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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 13:24

3372 FOR T SOMBRE

Quatre termes ambigus

La jiha, le makân, le haïyiz, et le hadd

(Partie 3)

 

Voir : el usûl e-latî banâ ‘alaïhâ el mubtadi’a madhhabuhum fî e-Sifât (3/73-78) du D. ‘Abd el Qâdir ibn Mohammed ‘Atâ Sûfî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.

 

L’istifsâl

 

Si cela est clair, il ne nous reste plus qu’à demander quand ce terme est utilisé (que ce soit pour l’affirmer ou l’infirmer), ce qu’on entend par là.

 

On peut vouloir dire qu’Allah n’est pas « localisé » en faisant allusion à l’une des définitions linguistiques du terme. Dans ce cas, nous disons oui, étant donné qu’Il est distinct de Sa création et que rien ne l’entoure. Compte tenu de la division de l’existence, précédemment citée, entre Créateur et création, Il ne peut être mélangé à Sa création, et donc non localisé de ce point de vue.[1] Il n’est donc pas permis de dire qu’Il est localisé en faisant allusion à ce sens-là.[2]

 

  On peut vouloir faire allusion en parlant du haïyiz aux côtés ou aux limites d’une chose, comme le veut l’une de ses définitions linguistiques. Dans le cas d’une création, il est possible de dire que les limites de son essence ou de ses formes sont localisées ou qu’elle est entourée par une chose existante. En revanche, il est faux de dire qu’Allah, qui est au-dessus de toute la création, soit entouré par une chose existante n’étant pas comprise dans Son Essence. Tout ce qui est extérieur à Son Être et qui ne fait pas partie de Ses Attributs fait partie de la création. Si on entend par haïyiz les limites ou la fin de l’Essence divine, dans ce cas nous disons qu’on ne parle pas d’une chose qui est extérieure à Lui.[3]

 

Nous avons vu également que, distinct de Sa création, le Très-Haut était dans une direction inexistante. De ce point de vue, il n’est pas possible qu’une chose puisse l’entourer. Cependant, les dialecticiens sont tentés de dire qu’on peut être entouré par une chose inexistante, pour pouvoir établir la localisation de l’univers, bien qu’il n’existe rien d’autre dans la création. Cela voudrait dire qu’Allah serait dans une « localisation inexistante » qui n’est rien d’autre que le néant ! Dans ce cas, quelle est la différence entre dire qu’Il est dans une « localisation inexistante » ou qu’Il est Seul en haut sans que rien ne soit avec Lui ? Il est bien « retiré » (munhâz), séparé, distinct de Sa création. Son Essence n’est nullement mélangée à celles des créatures. Si mutahaïyiz renvoie à la distinction entre deux choses, alors il n’y a aucun inconvénient à dire qu’Allah est au-dessus de la création et distinct d’elle, conformément au Coran qui est à même de trancher entre toutes les opinions divisant les hommes, même les plus subtiles ![4]

 

Là où nous voulons en venir, c’est que les textes vont dans ce sens, sauf qu’ils n’utilisent pas le terme haïyiz pour le dire.

 

On peut vouloir dire qu’Allah n’est pas « localisé » pour conforter l’idée qu’Il n’est pas le Très-Haut, ni le plus Grand, ni le plus Immense, qui par Sa Puissance, soutient le Trône et les anges chargés de le porter. Il va sans dire que cette conception est complètement erronée. Aucune prophétie et aucun livre révélé n’a jamais avancé une chose pareille ![5]

 

Lehadd

 

La définition du hadd

 

A- Au niveau de la langue

 

Au niveau de la langue, le terme hadd (limite) est la frontière ou la barrière qui sépare deux entités distinctes de façon à ne pas les confondre, ou les mélanger, ou encore que l’une ne déborde pas sur l’autre. C’est une déclinaison du verbe hadda qui est l’action de trancher entre deux choses en vue de les distinguer. Une limite est donc ce qui permet de distinguer ou de différencier entre deux entités différentes.[6]

 

Les anciens n’ont pas une position unanime sur la légitimité de ce terme en parlant de Dieu, étant donné qu’ils ne s’entendent déjà pas sur sa définition. Cependant, en regardant de plus près, on se rend compte qu’en fait, leur position n’est pas divergente. En voici la démonstration.

