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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 17:50

terre

 

 

 

Les muwâzanât

(Partie 4)

 

« L’ignorant est comme une mouche qui ne se pose que sur les plaies. » [Ibn Taïmiya dans Manhâj e-sunna (6/150).]

 

Chapitre II : des éloges qui n’en sont pas[1]

 

Dans le Coran

 

Allah révèle au sujet des mécréants : (Ils connaissent la vie d’ici-bas en apparence, mais ils sont distraits de l’au-delà).[2]

 

Sheïkh‘Abd Rahmân ibn Nâsir Sa’dî a exposé dans son exégèse : « Ils se sont penchés de tout leur cœur, de toute leur passion, et motivation vers ce bas monde, ses plaisirs et ses miettes. Ils se sont investis dans la vie d’ici-bas, et se sont laissés emporter par elle, tout en négligeant l’au-delà. Ni le Paradis ne fait partie de leurs ambitions, ni l’Enfer ne provoque en eux de grands frissons, et ni la confrontation demain entre les mains d’Allah ne les effraye ou ne les dérange. Ils portent en eux tous les signes du malheur, et les germes de leur insouciance vis-à-vis de l’autre monde.

 

Paradoxalement, nombreux sont ces individus qui se distinguent par leur éveil et leur intelligence envers les choses apparentes de ce monde. Il y a vraiment de quoi rester bouche bée et laisser ahuris les esprits les plus avisés. La démonstration qu’ils nous font dans les domaines de l’atome, l’électricité, des transports terrestres, maritimes, et aériens prouve leur avance et leur prééminence. Ils sont par ailleurs tellement imbus de leur quotient intellectuel qu’ils regardent de haut et toisent les autres qui sont incapables de reproduire ce que, grâce à Allah, leurs mains maîtrisent aisément. Ainsi, ils se sont gonflés d’orgueil et sont devenus arrogants.

 

En revanche, pour ce qui concerne leur attachement à la Religion, ils sont dans ce domaine, les plus puérils au monde et les moins conscients de ce qui les attend après la mort. Ils sont les moins au courant des conséquences de leurs actes. Les gens éclairés les ont vus patauger dans l’ignorance, se perdre dans leur égarement, et tâtonner dans le faux. Étant donné qu’ils ont oublié Allah, Il les a fait s’oublier eux-mêmes ; ceux-là sont vraiment les pervers.

 

Puis, ces gens éclairés ont considéré les bienfaits qu’Allah avait concédés à ces égarés. Il leur a doté d’une fine et subtile intelligence concernant les choses matérielles et apparentes de ce monde, bien qu’ils soient privés d’un esprit supérieur. Ces gens éclairés ont compris bien vite que l’ordre des choses revenait à Allah, ainsi que Sa Sentence envers les créatures qui oscillent entre Son soutien et Son abandon. Dès lors, ils ont eu peur de leur Seigneur. Ils L'ont imploré, quand Il leur a octroyé la lumière de la foi et de la raison, de leur attribuer Ses dons. Ils aspirent ainsi parvenir à Lui et d'accéder à Son Royaume. Si toutes ces choses matérielles dont jouissent les égarés étaient associées à la foi qu’ils prendraient pour base, elles seraient capables d’engendrer des perles précieuses et rares, accompagnées d’une vie comblée. Néanmoins, celles-ci ont été fondées sur l’athéisme et elles n’ont engendré que la décadence, la cause de leur propre ruine et l’anéantissement. »[3]

 

Allah nous impose de ne jamais citer leur exemple si ce n’est que pour les condamner en disant : (Ceux qui ne croient pas à l’au-delà, ils ont le mauvais exemple, tandis qu’Allah a l’exemple le plus haut ; Il est le Puissant et le Sage).[4]Il a apposé la particule d’annexion (li) à (ladhîna : ceux) en début du Verset afin d’exprimer la particularité et le mérite, c’est-à-dire : qu’ils ne méritent rien d’autre que cela.

 

Dans son livre Sawâ’iq el mursala, ibn el Qaïyim a souligné : « Il a désigné pour les païens et leurs instigateurs (chefs) le mauvais exemple qui implique les défauts, la défaillance, et le manque de perfection »[5] Allah (I) a proclamé : (Mauvais est l’exemple de ceux qui ont démenti nos signes alors qu’eux-mêmes sont injustes).[6]Ibn el Qaïyim a déclaré en parlant d’Allah, cette fois dans el fawâîd : «Il fait les éloges de Ses alliés en évoquant leurs bonnes actions, et leurs belles qualités. En parallèle, il condamne Ses ennemis en citant leurs mauvaises œuvres et leurs défauts, comme Il donne des exemples… »[7]

 

Pour illustrer la façon dont le Seigneur Tout-Puissant donne les mécréants en exemple, nous trouvons qu’Il les compare aux animaux les plus vils. Parfois, Il les compare à des ânes, d’autres fois, Il les compare aux chiens. Et parfois même, Ils sont, à Ses Yeux, pires que du bétail.

