une tradition constante et ininterrompue nous transmet des nouvelles d’une certitude absolue. Ceci est un livre qui ne peut être imité. Chacune de ses expressions est globale, et cependant elle est d’une mesure appropriée, ni trop longue ni trop courte. Son style est original. Il n’existe pas de modèle du genre dans la littérature arabe des temps qui l’ont précédé. L’effet qu’il produit sur l’âme humaine est obtenu sans aucune assistance à travers ses propres excellences inhérentes.

 

Les versets sont éloquents tout au long du texte, même quand ils traitent de sujets tels que les commandements et les prohibitions, qui doivent nécessairement influencer son ton. Histoires des Prophètes, descriptions du début et de la fin du monde, énumérations et expositions des attributs divins sont répétées, mais d’une façon tellement impressionnante qu’elles n’en affaiblissent pas l’effet. Le texte passe d’un sujet à l’autre sans perdre sa puissance. Profondeur et charme, qualités qui ne vont généralement pas de pairs, se conjuguent ici où chaque image rhétorique trouve une parfaite illustration… Nous y trouvons de vastes réserves de connaissance qui dépassent la capacité des hommes les plus intelligents, des plus grands philosophes et des politiciens les plus aguerris.[6]

 

Et A. Guillaume résume : « Le Coran est un des classiques mondiaux qui ne peut être traduit sans une grave perte. Il (Le Saint Coran) a un rythme d’une beauté singulière et une cadence qui charme l’oreille. Plusieurs chrétiens arabes parlent de son style avec une admiration chaleureuse, et la plupart des arabisants reconnaissent son excellence... En fait, on peut affirmer qu’au sein de la Littérature chez les arabes, vaste et féconde comme elle est, que ce soit en poésie ou en prose soutenue, il n’y a rien qui lui soit comparable. »[7]

 

Cette merveille d’éloquence interpelle le Dr. Laura Vaglieri qui se demande : « Comment ce merveilleux livre peut-il être l’œuvre de Mohammed, un arabe illettré qui dans toute sa vie a composé seulement deux ou trois vers, dont aucun ne révèle la moindre qualité poétique : e.g. ‘Je suis le Prophète et je ne mens pas.

Je suis le fils de Abd el – Muttaleb.’ ? »[8]

 

Le Professeur A. J. Arberry pousse la réflexion sans cacher son admiration : « Nous savons très bien comment Mohammed parlait dans ses humeurs normales quotidiennes ; car ses obiter dicta ont été préservés en grande abondance. C’est simplement faux de prétendre, contrairement aux allégations de Margoliouth, qu’ « il serait difficile de trouver un autre cas où il existe une identité aussi complète entre l’œuvre littéraire et l’esprit de l’homme qui l’a produite. » Acceptant, comme nous avons de bonnes raisons de le faire, les dictons de Mohammed qui sont enregistrés dans les livres de Traditions comme substantiellement authentiques, et supposant, comme l’a supposé Margoliouth, que le Coran était la production consciente de Mohammed, il serait plus raisonnable de dire qu’il serait difficile de trouver un autre cas où l’expression littéraire d’un homme différait si fondamentalement de son discours ordinaire. »[9]

 

Sur la même page de la citation précédente (i.e., p. 31), le Professeurr Arberry anticipe les réactions ahurissantes que pourrait susciter son propos, et tient donc à mettre les choses au clair : « En ce qui concerne les fidèles, je ne vais pas leur cacher ce qu’ils ne vont en aucun cas imaginer, que je ne suis pas un musulman, ni jamais ne pourrais l’être. »

 

L’inimitabilité du Coran

 

Dans la Préface de sa traduction du Saint Coran, le Professeur A. J. Arberry constate en des termes très objectifs : « J’ai suivi l’arrangement traditionnel malgré toutes ses perplexités notoires. Les sourates elles-mêmes sont en plusieurs cas – et ceci a été reconnu par les érudits musulmans dès les premiers temps – d’un caractère composé qui a été façonné par des fragments successifs que Mohammed ajoutait à des dates radicalement différentes… »[10] Tous ceux qui connaissent le Coran en langue arabe sont d’accord pour faire l’éloge de la beauté de ce livre religieux ; la majesté de la forme même du texte est tellement sublime qu’aucune traduction en aucune langue européenne ne peut nous permettre de l’apprécier à sa juste valeur.[11]