 

B- La définition du hadd chez les anciens

 

1-               Pour certains, il a le sens d’ihâta, soit qu’on peut tout savoir sur le Seigneur de l’Univers. Nul doute qu’il est inadmissible de l’employer dans ce sens-là. Il va sans dire également que les anciens ne divergent nullement sur ce point, car un homme faible n’a pas la capacité de cerner le Seigneur Parfait. C’est pour rejeter cette conception que certains traditionalistes ont refusé le terme « limite » pour parler de Dieu, et ils avaient raison. Parmi ces derniers, nous avons Sufiân e-Thawrî, Shu’ba, Hammâd ibn Zaïd, Hammâd ibn Salama, Shuraïk e-Nakha’î, Abû ‘Awâna, Abû Dâwûd e-Tiyâlisî, Abû Nasr e-Sijzî, ibn Hibbân, e-Tahâwî, et l’Imam Ahmed selon l’une de ses opinions.[7]

2-               Pour certains, il sert à distinguer le Seigneur de Sa création et à refuser tout mélange, incarnation, ou panthéisme. Il devient obligatoire de l’accepter dans ce sens. Toute chose dans l’existence se distingue par ses limites et sa « grandeur » ; ou, en d’autres termes, chaque entité dans le monde concret se particularise par des attributs ou des caractéristiques qui la différencient des autres.[8] il est inadmissible de le contester ici, car cela reviendrait à renier l’existence de Dieu et Sa présence. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les paroles des traditionalistes cautionnant la « limite » pour parler de Dieu, et ils avaient raison. Parmi ces derniers, nous avons ‘Uthmân ibn Sa’îd e-Dârimî, ‘Abd Allah ibn el Mubârak, l’Imam Ahmed selon l’une de ses opinions, el Khallâl, Ishâq ibn Râhawaïhi, ibn Batta, Abû Ismâ’îl el Ansârî el Harawî, Abû el Qâsim ibn Madda, Qawwâm e-Sunna el Asbahânî, Ismâ’îl ibn el Fadhl e-Taïmî, el Qâdhî Abû Ya’lâ, Abû el Hasan e-Zâghûnî, el Hâfizh Abû el ‘Alâ el Hamdânî, etc.[9]

 

Or, ces mêmes savants ont la même approche avec le terme « limite » que les Attributs divins. Soit, ils ne posent pas de question sur le « comment » et ne font aucune description à son sujet, car ils savent que ce savoir relève du domaine exclusif du Seigneur. Nous comprenons mieux désormais comment conjuguer entre le discours des anciens, qui, en réalité, ne se contredit pas. Si les uns l’acceptent dans le second sens (2), les autres le refusent dans le premier (1). Contrairement aux idées reçues, tous s’accordent à rester dans les limites du Coran et de la sunna.[10]

 

Notons également que l’Imam Ahmed n’a pas deux opinions contradictoires sur le sujet, si l’on s’en tient à l’explication précédente.[11]

 

C- La conception du hadd chez les innovateurs  

 

Les innovateurs ne reconnaissent aucune des deux définitions précédentes du terme hadd, et ils le rejettent d’un bloc sans tenir compte de la part de vérité qu’il renferme. Ils ont raison de refuser son premier sens (el ihâta), mais ils ont tort de refuser son second, disant pourtant, qu’Allah est sur Son Trône au-dessus et distinct de la création. Le renier dans ce sens-là, c’est renier indirectement l’existence de Dieu.[12]

 

C’est ce qui pousse les traditionalistes à se renseigner sur les intentions de celui qui parle de hadd (que ce soit pour l’affirmer ou l’infirmer). Ils tiennent compte des détails que nous avons évoqués plus haut. Ils acceptent donc qu’on infirme le premier sens et qu’on affirme le second, mais ils refusent le contraire (soit qu’on affirme le premier sens et qu’on infirme le second).