 

La première comparaison s’illustre dans le Verset dans lequel le Seigneur condamne les Juifs pour avoir dévié des enseignements du Livre descendu à leur égard : (Voici l’exemple de ceux qui furent chargés de la Thora, et qui ne l’ont pas observé sont pareils à un âne portant des livres. Quel mauvais exemple est celui des gens qui ont démenti les Versets d’Allah ; Allah ne guide point le peuple injuste).[8]

 

La deuxième comparaison s’illustre dans la parole du Seigneur donnant l’image d’un savant parmi les enfants d’Israël. Celui-ci fut condamné d’avoir consciemment délaissé les bonnes œuvres, attiré qu’il était par ce bas monde : (Récite-leur l’histoire de celui qui s’est arraché à nos Versets après les avoir reçus ; il s’est fait rejoindre par Satan et s’est laissé séduire Si nous avions voulu, Nous l’aurions élevé grâce à eux, mais il a préféré s’enraciner à la terre et suivre ses passions. Il est semblable au chien ; si tu le chasses, il halète et si tu le laisses il halète Tel est l’exemple du peuple ayant démenti nos signes. Confie-leur les histoires ainsi vont-ils réfléchir. Mauvais est l’exemple du peuple qui a démenti nos signes, et qui envers eux-mêmes étaient injustes).[9] Ibn Taïmiya a dit : « Allah (I) a démontré à travers Ses dires : (Mauvais est l’exemple) que le chien représente une mauvaise image, et que le croyant est épargné d’endosser un si mauvais exemple. »[10]

 

Voici le troisième exemple : (Ou bien penses-tu que la plupart écoutent ou comprennent. Ils ne valent pas mieux que du bétail, pire ils sont encore plus égarés).[11]Au demeurant, Il les compare aux habitants des cimetières, sourds face à la vérité, en disant : (Les vivants ne sont pas comparables aux morts. Allah fait entendre à qui Il veut, et toi tu ne peux faire entendre les occupants des tombeaux).[12]Dans ce sens, Il les compare également à des aveugles, sourds, et muets, comme Il l’a fait pour les hypocrites : (sourds, muets, et aveugles, ils ne peuvent revenir).[13]Concernant les mécréants, Il a affirmé : (sourds, muets, et aveugles, ils ne peuvent réfléchir).[14]

 

Allah a fait ce genre de parabole pour décrire ces gens-là ; leur portrait étant le reflet de leur mécréance. Après cela, comment quelqu’un peut-il dire du bien des mécréants en leur donnant le plus bel exemple sous prétexte d’être objectif et équitable. Oseriez-vous dire qu’Allah n’était pas enclin à la justice et à l’objectivité en leur faisant un tel portrait ? Cette description n’est pourtant pas étonnante si l’on sait que la mécréance est un mal en soi et qu’aucun bien ne peut l’atténuer. Pour preuve, Allah révèle : (Nous avons considéré leurs œuvres et les avons rendues vaines).[15]

 

Dans la sunna

 

Le Prophète (r) mit en pratique les recommandations de Son Seigneur. Il n’aimait pas évoquer les qualités des mécréants. S’il venait à entendre un musulman dire du bien d’eux, il se précipitait en réaction, de les critiquer sans omettre de préciser en quoi ils étaient condamnables. Entre autres, el Bukhârî et Muslim rapportent, selon ‘Âisha : « Lors de la maladie du Prophète (r)avant sa mort, deux de ses femmes évoquèrent en sa présence une église du nom de Maria qu’elles virent en Abyssinie. Elles décrivirent son bel aspect et firent mention des images qui ornaient sa décoration. Alors, il leva la tête et proclama : « Ces gens-là, quand un homme pieux parmi eux vient à mourir, ils érigent un lieu de prière sur sa tombe. Ensuite, ils l’ornent de ses images (ou statues) ; ces gens-là sont les pires créatures auprès d’Allah. » »

 

Nous pouvons voir comment il a dévié la conversation, qui, en apparence, était portée sur leurs qualités, pour mettre l’accent sur leurs défauts. Ainsi, il a démontré que le paramètre pour définir le bien et le mal était fonction de l’appréciation d’Allah : « Ces gens-là sont les pires créatures auprès d’Allah. » Il faut savoir que ce commentaire était adressé à des femmes qui s’étaient juste contentées de décrire les murs d’une église abyssinienne. Leur attention était portée uniquement sur l’architecture extérieure et la décoration. Il ne venait à l’idée d’aucune d’entre elles de faire l’éloge des mécréants.