 

Comme orientaliste et traducteur, Alfred Guillaume écrivit, ce qui constitue un message au nombrilisme non-arabophone occidental imbu de sa culture helléniste qui ignore le génie littéraire sémitique : « Le Coran est un des classiques mondiaux qui ne peut être traduit sans une grave perte. »[12] Cette opinion est partagée par A.J. Arberry, traducteur et auteur du livre : Le Coran Interprété (The Koran Interpreted) : « J’ai concédé à la pertinence du point de vue musulman orthodoxe ……. Le Coran est intraduisible. »[13]

Dans sa robe arabe originale, le Livre sacré des musulmans a une beauté séduisante et un charme qui lui est particulier. Rédigé dans un style concis et exalté, ses phrases courtes et pleines de sens, souvent rimées, possèdent une force d’expression et une énergie explosive qui sont extrêmement difficiles à transmettre par une traduction littérale, en mot à mot.[14]

 

Voici en conclusion à ce paragraphe, un témoignage éloquent : « En vérité, je ne peux trouver aucun auteur compréhensif qui conteste l’élégance du Alcoran, puisqu’il est généralement tenu en estime comme étant la norme de la langue arabe et de l’éloquence… »[15]

 

Le Canon du Nouveau Testament

 

Dans le Deutéronome, une formule dite « la formule du canon », qui consiste en ces paroles mises dans la bouche de Moïse : « Vous n’ajouterez rien à ce que je vous commande et vous n’en retrancherez rien, mais vous garderez les commandements de Yahweh votre Dieu » (4, 2 ; cf. 13, 1).

Selon le Harper’s Bible Dictionary, « Le canon du Nouveau Testament a aussi une histoire irrégulière et complexe … aucune liste canonique n’apparaît avant 150 AD environ… »[16]

 

Dans son œuvre Variety and Unity in New Testament Thought, John Reumann commente, « Le canon en tant que collection, devient plus problématique quand on voit combien variés sont les écrits qui y ont été inclus (et combien certains de ceux qui ont été exclus, ne sont d’aucune manière intrinsèquement inférieurs en style ou ultérieurs en date) ou combien les opinions ont différé concernant certains de ces écrits dans les siècles patristiques. »[17]

 

 Graham Stanton ajoute, « L’Église des premiers temps a retenu quatre évangiles malgré l’embarras régulier concernant les différences… »[18]

 

 Néanmoins, la New Catholic Encyclopedia prétend que : « Tous les livres dans le canon sont inspirés, mais le sujet de débat est s’il y a ou s’il pourrait y avoir un livre inspiré qui, à cause de sa perte, n’est pas dans le canon. L’Église n’a pas tranché la question. L’opinion plus générale est que certains livres inspirés ont probablement été perdus. »[19]

 

Pourquoi ce doute subsistant que quelques-uns des livres ont été perdus ? Des indications biblique – 1 Corinthiens 5 : 9 et 2 Cor 2 : 3 - 9, 7 : 8-12 décrivent deux des lettres de Paul qui ont disparu.[20]

Paul aussi parle de la lettre « qui viendra de Laodicée » dans Col 4 : 1 6 – où est-elle ? En outre, entre 1 Chroniques 29 : 29, 2 Chroniques 9 : 29, et 2 Chroniques 12 : 15 un total de six livres perdus est révélé dans l’Ancien Testament.[21]

 

Ainsi des matières ont bien certainement été perdues. Combien ont été ajoutées d’une façon inappropriée est encore une autre question disputée.[22]

 

Le Nouveau Testament a exclu un nombre estimé entre 250 et 2000 actes non- canonicaux, épîtres et évangiles (qui ont été relégués et brûlés avec seulement une poignée de survivants « apocryphes »).