 

Problème

 

Dans son livre e-risâla e-nâsiha, l’Imâm el Khattâbî pose une problématique. Il reproche aux anciens d’utiliser un terme comme le hadd qui n’a aucune présence dans les textes. Puis, de se comporter avec lui comme avec les termes légitimes (ex. : la Main). Cela consiste à dire qu’Allah a une limite non comme les limites, de la même façon qu’Il a une Main non comme les mains. Il n’est pas pertinent à ses yeux de faire un tel parallèle, puisque le hadd n’a aucune légitimité dans les textes, ce que les anciens eux-mêmes condamnent. Se contrediraient-ils ?[13]

 

En réponse

 

Ibn Taïmiya se charge de répondre à cette problématique en plusieurs points, dont :

 

Personne n’a jamais soutenu que le hadd était un Attribut divin. La limite ne sert nullement à décrire une chose, mais, nuance, à la distinguer et distinguer par-là même ses attributs des autres entités existantes.[14]

 

Ainsi, les anciens n’ont jamais avancé que le hadd était un Attribut supplémentaire, mais ils s’en servent pour, au contraire, confirmer des Attributs comme l’istiwâ, et confirmer une réalité que l’homme perçoit de façon innée et élémentaire, et qui n’est autre que l’Élévation d’Allah au-dessus de la création. Ce qui implique qu’Il soit distinct d’elle et non mélangé à elle. La raison saine ne s’oppose nullement à l’idée que chaque chose dans l’existence à des particularités qui lui sont propres, cela coule de source !

 

En utilisant le terme hadd, nos prédécesseurs parviennent ainsi à établir une vérité qui est confirme à la nature humaine et à la raison saine, sans pour autant, avoir besoin d’ajouter un nouvel Attribut ni de sortir des textes.

 

Depuis quand le Coran interdit-il de réfuter le faux par le biais d’expressions, qui, non seulement ne s’opposent pas à ses principes, comme nous l’avons vu, mais, qui sont en accord avec eux ?[15]

 

Gardons à l’esprit que les anciens n’auraient jamais eu besoin du terme hadd si les jahmites n’avaient pas prétendu qu’Allah était partout et mélangé à Sa création ! Ces derniers en effet refusaient qu’Allah puisse avoir une limite dans le sens, à leurs yeux, où il serait partout, non au-dessus de l’univers. De deux choses l’une, soit les jahmites disent qu’Il n’est nulle part en ayant recours à des subterfuges du genre « Il n’est ni à l’intérieur ni à l’extérieur de l’univers, ni…. ni… » ; Soit ils disent qu’Il est partout, et assimilé à la création ou que tout ce qui existe est en Lui. C’est ce qui obligea ‘Abd Allah ibn el Mubârak à affirmer qu’Il avait une limite, en réponse à ceux qui refusaient de le dire pour en arriver à l’une de ces deux conclusions ![16]

 

Notons enfin que les anciens n’ayant pas utilisé le terme « limite » pour une raison ou pour une autre, n’ont jamais contredit le sens qu’il renfermait et qui s’accorde avec les textes et le consensus.

 

Wa Allah a’lam !

 

 

Par : Karim Zentici

   



[1] E-tadmûriya d’ibn Taïmiya (p. 64-65).

[2] Idem. (p. 67-68).

[3] Naqdh asâs e-taqdîs (2/119, et 130).

[4] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (5/56-57).

[5] Naqdh asâs e-taqdîs (la version manuscrite).

[6] Voir : e-sihâh d’el Jawharî (2/462), et lisân el ‘arab d’ibn Manzhûr (3/140).

[7] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (2/29-33).

[8] Naqdh ta-sîs el jahmiya d’ibn Taïmiya (1/342).

[9] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (2/33-34, 56-60).

[10] Naqdh ta-sîs el jahmiya (2/162).

[11] Idem. (1/433-330).

[12] Idem. (1/342).

[13] Ibn Taïmiya rapporte cette problématique dans Naqdh ta-sîs el jahmiya (1/442).

[14] Idem. (1/442-443).

[15] Idem. (1/445).

[16] Idem. (1/442-443) ; l’annale d’Abd Allah ibn el Mubârak est rapporté par e-Dârimî dans e-radd ‘alâ el Mirrîsî (p. 34), et dans e-radd ‘alâ el jahmiya (p. 162), ‘Abd Allah ibn Ahmed dans e-sunna (1/175), et el Baïhaqî dans el Asmâ wa e-Sifât (p. 427) ; n’en déplaise à certains contemporains, sa chaine narrative est authentique [voir : daf’ e-shubha el habashiya ‘an Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya (p. 71-75) de Murâd Shukrî Suwaïdân.]

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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