 

Il est à souligner ici que le Prophète (r) a évoqué leurs pratiques païennes pour justifier sa critique. Il s’est basé sur le principe connu qu’aucun acte ne peut compenser l’association à Dieu. D’autres fois, il mettait l’accent sur les motivations ayant poussé ces individus à agir de telle ou telle façon. Selon Um Salama : « J’ai demandé au Prophète (r) : Hishâm ibn el Mughîra entretenait les liens de sang, il honorait ses invités, il soulageait les gens de la difficulté, et donnait à manger à autrui. S’il était encore vivant, il se serait certainement converti. Cela lui sera-t-il utile ?

-           Non ! Affirma-t-il. Il prodiguait ainsi pour que l’on garde de lui un bon souvenir dans de ce bas monde et pour recevoir les éloges, mais il n’a pas dit une seule fois dans sa vie : « Seigneur ! Pardonne-moi mes fautes le Jour des Comptes ! » »[16]

 

D’après Muslim, selon ‘Âisha : «  Ô Messager d’Allah, demandai-je ! Au temps de l’ignorance, ibn Jud’ân entretenait les liens de sang et donnait à manger aux pauvres, cela pourra-t-il lui être utile ?

-           Non ! Assura-t-il, cela ne lui profitera en rien, il n’a pas dit un seul jour : « Seigneur ! Pardonne-moi mes fautes le Jour des Comptes ! » »

 

Il a dévoilé (r) que l’ostentation privait de recevoir les éloges d’Allah (I) qui sont les plus véritables comme cela ne fait aucun doute. Les bonnes œuvres pour être considérées comme telles, ne se confinent pas aux apparences sans tenir compte de leur conformité au niveau des actes et de leur sincérité exclusive au niveau des intentions.

 

Nous pouvons citer un autre exemple qui relève probablement de ce registre (dire du bien des non-musulmans). D’après Muslim, selon ‘Â’idh ibn ‘Amr : « A la tête d’un groupe, Abû Sufiân passa devant Salmân, Shu’aïb, et Bilâl. Ces derniers lancèrent : « Par Allah ! Les épées d’Allah n’ont pas tranché la tête de l’ennemi d’Allah comme elles auraient dû le faire.

-           Osez vous dire cela au doyen et au maître de Quraïsh ! s’exclama Abû Bakr. »

 Ensuite, il alla chez le Prophète (r)pour lui faire part de ces paroles, mais ce dernier lui répondit : « Abû Bakr ! Tu les as peut-être mis en colère ! Si tel est le cas, tu as alors mis Ton Seigneur en colère ! »Abû Bakr est alors retourné les voir pour leur dire : « Mes frères ! Vous ai-je mis en colère ?

-          Non ! Mon frère, assurèrent-ils, qu’Allah te pardonne ! » »

 

Bien sûr, Abû Bakr n’a jamais eu l’intention de flatter Abû Sufyân avant sa conversion. Il voulait probablement les corriger et faire taire leur langue à son encontre dans l’espoir de ne pas le repousser de l’Islam, lui qu’il aspirait fortement voir guider. Il y a eu donc cet événement qui le poussa à revenir vers eux pour leur demander pardon. Déclencher la colère d’un frère ne peut que provoquer la colère d’Allah, surtout si la raison, quoique seulement en apparence, s’avère d’avoir complimenté un non-musulman. Certes, le savoir appartient à Allah !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/



[1] Voir pour ce chapitre : raf’ e-zhull wa e-sighâr de Sheïkh ‘Abd el Mâlik Ramdhânî.

[2] Les Romains ; 7

[3] Tafsîr e-Sa’dî (3/1327).

[4] Les abeilles ; 60

[5] E-Sawâ’iq el mursala (3/1030).

[6] El A’râf ; 177

[7] El fawâîd (p. 28), voir également : e-Sawâ’iq el mursala (3/1036).

[8] Le vendredi ; 5

[9] El A’râf ;  175-177

[10] Majmû el fatâwâ(32/258).

[11] El Furqân ; 44

[12] Le Façonneur ; 22

[13] La vache ; 18

[14] La vache ; 171 voir : e-Sawâ’iq el mursala (3/1036).

[15] El Furqân ; 23

[16] Hadîth rapporté par Abû Ya’lâ (6965), e-Tabarânî dans el kabîr (23/379 et 391), avec une chaîne narrative authentifiée par Sheïkh el Albânî dans Silsilat el ahâdîth e-sahîha (2927).

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