 

Selon l’Encyclopaedia Britannica, « L’histoire de l’usage du terme [apocrypha] indique qu’il faisait référence à une collection d’écrits ésotériques qui étaient au début appréciés, plus tard tolérés, et finalement exclus. » Il est intéressant à noter que l’apocryphe, bien qu’initialement « apprécié,» dégringola éventuellement à la situation d’être simplement toléré, et ultérieurement à celle d’être rejeté.

 

L’affirmation que la même séquence de l’évolution religieuse a ultimement résulté dans la modification et/ou le rejet des enseignements de Jésus Christ n’est pas exactement éloignée. Et comment le peuvent-ils, quand l’histoire même du premier « Christianisme » est ombragée par le doute ? Pour citer Encyclopaedia Britannica encore une fois, Les auteurs des quatre évangiles inclus dans le Nouveau Testament témoignaient de vérités assurées que les fidèles devraient savoir, et aucune reconstruction convaincante des réalités historiques n’est possible de ces livres du Nouveau Testament. Le seul livre déclaré historique (i.e., dans le Nouveau Testament) est les Actes des Apôtres.

 

Le Nouveau Testament, dans son ensemble, représente simplement une sélection des écrits chrétiens des premiers temps. Il inclut seulement ce qui était conforme à la doctrine de l’Église quand, plus tard, cette doctrine adhéra à une forme unique. Entre les Actes des Apôtres, datant probablement de la fin du premier siècle, et les écrits de Eusébius de Caesarea (décédé c. 340) et ses contemporains durant le premier quart du quatrième siècle, il y a une lacune presque complète dans l’historiographie chrétienne, nous explique Dr. Laurence B. Brown, un converti émérite. Et ainsi, nous devons nous demander, « Qu’est-ce que les premiers « Chrétiens » des premier, deuxième, et troisième siècles connaissaient que nous ne connaissons pas ? »

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Gibbon, Edward, Esq. 1854. The History of the Decline and Fall of the Roman Empire. London: Henry G. Bohn. Vol. 5, Chapter L, p. 452.

[2] Ibid., Chapter L, p. 453.

[3] Smith, R. Bosworth, M.A. 1986. Mohammad and Mohammadanism. London: Darf Publishers Ltd. pp. 64–65.

[4] Michener, James A. May, 1955. “Islam: The Misunderstood Religion,” in Reader’s Digest (American Edition). p. 70.

[5] Arberry, A. J. 1953. The Holy Koran: An Introduction with Selections. London: George Allen & Unwin Ltd. p. 28.

[6] Vaglieri, Dr. Laura Veccia. pp. 40–41.

[7] Guillaume, Alfred. pp. 73–74.

[8] Vaglieri, Dr. Laura Veccia. pp. 40–41.

[9] Arberry, A. J. The Holy Koran: An Introduction with Selections. pp. 31–32.

[10] Arberry, A. J. 1996. The Koran Interpreted. A Touchstone Book: Simon & Schuster. Preface, p. 25.

[11] Montet, Edward. 1929. Traduction Francaise du Couran. Paris. Introduction, p. 53.

[12] Guillaume, Alfred. 1990. Islam. Penguin Books. pp. 73–74.

[13] Arberry, A. J. 1996. The Koran Interpreted. A Touchstone book: Simon & Schuster. Preface, p. 24.

[14] Naish, John, M.A. 1937. The Wisdom of the Qur’an. Oxford. Preface, p. viii.

[15] Stubbe, Dr. Henry, M.A. 1975. An Account of the Rise and Progress of Mohomedanism, with the Life of Mahomet. Lahore: Oxford and Cambridge Press. p. 158.

[16] Achtemeier, Paul J. p. 111.

[17] Reumann, John. 1991. Variety and Unity in New Testament Thought. Oxford University Press. p. 281.

[18] Stanton, Graham. p. 135.

[19] New Catholic Encyclopedia. Vol 2, p. 386.

[20] Ibid., p. 386.

[21] Ibid., p. 386.

[22] Ibid., p. 391.

 

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